ALGÉRIE-Pas de succès économique sans démocratie politique » terres d'islam | Bloguez.com

 ALGÉRIE-Pas de succès économique sans démocratie politique

14/4/2010

 

ALGÉRIE-Pas de succès économique sans démocratie politique
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

Pour tous ceux qui suivent les évolutions de l’économie algérienne, ses succès (bien rares) et ses couacs (beaucoup plus nombreux), l’analyse économique seule n’est plus suffisante pour tenter de comprendre et encore moins d’expliquer les difficultés auxquelles font face les agents économiques nationaux (ménages, entrepreneurs, salariés).
Il faut noter que les regards sont de plus en plus portés sur les mesures de politique économique qui sont, faut-il l’avouer, difficiles à lire et à suivre. Aujourd'hui, de nouvelles orientations se dessinent. Faites de retour de l’Etat dans le contrôle de l’économie, dans l’investissement, dans la redistribution, dans l’Etat-providence. Cette... rectification est certainement à prendre en considération. Elle renseigne en tout cas sur le devenir des réformes économiques qui semblent avoir fait long feu. Mais l’action sur l’économie seule, quelles que soient sa nature et son ampleur peut-elle suffire pour mettre le pays sur une trajectoire de reconstruction sérieuse ? A-t-elle seulement quelque chance de succès si elle n’est pas accompagnée de conditions politiques qu’il faut impérativement réunir et mettre en place ?
Il faut bien noter que depuis la fin des années 1980, les Algériens exigent du système politique en place qu’il change «de règles du jeu», qu’il se réforme, en un mot qu’il s’ouvre. Il s’agit, pour être précis, de mettre fin aux trois monopoles politiques qui ont évidé la société :
• Le monopole politique exercé par le parti unique selon lequel seuls les militants du parti au pouvoir accèdent aux postes des sphères de décision.
• Le monopole idéologique qui a imposé le «politiquement correct» exercé par le parti-Etat et qui proclamait ennemis de la patrie tous ceux qui pensaient différemment de l’idéologie du parti au pouvoir.
Le monopole économique étatique qui impose à l’économie la main-mise de l’Etat et son contrôle politique : la gestion de l’économie et la désignation de ses managers est le fait de l’Etat sur la base non pas de la compétence et de la qualification mais de la fidélité politique. L’entreprise privée est à peine tolérée, cantonnée dans les activités de faible importance. Dès la seconde moitié des années 1980, la nouvelle équipe arrivée aux commandes du pays et plus encore ceux qu’on avait appelés alors «les réformateurs du FLN» pensent trouver des solutions à la crise que traverse l’Algérie en tout premier lieu dans, précisément, la réduction des contrôles politiques qui s’exerçaient sur l’économie et dans l’élimination de la gestion administrative qui la caractérisait. En un mot, dans la libéralisation de l’économie du parti-Etat et de l’oligarchie qui gravite autour. Elle privilégie alors dans sa démarche de réforme du système, la sphère économique. A l’instar de ce qui se passait un peu partout dans le monde. L’économie de marché est ainsi perçue, ici aussi, comme le seul système économique capable d’oxygéner non seulement l’économie mais dans le même temps toute la société, notamment en libérant les initiatives. Les réformateurs du FLN attendaient de ce système d’économie de marché qu’il libère les entrepreneurs, notamment publics, du contrôle politique de l’Etat et qu’il assure la nécessaire séparation des gestions politique, sociale et économique. Bien évidemment, l’économie de marché était aussi perçue comme un ensemble de conditions qui impose à l’entreprise et l’entrepreneur des contraintes d’efficacité à même d’améliorer les performances et la compétitivité. Jusque-là rien d’original, comme nous l’avons déjà rappelé : les transitions qui sont alors en œuvre dans les PECO (pays d’Europe centrale et orientale) relèvent de la même évaluation. Il faut cependant souligner qu’aujourd’hui toutes ces «bonnes intentions» ont été balayées et le retour à l’étatisme centralisateur et tatillon est bien là. Mais au-delà de ce constat, il faut rappeler qu’à la fin des années 1980, la question qui se profilait déjà en Algérie, mais qui n’a jamais été explicitement posée, était celle de savoir si l’économie de marché avait besoin, pour produire tous ses effets et entraîner la mutation systématique de la société algérienne, d’un Etat fort et autoritaire ou, au contraire, d’un système politique ouvert, pluraliste et démocratique ? On sait que l’économie de marché peut fonctionner sans démocratie. De même, l’économie de marché n’entraîne pas automatiquement à la démocratie. Les exemples de la Chine, du Vietnam ou encore celui de la Corée du Sud de Park ou de Chili de Pinochet confirment cela. Dans les pays du Sud, il y a même le risque de voir le marché laissé à lui-même détruire la démocratie. Ces pays restent en effet dans leur grande majorité caractérisés par l’analphabétisme, la maladie, les inégalités sociales, les disparités régionales... Or, ces maux sont les adversaires de la démocratie. Est-ce que le marché pourra, par lui-même, les gommer ? Assurément non ! Ainsi, l'approche de la transition qui a dominé jusqu’ici en Algérie et qui fait reposer la mutation systématique sur la seule sphère économique prend tous les risques de faire avorter la transition. Sans être accompagné d’ouverture politique démocratique, le fonctionnement de l’économie de marché en Algérie, comme dans les autres pays du Sud, accentuera les inégalités sociales, la contestation politique et, donc, les risques d'échec. L’économie de marché tout comme d’ailleurs l’économie administrée sans démocratie a peu de chance de conduire au développement économique. Les crises sont souvent le résultat d’une gestion inadéquate des risques de rupture sociale qui font suite à la libéralisation de l’économie. C’est la démocratie et en premier lieu le pluripartisme effectif et non virtuel qui permet la gestion politique efficace des tensions sociales qui peuvent naître du marché, car elle dote le système politique de moyens de médiation aussi bien entre les acteurs sociaux qu’entre ceux-ci et l’Etat. Il faut d’ailleurs préciser que la démocratie suppose un Etat moderne et, à son tour, un Etat moderne est avant tout un Etat démocratique. Les expériences des pays à démocratie libérale révèlent que l’Etat moderne est cet Etat qui produit et assure trois conditions :
1/ Le consensus politique autour de la loi fondamentale, la Constitution démocratiquement adoptée et respectée par tous ;
2/ la cohérence administrative qui assure à tous l’égalité devant le service public ;
3/ la cohésion sociale qui traduit la citoyenneté.
1- L’Etat moderne sait organiser l’élaboration pacifique d’un compromis outre les intérêts collectifs antagonistes présents dans le corps social. Ce compromis est ensuite traduit en règles de vie collective nouvelles : le droit. L’Etat moderne est doté de la «légitimité démocratique» et le droit est d’abord au service de la lutte contre toute forme de dictature.
2- L’Etat moderne doit aussi savoir organiser l’égalité de traitement de l’ensemble des administrés devant l’accès aux grands services publics (éducation, santé, sécurité publique, solidarité fiscale). L’Etat moderne n’admet ni réseaux relationnels, ni relations de pouvoir. L’Etat moderne se définit par l’équité, c’est-à-dire l’égalité des chances des citoyens.
3- Enfin, l’Etat moderne est celui qui sait assurer le développement du sentiment national. Ce sentiment qui se traduit par l’acceptation partagée des institutions communes qui permettent l’élaboration pacifique d’un compromis social. Le sentiment national est ce sentiment d’appartenir à un ensemble cohérent et porteur d’équité.
Un mot pour conclure : l’Algérie fait de la relance économique, c’est bien. Elle se désendette, c’est aussi bien. Mais c’est la mobilisation de tous les acteurs sociaux qui, seule, peut assurer de déboucher sur des résultats probants de notre économie. Et cette mobilisation exige le débat, la délibération, le dialogue. Le succès économique exige la démocratie politique.
A. B.

Source : http://lesoirdalgerie.com

 

Category : ALGERIE / ECONOMIE ET FINANCES - 1 | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |