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 LA GUERRE CONTRE LES MUSULMANS : Quel diagnostic, pour quel remède?

5/8/2010

LA GUERRE CONTRE LES MUSULMANS : Quel diagnostic, pour quel remède?

Par-delà son hétérogénéité et des exceptions comme la Turquie, le monde musulman est malade. Il subit, ne sachant pas réagir face à la guerre multiforme, aux désordres, aux injustices. Bien plus, il sape parfois de ses propres mains ses bases. Diagnostic: le monde musulman, depuis au moins 1989 fin de la guerre froide, est visé comme le nouvel ennemi. Il semble résister surtout sous la forme du fondamentalisme qui est une réaction irrationnelle vouée à l’échec. Faute de société du savoir et de systèmes ouverts, c’est un refuge biaisé. Sur le plan international, les puissances dominantes qui pratiquent la politique inique du double standard, deux poids, deux mesures, alimentent le désespoir, ayant besoin d’un épouvantail pour asseoir l’hégémonie. Sur le plan interne, des régimes islamiques archaïques et coupés des masses craignent le changement et se contentent d’une stabilité précaire.
La désinformation bat son plein, la guerre est multiforme, informationnelle, économique et politique. Les problèmes du monde sont globaux, on manque de stratégie globale. Les relations internationales ne sont pas démocratiques, les grandes puissances, malgré la prolifération de discours moralisateurs, ne sont pas justes, des régimes dans le monde arabo-musulman sont défaitistes et dépendants. Ils ne veulent pas se réformer. La descente aux enfers s’accélère. Tous les problèmes se posent en même temps: politiques, économiques et culturels. L’heure devrait être à la réflexion commune, à l’interdisciplinaire et à la maturation pour préparer solidairement et rationnellement l’action salvatrice. Est irrésistible ce à quoi on ne résiste pas.

Comptez sur nos propres forces
Pour un intellectuel engagé, le remède ne consiste pas simplement à dénoncer des injustices et à exprimer des opinions critiques, aussi pertinentes soient-elles, mais à énoncer des alternatives, dénouer des noeuds, proposer des lectures de la réalité, afin de favoriser une dynamique de transformation, le rapprochement entre la base et le sommet, pour la prise de conscience et de décision. Des intellectuels, marginalisés, désespèrent. Ce qui pose problème aujourd’hui, c’est moins l’incertitude en tant que telle que la démission, ou les illusions, pour établir la justice et subvenir aux besoins vitaux. Le soutien des puissances pseudo-démocratiques pour aider à sortir du sous-développement économique et des despotismes ne viendra jamais. Les intérêts mercantiles étroits et les calculs politiciens l’emportent sur l’éthique et les principes. Attendre le bon vouloir des Américains et des Occidentaux de changer de politique et de ton à notre égard, est du domaine de l’utopie, du «wishful thinking», si on ne change pas nous-mêmes.
Une nouvelle génération, intègre, compétente et engagée doit se préparer. La longétivité des potentats arabes bat tous les records. Il est choquant que malgré leurs atouts et potentialités, les pays arabes, détenteurs des plus importants fonds financiers souverains dans le monde, plusieurs milliers de milliards de dollars, acceptent l’injustice et l’humiliation que leur font subir Israël et les USA depuis des décennies. Au lieu d’assumer leur responsabilité, la démission alimente les surenchères des extrémistes. Tout le Monde arabe ressemblera un jour à Ghaza meurtrie par le sionisme, prison à ciel ouvert, si des mesures de ripostes politiques, économiques et diplomatiques ne sont pas prises. Il n’y a pas d’alternative à consentir d’énormes efforts. Pour ce faire, il faut se préparer, avoir les idées et les hommes pour bâtir sur le plan interne, comptez sur nos propres forces, les ressources humaines, asseoir une crédibilité, se faire entendre et respecter, en s’en tenant à nos principes et intérêts, quel qu’en soit le coût. Nul de sensé ne peut renoncer à forger une société où authenticité et progrès s’articulent. Ce modèle, le sionisme et les forces du culte du veau d’or le combattent.
L’impunité d’Israël dépasse toutes les limites, mais ce sont les Arabes qui sont faibles. Le régime sioniste arrogant est dans la logique intégriste terroriste, qui exploite à outrance la shoah, falsifie la question juive et la lutte contre l’antisémitisme. L’indifférence d’intellectuels occidentaux et leurs points d’aveuglement, voire leur complicité, qui n’arrivent pas à voir les impasses, couronnent le tout. Le regain de l’islamophobie, les politiques d’ingérence et de répressions hémiplégiques, le recul de l’interconnaissance et la destruction des structures de l’Etat investisseur, régulateur économique et protecteur au plan social, sont les symboles des impasses de notre temps.
Le quatrième pouvoir, médiatique, en Occident, en passe de devenir le premier pouvoir, est investi par ceux qui réfutent le droit à la différence et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Pour faire diversion, ils portent leur attention surtout sur les personnages de culture musulmane qui renient et dénigrent leur origine et sur les courants radicaux, pour mettre en avant une image répulsive, archaïque et rétrograde du musulman, figure du résistant face à la deshumanisation et à l’injustice. Ce n’est pas une question religieuse, mais politique. L’Islam peut être vécu en conformité avec le respect des droits humains universels. Les combats d’arrière-garde de ceux qui instrumentalisent la religion ou la marginalisent et la démission d’intellectuels, retardent l’émancipation et sont en contradiction avec les valeurs spirituelles auxquelles adhère la majorité des musulmans.
Face aux faiblesses et outrances réactionnaires du Sud et à celles provocatrices et immorales du Nord, à la volonté d’hégémonie totale des puissances occidentales, à leur tête les USA, la violence se consolide. La «résistance» se déverse sous la forme de l’extrémisme. D’autant que la «guerre» contre «le terrorisme international des faibles» se transforme en guerre contre les musulmans. Les extrêmes se nourrissent entre eux. Les sociétés musulmanes, qui subissent de façon directe les agressions en Palestine, en Irak, en Afghanistan, pour résister, puisent dans des coutumes tribales sous leur version archaïque. Faute de stratégie rationnelle, cela se transforme en dérives qui font le jeu de l’occupant.

L’hégémonie occidentale totale est impossible
L’Occident n’est pas monolithique. Des courants et intellectuels intègres, y compris juifs, sont engagés dans l’altermondialisation, d’autres dans la recherche d’un ordre mondial plus juste et le souci du multilatéralisme. Le remède: pour le Sud, produire des idées et des richesses et faire jonction pour changer le rapport de force devrait être le chemin. Une synergie est possible. L’enjeu sécuritaire réside aussi dans la définition du terrorisme. On doit travailler cette question au niveau international. L’Algérie pionnière peut y contribuer. D’autant, qu’au niveau arabe et africain, les conventions adoptées, sont le fruit de ses efforts. Le discernement est vital entre des actes inhumains et ceux de politiques de légitime défense, comme ultime recours. La question de la nature et des formes de la résistance, les voies et moyens pour défendre des justes causes et lutter contre l’occupant étranger, se posent.
La violence aveugle, que rien ne peut justifier, d’une minorité mortifère et manipulée, empêche l’opinion publique de constater que la résistance des opprimés et des exclus est souvent pacifique. Le chemin pris par la majorité, comme en Palestine face au terrorisme d’Etat d’Israël, est celui de la protestation permanente non violente, mais cela n’est pas connu et médiatisé. Tout en sachant que les structures politiques, économiques et sociales que la domination coloniale a produites, ne favorisent pas facilement des ripostes paisibles, éclairées et réfléchies. Les puissants produisent des damnés de la terre désespérés, qui versent parfois dans l’acte isolé pour répondre à la violence inouïe de la domination.
La fuite en avant de régimes arabes et la «cécité» de grandes puissances sont suicidaires. En particulier, ce que l’Occident ne voit pas de l’Occident doit être pensé et dévoilé. Une partie de ce qui est perçu partout dans le monde, comme un signe de l’arrogance «occidentale», tient à la façon dont elle s’est approprié la raison, la démocratie, les droits de l’homme, le principe d’une société moderne, par opposition à toutes les soi-disant sociétés traditionnelles de toutes les autres civilisations. Et partant de chercher à imposer par tous les moyens, sa version unilatérale et problématique de l’existence et de la vie en société. Situation aggravée par la politique xénophobe qui vise, selon les époques, tel ou tel bouc émissaire, pris comme épouvantail, hier le juif, aujourd’hui le musulman.

L’opinion publique n’est pas dupe
Des médias occidentaux dans un climat de soutien à la poursuite de la politique «coloniale», de terrorisme des puissants et de rapacité, soutiennent inconditionnellement la politique inique d’Israël et font de la tolérance, de la démocratie et de l’humanisme, le trait distinctif propre à l’Occident. Ils nient les autres civilisations et attribuent à leur seule culture ces traits distinctifs. Pour leur propagande, au service de la soldatesque sioniste, à l’avant-poste du libéralo-fascisme, et non point des Lumières, ils sont passés maître dans l’art de la diabolisation du musulman. Mais l’opinion publique n’est pas dupe.
Dans de nombreux ouvrages, des penseurs objectifs, comme Jacques Derrida, Pierre Bourdieu, Jean-Luc Nancy, Pierre Legendre, Amartya Sen, Noam Chomsky, Edgar Morin, Alain Badiou ont montré combien l’idée selon laquelle «la démocratie» serait une conception exclusivement occidentale est dénuée de fondement. Il est clair que les médias dominants préfèrent donner la parole aux pyromanes et non point à ceux qui visent l’universel, l’éveil des consciences et discernent.
Ce n’est pas de l’intérêt des puissances occidentales de pratiquer l’arrogance, la politique inique des deux poids et deux mesures, de favoriser l’impunité d’Israël et de laisser faire des prédateurs. D’autant que l’hégémonie occidentale totale sur le monde est impossible. Les Américains en particulier doivent se comprendre comme ayant des responsabilités pour bâtir un monde où le droit et la réciprocité doivent prévaloir. Ils pourraient réaliser leurs réformes internes, mais tant que leur politique extérieure ne pratique pas le droit et l’équité, l’avenir restera sombre. L’idéologie du choc des civilisations repose sur l’idée fallacieuse que les identités sont cloisonnées et ne sont pas en mesure de se connaître, que sur le mode du conflit. Ce qui est contraire à la vérité historique, d’autant que les problèmes sont d’abord politiques.
Il ne s’agit pas de demander naïvement aux Américains de réduire leur pouvoir, mais de l’utiliser à bon escient, de prendre conscience que l’arbitraire est contre leurs principes et contre leurs intérêts à long terme, et partant, contre la stabilité du monde. La solution doit être systémique. La peur, face à autrui différent, entretenue, amplifiée et manipulée, notamment par les sionistes, est mauvaise conseillère, elle secrète des agressions et des réactions interminables. Elle produit de la colère chez les opprimés, elle aussi mauvaise conseillère que les apprentis sorciers exploitent.
La loi de la jungle, la pratique de «la fin justifie les moyens», de la violence illimitée l’emportent sur celle de la Cité humaine qui se donne des règles, des balises et des lois. Il est clair que le monde actuel prend une bien mauvaise direction. Il a besoin de responsables, courageux et sages pour fonder de la justice. Il n’y a pas d’alternative au vivre-ensemble. Le regain de l’islamophobie n’est ni un accident, ni conjoncturel, il présage de sombres lendemains, si les musulmans n’agissent pas intelligemment. Il ne peut y avoir de paix sans justice. L’Algérie de par son histoire, peut contribuer à un monde moins injuste.

(*) Philosophe
www.mustapha-cherif.net

 

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