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 Béjaïa. Cap Carbon : La merveille qui veille sur la mer

15/8/2010

Cap CarbonBéjaïa. Cap Carbon : La merveille qui veille sur la mer

 « Il n’y a qu’un seul endroit au monde qui peut rivaliser en beauté avec le golfe de Béjaïa, vu des hauteurs de cap Carbon, c’est la baie de Rio au Brésil. C’est ce que disait un ambassadeur étranger en visite officielle à Béjaïa », dit Kader.

 Avec le magnifique panorama qui se déroulait à nos pieds en cette matinée ensoleillée d’un mois de juillet qui étirait langoureusement sa torpeur, nous n’avions aucune peine à acquiescer à cette flatteuse comparaison rapportée par ce vieux briscard de la presse locale qu’est Kader. Pas le moindre nuage dans le ciel. A l’ouest, le bleu du ciel et celui de la mer finissent par se confondre dans l’immensité de l’horizon. A l’est, les crêtes dentelées des Babors se devinent à peine dans le halo de brume laiteuse dans lequel elles fondent, alors que les bateaux qui sommeillent en rade du port bougiote en attendant de décharger le trop-plein de leurs cales ressemblent à de frêles esquifs qu’on pourrait emporter vers le large. Nous sommes à Cap Carbon, incontournable destination touristique pour tout visiteur qui débarque dans la ville de Yemma Gouraya.

Arrivant à bord de véhicules flambant neuf, les cohues de touristes vont se perdre avec bonheur le long des sentiers pédestres creusés dans la roche après avoir arraché de haute lutte une place de parking. Ils vont d’abord en prendre plein les yeux en admirant le spectacle de ces criques aux eaux d’émeraude, aux côtés de ces langues de verdure qui s’avancent dans la mer. Ce sont autant de paysages qu’ils vont s’empresser d’immortaliser pour les montrer à leurs amis restés dans la banlieue algéroise ou parisienne quand ils ne les postent pas le soir même sur facebook. Chemin faisant, ils vont s’extasier devant les colonies de singes magot qui ont appris à quémander une friandise en échange d’un sourire simiesque ou d’une grimace. Mais gare à l’incident « diplomatique » pour les familles qui oublient que, souvent, ces facétieux primates se livrent à des jeux qui mettent à mal les codes de la vertu et de la morale toutes de hidjab vêtues.

 Un parc naturel

 Devant nous, un père de famille qui venait d’assister en compagnie de sa progéniture à l’une de ces scènes de copulation frénétique dont nos lointains cousins poilus sont coutumiers, maugrée dans sa barbe en maudissant l’impudent animal. En s’éloignant, il rappelle à qui voulait bien l’entendre que c’est bien à juste titre que cette créature du diable a été chassée du paradis originel. Au départ, cela devait être une visite guidée du phare naturel le plus haut du monde, celui de Cap Carbon en l’occurrence. Hélas, après avoir obtenu l’autorisation d’accès des gardes-côtes qui ont pour mission de contrôler cette zone, les téméraires journalistes qui ont gravi le sentier abrupt qui mène vers l’illustre pic rocheux qui supporte le non moins célèbre dôme, se sont heurtés à une fin de non-recevoir ferme mais polie du gardien du phare qui réclamait un laisser-passer dûment délivré par la Direction nationale de l’Office national des signalisations maritimes au niveau d’Alger. Pour la petite anecdote, ce n’est pas la première fois que nous nous retrouvons face à un refus de l’ONSM. Nous avions déjà sollicité par écrit une autorisation de visiter le phare de Cap Sigli sans avoir de réponse, même au bout d’un mois d’attente. A croire que les vénérables phares de nos côtes abritent d’inestimables secrets d’Etat qui ne doivent guère être révélés au public. Faute donc d’avoir obtenu le fameux sésame qui nous aurait ouvert les portes du phare, nous avons pleinement profité du paysage extraordinaire qu’offre le site.

Sésame !

Nous sommes donc restés les bras ballants à jauger du regard cette bâtisse coloniale encadrée par deux palmiers et qui ne donnait à voir que son cylindre de phare trônant sur la terrasse. Les quelques négociations téléphoniques menées par le gardien, qui semblait sincèrement désolé, n’ayant rien donné, il a fallu se résoudre à reprendre le chemin du retour en traînant nos semelles, histoire de ne perdre aucune miette du paysage. Cela valait quand même le détour.

 Un colosse de 242 m

Le Cap Carbon fut construit par une compagnie italienne de signalisation maritime en 1889 sur une surface de 960 m2. Considéré comme le phare naturel le plus haut du monde, son sommet culmine à 242 m au dessus du niveau de la mer, alors que sa portée oscille entre 26 et 35 miles marins (environ 50 km). A la base du promontoire rocheux qui porte le phare se trouve une caverne sous forme de tunnel traversant la montagne de part et d’autre. Cette curiosité naturelle longue de près de 20 mètres est d’une hauteur de 25 m, pour une largeur comprise entre 8 et 10 m, passe pour avoir été l’abri d’une colonie de phoques marins et à une époque un peu plus reculée pour la retraite dans laquelle se serait réfugié le philosophe catalan Raymond Lulle, après son fameux débat avec les oulémas de la ville de Béjaïa en 1307. Le Cap Carbon, qui abrite actuellement une caserne des gardes-côtes, n’est pas ouvert au public. Le site qui abrite une importante colonie de singes magot fait toutefois partie du Parc national du Gouraya.

 

Par Djamel Alilat

Source : http://elwatan.com

 

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