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 De Tipaza à Ténès : L’offre touristique reste dérisoire.

15/8/2010

Port TénèsDe Tipaza à Ténès : L’offre touristique reste dérisoire.

Tipasa, Chenoua, El Beldj, Cherchell, Sidi Ghiless, Hadjrat Enouss, Messelmoune, Gouraya, Sidi Brahim, Larhat, Damous, Beni Haoua, Boucheghal, Ténès. Voilà un parcours côtier que nous ne saurions que vous recommander, même si c’est le Ramadhan et que le mois sacré n’est pas très propice, il est vrai, aux grandes vadrouilles. Un chapelet de plages et de villes côtières que nous eûmes le plaisir de sillonner au début du mois d’août et qui nous ont émerveillés par leurs paysages édéniques, leurs plages orgiaques et leurs petits villages coloniaux, sans oublier la qualité humaine de leurs habitants.

Ténès (wilaya de Chlef). De notre envoyé spécial

Ceci pour le côté « idyllique ». Mais il faut dire aussi – et on ne le répétera jamais assez – qu’au-delà de l’aspect « carte postale », du côté « exotique » du pack « soleil, mer et montagne », le constat est régulièrement le même : celui d’un ratage total question biens et services, précisément au chapitre hébergement et restauration. Et c’est décidément le même sentiment de gâchis qui s’empare de nous chaque fois que l’on se propose une escapade à travers nos côtes, nos plaines, notre Sahara ou nos montagnes, en voyant un tel potentiel livré à la gabegie et au néant. Ce tronçon de littoral en particulier se présente comme un véritable no man’s land d’une ampleur telle que, passés les complexes touristiques de Tipasa (CET, la Corne d’or, Matarès ou encore Le Grand-Bleu de Chenoua), c’est le vide total. Même une ville aussi prestigieuse que Cherchell accuse un déficit flagrant en établissements hôteliers. Son joyau, le Césarée, ébranlé par les séismes de 1980 et de 1989, a été cédé à la DGSN et transformé en…commissariat. Sinon, « walou à l’horizon », comme dirait Slim, jusqu’à Ténès. 120 km de disette. Ni hôtel, ni station balnéaire, ni centre de villégiature, ni pas même une petite auberge pour passer la nuit. Rien. Que des camps de toile dans le meilleur des cas, obligeant ainsi les estivants désireux de profiter de la beauté de ces sites à passer leurs vacances sous une tente surchauffée, parfois sans la moindre commodité. Et ces paradis tant vantés de se transformer en enfer au moindre besoin que le vacancier lambda serait tenté d’exprimer. Survivances phéniciennes de l’antique Cartenae Après une journée entière à sauter de bus en bus, nous arrivons enfin à Ténès. L’ancienne Cartenae de son nom phénicien (ou Carthenas, d’où a probablement dérivé le nom actuel de Ténès) est située à 208 km d’Alger et à 50 km du chef-lieu de wilaya, Chlef. Ville fort prisée pour son cachet pittoresque, fortement colonial et pour ses nombreux vestiges comme l’attestent son musée municipal ou ses fameux « tombeaux phéniciens » ou encore la mosquée Maïza, l’une des plus anciennes du pays, nous dit-on, et trônant au milieu de la casbah du Vieux-Ténès, Cartenae s’impose comme une cité à l’identité bien marquée. Parmi ses hôtes les plus célèbres, citons Isabelle Eberhardt qui y vécut au tout début du siècle dernier.

Ténès est l’exemple type de la ville balnéaire ayant tout pour être heureuse, et qui, pourtant, manque cruellement d’équipements de plaisance. C’est d’ailleurs le premier constat que font ses habitants : la faiblesse de l’investissement touristique dans la région. Une carence que résume l’état de l’ancien complexe Cartenae érigé sur une magnifique plateforme surplombant la ville et dont ne subsiste qu’une carcasse en ruine. Sinon, en tout et pour tout, il n’y a que trois établissements hôteliers : deux en intra- muros, à savoir l’hôtel Fellag (aucun lien avec l’humoriste) et l’hôtel des Arts, ajouté à un troisième hôtel à Oued El Ksseb, une plage située à quelques kilomètres de Ténès sur la route de Mostaganem. « Le problème numéro 1 de Ténès, c’est son enclavement », analyse Maâmar Ibri, secrétaire général de la section UGTA de Ténès (qui compte 9300 adhérents), avant d’ajouter : « Ténès est desservie par deux routes nationales seulement, et qui sont toutes deux étroites et dans un piètre état sur certains tronçons : la RN 11 qui relie Ténès à Alger et à Mostaganem, et la RN 19 qui la relie à Chlef. On parle d’un projet pour la raccorder à Tissemssilt par la nouvelle autoroute, mais on attend de voir. » De fait, en joignant Ténès par la RN11, il nous a été donné de constater l’état de délabrement de certains tronçons, notamment celui reliant Damous à Beni Haoua, ou encore à la hauteur de la plage de Boucheghal, dont les gorges rétrécissent considérablement la voie. « L’autre grand problème de Ténès, c’est le manque d’infrastructures. Rien n’est fait pour encourager l’investissement touristique dans la région. Figurez-vous que sur 120 km de côtes entre Tipasa et Ténès, il n’y a pas la moindre infrastructure. Ce n’est pas normal ! » poursuit M. Ibri.

« L’arbre de Guerouabi »

Les conséquences de cette situation sur l’économie de la région sont fatales, souligne notre interlocuteur : « Le taux de chômage à Ténès est sûrement l’un des plus élevés sur le territoire national. Il dépasserait facilement les 60% », affirme Maâmar Ibri. Le tableau économique dressé par la section UGTA de Ténès fait ressortir que seules quelques entreprises, dont l’Entreprise du port de Ténès (EPT) et l’usine de céramique de Sidi Akkacha permettent de répondre à la forte demande d’emploi des quelque 40 000 habitants de Ténès. « 80% de la population vit de la pêche. La situation des pêcheurs est dans une totale précarité », indique le SG qui déplore dans la foulée le manque de certaines prestations élémentaires pour une daïra aussi importante : « Figurez-vous que nous n’avons même pas de gynécologue et nous peinons souvent à affronter nos urgences obstétriques. Malgré l’étendue de cette ville, nous n’avons pas de centre universitaire, et accusons une insuffisance en lycées dans certaines circonscriptions. » Un libraire se désole pour sa part du sort réservé à certains monuments historiques de la ville de Noureddine Morceli. Faisant défiler une liasse de cartes postales renvoyant pour l’essentiel au Ténès colonial, il s’arrête devant l’une d’elles et s’écrie : « Même les portes antiques de Ténès, ils les ont détruites, vous vous rendez compte ! » Aujourd’hui, Ténès semble se languir dans son passé glorieux en se pâmant devant un miroir déformant qui ne lui renvoie décidément que ses défauts. Les Ténésiens les plus outrés n’hésitent pas à brandir le slogan « Ténès wilaya ! » en revendiquant un meilleur management de leur patrimoine. « Les gens de Ténès, les vrais, sont des citadins. Ils sont proches des Marseillais. Ce sont des Méditerranéens, ils ont un savoir-vivre éprouvé comme en témoigne le boulodrome », lance Maâmar Ibri, lui-même natif du Vieux-Ténès, « l’âme de Ténès », en suggérant que le problème, à la base, est sûrement d’ordre culturel et trahirait une incompatibilité d’humeur entre la cité antique et ceux qui en gèrent le destin. « El Hachemi Guerouabi, Allah yerhamou, à l’instar de tous les grands maîtres du chaâbi, ne décampait pas de Ténès. Il avait même un arbre sous lequel il aimait se reposer et que nous avons fini par baptiser "chadjrate El Hachemi " », se rappelle Maâmar Ibri.

Ramadhan et « été hallal »

L’offre touristique, nous le disions, est structurellement chétive. L’hôtel Fellag, qui compte 29 chambres, affichait complet à notre passage, de même que son voisin, l’hôtel des Arts. « Mais avec le Ramadhan, tout le monde rentre chez lui et nous allons chômer jusqu’à l’été prochain », dit un réceptionniste. Pourtant, l’établissement propose des prix compétitifs : entre 1500 et 3500 DA la chambre. Mais même avec des tarifs aussi alléchants, les gérants du Fellag ne sont pas sûrs de garder leur clientèle pour le Ramadhan. « Cette année, la saison a été vraiment courte. Elle n’a démarré qu’en juillet, après le bac et la Coupe du monde, et elle s’achève avec le début du Ramadhan, les Algériens préférant passer le Ramadhan chez eux. En hiver, c’est complètement mort. Je pense que c’est un problème de mentalité », dit le réceptionniste en chef. En grimpant sur les hauteurs de Sidi Merouane, une vue imprenable nous est offerte sur la baie de Ténès, son cap vertigineux, son port commercial et surtout son phare majestueux. Les plages de la ville, la Plage centrale aussi bien que la Marina, sont prises d’assaut, de même que la plage Anglaise, légèrement excentrée. Le front de mer est bondé. L’avenue connaît une forte affluence de flâneurs. Les gens viennent de toutes les wilayas limitrophes pour profiter des derniers jours où la mer est encore « hallal ». Durant le Ramadhan, c’est la nuit que les plages s’animent. Une rangée de gargotes et autres restos font le plein. « Nous allons tester la première semaine du Ramadhan et on va voir si la clientèle suit », confie un restaurateur, qui propose des grillades sur la plage. Des saisonniers tiennent des tables de baby-foot au bord de la Marina. « Ça marche très fort auprès des jeunes, et même pendant le Ramadhan, ça cartonne, surtout le soir », pavoisent-ils. Une aubaine pour eux, contrairement à leurs « homologues » qui louent parasols et pergolas et qui doivent décamper la mort dans l’âme pour laisser la place au mois des abstinences.

 

Par Mustapha Benfodil

Source : http://www.elwatan.com

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