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 Contribution : À Propos de l’ouvrage de Saïd Sadi, Amirouche, une vie, 2 morts, un testament

22/5/2010

 

Contribution : À Propos de l’ouvrage de Saïd Sadi, Amirouche, une vie, 2 morts, un testament
Par M. Hassani Abdelkrim*

À la lecture de certains passages du livre de M. Saïd Sadi et des commentaires qu’il a suscités auprès de quelques lecteurs dont des compagnons d’armes, je me suis surpris par la tentation combien forte de porter à mon tour, permettez l’expression, mon grain de sel. Non que je sois propulsé par quelque plaisir de me joindre au débat autour d’un sujet qui a soulevé autant de polémiques, d’invectives, d’opinions contradictoires, notamment sur le parcours du chahid Amirouche, mais principalement pour d’autres raisons que j’estime plus objectives.

La première est motivée par le respect que l’on doit à l’auteur de l’ouvrage pour avoir effectué des recherches, prospecté, et livré au lecteur des témoignages, souvent de première main et cela quelles que soient ses convictions personnelles, que tout le monde, bien sûr, y compris moi ne partage pas en totalité. L’essentiel est que Sadi ait écrit et exprimé son avis. À notre tour d’intervenir pour éventuellement rectifier, démentir, ou confirmer les faits livrés par le récit. À ce titre, que M. Sadi me permette d’apporter quelques témoignages personnels, en ma qualité d’ex-responsable au sein du Commandement des Transmissions, donc d’acteurs autour de certains faits se rapportant au sujet. En premier lieu, je tiens à exprimer ma plus vive réprobation sur les conditions dans lesquelles les dépouilles du colonel Amirouche et de son compagnon Si El Haouès ont été traitées avec autant de désinvolture. Ma perplexité est d’autant plus vive que je ne trouve aucune motivation rationnelle justifiant cette décision de séquestration qui découlerait plutôt d’un geste morbide, que d’une attitude que la raison pourrait saisir, je dirais même déchiffrer et cela quel que soit le motif politique ou autre qui le justifierait. Ceci étant, il reste qu’en revanche, il faille démontrer, comme on le prétend, que Boussouf ou Boumediène soient directement impliqués dans cette relégation de mauvais aloi. Oh ! que M. Sadi ne m’en veuille pas outre mesure, je ne fais partie d'aucun noyau dur du MALG, ni suis membre d’un quelconque cabinet noir. Je suis membre d’une association civile où je siège avec mes compagnons d’armes, au gré du hasard de l’Histoire, sans tirer aucun profit, encore moins une quelconque prébende autre que le rappel de certains souvenirs communs. Ces compagnons me connaissent parfaitement bien pour quelqu’un qui s’exprime au grand jour au prix bien souvent de risques que j'assume et que j’assumerai toujours. Pour les besoins de la manifestation de la vérité, ou pour la défense des droits légitimes. Je n’en attends rien d’autre. En revanche, je me garde autant que faire se peut de verser dans l’amalgame ; à Dieu ce qui appartient à Dieu et à César... Pour revenir aux deux responsables précédemment cités, j’informerais de la façon la plus fraternelle M. Sadi que d'une part, Boussouf, a cette époque, c'est-à-dire depuis 1962, n’était ni de près, ni de loin mêlé aux affaires politiques du pays. Et je l’affirme avec conviction qu’il n’avait rien à voir avec le transfert des cendres des deux martyrs ni encore moins de leur tribulation d’un caveau à un autre. À partir du dernier congrès de Tripoli, Si Boussouf avait compris que l’heure de son départ a sonné. Il s’est retiré, sans crier gare, je dirais aussi sans tambour ni trompette. J’ajouterais que son tempérament aigre-doux et son penchant instinctif pour la raillerie à l’égard des choses de la vie ont dû le conduire à observer avec une bonne dose de philosophie le grand spectacle qui se déroulait en Algérie depuis l’indépendance, teinté d’agitations burlesques où le vaudeville se le disputait aux quelques pincées de folklore. Il devait, désarçonné devant le chamboulement qui déployait à ciel ouvert, clamer avec le poète français du Moyen-Âge : Mais où sont les neiges d’antan ? Quant à Si Boumediène, j’ai cru ouïdire à cette époque qu’il projetait de donner un éclat particulier au transfert des cendres des deux héros devant reposer au cimetière El-Alia, accompagné d’une cérémonie officielle digne du rang, du courage et de l'exemple que les deux martyrs ont administrés sur le champ de bataille. Cette hypothèse que j’avance, encore une fois par ouï-dire, reste à confirmer. Cependant, il me semble qu’il existe à présent quelques témoins vivants de cette péripétie bien plus triste que nécrologique, lesquels témoins pourraient apporter quelque éclairage nécessaire à la manifestation de la vérité. Les autres raisons que j’invoquerais pour justifier ma contribution sont les suivantes :
1. Les services spéciaux ainsi que ceux des Transmissions ont été créés à partir de juin 1956 par la Wilaya 5 et sur ses fonds propres pour les besoins de la Wilaya. Ils n’étaient pas à l'origine destinés à l’ensemble du territoire. Du reste, Si Boussouf, qui était responsable de la Wilaya de l’Ouest, n'avait ni les prérogatives ni l'autorité hiérarchique le qualifiant pour ce faire. Ce n’est qu’une fois cette arme éprouvée sur le terrain et s'imposant en tant qu'instrument de guerre nécessaire, voire vitale pour les besoins de la coordination qu’il fut décidé, en accord avec Si Boudiaf chargé de la coordination, que les autres wilayas en soient dotées. Le témoignage du colonel Amirouche qui insistait sur la nécessité de disposer d'un équipement complet avec une structure de dépannage est suffisamment éloquent quant à la contribution du service des Transmissions en tant que moyen de la plus haute importance. Il reste que pour ce qui est attribué au colonel Amirouche quant à ses appréciations sur la dotation de la Wilaya III qu'il estime insuffisantes, des questions se posent. Le chef de la Wilaya III aurait déclaré : «C'est une question qui nous tient à cœur car cette carence tend à faire croire à une volonté de négliger la Wilaya III ou à du régionalisme de la part tout au moins des responsables des Transmissions...» (Amirouche, page 126, paragraphe 4). Il m'est difficile de croire que le colonel Amirouche ait pu avancer une telle déclaration tant tout le monde sait que la formation de dépanneurs exige du temps et de l'expérience. Cependant, j’affirme en tant que responsable du service et j’atteste que hormis la Wilaya V, génitrice des services spéciaux et des Transmissions et qui disposait de quelques embryons aux frontières pour les besoins de la formation et de relais pour les autres régions du pays, seule la Wilaya III, à l'exclusion de toutes les autres, était dotée d'une structure de dépannage conduite par le jeune Omar, au niveau de la station affectée à cette dernière (la Wilaya III) et dirigée par les deux chefs de station, les jeunes Ladjali Mohammed Lahbib et Aït Hammi Tayeb. Cette affectation préférentielle est du reste largement méritée en ce sens que la Wilaya, outre qu’elle avait souffert péniblement des opérations militaires ennemies, devait être en contact avec Krim Belkacem, son ex-responsable, et donc devait bénéficier d’un statut préférentiel largement mérité. L’aura et la considération dont bénéficiait le chahid Amirouche étaient tellement partagées, que son nom fut donné à la 7e promotion de l’Est, hommage que le chef de la Wilaya III avait largement mérité. J’ai eu l'honneur de présider à la formation de ces jeunes opérateurs qui, au moment de leur affectation, avaient à peine l’âge de I'adolescence. J’ai aujourd'hui les larmes aux yeux quand je vois ces gamins ouvrant les yeux sur le monde qui les entoure, ne percevant que le sacrifice qui les attend en tant que prix pour la liberté et la dignité et quelquefois l’incompréhension de la part de certains responsables de Wilaya qui ne voyait comme moyens de combat que le fusil. Quant aux autres armes modernes telles que les télécommunications ou le renseignement, elles n’avaient pas à leurs yeux la même priorité. Aussi, j’aurais souhaité que Si Sadi manifestât quelque sensibilité à l’endroit de ces héros sans visage, qui, à peine sortis de l’école et du foyer natal, se sont lancés dans un combat tout à la fois cruel et inégal comme je m’attendais à ce qu’il (Sadi) évite par une sorte d'amalgame fait de clins d’œil, pouvant susciter dans l’esprit de certains revanchards l'achèvement dans une deuxième mort non seulement d’Amirouche, mais des centaines d'autres, dont I’héroïsme sur le champ de bataille n’a d’égal que la pureté de leur âme.
2. Vous voyez M. Sadi que les combattants de l’ombre n’ont fait qu’obéir aux ordres de la Révolution. Ils ont rejoint la Révolution pour prendre le fusil. On leur a demandé, compte tenu des circonstances de la guerre et peut-être de leur niveau relativement élevé, de mettre leur intelligence au service de la Révolution. Ils I’ont fait sans discussion, ni murmure, obéissant à leur conscience, emportant avec eux et le fusil et l’émetteur. Que peut-on leur reprocher, si Boussouf et Boumediène se trouvaient là au moment du rendez-vous pour le sacrifice. Et en supposant même que pour des raisons qui vous importent et que je m’interdis de discuter, ces deux responsables soient condamnables, Aït Hammi qui est mort au moment où il allait transmettre son message, fait-il partie du noyau dur ou du cabinet noir ?
3. Enfin, j’aurais beaucoup de choses à dire au sujet de ce que j’ai observé avec ces hommes, j’allais dire des imberbes qui se sont lancés à l’assaut de Goliath. Eux, des David, souvent pieds nus et ventre vide et bien souvent malaimés par un entourage porté hélas souvent sur ce qui est perceptible dans l'immédiat et qui voyait l’émetteur comme une charge supplémentaire dont l’efficacité n’apparaissait pas à l’évidence. À mon sens, ils constituent la quintessence de notre composante humaine parce qu’ils étaient tout simplement animés d’un rêve. Un rêve, et là je suis d’accord avec vous, réalisé à moitié.

Lire le témoignage d’un des officiers de l’ALN, en l’occurrence le frère Debah, paru dans El Watan le 18/8/2008

* Officier de l’ALN, responsable national de la formation des opérateurs radio, durant la guerre de Libération, commandant de la base nationale Didouche- Mourad.

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