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 La jeunesse algérienne entre le désir d’avenir et l’emploi informel.

25/4/2010

 

La jeunesse algérienne entre le désir d’avenir et l’emploi informel.

L’économie informelle regroupe toutes sortes d’activités diverses et variées, telles que le trafic de drogue, le proxénétisme ou l’emploi non déclaré dans de grandes firmes internationales. En effet, du pourboire que l’on donne aux gardiens de parking improvisés à la corruption, au travail au noir des transports clandestins ou de la petite escroquerie financière au grand banditisme, qu’elle soit licite ou non, l’économie parallèle est présente partout en Algérie.

En complément des dispositifs d’insertion professionnelle que l’Etat développe en direction des jeunes, il nous semble productif d’instituer un dispositif réglementaire afin d’intégrer l’emploi informel dans la sphère économique. Le terme d’économie informelle, qui désigne pour les uns une manière d’arrondir les fins de mois ou d’éviter le fisc, est dans sa réalité une solution de survie pour les autres. Inventé en 1972 par les institutions, en particulier la Banque Mondiale et le BIT (Bureau international du travail), il désigne les activités d’utilité économique et sociale qui se développent en dehors des structures institutionnelles classiques que sont les entreprises ou les administrations par exemple, et à l’écart des règles de l’échange monétaire.

Ainsi, toute activité de production, licite ou illicite, qui ne rentre pas dans les tableaux statistiques de la comptabilité nationale, en l’occurrence le PIB (Produit intérieur brut), fait partie de l’économie informelle. De plus, qu’elle soit permise par la loi ou interdite par cette dernière ou par la morale, l’économie souterraine a touché et touche encore toutes les civilisations, aussi bien à travers le temps que dans l’espace. Ainsi, du troc de nos ancêtres au commerce de rue actuel, il n’y a qu’un pas. Toutefois, l’économie informelle regroupe toutes sortes d’activités diverses et variées, telles que le trafic de drogue, le proxénétisme ou l’emploi non déclaré dans de grandes firmes internationales.

En effet, du pourboire que l’on donne aux gardiens de parking improvisés à la corruption, au travail au noir des transports clandestins ou de la petite escroquerie financière au grand banditisme, qu’elle soit licite ou non, l’économie parallèle est présente partout en Algérie, à un degré ou à un autre, y compris dans les plus grandes firmes qui ne déclarent pas leurs employés comme le reconnaissent les officiels du secteur du travail. L’existence d’un secteur dit informel dans l’économie est connue de tous, de même que son importance quant au nombre de travailleurs et de familles qui en vivent.

Ce phénomène, alternative vitale pour des catégories d’âges diverses, des femmes au foyer, des adultes ayant perdu leur emploi, et même des enfants, est cependant caractéristique de la population juvénile, qui arrive sur le marché de l’emploi. Ceux qui tentent de comprendre pourquoi l’informel existe se disputent, depuis longtemps, les explications variant en fonction des approches. Ainsi, les analystes inspirés par les théories de la modernisation voient dans l’informel une stratégie de survie pour ceux qui ne sont pas encore inscrits dans les circuits formels. Pour ce courant, en effet, les pays en développement doivent s’inspirer du modèle occidental, voie unique à suivre par tous. Même si ces analystes s’émerveillent devant la capacité d’invention des populations qui doivent se débrouiller pour survivre, ils considèrent que l’idéal est d’arriver à formaliser toute l’économie : contrat, respect des lois, présence dans les statistiques, voire organisation syndicale classique.

Par contre, ceux qui s’inspirent du respect des valeurs culturelles soulignent que l’économie informelle est une économie solidaire, issue des traditions communautaires, et qui incarne une forme de résistance à l’uniformisation des relations de travail selon le modèle industriel occidental. Ils argumentent, notamment, leur théorie dans le fait que l’objectif est de créer des emplois et que ceux-ci sont souvent attribués à des parents, des proches... (l’emploi familial qui se développe chez nous et qui consiste à confier les tâches de distribution aux enfants et celles de production aux parents de produits alimentaires ou artisanaux, par exemple). Ils valorisent, dès lors, positivement ce type d’activités, qui devraient être sauvegardées. En effet, un ministre en charge de l’économie a reconnu récemment que ce laisser-faire est utile pour préserver la paix sociale, l’Etat étant incapable de fournir du travail à tous. Dans cet esprit, les manques à gagner fiscaux sont considérés par l’Etat comme des transferts sociaux de fait !

Enfin, un troisième courant présente le secteur informel comme conséquence de l’évolution du système économique qui laisse sur la marge les plus faibles et les moins qualifiés. En Algérie, le travail informel est de grande ampleur. Il peut être considéré comme un palliatif ou même une solution à la chute de l’emploi et du chômage dans le secteur formel, surtout depuis la fin des années 90 (politique d’assainissement de l’économie adoptée à l’occasion de la réunion du gouvernement du 4 décembre 1996, qui a vu des licenciements en masse de travailleurs du secteur économique, et l’instauration du départ à la retraite sans conditions d’âge en 1997, d’où son importance. Il s’est imposé, dès lors, comme une alternative viable en termes de revenus. Durant ces années, le travail informel était considéré comme une menace et un danger pour l’économie nationale. Il était perçu comme un fléau social par les tenants de l’orthodoxie commerciale et économique, d’autant plus que son éradication était une contrainte pour le gouvernement, imposée par le FMI et la Banque mondiale, principaux bailleurs de l’Algérie à l’époque.

A ce sujet, nous avons tous assisté aux campagnes d’éradication du commerce informel menées par les autorités durant les années 90, dans le cadre du slogan de la moralisation de la vie sociale. Depuis, la crise sécuritaire et, récemment, économique sont passées par là ! Actuellement, il s’est imposé comme un secteur contribuant à la richesse nationale. Dans un contexte de crise et dans une conjoncture économique difficile pour l’économie nationale malgré l’embellie financière des années 2000 et les différents plans de relance de l’économie, le travail informel continue de constituer donc un substitut ou un complément, c’est selon, à l’emploi formel.

L’emploi dans ce secteur a connu une évolution remarquable. Ce qui le spécifie, c’est une dynamique d’expansion, de saturation, de prolifération et la mise au travail de catégories vulnérables. Les politiques publiques tentent par des actions spécifiques de domestiquer ce phénomène, notamment par la distribution de locaux aux commerçants non inscrits, la facilitation de l’obtention des micro-crédits ou par la création de petites entreprises (Anseg, Angem...). Cependant, dans l’objectif d’une intégration sociale réussie, les dispositifs existants, étant plus destinés à l’insertion, l’Etat est interpellé à l’effet de maîtriser ce phénomène de l’emploi informel !

Ceci revêt à notre sens une importance capitale pour deux raisons essentielles au moins :

1- à l’échelle de la collectivité

La maîtrise du phénomène, par la conception d’un cadre réglementaire approprié, permet à l’Etat de l’intégrer dans la sphère économique nationale, pour une meilleure lisibilité des indicateurs économiques (taux de chômage effectif, PIB, etc.) Pour ce faire, des mesures d’accompagnement devront êtres mises en place :
- sur le plan fiscal, l’allégement ou exonération par exemple ;
- sur le plan social, le droit à la protection sociale, à la retraite, au logement pour les célibataires par exemple ;
- sur le plan juridique et de la protection sanitaire, statut fixant les droits et obligations, réhabilitation du commerce ambulant, réglementation des espaces, contrôle de conformité, de l’hygiène...

2- A l’échelle de l’individu

L’intégration de l’individu qui s’adonne à la pratique du commerce informel (pouvant donc être illicite ou dangereux), dans un cadre reconnu par la collectivité, participe, à notre sens, au sentiment d’appartenance à cette dernière. Cette reconnaissance sécurisante est déterminante dans la cohésion sociale, dans la mesure où l’individu acquiert ainsi un statut social. Celui-ci se manifeste à travers les droits de l’individu (droit au logement, droit à la sécurité sociale, droit à la retraite...). Il se manifeste aussi à travers ses devoirs (cotisations par l’affiliation aux différentes caisses, sécurité quant à son avenir, ce qui lui permet de faire des projets d’installation matrimoniale ou résidentielle…).

H. M. : Université Mentouri Constantine

 Par Hocine Meraïhi

Source : http://www.elwatan.com

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