Objectifs du millénaire sur le développement : L’Afrique pillée de toutes parts » terres d'islam | Bloguez.com

 Objectifs du millénaire sur le développement : L’Afrique pillée de toutes parts

22/10/2010

pillage AfriqueObjectifs du millénaire sur le développement : L’Afrique pillée de toutes parts

On le savait, l'Afrique est à la traîne en matière de développement. Ce que l'on vient d'apprendre, lors du récent sommet de l'ONU sur les objectifs du millénaire, c'est qu'elle doit le pillage de ses ressources et la fuite de ses capitaux autant aux firmes étrangères qu'à ses propres investisseurs.

Le sommet sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement s’est tenu au siège des Nations unies à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’organisation. Ces huit objectifs, appelés «OMD», avaient été décidés en l’an 2000 pour redonner de l’élan à la lutte contre l’extrême pauvreté et la misère dans le monde. Dix ans plus tard, les chefs d’Etat et de gouvernement font le point.

Sur les huit Objectifs du Millénaire, la majorité d’entre eux ne seront jamais atteints si rien n’est fait. Certes, de vrais succès sont à citer, à l’exemple du taux de scolarisation (notamment le nombre de personnes achevant le cycle d’études primaires) qui a explosé en Afrique et en Asie du Sud-Est. Pour s’en tenir au continent africain, au Kenya, l’abolition des frais de scolarité en 2007 a fait augmenter le nombre d’élèves du primaire de près de 2 millions. Au Burundi, une mesure similaire a multiplié par trois, depuis 1999, les inscriptions à l’école primaire qui ont atteint 99% de la population scolarisable en 2008. En Tanzanie, la mesure, mise en œuvre en 2001, a permis d’obtenir en 2006 un taux de scolarisation de 98% dans le primaire, soit une augmentation de 97% par rapport aux chiffres de 1999. La Zambie a également dépassé le seuil des 90 % d’accès à l’école primaire. Idem pour la lutte contre le Sida et l’on parle de près de 400 000 nouvelles infections ont été évitées en Afrique. L’un des cas particuliers en matière de réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), reste les pays du Maghreb qui sont en mesure d’atteindre plusieurs d’entre eux avant le délai de 2015 fixé par l’ONU.  Pour le cas de l’Algérie, dans le cadre de la réduction de l’extrême pauvreté et de la faim, la population en Algérie vivant en deçà du seuil d’un dollar par personne et par jour est passée de 1,9% en 1988 à 0,5% en 2009 contre une projection de 0,9% en 2015.

Mais il n’y a pas que les bons exemples sur le continent africain qui, pour pourvoyeur du développement dans le monde, n’en reste pas moins la partie qui reçoit le moins d’aide développement.  En la matière, les promesses de dons ou d’aide ne sont pas toujours tenues, une situation qui se juxtapose paradoxalement avec la hausse comptable, c’est-à-dire en terme d’engagements seulement, de l’aide publique au développement. Celle-ci, selon les communications présentées au sommet de l’ONU atteint des niveaux quasi historiques puisque l’on est à 120 milliards de dollars. Au sein de l’OCDE (Organisation de développement économique  réunissant les 31 nations les plus riches de la planète), certains pays sont arrivés au seuil de 0,7% de leur PIB. Pour les pays de l’Union européenne, la moyenne est de 0,5%. Les engagements notamment ceux pris au G 8 à Gleneagles (en juillet 2005) sont aussi d’un volume historique. Mais il semble que plus les promesses augmentent, ainsi que leur effet d’annonce, plus les dirigeants des pays riches trouvent facile de se départir de leur engagements. Aujourd’hui, il manque environ 18 milliards de dollars pour financer plusieurs projets inscrits dans le cadre des OMD et c’est l’Afrique qui en pâtit le plus ».

A l’occasion de ce sommet, d’autres chiffres ont été publiés. Ils démontrent, pour la plupart que l’engagement des pouvoirs politiques et la responsabilisation des différents acteurs sont des ingrédients de réussite qui ne sont, malheureusement, pas toujours réunis. Dans les faits, les pays riches, et notamment les classes possédantes dans ces pays, ont d’autres soucis. Ceux-ci perpétuent la situation qui consiste à générer simplement une petite bourgeoisie qui consomme de 80 à 90% des richesses. Une spirale qui laisse de coté les pays les plus pauvres et toutes les études convergent pour dire que si cette spirale capitaliste continue, l’Afrique ne pourra vivre dans les cinquante ou cent prochaines années que dans le désespoir.

Fuite de capitaux

En effet, les économies africaines apportent plus de ressources à l’économie mondiale qu’elles n’en reçoivent au titre de l’aide internationale. C’est d’ailleurs la conclusion explosive d’un rapport que vient de publier le «think tank» américain, Global Financial Integrity.

Selon le document, au cours des quarante dernières années, les flux financiers illicites partant d’Afrique vers les pays développés ont atteint les 1 600 milliards de dollars. La somme est d’autant plus impressionnante que les experts de GFI excluent de leurs estimations et analyses tout ce qui procède de la corruption, des détournements de fonds, du trafic de drogue ou de la contrefaçon. Ils ne s’intéressent qu’aux recettes tirées de l’économie formelle, officielle et à tout ce qui ressemble à de l’évasion fiscale ! C’est dire si la réalité pourrait être encore plus désastreuse que les statistiques ne veulent bien nous le dire.

Pour l’heure, l’on retient que ces recettes qui échappent aux économies africaines représentent 60 à 65% de l’ensemble des flux illicites. Les mécanismes mis en œuvre et dénoncés par l’organisme GFI sont très simples : il suffit de «surestimer la valeur des importations» en Afrique et de «sous-estimer celle des exportations». La quasi-totalité des pays africains sont concernés par cette gigantesque évasion organisée de capitaux. Ceux d’Afrique sub-saharienne au premier chef avec en particulier le Nigeria, de loin la première victime de ce phénomène. Les responsables ne sont pas seulement les grandes compagnies minières ou pétrolières étrangères qui sont installées dans les pays africains. Même si, par exemple au Mozambique, l’économiste Carlos Castel-Branco dénonce le traitement de faveur accordé à ces multinationales qui ne payent pas de taxes sur les minerais qu’elles exploitent.

Pour la première fois et rompant avec le discours culpabilisateur sur le néocolonialisme, la GFI a mis en évidence, également, le fait que les investisseurs africains soient directement mis en cause par de nombreuses expertises. Ces investisseurs préfèrent en effet placer leurs avoirs sur les grandes places financières internationales ou dans des banques offshore que dans leurs propres pays. L’on estime ainsi que le total des capitaux et des investissements réalisés dépasse le total de la dette extérieure de la région !

L’Afrique investit donc plus à l’étranger qu’elle n’emprunte, faisant du continent le plus pauvre de la planète un créditeur net et non un débiteur. Un véritable drame bien couvert bien l’omerta !

Ce n’est pas tout. Les communications présentées à l’ONU pointent du doigt «le défaut de vigilance» (formule bien diplomatique) des gouvernements africains. Car ces flux n’ont fait que grossir au fil des années. Au début des années 1970, ils ne représentaient que 2% PNB de la région. En 1987, le niveau est monté à 11% du PNB. Vingt ans plus tard, en 2008, les flux commerciaux illicites avaient un peu décliné mais ils représentaient quand même 7% de la richesse annuelle produite en Afrique.

Global Financial Integrity insiste sur le besoin de réformes économiques et de meilleure gouvernance. Sans elles, il sera impossible de maîtriser la situation. Ainsi, alors qu’entre 2000 et 2010, l’Afrique sub-saharienne a enregistré sa période de plus forte croissance économique, les flux illicites ont aussi augmenté plus vite qu’ils ne le faisaient précédemment. Les auteurs du rapport voient dans cette fuite exorbitante de capitaux l’une des principales raisons à l’inefficacité de l’aide internationale dans la lutte contre la pauvreté en Afrique.

Par Nabil Benali

 Source : http://www.lesdebats.com

Category : AFRIQUE | Write a comment | Print

Comments

| Contact author |