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 Jonction des intérêts des puissances et de l’idéologie islamiste - Logiques d’occupation et marques de soumission

26/10/2010

Jonction des intérêts des puissances et de l’idéologie islamiste - Logiques d’occupation et marques de soumission

Faut-il prendre au sérieux les dernières déclarations de Malek Chebel sur l'Algérie ou les mettre sur le compte de la provocation qui sied d'ailleurs au personnage ?

Le 20 août dernier, lors d’une soirée organisée par Algérie News, dans le cadre de la seconde édition «Mille et une News», celui qui est considéré comme un spécialiste de l’islam et du monde arabe n’a pas écarté la menace d’une (re) colonisation de l’Algérie, mais sans donner trop de détails. A l’instar des autres pays du monde arabo-musulman, l’Algérie, a-t-il déclaré, «doit se préparer à subir un nouveau colonialisme». M. Chebel  a justifié ses pronostics par les fortes pressions subies par ces pays, en raison de leurs richesses naturelles, en ajoutant : «Déjà on parle de l’internationalisation de l’accès aux ressources naturelles, que ce soit le pétrole ou encore l’eau». L’anthropologue, également philosophe, psychanalyste et, à certaines heures, provocateur, a en outre fait savoir que dans ces pays, notamment en Algérie, le «front de contestation» va jouer un rôle déterminant, pour persuader les opinions publiques, sinon les conduire aux sources des ressources naturelles. Cette information, telle que rapportée par notre confrère Liberté, dans son édition du 22 août dernier, appelle différentes lectures. A moins d’une énième provocation, destinée à bousculer certains esprits frappés d’inertie, la démarche du chercheur à la Sorbonne ayant décidé de s’investir dans la géopolitique et la géostratégie, rappelle étrangement la sonnette d’alarme tirée, il y a quelques années, par certains qui ont alerté contre «le risque d’irakisation» de l’Algérie. D’après eux, l’axe Paris-Washington-Tel-Aviv, avec en arrière plan le soutien de l’axe Rabat - Ryad - le Caire attendait que «le pays soit suffisamment mûr pour le faire imploser de l’intérieur.» Malek Chebel nous renvoie également au concept de colonisation, qui a repris du service ces derniers temps. Un concept, comportant certes tant d’enjeux réels, mais qui a été aussi malmené, devenant pour certaines parties un fonds de commerce. Pour le dictionnaire du Robert, le colonialisme est défini comme une «doctrine qui vise à légitimer l’occupation d’un territoire ou d’un État, sa domination politique et son exploitation économique par un État étranger», tandis que pour le Petit Larousse, il est question d’un «système politique préconisant la mise en valeur et l’exploitation du territoire dans l’intérêt du pays colonisateur».

 «L’Algérie n’est qu’un lieu d’expression de cette idéologie»

En prévenant de la possibilité d’une (re) colonisation, l’auteur de «Un Kama-sutra arabe» (Fayard, 2006), «Toutes les sagesses d’islam» (First, 2009) et «Dictionnaire amoureux des Mille et Une Nuits» (Plon, 2010), se rallie vraisemblablement à tous ces analystes qui, se fondant sur la fébrilité des partisans du choc des civilisations, avaient prédit un avenir sombre, voire chaotique, pour les pays en développement. Surtout les pays arabo-musulmans enfermés dans un autoritarisme aux couleurs autocratiques et convoités pour leur manne pétrolière et les autres richesses. Seulement, Malek Chebel ne semble pas se soucier des détails, qui ont pourtant leur pesant d’or ; l’essentiel pour lui est apparemment de « jeter » des idées et de susciter réflexion ou même polémique. Il faut, peut-être, chercher les autres éléments du puzzle dans des interviews que cet expert a accordées, lors de son récent séjour en Algérie.

Dans l’entretien publié le 22 août dernier, par le quotidien L’expression, Malek Chebel a abordé l’indispensable combat des Musulmans contre «l’obscurantisme». «La liberté c’est un combat. C’est plus un ordre sociétal qu’il faut gagner», a-t-il affirmé, en précisant que ce combat «ne touche pas la charia du tout et qui va au-delà de la charia même.» Il a en outre tenté de définir l’islam moderne, qu’il a qualifié d’islam «des lumières», en révélant qu’il «est compatible avec le progrès et avec tous les éléments que la civilisation matérielle des hommes est capable de proposer à ses citoyens.» Plus loin, l’interviewé s’est exprimé notamment sur la problématique du voile, qui s’est généralisée curieusement en Algérie. Derrière ce phénomène, M. Chebel y voit «une idéologie globale qui prend en charge la gouvernance de la planète musulmane» et où l’Algérie n’est qu’un lieu d’expression de cette idéologie. «Les pays musulmans, dans leur ensemble, ne pourront sortir de la crise que s’ils trouvent et développent des mécanismes économiques et politiques suffisamment solvables et crédibles aux yeux de leurs citoyens et du monde», a-t-il insisté, plaidant pour le changement. Pour le concepteur de l’islam des lumières, le rapport de forces actuel est défavorable car l’islamisme, depuis 10 ans, «a pris le pas largement sur les autres formes de socialité, en tant qu’idéologie». L’autre motif, lié au premier, découlerait de l’absence «d’idéologie de rechange» ou encore du manque d’affirmation, par l’Etat, de «son positionnement et sa place», à travers l’amélioration de la gouvernance, la révision éventuellement «de fond en comble» des systèmes éducatifs et surtout le réajustement du «curseur moral». Doit-on donner raison à l’enfant de Skikda, devant l’action de verrouillage des sociétés de culture musulmane, alors qu’elles sont sensées jouer un rôle capital, aux côtés de leur Etat, contre la montée de l’intolérance et de l’islamophobie ?

Islamophobie, «un racisme apparu avec les colonisations»

Outre la vague d’islamophobie qu’a connue dernièrement l’Europe (caricatures du prophète des Musulmans, polémique sur le voile en France, campagne contre les minarets en Suisse, etc.), c’est au tour du pays de l’oncle Sam de faire subir des humiliations et violences aux citoyens de confession musulmane. Ceux-ci sont de plus en plus la cible d’agressions, dans différents Etats, sur fond d’une campagne électorale aux relents xénophobes. Cette situation a suscité la création toute récente d’une «coalition contre l’islamophobie», qui a dénoncé récemment «la tendance croissante à la haine contre les musulmans à New York et à travers les Etats-Unis». De nombreux observateurs mettent en exergue le lien existant entre le 11- septembre et les ondes d’islamophobie. D’aucuns pensent cependant que les attentats du 11 septembre 2001 sont à l’origine de la vague d’islamophobie, alors que d’autres les placent en seconde phase. Ces derniers, s’appuyant sur les thèses du penseur Samuel Huntington sur le conflit des civilisations (en 1992), se demandent si «les services du sionisme international» ne seraient pas derrière la programmation de cette islamophobie, puis du lancement, après les attentats de New York et de Washington, de l’idée selon laquelle l’islam est inconciliable avec les droits de l’homme et les valeurs démocratiques occidentales. Ils définissent l’islamophobie comme «un racisme apparu avec les colonisations», pour justifier la présence continue des forces américaines et de leurs alliés, dans les pays arabo-musulmans, et légitimant l’occupation, pour permettre aux USA de contrôler les richesses et s’assurer leurs besoins énergétiques. De plus, soutiennent-ils, la poursuite de l’occupation est aussi «une garantie pour la sécurité du régime sioniste». Le chercheur français Hervé Ryssen a, pour sa part, constaté que les «sionistes ont beau mettre tout le paquet pour embarquer l’Occident dans un choc des civilisations, il n’en reste pas moins que leur objectif principal à long terme est d’abolir toutes les nations et d’unifier toute la planète sous leur contrôle afin de préparer la venue du “Messie”»,  (réfence : «Les Espérances planétariennes»).

L’islamophobie en Occident et la colonisation sont intrinsèquement liés. Des analystes estiment que cet impérialisme, qui s’inscrit dans la tradition coloniale européenne et qui criminalise l’islam pour couvrir l’occupation, trouve  «une illustration importante dans la question palestinienne» : on oppose à un problème de fond, qui est la colonisation d’un pays et la résistance légitime d’un peuple à l’expansionnisme, une nouvelle opposition, créée de toutes pièces, qui est celle du combat de la démocratie (représentée évidemment par l’entité sioniste) contre les islamistes «intégristes» du Hamas.

Un enjeu appelé Sahel

En juillet dernier, le journaliste du Monde diplomatique, Alain Gresh, a signalé «un glissement» dans les prises de position de la droite dure ou des nouvelles formations populistes européennes qui, désormais, considèrent le conflit israélo-palestinien «comme l’une des composantes de la guerre de civilisation contre l’islam.» Ce revirement a été d’ailleurs applaudi par le commentateur israélien, qui a également écrit dans le quotidien Maariv (du 24 juin 2010) : «De nombreux Européens se rendent enfin compte des conséquences d’une politique de la porte ouverte à l’immigration issue de l’Afrique du Nord et des pays arabes.»  Dans le même article, Alain Gresh a aussi noté que, depuis de nombreuses années, des journalistes ou des intellectuels se sont mis de la partie pour dénoncer «l’invasion musulmane de l’Europe». D’après lui, l’abandon de  l’antisémitisme pour l’islamophobie et la position qui consiste à proclamer «qu’Israël serait le bastion avancé de la civilisation dans sa lutte contre la barbarie...» constituent un «tournant».

Un autre événement est venu marquer cette fois l’actualité. Il s’agit des derniers développements au niveau du Sahel, connu sous l’appellation du «ventre mou» de la sécurité de l’Algérie. Deux anciennes puissances coloniales, en l’occurrence la France et l’Espagne, ont en effet transgressé les décisions du Conseil de sécurité (dont la France est membre permanent) relatives à l’interdiction de paiement des rançons, en cherchant à saborder le tout nouveau Front du Sahel. La région du Sahel est à la fois un couloir stratégique et une zone tampon entre l’Afrique du Nord, la Méditerranée et l’Afrique. Riche en uranium, en diamants, en or, en cobalt et en eau, elle se distingue donc des autres régions. Ces dernières années, le Sahel est au cœur de toutes les attentions. D’aucuns y voient même une relation entre les enlèvements d’étrangers et la concurrence/complémentarité entre les Américains et les Français.

En revanche, d’autres affirment que la lutte d’influence entre des pays comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Chine, voire même Israël, est en train de prendre plusieurs formes. Mais, quelle que soit la forme qui sera prise, elle profiterait avant tout aux intérêts des puissances et viserait à affaiblir les pays de la région, principalement l’Algérie, qui se présente comme la force régionale incontournable. Question : comme l’Afghanistan et l’Irak, cette région risque-t-elle de devenir un nouveau terrain d’affrontements entre l’Occident et l’organisation criminelle Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ?

Par Z’hor Chérief

Source : http://www.lesdebats.com

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