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 CHEKFA (JIJEL) : Quand la misère se conjugue au présent

14/9/2010

CHEKFA (JIJEL) : Quand la misère se conjugue au présent

L’enclavement, le chômage, la malvie, le déficit en équipements publics sont autant d’insuffisances dont souffre la population du patelin de Sidi-Abdellah Moulay Chekfa, ce marabout venu du Maroc qui s’est établi au milieu du XVe siècle dans cette région. Le visiteur de cette commune est frappé par l’état déplorable des lieux : un village colonial composé essentiellement d’un amas d’habitations et de commerces avec des toitures en tuile qui menacent ruine, des ordures jonchant le sol, des trottoirs défoncés, des routes non aménagées, les quelques édifices publics attendent désespérément depuis belle lurette quelques coups de peinture.

Une ancienne école primaire qui menace ruine sert de «refuge» pour certains services techniques qui ont du mal à trouver «un gîte» pour s’installer et accomplir leur mission en dépit de l’expertise du CTC exigeant l’évacuation des lieux. Faute d’un marché de fruits et légumes et répondant aux exigences d’une activité commerciale saine, des étals de fortune sont dressés sur les trottoirs par des vendeurs à la sauvette dont l’âge varie entre 15 et 60 ans. Sous une chaleur suffocante, ils vendent des légumes, des fruits et de la galette maison pour aider leurs familles fortement touchées par la crise. En parcourant les ruelles de certaines localités comme Bouâsfour, Belouta, Dridra, nous avons été surpris par la misère qui y règne : plus de 40 ans après l’indépendance, des familles s’entassent encore dans des taudis dépourvus des conditions les plus élémentaires. Hormis quelques habitations en cours de réalisation, le renouveau rural initié par le département de Rachid Benaïssa est un vain mot.
Déficit en équipements publics
Il convient de signaler qu’en dépit de son statut de chef-lieu de daïra depuis 1991, Chekfa demeure dépourvue de certains équipements publics, comme une antenne locale de la Sonelgaz, une banque... Par ailleurs, faute d’un bloc administratif abritant les services techniques, ceux-ci sont entassés dans un ancien siège de kasma et dans l’ex-école primaire Boughrira-Allaoua menaçant ruine elle aussi.
Depuis l’indépendance… 300 logements sociaux
En matière de développement local, les citoyens avec lesquels nous nous sommes entretenus sont unanimes à dire que beaucoup reste à faire pour l’amélioration du cadre de vie des citoyens : l’aménagement des quartiers, le désenclavement des mechtas, la réhabilitation des écoles primaires et la réalisation de nouveaux équipements publics dont un hôpital et un bloc administratif. Il convient de signaler que le logement et l’emploi constituent les préoccupations majeures des citoyens de cette commune. Selon certaines indiscrétions, on affirme que depuis l’indépendance la commune n’a bénéficié que d’environ 300 logements sociaux locatifs. Des réalisations en deçà des attentes de la population locale. On avance le chiffre de 3 000 demandeurs de logement social. D’autre part, la rénovation du centre du village qui semble être une préoccupation des responsables locaux et des citoyens bute sur le problème de l’indivision et l’inexistence d’assiettes foncières pour la réalisation d’un nouveau centre. Un facteur qui constitue un obstacle majeur pour l’extension urbanistique de la commune qui, curieusement, est «encerclée » par des cimetières. Selon certains, le patelin de Sidi-Abdellah Moulay Chekfa est sous l’effet d’une malédiction. Tirant profit de notre présence dans cette région où le terrorisme a fait environ 100 victimes, un membre du comité du quartier de Boughten nous a exprimé son mécontentement quant aux lenteurs du projet de recasement de 30 familles habitant des baraques de fortune dans la cité jouxtant la siège de la sûreté de daïra. Il traîne en dépit des engagements tenus par la direction du logement et des équipements publics. D’autre part et concernant les recettes communales, Chekfa dispose de l’important marché de gros de fruits et légumes de Djimar, une importante source pour la recette de la commune ; mais malheureusement, il se trouve dans un état d’abandon total : un terrain vague dépourvu de toutes commodités exigées par ce genre d’espace. Selon des sources locales, il est loué à plus de 850 millions de centimes. On apprend également que l’abattoir est fermé depuis plus de deux ans pour manque d’hygiène, ce qui constitue un manque à gagner pour une commune dont l’actuelle réalité de son parc résume à lui seul sa santé financière.
La santé... malade
La nouvelle réorganisation des structures sanitaires élaborée par le ministère de la Santé a, selon un praticien de la région, fortement pénalisé Chekfa. Comment se fait-il qu’une commune montagneuse de 5 000 âmes soit désignée pour abriter le siège de la direction de l’établissement public de santé de proximité (EPSP) au détriment du chef-lieu de daïra dont la population est estimée 30 000 âmes ? «C’est un non-sens de la part de nos décideurs», a-t-il ajouté. Par ailleurs, la polyclinique Chibout-Mohamed est dépourvue d’un service de maternité et d’un point de garde nocturne, ce qui contraint les habitants des communes de Chekfa et Bordj Thar à se déplacer vers l’établissement public hospitalier de Taher pour un éventuel accouchement ou pour une urgence médicale avec tous les risques encourus, notamment la nuit. Un groupe d’habitants rencontré nous a exposé le problème des salles de soins qui demeurent toujours fermées dans un certain nombre de localités et hameaux comme à Sbet et Dridra.
La misère au quotidien
Faute de zone d’activité, le chômage constitue une bombe à retardement dans une région à vocation agropastorale. Au milieu des années 1990, le terrorisme a provoqué un exode massif des habitants des régions montagneuses qui disposaient d’une importante économie de subsistance vers Taher et Jijel. Les localités de Ouled Messaoud, Amercha, Ourtane, Briri, Boumelihe, Belouta, El-Ghbar ont été fortement touchées par cete situation qui a provoqué la propagation des poches de misère, les agriculteurs ont vendu leur bétail et abandonné leurs terres pour aller avec armes et bagages s’installer dans des cités-dortoirs à Taher et Jijel. A l’instar d’autres régions du pays, Chekfa a été fortement touchée par le processus de dissolution des entreprises publiques qui a eu lieu au milieu des années 1990 suite au plan d’ajustement structurel imposé par le FMI. Celui-ci a laissé, selon certaines sources locales, plus de 1 500 personnes sur le carreau. Une situation qui a accentué la précarité dans une région où la vie d’une bonne partie de la population locale demeure tributaire des pensions. Un gérant de commerce connu sur la place locale nous a affirmé que l’activité de son établissement a nettement baissé ces dernières années. «Si ça continue comme ça, je risque de fermer mon commerce et de changer de bled», a-t-il ajouté, mécontent. Un sentiment partagé par un grand nombre de commerçants avec qui nous avons discuté lors de notre passage dans cette commune, ou plutôt cité-dortoir, pour reprendre l’expression de Hussein, ex-étudiant en sociologie, chauffeur de bus chez un transporteur privé. En parcourant les routes et ruelles du chef-lieu de la commune, nous avons été surpris par la misère qui règne en maîtresse des lieux. Des gosses aux visages pâles, un corps chétif, modestement habillés exposent sous un soleil de plomb, sur le trottoir, des légumes et des fruits, de la galette maison et des figues de Barbarie. Sur les visages de ces vendeurs à la sauvette, dont un grand nombre a quitté les bancs de l’école prématurément, constamment harcelés par les agents de l’ordre, se lit une profonde tristesse. Un tableau émouvant qui contredit les discours optimistes développés par les officiels. Faute d’opportunités d’embauche, un grand nombre de jeunes ont quitté leur bourgade vers d’autres cieux, principalement Alger, à la recherche d’un poste d’emploi qui se fait de plus en plus rare en cette conjoncture économique des plus difficiles. Selon certaines sources, le nombre de coiffeurs originaires de Chekfa qui se sont établis en France avoisine les 100. Nous avons été frappés par l’état d’abandon dans lequel se trouvent les locaux réalisés dans le cadre du projet initié par le président de la République.
Le café, un refuge forcé
Le secteur de la culture souffre d’un déficit, la commune ne comptant qu’un centre culturel dont la gestion est assurée par la direction de la jeunesse et des sports. Il convient de signaler que la fonctionnalité de cet établissement culturel bute sur un nombre de contraintes dont l’absence d’un statut et de fiables subventions financières. Faute d’espaces de loisirs, les cafés demeurent le refuge forcé des jeunes où les parties de domino sont le lot quotidien des jeunes. Sur le chemin du retour vers Jijel, l’image d’une fillette vendant du metlouê, dont le corps frêle et le visage pâle résument le vécu quotidien de ces morts-vivants de cette bourgade… hantée par la malédiction des cimetières.
B. I.

Source : http://lesoirdalgerie.com

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