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 Égypte : la bombe sociale

16/7/2010

 

EgypteÉgypte :  la bombe sociale
Par Abdelmadjid Bouzidi
abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

L'Egypte sociale est en crise. Une crise qui perdure malgré les quelques progrès de l’économie qui repose, on le sait, sur les quatre rentes que sont :
1/ le Canal de Suez
2/ le tourisme
3/ les revenus des travailleurs égyptiens à l’étranger
4/ le pétrole auxquels il faut ajouter, bien sûr, l’aide étrangère et notamment les aides américaines et saoudiennes.
Le retrait de l’Etat, décidé déjà par Sadate et accéléré par Moubarak, non seulement de la sphère économique mais aussi de la sphère sociale, la remise en cause de l’Etat-providence et du rôle redistributeur de l’Etat ont augmenté la précarité et la pauvreté de la majorité des Egyptiens. Les études du Pnud ont révélé que 55 % des ménages égyptiens doivent vivre avec un revenu de 90 euros par mois (quelque 120 dollars) et que 48 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté (alors que le chiffre officiel du gouvernement est de 20 %). Les statistiques sociales chiffrent à 13,6 millions de personnes les Egyptiens qui n’ont pas accès par eux-mêmes aux produits de première nécessité (enquête du Centre égyptien des études économiques). Enfin, 20 % des Egyptiens vivent en deçà des conditions d’hygiène minimale. L’indice de développement humain, cet indice calculé par le Pnud et qui rend compte principalement des niveaux d’éducation, de santé et de revenu d’une population, classe l’Egypte au 116e rang sur 177 pays. Le taux de chômage officiel est de 11 % et de 20 %, selon des sources indépendantes. Il faut aussi souligner le développement du phénomène des salariés pauvres, c’est-à-dire tous ces Egyptiens qui ont un emploi salarié mais en contrepartie d’un revenu largement insuffisant pour une vie décente.

Le secteur de l’éducation
Secteur sinistré s’il en est, l’école égyptienne dispense un enseignement de mauvaise qualité encadré par des enseignants sous-payés qui ont recours à la pratique de cours privés pour compléter leurs revenus. Une étude récente a révélé que 60 % des familles égyptiennes, soucieuses d’assurer une employabilité à leurs enfants, ont recours aux cours particuliers, ce qui, pour la plupart d'entre elles, contribue à détériorer davantage leurs revenus et donc leur niveau de vie. L’enseignement supérieur n’est pas en meilleure situation si l’on en croit l’excellente étude de Sophie Pommier Egypte : l’envers du décor (parue chez la Découverte). Les universités publiques bondées d’étudiants, dotées de peu de moyens, dispensent une formation de mauvaise qualité. Dans ce palier aussi, les familles ont recours aux universités privées égyptiennes mais surtout, pour les plus aisées d’entre elles, étrangères. Il y a au Caire des universités allemande, française, américaine, canadienne, britannique, japonaise et bientôt, annonce-t-on, russe et chinoise. Bien évidemment, cet enseignement privé est très coûteux et seuls les enfants des familles riches peuvent y accéder.

Le système de santé
La situation ici n’est pas meilleure. Les structures publiques de santé sous-équipées, sous-encadrées, dispensent des soins de mauvaise qualité constamment décriés par les Egyptiens. Le budget de santé est en diminution constante, l’Etat égyptien devant consacrer de plus en plus de ressources à son appareil sécuritaire pour faire face au terrorisme, à la délinquance et surtout pour prévenir toute révolte sociale latente. Les soins coûtent de plus en plus cher et, là aussi, un système à deux vitesses s’est mis en place : les cliniques privées et les soins à l'étranger pour les riches ; la santé publique pour les pauvres (cf. l’ouvrage l’ouvrage déjà cité de Sophie Pommier).

L’habitat
Deux chiffres suffisent à décrire la situation dans ce secteur : 40 % de la population (50 % moitié de la population urbaine) vivent dans un habitat précaire (Sophie Pommier parle «d’habitat informel»). L’offre de logement est de 100 000 par an (en moyenne) et la demande de 750 000 ! L’ensemble des études réalisées sur l’Egypte, société et économie, concluent toutes sur cinq constats que l’on peut résumer, pour notre part, en cinq points :
1) Il y a de plus en plus fragmentation de la société égyptienne : des pauvres de plus en plus nombreux, des riches qui se bunkérisent, des classes moyennes en perdition ;
2) les inégalités augmentent et la fracture entre le pouvoir et la société profonde s’approfondit ;
3) l’Etat se retire de plus en plus ;
4) la bataille est rude pour la captation des ressources ;
5) le processus d’individualisation et la rupture des solidarités sont en marche.
Face à cette situation, trois défis qui sont rappelés par l’opposition égyptienne doivent être relevés par l’Etat :
1 - Consolider, en l’améliorant, la croissance économique.
2 - Redevenir redistributeur comme l’a été le nasserisme.
3 - S’assurer du respect des «règles du jeu» de la part des opérateurs privés sur lesquels l’Etat s’est déchargé d’une partie de ses fonctions.   
Aujourd’hui, l’Etat égyptien s’est recroquevillé principalement sur le registre sécuritaire, se désengageant de plus en plus des autres fonctions qui fondaient sa légitimité. Les chercheurs et analystes égyptiens sont arrivés à la conclusion que «le régime est devenu comprador : Les hommes d’affaires qui sont aujourd'hui la principale partie prenante du pouvoir n’ont pas de «projet égyptien ».
A. B.

Source : http://lesoirdalgerie.com

 

Tags : Egypte
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