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 L’ISLAMOPHOBIE : Cessez le délire !

17/9/2010

cimetière musulmanL’ISLAMOPHOBIE : Cessez le délire !
16 Septembre 2010

La perception délirante de l’Islam dans l’esprit des ignorants a atteint le degré de gravité.

Le président Barack Obama répète que les USA ne seront jamais en guerre contre l’Islam. Cependant, des politiques occidentales discriminent leurs citoyens de confession musulmane et agressent des peuples musulmans de par le monde. Dans ce contexte d’islamophobie à grande échelle, où la lutte antiterroriste a plus que dérapé, en contradiction avec les valeurs des USA, un pasteur évangéliste sectaire, hypermédiatisé, a menacé de brûler des exemplaires du Saint Coran. Cela a mis en péril la sécurité mondiale. La perception délirante de l’Islam dans l’esprit des ignorants a atteint le degré de gravité. Par-delà le caractère démentiel, c’est le symptôme d’un problème de fond.
Ce n’est pas une question de liberté d’expression, ni celui du droit légitime de critiquer une religion et ses adeptes, mais une incitation mortifère à la haine et à la violence. Le système libéral mondial a atteint ses limites, incapable d’accueillir la diversité, de produire des normes, du droit et du sens. Il n’hésite pas à déployer sa violence militaire pour aller chercher son ennemi au bout du monde, et, malgré le gigantisme, aggrave la situation. Il manifeste son impuissance à se pencher sur les causes des problèmes, à réguler ses contradictions et sortir de la politique des deux poids et deux mesures. Soumis à l’idéologie du Marché, du laïcisme et de la permissivité, il sacrifie sur l’autel de ses pulsions autodestructrices tout symbole éthique. Ce qui produit de tous les côtés, des monstres et des fanatiques.

Quelles sont les causes?
Pourquoi des Occidentaux haïssent-ils l’Islam et ont peur des musulmans? Il n’y a pas de hasard, d’une part, au fanatisme antimusulman, d’autre part, aux réactions extrémistes. Ces nouveaux délires ou simplement l’inquiétude angoissée sont un psychodrame. Une pluralité de causes nourrit l’islamophobie.
La première réside dans le fait que le système dominant a besoin d’un épouvantail pour faire diversion en vue de tenter de réaliser la totalité de son hégémonie. Après la chute du Mur de Berlin en 1989, la politique belliciste, le terrorisme des puissants qui manipulent, se sont réinventés un ennemi, pour faire écran aux injustices. Cela a terni l’image des musulmans et trompé les opinions.
L’amalgame entre Islam et extrémisme, pierre angulaire de la propagande islamophobe, fonctionne sur le matraquage de médias et d’industries culturelles liés à des cartels d’intérêts qui diabolisent les musulmans, les réduisent arbitrairement au prisme de la violence. Ce n’est pas une ruse difficile à mettre en pratique, car l’islamophobie et l’ethnocentrisme occidental sont anciens. Depuis 14 siècles l’Islam est déformé. Les xénophobes puisent dans l’imaginaire qui occulte le fait qu’entre l’Occident et l’Islam l’échange était plus décisif que les divergences.
L’amnésie et l’invention d’un adversaire ruinent les relations entre les communautés. Il ne saurait y avoir d’entente avec celle que l’on traite d’entrée de jeu comme un ennemi potentiel, dont on regarde avec suspicion les signes d’appartenance, en commençant par se demander si on peut ou non les accepter.
La deuxième cause est liée à l’exploitation du traumatisme du 11 septembre 2001. La propagande islamophobe, mise en place il y a plus de vingt ans par les néoconservateurs, est propulsée, dopée par ces étranges attentats qui donnent du crédit à la propagande du «choc des civilisations». La stigmatisation des musulmans bat son plein. Ce n’est plus le radicalisme qui est dénoncé, ce sont les références fondatrices, le Coran et le Prophète (Qsssl), qui sont accusées et caricaturées.
L’extrême droite raciste prolifère et le laïcisme sectaire et dogmatique considère que la religion est une idéologie d’asservissement. Des chefs d’Etat et de gouvernement occidentaux, des personnalités, avec virulence et cynisme, diabolisent les musulmans. Dans le cinéma américain les scénaristes ont fait du «méchant» le musulman. Des Occidentaux confondent entre Islam et phénomènes rétrogrades. Des journaux publient des opinions dignes des temps des croisades, de la colonisation et des années trente: «Je hais l’Islam», «la talibanisation des sociétés musulmanes se généralise», «la logique de violence de l’Islam» et «le choc des civilisations est en train de triompher...à cause des musulmans». Des intellectuels, notamment sionistes, tiennent des propos fondés sur la manipulation politique des peurs, jadis propagande de fascistes. Des intellectuels d’origine musulmane, dénigrent de manière schizophrénique leurs racines. L’islamophobie se banalise, à grands coups d’amalgame.
Le musulman, comme le juif hier, est présenté comme une menace pour les sociétés occidentales. La peur entretenue fait croire qu’il cherche à imposer à la société occidentale un autre mode de vie qui entraînerait une déstabilisation. Tout cela signe la victoire de l’ignorance, de la désinformation et de la provocation.
La troisième cause de l’islamophobie est liée au fait que l’Occident, malgré sa puissance et des acquis prodigieux, est confronté aux impasses de la déshumanisation, de la désignification et de la marchandisation de l’existence. Les musulmans sont pris comme boucs émissaires. D’autant que l’Islam reste le témoin de la spiritualité, l’autre version de l’humain perçue comme concurrente, qui résiste à la déshumanisation et à la volonté d’hégémonie totale. Paradoxalement, malgré ses difficultés, l’Occident vise l’occidentalisation du monde, qui est un pari impossible, car cela demande d’abandonner des valeurs qui ont fait leur preuve, pour une appartenance ambivalente, problématique et compromise.
La quatrième cause de l’islamophobie a trait aux réactions aveugles de ceux qui usurpent le nom de l’Islam, le terrorisme des faibles qui nourrit la bête immonde antimusulmane. L’apparition de courants fondamentalistes et extrémistes dans nos pays, phénomène favorisé par des facteurs internes et un soutien de l’extérieur, a alimenté l’islamophobie. Le monde musulman, par-delà son hétérogénéité et ses potentialités, empêtré dans le repli, les luttes intestines et une décadence, a des difficultés à se réformer, à réaliser la ligne médiane, authenticité et progrès. Il cherche rarement à remédier intelligemment à l’islamophobie. Sous prétexte que la question est politique ou mafieuse et non religieuse, il sous-estime les effets sur la mémoire collective occidentale de la peur du terrorisme des faibles et le poids des attentats du 11 septembre, et d’autres, comme à Madrid et Londres. Cependant, des initiatives historiques, pour relancer le dialogue des religions et des cultures, eurent lieu comme ma rencontre avec le pape, puis la lettre, dirigée par la fondation d’Amman «Ahl Al-Bayt» en Jordanie, des 138 savants musulmans, aujourd’hui plus de 500, où on appelle les dignitaires des autres religions à une «Parole commune» pour le bien de l’humanité. La Turquie et l’Iran avec Khatami proposent des forums sur ce thème. Le roi d’Arabie, gardien des Lieux Saints, organise en 2008 un congrès mondial à Madrid et à l’ONU sur la question.
L’Algérie terre de symbioses intenses des cultures et des civilisations, de son côté, a toujours soutenu le rapprochement des peuples et le dialogue des civilisations, des cultures et des religions. Comme le symbolisent ses textes politiques de références, de 1954 à ce jour, et les discours du chef de l’Etat à New York en 2000, à l’Unesco en 2005 et à la Sorbonne en 2003. Sans oublier le colloque international d’Alger en 2001 sur le théologien philosophe algérien saint Augustin et les nombreuses conférences sur le dialogue. Le sujet est devenu un enjeu des relations internationales.
Les Occidentaux sous-estiment l’impact des discriminations à l’égard de leurs citoyens musulmans, l’impact du terrorisme des puissants que subissent des peuples en Irak, en Afghanistan et ailleurs, l’impact de l’impunité d’Israël en Palestine. De plus, le nombre de pertes de vies musulmanes, victimes à la fois du terrorisme des faibles et des puissants, est 1000 fois supérieur au nombre de victimes occidentales. On ne compte pas les morts de la même manière, alors qu’une vie égale une vie.
La cinquième cause est liée aux errements du libéralisme sauvage, à la crise économique et aux politiques isolationnistes. Dans ce contexte, il est plus facile de susciter le rejet d’autrui que la solidarité et le respect mutuel. Les responsables des échecs et des faillites, détournent le problème vers autrui différent, occultant ses apports et les convergences. De plus, l’existence de sources d’énergie dans les terres arabes est appréhendée comme une menace à contrôler.
Des penseurs occidentaux, de Berque à Derrida, d’Esposito, à Sacks, de Ward à Wright, reconnaissent que l’extrémisme est l’anti-islam et d’autres comme Legendre, Badiou, Agamben, Nancy, montrent que l’islamophobie est le prolongement de l’antisémitisme. Cependant, l’amalgame absurde, sacrilège et contre nature islam-extrémisme fait des ravages. L’idée funeste d’autodafé du Coran, n’est donc pas le fruit du hasard. D’un côté l’Islam est pris comme cible de par sa vitalité qui dérange des non-musulmans, d’un autre côté il est trahi par des extrémistes. C’est donc le produit d’une stratégie préméditée, que Barack Obama prétend changer.
Des pyromanes occidentaux dénoncent le fanatique évangéliste, alors qu’ils ont contribué hier à nourrir la bête en pratiquant l’amalgame. Est une grande hypocrisie que l’empressement avec lequel des responsables occidentaux condamnent des actes islamophobes et antisémites, alors qu’ils procèdent d’un climat de défiance auquel ils ont contribué. Des régimes islamiques et des fondamentalistes crient à l’offense alors que, de leur côté, ils ont peu fait pour présenter le vrai visage de l’Islam, ni défendu la dignité des musulmans. Au contraire, par leurs réactions irrationnelles, ils ont déformé son image.La menace de brûler des exemplaires d’un Livre Saint ayant apparemment pris fin, elle doit servir de leçon pour la communauté internationale, afin d’arrêter le délire généralisé de la propagande du «choc des civilisations» chez les extrémistes de tous bords. En rive Nord, la montée de politiques xénophobes, en rive Sud l’instrumentalisation de la religion, mènent le monde vers l’abîme.

Il faut s’attaquer aux causes
Retrouver le lien entre politique et éthique et reconnaître partout le droit à la différence, sont la base du vivre-ensemble. Il n’y a pas d’alternative à la sagesse, à la raison et au droit. Le dogmatisme de courants occidentaux en guerre contre tout signe spirituel musulman et l’intégrisme de croyants qui, faute de savoir éclairé, tombent dans le piège, nuisent à ceux qu’ils croient défendre.
La banalisation de la haine et la diabolisation d’autrui risquent de se généraliser si la pulsion de vie et le besoin de partage, qui amènent les hommes à s’unir, abdiquent face à la pulsion de mort et d’isolement. Raison de plus pour ne pas s’abandonner à la lassitude, mais énoncer des formes de vie fondées sur la justice et la compréhension mutuelle et non point la peur chez les uns et la colère chez les autres.
Dans ce contexte de psychodrame, le ressentiment contre les musulmans de l’intérieur de l’Occident s’amplifie. Pourtant, l’immense majorité des citoyens occidentaux de confession musulmane est paisible, loyale, produit du lien social et se considère comme partie intégrante de la communauté nationale où elle vit. Elle tient, de plus en plus, un discours responsable sur ce que c’est être musulman aujourd’hui.
Nous refusons d’imaginer que le monde se dirige vers, d’un côté, un monde libéralo-fasciste, de l’autre, obscurantiste et totalitaire, où rien ne s’échange, rien d’humain ne circule, rien de sage ne se dit, sauf ce qui favorise des relations conflictuelles. Tous les Occidentaux ne confondent pas Islam et fanatisme. Tous les musulmans ne confondent pas agresseur et occidental. Condition première pour vaincre l’injustifiable extrémisme de tous bords et l’insécurité: il faut s’attaquer aux causes, c’est-à-dire l’injustice, l’ignorance et la paupérisation, pas seulement aux effets. Par la démocratisation des relations internationales, le dialogue des cultures et des religions, l’élargissement de notre sentiment d’appartenance à l’humanité toute entière l’emportera.
Les puissances occidentales, dans leur intérêt et pour être à la hauteur de leur responsabilité en tant qu’avant-garde du monde actuel, doivent réviser leur politique de la loi du plus fort, de l’hégémonie et de l’épouvantail en la figure déformée du musulman. Si on travaille à régler les problèmes dus à l’injustice, comme en Palestine, si l’Occident se libère de sa vision étriquée de l’Islam, si l’école, au Nord comme au Sud, éduque à la reconnaissance de l’altérité, si les musulmans sortent des réactions aveugles, du syndrome de victimisation et s’ouvrent de manière vigilante au monde et, partant, si on dialogue vraiment pour pratiquer l’interconnaissance qui contribue au vivre- ensemble, on réduira le gap qui existe entre les deux mondes imbriqués et on tarira grandement les sources de tous les délires fanatiques. Un pacte de paix et de justice entre l’Occident et le monde musulman? Cela implique une révision sur le fond des politiques actuelles et non des mesures lénifiantes pour la forme. A cette condition, il restera un avenir.

(*) Professeur des Universités
www.mustapha-cherif.com

Source : http://lexpressiondz.com

 

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