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 Déclaration au sujet de la violence généralisée en Irak et de l’assassinat de ses professeurs d’université

16/7/2010

 

Déclaration au sujet de la violence généralisée en Irak et de l’assassinat de ses professeurs d’université

Déclaration adoptée par l’Assemblée générale de la Conférence des recteurs des universités espagnoles (CRUE) du 14 novembre 2006

L’Iraq vit une terrible situation de violence généralisée. Elle s’aggrave chaque jour et n’épargne aucun secteur de la société. Cette spirale de la violence extrêmement grave n’entraîne pas seulement la ruine des conditions d’existence fondamentales de la population mais aussi la destruction des structures internes et mène la société iraquienne au bord de l’effondrement. L’Iraq s’est constitué au cours de son histoire millénaire à partir de différentes communautés dont la coexistence fut un enrichissement. Ce pays risque actuellement de s’anéantir dans une explosion de violence fanatique. Ce qui est particulièrement lourd de conséquences pour son avenir, ce sont les assassinats systématiques de professeurs d’université.

Le Directeur général de l’UNESCO, Koichiro Matsuura, a condamné, en avril dernier, les assassinats d’universitaires irakiens qui se poursuivent depuis le début de l’occupation de ce pays en avril 2003 (Communiqué de presse no 2006-31). En octobre 2005, le ministère de l’Enseignement supérieur iraquien a confirmé pour cette période l’assassinat de 146 universitaires. Actuellement le nombre de professeurs assassinés se monte à plus de 210, chiffre confirmé par plusieurs sources fiables telle l’Association irakienne des professeurs d’université. Depuis la rentrée, au moins 30 professeurs ont été assassinés, dont, le 30 octobre, Isam al-Rawi, professeur de géologie à l’Université de Bagdad et président de l’Association des professeurs d’université mentionnée ci-dessus.

L’examen de la liste des universitaires assassinés permet de comprendre l’ampleur du problème: Il s’agit de professeurs de toutes les universités et de toutes les facultés, dont la plupart sont des experts hautement qualifiés, des doyens de faculté et des membres des nouveaux organes universitaires démocratiquement élus.

A cette campagne systématique d’assassinats s’ajoute le fait que deux voitures piégées ont explosé pour la première fois à l’Université Mustansiriya de Bagdad, le 24 avril dernier, attentat qui a fait cinq victimes parmi les étudiants.

En conséquence, la Conférence des recteurs des universités espagnoles a décidé:

1. d’exprimer sa profonde consternation et de condamner vigoureusement la terrible violence généralisée dont souffre toute la population irakienne et qui vise en particulier les universitaires, car il s’agit d’une atteinte extrêmement grave au développement culturel et scientifique du pays. Elle provoque l’émigration massive de professeurs et par conséquent l’effondrement des institutions universitaires.

2. de porter plainte auprès des institutions internationales compétentes contre ces crimes et d’exiger des mesures visant à protéger tous les universitaires irakiens, en particulier auprès de l’UNESCO, de la Fédération internationale des universités et de l’Association des universités arabes dans le cadre de la Ligue des Etats arabes.

3. de s’adresser au gouvernement espagnol afin qu’il demande expressément aux autorités irakiennes et aux pays qui ont des troupes en Irak de prendre leurs responsabilités en protégeant les citoyens irakiens et, en l’occurrence, les professeurs d’université et de mener une enquête approfondie sur cette série d’assassinats.

(Traduction Horizons et débats)

***

ef./km. «Aie le courage de te servir de ta raison.» Il y a plus de 200 ans qu’en décembre de l’an 1783, le philosophe Emmanuel Kant écrivait cette phrase clef du siècle des Lumières.

Les recteurs des universités espagnoles ont montré ce que peut signifier aujourd’hui «se servir de sa raison».

Ils se sont rendu compte que dans l’Irak maltraité et terrorisé depuis trois ans par une guerre permanente, le droit est piétiné. Ils se sont rendu compte que les puissances occupantes se comportent d’une manière extrêmement brutale.

Ils se sont rendu compte que non seulement on détruisait un pays et terrorisait ses habitants mais qu’on y menait une campagne ciblée d’anéantissement de la culture millénaire et des intellectuels de ce pays. Toute vie et toute pensée autonomes doivent être exterminées avec les moyens barbares des puissances impérialistes.

Et ils se sont rendu compte qu’on ne peut et ne doit se taire plus longtemps; car la connaissance nous oblige à agir. Celui qui a connaissance de quelque chose de mal et ne fait rien se rend également coupable.

Les recteurs des universités espagnoles sont aussi un exemple pour toutes les autres écoles supérieures d’Europe pour qui la liberté de la recherche et de l’enseignement signifie encore liberté de se servir de sa raison «sans être soumis à autrui».

En ce qui concerne l’Irak, cela veut dire concrètement qu’il s’agit de remettre le droit au centre des réflexions. La philosophie des Lumières a suscité la volonté de créer une université libre de toute influence absolutiste, vouée uniquement aux sciences et à la vérité et qui réclame en conséquence la liberté de la recherche et de l’enseignement. Mais la vérité doit aussi se faire connaître publiquement. Kant a dit que les Lumières ne demandaient rien d’autre que la liberté «de faire publiquement usage de sa raison en tout».

Quelques années auparavant, Gotthold Ephraim Lessing avait montré, dans «Nathan le Sage», que le savoir ne relève pas seulement du pur esprit, n’est ni sec ni abstrait mais est au service de l’humanité. Cette idée est fondée sur le fait que tous les hommes sont des membres de la grande famille humaine («Family of Men») et qu’il n’y a aucune raison de priver un être humain des droits qui valent pour tous les hommes. C’est la base des droits de l’homme, telle qu’elle est formulée à l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948: «Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.»

L’histoire récente et l’actualité montrent que ce n’est malheureusement pas devenu une évidence et que les droits de l’homme sont violés tous les jours. Ces principes ne se réalisent pas d’eux-mêmes. Il faut les mettre en pratique.

Les recteurs des universités espagnoles ont décidé de faire quelque chose. Ils ont rendu publiques des exigences claires. Si d’autres écoles supérieures européennes pouvaient se joindre à eux, cela aurait un rayonnement énorme et un grand poids. Et ce serait un acte digne d’une Europe des Lumières.             •

 (Horizons et débats, 3 janvier 2007, 7e année, N°1)

 

Tags : Irak
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