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 ALGÉRIE- France : Une clarification des relations s’impose

10/7/2010

 

France AlgérieALGÉRIE- France : Une clarification des relations s’impose
03 Juillet 2010

Bientôt 50 ans depuis que l’Algérie a accédé à l’indépendance tandis que s’impose de plus en plus une clarification des relations bilatérales algéro-françaises après la succession de mini-crises qui ont marqué l’année 2009 et le début de l’année 2010. Pour comprendre les enjeux qui y sont liés, il est important d’évaluer les facteurs objectifs qui ont imposé une certaine distanciation des liens économiques entre les deux pays et d’évoquer les facteurs qui militent, à l’inverse, en faveur d’un rapprochement des relations entre Alger et Paris, afin d’en prévenir toute banalisation. On peut citer au moins quatre facteurs de distanciation.

a)C’est avec l’Europe (dans un premier temps avec les 15 pays membres qui ont conclu avec l’Algérie, en 2002) que l’Algérie est censée envisager son partenariat dans les années à venir et non avec la France exclusivement. C’est en parfaite connaissance de cette situation que la France a accepté de participer à cet accord;

b)L’entrée en puissance depuis 2000 de nations émergentes dans les domaines de la coopération où la France possédait naguère un avantage indéniable, au sein des Etats dits de la Triade (Europe, Etats-Unis et Japon) introduit par la force des choses un élément de diversification obligé qui s’impose du reste à l’ensemble des partenaires historiques de la France (et singulièrement les Etats africains);

c)L’impact du taux de change de l’euro qui certes, pénalise les entreprises françaises exportatrices mais surtout alourdit le montant des contrats pour la partie algérienne. Celle-ci est tenue, en vertu de la réglementation sur les marchés, de faire prévaloir l’offre commerciale la plus compétitive, dès lors que les offres techniques des différents soumissionnaires seraient équivalentes;

d)La circulation des personnes ayant tendance à devenir presque inversement proportionnelle à la circulation des marchandises et des capitaux entre l’Algérie et la France, les autorités algériennes considèrent qu’il serait disproportionné de maintenir intact le flux des échanges commerciaux avec la France, alors qu’aujourd’hui une forte proportion d’Algériens (âgés de 20 à 55 ans) ne parvient pas à obtenir un visa touristique; situation que l’opinion publique algérienne admet d’autant moins volontiers que les dossiers rejetés le sont sans motif et une bonne partie de leurs titulaires guère candidats à l’émigration.

Ceci dit, les autorités politiques des deux pays disent vouloir éviter toute banalisation des relations bilatérales. Les raisons qui y conduisent seraient les suivantes:

a)La présence de quelque quatre millions de nos compatriotes en France dont une grande partie est binationale;

b)La circonstance que le français est la première langue étrangère en Algérie et est appelé à le rester;

c)La contribution (de plus en plus dense) au développement du pays de la migration hautement qualifiée qui réside principalement en France;

d)La nécessité pour l’Algérie et la France de nouer un dialogue indispensable pour réguler les flux humains en provenance de toutes les régions du monde qui convergent vers la Méditerranée. Ceci suppose une clarification du rôle de chacun des deux pays, l’Algérie n’acceptant pas aujourd’hui le rôle de simple gendarme de l’Europe qui lui est assigné, principalement par la France.

Quoi qu’on puisse penser de tous ces éléments, il y aurait deux pas décisifs à franchir pour une normalisation durable des relations bilatérales: le premier est relatif au sort de la convention du 27 décembre 1968 sur la circulation, l’emploi et le séjour des Algériens en France (dont le 3e amendement remonte à juillet 2001) et le second pas porte sur la question de la repentance. Si l’Algérie entend donner une nouvelle impulsion à son partenariat avec la France, elle devra consentir à ce que la Convention précitée soit structurellement modifiée, de sorte que les ressortissants français en Algérie bénéficient des mêmes droits que les ressortissants algériens en France. Faut-il pour cela revenir au texte originel de la Convention de 1968 pour fonder le principe de réciprocité ou partir des trois amendements déjà introduits qui limitent du reste assez sensiblement la portée des droits reconnus aux Algériens? A en croire l’excellent président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, Monsieur Jacques Toubon, la France officielle appelle de ses voeux l’application du principe de réciprocité; toute la question est de savoir si le gouvernement algérien y consentira, au regard de la sauvegarde contrainte des intérêts algériens en Algérie. Si l’Algérie s’inscrit dans une perspective de banalisation de ses rapports avec Paris (il faut savoir que nombre de milieux français y sont du reste favorables), il est clair que la France n’acceptera pas indéfiniment le maintien d’une convention aux effets strictement unilatéraux. S’agissant de la repentance, devant la fin de non-recevoir qu’oppose obstinément le président français à une demande officielle algérienne qui n’est pas exempte d’ambiguïtés, il vaudrait mieux que notre pays ne s’abaisse pas à réclamer à l’Etat français de battre sa coulpe pour les crimes commis pendant la colonisation (jamais le président Boumediène, nationaliste ombrageux, s’il en fut, n’aurait subordonné la normalisation des relations algéro-françaises à une préalable reconnaissance de culpabilité de la part des dirigeants français, encore moins à une quelconque indemnisation).

Quant aux historiens, ils sont une écrasante majorité (algériens, français, américains, suisses, allemands, belges, etc.) à soutenir que le colonialisme français fut certainement un des plus odieux des derniers siècles et que les seuls apports positifs de la colonisation furent conçus au seul bénéfice de la minorité européenne(Cf. sur ce point, en dernier lieu, S.Labat, «Massacre de Sétif et récit national», Le Monde des 27-28 juin 2010).
Reste une énigme qu’aucun historien n’a pu, semble-t-il, percer. L’Algérie et la France s’apprêtaient à conclure, en 2004, un traité d’amitié auquel seul le traité franco-allemand de 1963 (ce qui n’est pas peu dire) eût pu soutenir la comparaison; d’où vient qu’aucun préalable n’ait été posé, de part et d’autre, à ce moment-là ?

alimebroukine@yahoo.com

Ali MEBROUKINE

Source : http://lexpressiondz.com

Tags : France Algerie
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