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 Algérie:LA FUITE DES CAPITAUX PREND UNE AMPLEUR SANS PRÉCÉDENT

16/5/2010

devises internationalesLA FUITE DES CAPITAUX PREND UNE AMPLEUR SANS PRÉCÉDENT
Les complicités sont multiples en Algérie

Eté 2009, quelque part à l'est du pays, dans une wilaya pas très loin de la frontière, un accident de voiture, de nuit : les pompiers découvrent sous les banquettes arrière du véhicule endommagé une énorme somme d'argent en euros. Le conducteur sérieusement blessé et encore conscient propose aux «soldats du feu» une forte récompense s'ils acceptent de camoufler leur découverte : ces derniers refusent. Le commissaire de permanence fait le décompte : il y en avait pour un million d'euros ! La pays voisin servant de transit, cet argent prenait le chemin du sud de l'Europe, ou de la Turquie ou de l'Asie ou d'un des pays du Golfe.
Ce type d'opérations criminelles au regard de la loi algérienne est malheureusement — sans vouloir faire de jeu de mot —, monnaie courante. Pour une «fuite» découverte, combien y aurait-il de «réussites» ? Aucune frontière ne résiste à ce fléau : ni terrestre, ni maritime, ni aérienne. Face à l'explosion de la fuite des capitaux, les pouvoirs publics sont à la fois incompétents, impuissants et complices, et ne font pas grand-chose pour juguler l'hémorragie. Qui sont derrière ces «passeurs » ? Les barons de l'économie informelle ayant des protections en haut lieu, les chefs des réseaux de la drogue et de la contrebande de cigarettes, des entrepreneurs véreux ayant bénéficié — moyennant corruption — de gros marchés publics, des sociétés étrangères profitant du laxisme généralisé qui gangrène les organes de contrôle et de répression, des fonctionnaires de différents grades et réputés intouchables et non «contrôlables» qui offrent leurs «services» par milliers, etc. C'est ainsi que ces dernières années, plusieurs dizaines de milliards de dollars ont pris la poudre d'escampette vers des horizons plus sûrs et plus cléments. Ce phénomène s'est accentué ces derniers mois à la faveur des révélations de grands scandales de corruption : faire vite (et dans la précipitation) pour essayer de placer à l'étranger ce qui peut l'être encore, avant qu'il ne soit récupéré par l'opération «mains propres» en cours, même si elle n'est que conjoncturelle. Cette fuite de capitaux est menée aussi à travers les banques, pas uniquement algériennes, à la faveur d'opérations scabreuses «d'import-import». Les filiales algériennes de grosses banques étrangères ne doivent pas être étrangères à ce type de pratiques. Pourquoi ces filiales seraient-elles épargnées par les «écarts de conduite » de leur maison mère, écarts signalés tous les jours un peu partout dans le monde ? Les plus de 500 milliards de dollars de la commande publique mobilisés par l'Etat entre 1999 et 2014 sont la cible de toutes sortes de prédateurs, algériens et étrangers, et les grandes internationales vertueuses ça n'existe pas : elles ont toutes été frappées de scandales de toutes sortes !
L'information venue d'ailleurs
Le phénomène qui a pris de l'ampleur en Algérie a alerté un certain nombre de pays «réceptacles» de cette fuite, ces pays craignant par ailleurs qu'une partie de cet argent ne soit blanchie et finance le terrorisme. Dans les récentes grandes affaires de corruption (autoroute, Sonatrach, pêche, hydraulique et eau, chemins de fer, etc.), l'information faisant état de placements bancaires suspects et d'acquisitions immobilières non régulières à l'étranger par des Algériens (notamment en Europe et aux Etats- Unis) a été transmise aux services algériens de sécurité par leurs homologues européens et américains, transmission accompagnée de pression ferme pour que l'Algérie commence à juguler ce fléau à la source. Un exemple de ce type d'informations «venues d'ailleurs» est presque passé inaperçu, il y a une année de cela. Le 29 mai 2009, une société étrangère du nom de Secure Finance (voir encadré ci-dessous) publiait en diffusion mondiale une dépêche intitulée «Un réseau de blanchiment entre la France et l'Algérie surveillé par les polices des deux pays» où on apprenait notamment que «les polices française et algérienne enquêtent sur un réseau international de blanchiment d'argent et de détournement de fonds, opérant en Algérie, en France et en Espagne. Quelque 300 millions d'euros en provenance d'Alger et Oran ont été transférés en 2007 et 2008 à l'étranger et investis dans l'immobilier en France et en Espagne ou déposés dans des banques françaises et espagnoles. Des rapports des attachés militaires auprès des ambassades algériennes à l'étranger auraient révélé que des responsables algériens possèdent des appartements et des villas à l'étranger. Ces rapports indiquent que les proches de ces responsables sont devenus, au cours des dernières années, de grands investisseurs à l'intérieur comme à l'étranger». Fin de citation.
A l'ouest, du nouveau ?
Au-delà des montants en jeu et des pratiques révélées, cette courte dépêche — au contenu on ne peut plus sérieux et crédible —, contient des informations très révélatrices et qui peuvent expliquer en partie que quelques mois plus tard en Algérie remontent en surface de gros dossiers de corruption. Dans son édition du mai 2010, le Quotidien d'Oran est revenu sur cette affaire de «Transfert illégal de capitaux vers l'Espagne», annonçant que 42 personnes ont été arrêtées et que «la somme totale transférée en espèces et déposée dans des banques espagnoles équivaudrait à 400 millions d'euros, voire les dépasserait». Si le même quotidien précise «qu'aucune indication sur l'identité des personnes impliquées dans cette affaire n'a encore été divulguée», il faut rappeler qu'en 2009, un journal à grand tirage (certainement abusé) avait consacré des pages entières à un promoteur immobilier d'Oran, tout en le disculpant — un étrange «publi reportage» qui ne dit pas son nom : ce promoteur était accusé d'être un «fuiteur» de capitaux, ses chantiers et ses comptes bancaires ayant été bloqués. Rien n'est fait de concret et de durable par le gouvernement pour freiner l'hémorragie : comment peut-il en être autrement, faute de volonté politique ? Il serait suicidaire pour le pouvoir de se tirer une balle dans le pied.

Djilali Hadjadj

Source : http://lesoirdalgerie.com

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