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 Zohra,la mère conseillère de l’Emir Abdelkader.

9/9/2010

émir AbdelkaderZohra,la mère conseillère de l’Emir Abdelkader(*).

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texteDurant ses dix-sept années de combat de résistance contre le corps expéditionnaire, la vie intime de l’Emir Abdelkader est liée à sa «Deira», la capitale itinérante d’un Etat en devenir que cet illustre humaniste, à la fois stratège de guerre et fin diplomate, a mis en place pour gérer militairement et politiquement le pays, en quête de son indépendance depuis qu’il a été envahi, en 1830, par une des plus grandes puissances.

Le témoignage d’un jeune officier d’artillerie danois, Adolphe Vilhelm Dinesen, qui a découvert l’Algérie en 1837 comme volontaire dans l’armée française, est d’un précieux concours pour comprendre l’Emir qui avait le même âge. Son ouvrage a été publié en danois en 1840 à Copenhague et, la même année, il fut traduit en allemand à Berlin. Intitulé Abdelkader et les relations entre les Français et les Arabes en Afrique du Nord, il apporte de nouveaux éclairages sur les actes, les fondements du règne de cet homme d’Etat qui était, à ses heures, un poète, un fervent soufi, un homme de plume et d’épée. Sa «Deira» que la France coloniale surnomma la «Smala» accueillait aussi les prisonniers que les combattants ont pu neutraliser lors des célèbres batailles.

Certains de ces prisonniers ont témoigné des conditions dans lesquelles ils ont vécu leur séjour carcéral. Ils ont surtout loué le traitement plein de générosité que la mère de l’Emir leur a fait subir. Mais qui est cette dame dont on n’a pas parlé assez souvent alors qu’elle a joué un rôle prépondérant dans la vie de son quatrième fils, Abdelkader. Le président de la section d’Oran de la Fondation Emir Abdelkader, le Dr Chamyl Boutaleb, a recueilli quelques rares documents sur cette femme vertueuse qui épousera en 1807 Hadj Mohieddine. En réalité, ce dernier eut quatre épouses. Les deux premières lui ont donné deux enfants, Saïd et El Mostfa quatre : El Hachemi, Ahmed, Aboubekr et Abdelkader. «C’est une dame vertueuse par son âge et par sa grandeur d’âme. Elle fut l’excellente conseillère de son fils par ses lumières, sa perspicacité naturelle», disait d’elle l’historien A. de La Croix, dans son ouvrage Histoire privée et politique d’Abdelkader  (Paris 1845).

Mais l’histoire a retenu de lalla Zohra d’autres choses, rares en ces moments de détresse et de violence : sa douceur, sa bonté et sa charité, combien de fois exercées en faveur des prisonniers français que le sort des armes avait fait tomber aux mains de son fils. La Porte de Vaux, médecin militaire, fut capturé au cours de la bataille de Sidi Brahim et conduit à la Deira. Ce prisonnier y trouva dès son arrivée tout le réconfort auprès de cette pieuse femme. «La vieille mère du héros, dira ce témoin, se montra au-devant de nous pour nous recevoir en quelques mots dits avec onction et sagesse. Elle nous fit entendre que notre défaite était sans doute la volonté de Dieu dont nous étions venus troubler les simples serviteurs dans la terre que le Ciel leur avait donnée en partage… Mais ce Dieu est Tout-Puissant, ses desseins sont impénétrables. Peut-être, après l’expiation, vous rendra-t-il, un jour, à votre patrie et à votre famille.»

Cependant, il arrivait parfois à cette vénérable dame de dire sa colère aux captifs. C’est ce qui arriva au capitaine Schmidt, comptant lui aussi parmi les prisonniers de Sidi Brahim : «Qu’êtes-vous venu faire dans notre pays ? Il reposait calme et prospère et vous y avez jeté les orages et la désolation de la guerre», note Isodore Pierre Schmidt dans son livre Histoire des derniers prisonniers français faits par Abdelkader en 1845 (Editions Paris 1852). En fait, Abdelkader avait eu des prisonniers depuis 1833. Quand il y avait des femmes, et il y en eut quelques-unes, c’était sa mère et son épouse qui s’en occupaient, qui veillaient personnellement à ce que leur séjour fut le moins rude possible et leur honneur protégé. Dans son livre Les prisonniers d’Abdelkader, qu’il publia après sa captivité Monsieur de France, enseigne de vaisseau, écrit : «Tant que tu resteras auprès de moi, lui dit l’Emir, tu n’auras rien à craindre, ni mauvais traitements, ni injures» et il tint parole. D’ailleurs, la politique humanitaire d’Abdelkader vis-à-vis des prisonniers fut illustrée par l’aboutissement d’un accord sur l’échange de prisonniers, grâce à l’intervention fortuite de Monseigneur Dupuch, Evêque d’Alger.      

Abdallah Bendenia

Source : http://elwatan.com

 

(*)Abdelkader Ibn Mahiedine Naquit en 1807 dans le village d'El Quaitana, près de Mascara. Dès son plus jeune âge, il apprit le Coran et se consacra à l'étude de la langue arabe. Auprès du Cheikh Ahmed ben Tahar, cadi d'Arzew, il reçut un enseignement pluridisciplinaire centré particulièrement sur l'histoire et la géographie.

Il compléta sa formation à Oran chez le Cheikh Ahmed Ben Khodja. En 1825, il se rendit avec son père en pèlerinage à la Mecque et visita par la même occasion Médine. Après un périple à travers le Moyen-Orient, il effectua à nouveau le pèlerinage et rentra en Algérie.

Après la capitulation du Dey Hussein, en juillet 1830, un vent de démobilisation et désunion souffla sur le pays. Par réaction à cet état de fait, les chefs de tribu de l'Oranie se placèrent sous l'autorité du Cheikh Mahiedine. Mais ce dernier se désista en faveur de son fils Abdelkader, qui fut proclamé émir, le 21 novembre 1832, à Ekhsibia, dans la plaine d'Eghriss.

Au cours de la cérémonie d'allégeance, les tribus jurèrent obéissance à Abdelkader pour les mener dans le combat. L'année suivante, ce serment collectif fut renouvelé et donna le jour quelque temps après à une armée de volontaires prête à affronter l'envahisseur.

Devant les nombreux succès militaires de l'Emir, la France dut signer, le 26 février 1834, un traité de paix connu sous le non du général français commandant à la région oranaise. Dans ce document, la France reconnaissait la souveraineté de l'Emir sur le centre et l'Ouest de l'Algérie, mais ces engagements furent désavoués par les Français ce qui entraîna la reprise des hostilités.

En juin 1835, l'armée de l'Emir remporta l'éclatante victoire de l'Oued El Maqtaa contre les troupes commandées par Trézel. Durant la même période, les Algériens infligèrent une autre défaite à l'ennemi dans la bataille de Habra. Devant la menace grandissante de l'Emir à l'Ouest et suite à l'échec de leur première expédition contre Constantine (1836), les Français sollicitèrent la conclusion d'un second traité, lequel fut signé le 30 mai 1837, par l'Emir Abdelkader et le général Bugeaud.

Il s'agissait du fameux traité de la Tafna. L'émir mit à profit cette trêve pour organiser et consolider son Etat et renforcer son armée, qui comprenait trois corps d'arme, infanterie, cavalerie, artillerie. Il fit construire à Médea, Miliana et Mascara des manufactures d'armes.

En 1840, le général Bugeaud fut nommé au poste de gouverneur général de l'Algérie. Il opta résolument pour une stratégie militaire fondée sur le principe de la terre brûlée. Il s'agissait, en détruisant villages, campements, cultures et troupeaux, d'ôter à l'armée de l'Emir le soutien logistique qu'elle trouvait auprès des populations et de retourner ces dernières contre les partisans d'Abdelkader.

Durant cette période, les pires exactions furent commises par l'armée française. Les troupes commandées par le duc d'Aumale s'emparèrent en mai 1843 de la Smala de l'Emir, véritable capitale itinérante. L'Emir Abdelkader poursuivit son combat mais, en dépit de quelques victoires notables et d'un harcèlement continu des troupes de l'occupant, il subit de graves revers militaires et politiques.

Abandonné par certaines tribus qui ne pouvaient ou ne voulaient plus supporter un tel effort de guerre, il se vit refuser par le sultan du Maroc, qui céda ainsi aux pressions françaises (victoire de Bugeaud à Isly sur les Marocains en août 1844), l'accès au territoire marocain, où il comptait réorganiser ses forces. Refoulé de plus en plus vers le désert, il se rendit, le 23 décembre 1847, au générale Lamoricière.

Les Français ne tenirent pas leur promesse de lui laisser choisir le lieu de son exil, et il vécut quatre années de captivité. A la fin de l'année 1852, Louis-Napoléon, encore prince président, se rendit au château d'Amboise pour y libérer l'Emir.

Quelques semaines après, Louis-Napoléon promet de lui envoyer à Brousse (en Turquie) un sabre de grande valeur (cette pièce est d'ailleurs exposée au musée central de l'armée.) Il quitta la France en décembre 1852 et après deux ans en Turquie il s'établit en Syrie jusqu'à sa mort, survenue le 26 mai 1883.

Entre-temps, a Damas, il fit parler de lui en sauvant des milliers de chrétiens d'un massacre certain (1860). Politicien et militaire, l'Emir Abdelkader fut aussi un grand homme de lettres et laissa de nombreux écrits en philosophie, théologie et poésie.

 

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