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 La mondialisation de l’économie ne profite pas à tous les pays

18/6/2010

 

La mondialisation de l’économie ne profite pas à tous les pays
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

Si l’on en croit les institutions financières internationales qui font d’ailleurs, écho aux économistes libéraux, la mondialisation de l’économie procure beaucoup de bienfaits. Toutes les économies nationales en tirent profit et l’ouverture des marchés et le libre-échange généralisé, la libéralisation financière et les mouvements de capitaux qu’elle permet ont été à l’origine de l’accroissement des richesses mondiales et le rattrapage des retards dans les pays les plus pauvres se réalise chaque jour un peu plus.
Ces analyses et les conclusions qu’elles veulent mettre en relief sont-elles justes et se vérifient-elles empiriquement ? C’est la Banque mondiale elle-même, qui, sur la base d’une étude qu’elle a réalisée, révise quelque peu sa position et révèle que le bilan de la mondialisation de l’économie n’est pas aussi positif qu’il ait pu apparaître. L’étude de la Banque mondiale souligne même qu’il est mauvais par certains endroits. Il est vrai que certains progrès ont été indéniables. Ainsi dans le domaine de la santé et de la qualité de vie, l’espérance de vie a gagné dix ans dans les pays développés (69 ans en 1960 ; 79 ans en 2007), elle a progressé de 21 ans dans les pays en développement (45 ans en 1960, 66 ans en 2007). Même en Afrique subsaharienne, très affectée par le sida, l’espérance de vie est passée de 41 ans en 1960 à 50 ans en 2007. Dans le domaine de la création de richesses, le PIB produit par un habitant de la planète est passé de 2 409 dollars par an en moyenne en 1960 à 5 964 dollars en 2007. Dans les pays pauvres, il a également progressé passant de 236 dollars en 1960 à 415 dollars en 2007 mais ce sont surtout les pays d’Asie qui ont tiré leur épingle du jeu de la mondialisation. Deux exemples sont suffisamment parlants à ce titre : la Corée du Sud et la Chine. En Corée du Sud, le revenu par habitant s’élevait en 1960 à 13% de celui des pays riches. Il dépasse en 2007 les 50%. En Chine, ce revenu par habitant représentait 1% de celui des pays riches en 1960. Il est de 6% aujourd’hui. Mais les économistes spécialistes de l’Asie nous rappellent : «Ce n’est pas en appliquant la vulgate libérale à la mode depuis trente ans que les pays asiatiques ont réussi leur décollage. Ils lui ont résisté au contraire tout en sachant tirer profit de la libéralisation des échanges et de la mondialisation. Ils ont su protéger leurs marchés et leurs entreprises en appliquant des politiques industrielles volontaristes selon les préceptes mercantilistes les plus traditionnels.» En dehors de l’Asie de l’Est, les réussites économiques restent bien rares. Le Brésil, par exemple, a vu son niveau de vie relatif régresser. En 1960, chaque Brésilien gagnait en moyenne 17% de ce que gagnait un habitant des pays riches. Ce ratio est tombé à 15% en 2007. Le Mexique est un autre exemple de régression du niveau de vie de ses habitants. En 1980, un Mexicain touchait environ 30% en moyenne du revenu d’un habitant des pays riches. En 2007, il ne touchait plus que 27%. En Afrique, le constat de la régression est encore plus net. Au Nigeria, par exemple (147 millions d’habitants, le géant de l’Afrique), chaque habitant disposait en 1960 de 3,5% en moyenne du revenu d’un habitant des pays riches. En 2007, il ne touche plus que 1,5% malgré l’envolée des prix du pétrole. Dans les aspects positifs de la mondialisation, on peut noter aussi que l’illétrisme a nettement reculé dans le monde et notamment dans les pays du Sud. Ces points positifs ayant été rappelés, il reste bien que la mondialisation libérale de l’économie affiche un bilan plutôt mauvais. En privilégiant à l’excès la liberté des flux commerciaux et financiers, cette mondialisation telle qu’elle est intervenue depuis une quarantaine d’années a accru les inégalités entre les pays les plus riches et les plus pauvres et entre les habitants de chacun de ces groupes de pays comme nous l’avons montré. En quarante ans, le commerce mondial a explosé. En 1970, les importations et les exportations représentaient quelque 20% du PIB des différents pays. En 2007, ce chiffre est passé à 51% en moyenne mondiale. Et c’est dans les pays les plus pauvres que cette proportion a le plus progressé. Mais ce processus n’a pas accéléré la croissance des revenus des habitants de la planète. Et il faut surtout souligner que l’écart qui caractérise le revenu par habitant entre les pays riches et les pays pauvres a triplé entre 1960 et 2007. Cet écart est le suivant : en 1960 le revenu par habitant des pays riches représentait trente fois celui des pays pauvres. En 2007, il représente 89 fois. Ces écarts colossaux de niveau de revenus au moment même où les niveaux de vie se sont rapprochés accentuent la pression migratoire et ses innombrables drames humains. Le malaise est également profond dans les pays riches où les pauvres s’appauvrissent et les riches s’enrichissent. L’Etat providence et sa protection sociale sont remis en cause au nom de la compétitivité et de la rentabilité ; la concurrence sur les salaires est intense et produit une forte pression à la baisse avec comme conséquence une sous-consommation des salariés, une crise des débouchés et un laxisme dans l’offre de crédit aux ménages qui se surendettent. La mondialisation a enfin produit un développement sans précédent de l’urbanisation : en 1960, 33% de la population de la planète vivaient dans les villes, en 2007, 50%. Et c’est surtout dans les pays du Sud que cette urbanisation avec tous ses problèmes s’est le plus développée : en 1960 24% de la population vivait en zone urbaine et en 2007, 44%. Et la Banque mondiale prévoit qu’en 2025, toutes les plus grandes villes du monde se situeront dans les pays du Sud à l’exception de Tokyo et New York. Il faut enfin souligner que la mondialisation a soumis l’espace national où la régulation politique et la redistribution s’exerçaient à l’espace économique planétaire qui impose sa logique de fonctionnement non contrôlée. Les crises financière et économique actuelles en sont le signe révélateur le plus fort.
A. B.

Source : http://lesoirdalgerie.com

 

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