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 Ibn Khaldoun, l’AIEA et … Sakineh-Lewis !

1/10/2010

mondeIbn Khaldoun, l’AIEA et … Sakineh-Lewis !

par Zerouali Mostefa*

« On veut la liberté aussi longtemps qu’on n’a pas la puissance; mais si on a la puissance, on veut la suprématie.» F. Nietzsche (1)

Ibn Khaldoun(2), le père de la sociologie moderne, avait défini, de son temps (il y a quelques centaines d’années), les relations entre êtres humains et/ou entre groupes d’êtres humains, voire même entre nations et civilisations par les rapports de force qu’entretiennent ceux-là entre eux. Il affirmait, en effet, avec beaucoup de convictions et non moins d’arguments scientifiques que seuls les rapports de force définissaient la nature des relations sociales, imposaient le cadre législatif des règles juridiques et fournissaient les référentiels des normes morales prépondérantes. Ces affirmations de notre légendaire savant demeurent toujours vraies et d’actualité. Elles n’ont, en effet, à aucun moment, changé. Seuls les rapports de forces ont changé et évolué.

 Pour ne pas trop s’embrouiller dans l’histoire lointaine que certains considèrent comme un mythe, pour faciliter la compréhension des mes propos et leur étendu à mes compatriotes, aux membres de mon clan et aux lecteurs de mon écrit, je vais vous exposer des situations tout à fait récentes. Certains d’entre vous seront d’accord avec moi, d’autres le seront moins et enfin une partie verra dans ce que je dis une forme de fuite en avant!!!!

Alors commençons par ce qui a marqué le plus notre histoire récente: la Seconde Guerre Mondiale. Celle-ci nous fournit les rapports de force entre individus européens, entre races européennes, entre pays européens, entre cultures européennes et enfin entre confessions judéo-chrétiennes. Vous noterez que ces rapports de force interagissent dans une sphère pratiquement indépendante des intrus extracommunautaires entre des individus et des peuples vivant dans un espace commun avec des normes plus ou moins communes, des confessions plus ou moins communes et des valeurs plus ou moins partagées, au sens large et actuel du terme valeur.

Ceci n’a pas empêché l’émergence de blocs et d’entités plus agressives, plus actives, plus dominantes et plus puissantes qui détenaient plus de force matérielle et militaire. Ces groupes ou entités commencent alors à penser à la place des autres, à légiférer pour organiser la vie des autres. Ensuite, ils rejettent la culture des autres, ridiculisent et diabolisent la conviction des autres, voient mal la présence de la couleur des autres. Ce qui a conduit, au début, à des conflits intellectuels entre détenteurs de force dominante et résistants dominés au sens matériel de la domination. Ensuite, apparaissent des sous-groupes extrémistes et radicaux au sein des deux parties de l’équation explicative de la force.

Ces sous-groupes sont moins aptes à discuter, à argumenter et à convaincre. Ils sont dotés de moins de valeurs morales, de moins de principes humains et de moins de limites à leurs actions mais dotés de plus d’agressivité et de violence physique, de plus de sens de domination et de répression, de plus de force et de puissance matérielle. Cette substitution du moral par le matériel au sein de ces sous-groupes entraine automatiquement une transformation du conflit intellectuel en un conflit physique et matériel, c’est la guerre. Vous serez sûrement d’accord avec moi, et par conséquent avec Ibn Khaldoun, concernant les conséquences dramatiques qui suivent après l’introduction et l’implication de l’émotionnel (la torture, les carnages, les déportations, la haine, la vengeance, en bref, des millions de victimes, etc.).

La Seconde Guerre Mondiale et ses conséquences nous fournissent un exemple complet du processus d’établissement et d’abolissement des règles, des normes, des référentiels et des lois. Pendant et après la domination allemande, pendant et après la gouvernance de Vichy en France, pendant et après la victoire des russes contre les allemands, pendant et après les supplices infligés aux juifs, pendant et après l’implication des USA dans cette guerre, pendant et après la libération de toute l’Europe du dictat des nazis, pendant et après l’instauration des institutions multilatérales, pendant et après la colonisation, pendant et après la création et l’évolution des blocs régionaux la règle a toujours été la même: celle d’Ibn Khaldoun, le plus puissant matériellement impose ses lois provisoirement.

Examinons de près ce phénomène et son impact sur les événements actuels, en particulier le phénomène du terrorisme et le contre-terrorisme, sur la définition du phénomène de résistance et du combat universel pour les libertés. Pour ce faire, observons les derniers dilemmes en date:

Le premier dilemme: Le jugement de deux femmes reconnues coupables par la justice de leurs pays respectifs à la peine capitale. La première femme est issue d’une nation dont la civilisation remonte à plusieurs milliers d’années, prônant le conservatisme au sens relatif du mot. La deuxième est issue, quant à elle, d’une nation dont l’histoire-civilisation est toute récente, prônant la démocratie absolue et la liberté totale de penser.

La première ayant été reconnue coupable de complicité de meurtre avec des démêlés conjugaux et extraconjugaux par la justice de son pays souveraine et libre. La seconde l’a été pour avoir commandité un meurtre avec des démêlés conjugaux et extra conjugaux par la justice de son pays, non moins souveraine et libre.

La première femme a été décrite par ses défenseurs apparents comme une victime potentielle de la lapidation primitive pour adultère sans aucune allusion au crime pour lequel elle a été jugée. La seconde, n’a eu droit qu’à des lamentations pour déficience mentale par ceux-là même.

La première femme a déchaîné les passions de tous les néo-philosophes et a recueilli la sympathie et la consternation de toutes les puissances du monde avec parfois des menaces claires envers la justice de son pays voire même envers le pays lui-même. La seconde, quant à elle, a eu droit à quelques articles-funérailles pour décrire avec défaitisme son sort scellé et pour prier avec prosternation la justice de son pays de l’exécuter avec douceur et bonté!!!

Les observateurs les plus avertis concluent avec une affirmation sans équivoque: la première est une brebis blanche comme neige qu’il faut sauver du couteau assassin de l’Aïd et la seconde est une dinde à servir sur la table ronde des chevaliers modernes avec les meilleures sauces à Noël.

La question que l’on se pose et que se posent des millions de personnes dans le monde est la suivante: quels rapports permettent ces aberrations flagrantes? La réponse est sans aucun doute celle d’Ibn Khaldoun: la force et la puissance matérielle.

Le deuxième dilemme: Les décisions et les réactions de l’AIEA. Deux pays souverains sont versés dans les activités de développement de la technologie nucléaire officiellement et officieusement. Le premier pays se déclare contre la prolifération des armes nucléaires mais ne signe pas le traité de non prolifération et développe des armes ultramodernes dans ce domaine, de l’aveu même de l’un de ses savants y ayant participé. Le second se déclare également contre la prolifération des armes nucléaires et a même signé le traité en question mais crie haut et fort son droit de maîtriser la technologie nucléaire pour des usages civils et énergétiques.

Le premier a peur des armes de destruction massive et est terrorisé à l’idée de voir l’un de ses voisins en posséder mais il n’a, durant plus de 60 ans, cessé de les agresser et de semer la terreur au sein d’une population civile et innocente totalement colonisée et pillée. Le second n’a, par contre, jamais agressé quiconque et s’est même vu obligé de subir les conséquences et le désastre d’une longue guerre contre un pays voisin pour un pseudo-conflit frontalier.

Le premier n’a répondu favorablement à aucune des décisions des Nations Unies en 60 ans, et comptabilise dans son actif (que je considère personnellement comme passif) plusieurs guerres et agressions illégitimes et illégales en utilisant souvent des moyens immoraux et démesurés outre les armes interdites. Le second, quant à lui, a répondu favorablement à toutes les décisions internationales et a permis aux différentes missions d’inspection de faire leur travail convenablement.

Lors des réunions de l’AIEA, nous avons droit à motus-bouche-cousue et à l’ignorance totale des appels émanant des victimes du premier pays quant à ses intentions et à ses pratiques nucléaires. Celle-ci ne l’oblige pas à signer le traité de non prolifération, n’inspecte pas ses installations nucléaires, n’aborde que rarement et positivement ses activités pourtant évidentes dans le domaine du développement des ADM. Pire encore, elle rejette toute initiative visant à le condamner même de façon symbolique. Ces mêmes réunions, nous gratifient de toute une panoplie de décisions répressives et de mesures coercitives à l’égard du deuxième pays avec applications immédiates. Elle préfère bizarrement appliquer des peines sévères pour culpabilité potentielle du second et innocenter un bourreau reconnu coupable plusieurs fois d’agression immorale. Notre question précédente revient dans ce cas également: Quels rapports peuvent tolérer de telles aberrations flagrantes. La réponse, là aussi n’est autre que celle d’Ibn Khaldoun: La force et la puissance matérielle.

Ces dilemmes ne sont pas l’apanage du politique uniquement, on en trouve dans d’autres domaines. Nous avons le libre-échange d’un coté et le patriotisme économique de l’autre dans les relations commerciales internationales. Nous avons également, la protection de l’agriculture du monde développé et le refus de toute aide agricole aux pays faibles et on étouffe même tout espoir de développement de leur activité agricole. Nous avons la liberté d’expression dans le monde développé d’un côté et le soutien total et indéfectible de dictatures dans le tiers monde de l’autre dans le domaine des droits de l’homme. Nous avons le droit aux soins et à l’accès aux médicaments dans le monde développés et les brevets sur ces derniers pour le tiers monde.

D’autres dilemmes existent bien évidemment et démontrant clairement les conclusions d’Ibn Khaldoun quant à la prédominance de la force physique et de la puissance matérielle dans la définition des normes et référentiels, dans le classement des principes humains et des valeurs morales et enfin, dans la définition des axiomes sociologiques et des évidences idéologiques.

En fait, les conclusions de ce grand savant, toujours d’actualité, nous renvoient à notre éternel et habituel jeu: un perpétuel conflit entre puissance matérielle et liberté spirituelle, entre répression du pouvoir et résistance des intellectuels, entre domination de l’ordre et justice de la rébellion, entre victoire de l’arme et satisfaction de l’âme. Ceci dit, des esprits éclairés et des âmes libres affirment, par le verbe et par l’action, que « Victoire... Défaite... Ces mots n’ont point de sens. La vie est au-dessous de ces images, et déjà prépare de nouvelles images. Une victoire affaiblit un peuple, une défaite en réveille une autre»(3).

Quant à moi, je vous laisse méditer cet appel adressé par le célèbre avocat des « causes perdues», Jacques Verges, à son ami et ministre français des affaires étrangères, sur les ondes d’une radio française : «Si M. Kouchner ne menace pas les Etats-Unis de représailles si cette pauvre subit une injection létale, autrement, les gens pourront penser qu’un bourreau chrétien ou juif a toujours raison et qu’un bourreau, s’il est musulman, a toujours tort.»

* Economiste et chercheur.

Notes :

(1) Friedrich Nietzsche, philosophe allemand 1844-1900

(2) Ibn Khaldoun, historien et sociologue maghrébin 1332-1406

(3) Antoine de Saint-Exupéry, écrivain et auteur français, 1900-1944

Source : http://www.lequotidien-oran.com

 

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