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 MANIPULATION GENERALISEE, JUSQU’EN AFRIQUE

13/4/2010

 

MANIPULATION GENERALISEE, JUSQU’EN AFRIQUE

Par Simon Magbenga (Economiste, ancien fonctionnaire du PNUD)

Beaucoup croient que la manipulation politico-économique s’arrête à l’Occident, au monde arabe et à certains pays dits émergents tels que la Chine ou l’Inde. Leur perception du phénomène est encore assez limitée.

La globalisation est vraiment ce qu’elle est, un envahissement de la planète toute entière, que ce soit l’exploitation par le fric ou l’imposition d’une élite dominante et tyrannique grâce à laquelle on tient les masses politiquement sous le joug de l’argent-roi.

En Afrique, par exemple, des roitelets, véritables valets locaux du libéralisme mondial, la plupart ignares et incultes, règnent impérialement, servis par des armées tribalistes, sortes de garde-corps assurant la longévité et la succession dynastique de régimes impopulaires et carnassiers. Pour donner une apparence de gestion moderne, il suffit d’un corps d’intellectuels corrompus se bousculant aux portails des dictateurs pour quémander des postes juteux ou quelques places au soleil de l’embourgeoisement.

Afin de fermer les yeux de la communauté internationale, ou plutôt de se donner bonne conscience, des caricatures de démocratie ont été élaborées et mises en place, des institutions fantoches proches du ridicule sont imposées pour habiller maladroitement ces cohortes de loups excités par les miettes retombant de la finance internationale. Des partis politiques de pacotille sont montés pour présenter une façade de jeu démocratique. Déguisement indispensable pour rendre ces troupes de serviteurs africains moins malodorants. Ainsi, ces tyrans tropicaux peuvent massacrer tranquillement leurs peuples au moindre soulèvement, et occire sans aucune gêne quelques rares personnes du coin dont la dignité humaine les pousse à regarder de trop près et à tenter de divulguer au monde ce qui se passe dans l’enfer tropical.

Quelques preuves ? N’entendez-vous pas les cris, devenus presque réguliers, de manifestants réprimés de façon sanglante dans les capitales africaines ? Sans doute quelques rares phrases des journalistes de vos télés évoquant des massacres lors de soi-disant élections africaines, vous échappent ? Demandez le montant des sommes de l’aide et surtout leurs répartitions budgétaires. Quelle est la part de cette soi-disant aide publique qui va à l’armement de ces gouvernements, leur permettant de mâter les populations ? Quelle est la vraie réalité de ces traités de coopération militaire entre la France et les pays francophones d’Afrique ? Cherchez les circuits par lesquels passe le magot soi-disant destiné à améliorer les conditions de vie des pauvres Noirs. Sans doute aussi vos députés à l’Assemblée nationale ne vous disent pas grand-chose sur l’utilisation de l’argent du contribuable aux fins de l’assistance à ces pays pauvres ?... Alors, lisez un peu les ouvrages de certaines individualités courageuses qui se sont penchées sur le sort de l’Afrique. Tels que François-Xavier VERSCHAVE et Patrick PESNOT (1). Ils vous édifieront sur les sombres magouilles et manipulations entre vos dirigeants et ceux de l’Afrique noire avant et après les indépendances. Je ne sais pas si vos cheveux ne se dresseront pas sur la tête lorsque vous y lirez comment le gouvernement français (à travers ses mercenaires et ses services secrets) a été impliqué dans des massacres et des génocides en Afrique.

Jusqu’aujourd’hui ! N’avez-vous pas appris, tout dernièrement, le scandale financier porté devant la justice française concernant les présidents du Gabon, des Républiques du Congo et de la Guinée Equatoriale accusés d’abus de biens sociaux et de détournements de deniers publics ? Des comptes bancaires abondamment garnis, des appartements à Paris, des villas luxueuses et des hôtels en France aux noms de ces présidents se prétendant responsables de peuples affamés ! Et ce n’est que le petit bout de l’iceberg. Leurs possessions et réalisations en Afrique et ailleurs, leurs gaspillages de toutes sortes (festivités, ripailles, « éléphants blancs », constructions de prestige, etc.) dépassent l’entendement. Tout ceci et beaucoup d’autres choses aussi lugubres, vos dirigeants non seulement le savent, mais ils en sont les principaux instigateurs (évidemment par personne interposées, contingents militaires en Afrique, mercenaires, hommes d’affaires, truands et autres barbouzes).

Même les hommes d’affaires ? Et bien oui ! Tout ceci ne profite en dernier ressort qu’à ceux-là. Quand on nous parle de la coopération internationale dans « l’intérêt de la France », qu’entendons-nous ? Comment le comprenons-nous ? Le simple citoyen naïf n’y voit (ou suppose) que des affaires propres, légales, témoignant de la générosité du peuple français aux autres peuples. Lourde erreur, due aux discours démagogiques et à la désinformation des médias (qui souvent) n’y vont même pas y regarder de près.

Quelques types de multinationales et autres forces économico-financières qui font leur beurre au dos de l’Afrique : les pétroliers ELF, Gaz de France (ou sa plus récente dénomination), AREVA (pour l’uranium), les anglo-saxons TOTAL, BP (British Petroleum), et autres ; les banques à travers des filiales locales ; les sociétés de transport et de gestion des ports (pour le convoiement des marchandises) ; les sociétés de distribution (bien évidemment) ; les entreprises de travaux publics et de génie civil, une foule bigarrée d’experts et de coopérants en tout genre, etc.

Voilà les intérêts pour lesquels les Noirs doivent payer de leurs vies. Voilà (en dernier ressort) ceux pour qui on tue impunément ; on massacre des masses sans pitié ; on enferme et torture ceux qui osent lever la voix pour protester ; on organise des mascarades d’élections en ayant mis en place des caricatures d’institutions démocratiques pour voiler les yeux à la soi-disant communauté internationale (jusqu’aux Nations Unies qui n’y voient rien !). Et ce sont vos contribuables qui financent (sans le savoir) de telles monstruosités.

Inutile de vous dire à quel point la véritable liberté d’expression pour un Africain devient un rêve impossible, et même un danger de mort. Que certains, à l’heure actuelle (il le faut) par la voix de leur conscience qu’ils ne peuvent plus taire, ou par un ras-le-bol, osent braver. Oh oui ! On rétorquera que la liberté d’expression existe bel et bien en Afrique, en citant le cas de la presse libre. Mais on ne vous dira pas que cette presse est créée par des opposants fantoches (qui font semblant de critiquer le régime tout en recherchant simplement à se faire reconnaître et avoir leurs strapontins pour se mettre autour de la mangeoire). En Afrique, dès qu’il y a un semblant de crise politique, les agités sont vite repris dans la formation «sage » (sic) d’un gouvernement d’union nationale. Et le char ne peut que continuer tranquillement à écraser les masses…

Pour illustrer ce musellement systématique, un tout petit cas : tout récemment, juste une demande d’affichage du Tract TELLE EST LA QUESTION à Lomé (TOGO) a essuyé froidement un refus des autorités, avec comme argument ridicule qu’il s’agit d’un tract politique dérangeant pour le régime politique en place. Allez lire ce tract et voir en quoi il peut réellement gêner un régime se prétendant démocratique.

Face à tout ceci, je ne tire humblement qu’une leçon qui me paraît élémentaire mais fondamentale si nous voulons tous se donner la main afin que la démocratie arrive sur Terre, dans tous les continents et pas seulement pour le bénéfice des seuls Occidentaux.

NOS SORTS SUR TOUTE LA PLANETE SONT TRES ETROITEMENT LIES !!!

Quand on exploite ou on limite la liberté à un Africain, ce n’est pas pour le profit d’un citoyen français ou européen. Quand on exploite le contribuable français, ce n’est pas pour aider les Noirs. Nous sommes tous exploités et abusés de la même manière, par les mêmes personnages.

Je dis simplement, pour finir : prenons-en conscience pour comprendre à quel point il nous faut faire vivre la force de la solidarité autour de notre détermination pour la démocratie. Cela suppose que pour l’Africain, cesser de croire que sa lutte ne sert que pour le salut de son pays ; et pour le citoyen européen, ne plus limiter son combat légitime aux intérêts de sa corporation, de son pays ou de l’Europe uniquement. A un mal mondial, il faut une réaction mondiale et toute contribution compte : même les petits apports, où qu’ils soient, sont indispensables aux grandes oeuvres.

Lomé, le 24 juin 2009

1 « Noir silence » de François-Xavier VERSCHAVE (aux Editions des Arènes) ; « Les dessous de la Françafrique » de Patrick PESNOT (aux Editions Nouveau Monde) ; « la Françafrique : le plus long scandale de la République » de François-Xavier VERSCHAVE (aux Editions Stock)

 

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