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 Ces héros qui ne meurent jamais: Un homme exceptionnel: Mostefa Benboulaïd

18/11/2010

Mostefa Benboulaïd Ces héros qui ne meurent jamais: Un homme exceptionnel: Mostefa Benboulaïd

Par El Yazid Dib

Ils sont nombreux ces hommes qui ont fait la gloire de l'Algérie. Ils sont plus nombreux que six, plus de vingt-deux, voire un million et demi. Parmi ces héros qui ne meurent jamais, l'on s'arrêtera un instant sur l'itinéraire d'un révolutionnaire de la première heure. Mostefa Benboulaïd.

Le film qui retrace son itinéraire est venu à bon point pour réconforter cette forte attraction envers son personnage. Je ne sais pourquoi cette histoire d'un homme et d'un peuple a pu prendre toute mon attention. Je ne fais qu'écouter ses récits, scruter ses actions et méditer son parcours. Benboulaïd, je l'ai bien connu, une fois que je venais de faire la connaissance de sa progéniture. De beaux garçons érudits, affables et aimables. Ils ont pu des années durant porter dignement et à bon escient ce lourd héritage. Celui d'un nom devenu légendaire. Ainsi l'on raconte cette histoire de l'éclairé du village d'Arris, au sud de Batna, un certain Bella Mezhoud qui, ermite qu'il fut, annonça face aux actes de bienfaisance que lui prodiguait la future maman, l'heureuse nouvelle quant à la «venue prochaine d'un prophète de son sein». La croyance, la foi et la providence firent le reste.

 Si Mostefa est né le 5 février 1917 à Inerkeb, en amont de la commune d'Arris. Son père M'hamed ben Ammar, maître en littérature arabe, et sa mère Aberkane Aïcha, digne héritière foncière, le voyaient déjà en compagnie de sa fratrie faire quelque part une certaine différence. La perspicacité et le sens de la responsabilité émergeaient chez lui au fur et à mesure que le temps gagnait du terrain. L'enfant grandit dans des conditions ordinaires, celles de tout homme emplissant de son courage ces vertigineux monts et vallées que constitue la chaîne des Aurès. A Batna, il eut à exploiter 3 lignes de transport interurbain, comme il fut nanti par le travail et l'abnégation à l'exploitation de grandes surfaces de terre agricole sises à Foum Ettoub, Tazoult, Afra, Arris, en plus d'une minoterie à Oued Labiod. Avec tout ce confort matériel et cette aisance sociale, la vie ne semblait pas juste aux yeux de cet enfant intrépide. L'instinct de liberté et d'indépendance faisait déjà son lit dans la conscience du futur lion des Aurès.

Le destin l'envoyait vers les pérégrinations. C'est en 1937 et à Metz que s'est forgée la véritable vision de l'autre monde, tout à fait contraire à celle d'Arris. Il y connut entre autres la haute perception de la dignité et de l'honneur, pour avoir été un syndicaliste avéré. Il fut aux bords de ses vingt années, fort, beau et affable et n'avait pas encore goûté aux délices du sentiment que provoque la paternité. Il convolera en justes noces en 1942, et aura comme épouse, une fille tout aussi belle et affable. De cette union, naquirent six fils et une fille. En fait, il sera quelque temps après, le père de tout un peuple. Ses fils et sa fille se confondront dans la multitude nationale. Quelle fut cette motivation qui l'emmena à laisser une jeune famille, une prospérité commerciale et une aisance patrimoniale, pour initier et prendre les devants du combat qui ne sera que rédempteur et libérateur ? Quelles furent les limites qu'il pensait faire entre l'attachement naturel à sa micro-famille et l'exaltation irrésistible qui le prit à mettre en danger sa vie et le bonheur matériel en qui il ne voyait qu'un décor superficiel en face de l'emprisonnement qui étouffait son pays, éclipsait ses us et coutumes ? Cette culture de liberté aurait creusé davantage son chemin dans les arcanes fortifiés du jeune Mostefa, déjà en 1944 où il excellait à jouxter entre le savoir et les affaires. Au brillant négociateur, élu de la corporation des commerçants dans sa localité, se joignait l'érudit, l'intellectuel président de l'association locale de «Djamiat el oulama el mouslimin».

 Si Mostefa, l'homme commença à être un capital de science, de lutte et de résistance. L'initiative était en lui, intrinsèque et spontanée, comme l'idée lumineuse est au génie aussi banale mais originale. Perspicace et tranchant, pragmatique et mystique, il réussit à faire des Aurès un laboratoire pour l'expérience de braver les risques, de galvaniser les cœurs et de se libérer des leurres. Il touchait de près la réalité de son époque et caricaturait les épopées des Francs et des Gaulois. Il ne voyait l'histoire que dans l'islamité, l'arabité et la berbérité de l'Algérien. Le tout dans un prisme unique, homogène et indivisible.

 A partir de 1950 à travers tout le pays, «l'Organisation secrète» commençait à connaître les affres du démantèlement. Néanmoins grâce à la clairvoyance de l'homme dans le choix des hommes, le bastion des Aurès ne fut jamais découvert et demeura dans un secret éternel. Le futur héros ne rechignait pas par-devant les besognes d'envergure révolutionnaire, et organisa un front pour la défense des libertés, auquel se joignent toutes les formations politiques en vue de rendre publiques les atrocités criminelles françaises.

 Il aurait défini la révolution tel un amour pour les autres, le sacrifice tel un don.

 L'ingéniosité militaire ne pouvait s'extraire de cet homme, dont le séjour vers la fin de l'année 1938 à Sétif, dans une «obligation militaire» ne faisait que confirmer son aptitude à la réception des sciences de la guerre. Incorporé dans la Brigade 11 de l'infanterie à Béjaïa, Mostefa aura à user de toute son intelligence pour contenir les valeurs d'un apprentissage militaire qu'il saura mettre en évidence dans un proche avenir. De là, il est muté dans la localité de Sétif. Un autre lieu qui sera plus tard connu par un indescriptible massacre, à Sétif.

Les massacres du 8 mai 1945 sont perçus à cette époque comme un précurseur final de la libération nationale. A Guelma où il se trouvait en 1944, il commença par une campagne de sensibilisation à l'égard de nouvelles recrues en vue de les amener vers les voies de la désertion et la désobéissance. Il fut emprisonné jusqu'en 1945. Le jeune Mostefa, en guise de souvenance à ces glorieux événements et à la mémoire des gens tombés au champ d'honneur, décida d'observer, chaque année et aux mêmes moments, un jeûne rituel plein de symboles et de méditations. S'il fut le façonnier de la liberté et de l'indépendance, il était aussi l'artisan de bombes, l'amoureux de l'explosif. La déflagration, la sienne, conduisait dès 1953 vers l'insurrection armée. Le pays entier y fut entraîné. Il imaginait, je l'imagine, la guerre comme un langage affectueux pour la paix, le fusil, comme une rose pour la gloire des libertés. 38 ans est un âge pour les héros. A cet âge, il prend le rôle de catalyseur de toutes les opérations militaires. De cénacle en cénacle, il défait les soucis logistiques, pourvoit au poste de commandement et organise l'exploration transfrontalière. Ce qui lui valut une reconnaissance posthume des grands symboles de la lutte internationale des peuples. Che Guevara se prosterna, en 1963, par-devant «la tombe du maître», à Nara, sur les flancs du «mont bleu» djebel lazrag, près de Batna. Les chemins de Nara étant impraticables, le «pèlerinage de Che» se fit par hélicoptère.

 La France ne pouvait exercer un pardon à l'égard de celui qui fut le destructeur du mythe de son invincibilité. L'homme qui, au nom d'un peuple, avec cran et bravoure commença à abîmer les parois de la République française et par qui la chute arrive. Le 11 février 1955, arrêté a Ben Guerdan, à la frontière tuniso-libyenne, battu et torturé, il ne cessera point de sourire à l'avenir et de percevoir le clair qui, au loin s'annonce, sur une Algérie radieuse et étincelante. Ses geôliers lui vouèrent, sous ses chaînes, l'honneur du chef courageux, les signes de la vaillance téméraire. Une photo le montre, prisonnier plus heureux que ne le sont, inquiets, ses séquestres.

 L'air qu'il y affiche traduit intensément le grand projet que son esprit vivace et son cran tenace entretiennent et soutiennent par le bruit du silence.

 Un matin du 24 septembre 1955, toute la France coloniale est électrocutée. Benboulaïd s'est évadé de la prison de Constantine.

 Cette forteresse, connue pour sa stricte rigueur et sa célébrité de fort impénétrable, venait de perdre par cette fugue spectaculaire toute sa notoriété.

 L'évasion, diffusée comme une traînée de poudre, en mettant le régime carcéral en pleine déroute, avait permis à la révolution de reprendre de plus vif ses lettres de noblesse. Cette action révolutionnaire demeure à ce jour un cas d'étude digne de grandes épopées et légendaires évasions à travers l'histoire de l'humanité. Les phases de préparation et d'exécution de cette action, s'assimilant à un refus de résignation, démontrent en conformité à l’évidence, l'esprit sagace et adroit que la force d'un chef se confine dans l'abnégation. Architecte et entrepreneur de l'opération, il s'est soumis quand bien même à un tirage au sort quant au classement des candidats à l'évasion. Le film de Rachedi, en retraçant ces scènes vous oblige à suer à flot. Le souffle vous est coupé. A voir ainsi si Mostefa à l'œuvre, la mort vous effleure. Votre serviteur détient deux pages des neuf que contient une lettre jusqu'ici inédite qu'aurait laissée Benboulaïd dans sa cellule après son évasion. Il y est écrit entre autres son choix d'opter pour «une évasion pacifique et non violente». Les motifs de celle-ci visant à atteindre «la paix et la prospérité du peuple algérien dans une république algérienne». Il la commence, tel un testament, par «Nous soussignés condamnés à mort
…»

Une fois s'auto-libéré, le héros redonnera plus de tonus à l'action armée en organisant la «bataille d'Ifri Bleh» dans la région de Ghouffi auprès de la localité de Ghassira. C'était le 13 janvier 1956
. Peu après, à moins d'une semaine, un autre accrochage, l'ultime, eut lieu sous son commandement sur les hauteurs de Djebel Ahmer Khadou à Ghar Ali Ben Aïssa. C'était le 18 janvier 1956.

 Comment ne pas s'interloquer, en termes de management révolutionnaire, sur l'aptitude mobilisatrice (pouvoir réunir plus de 350 militants la veille du premier novembre 54), la capacité énergique et tactique (l'évasion fabuleuse de la prison) d'un esprit sain et saint que contenait un corps aussi sain et saint ?

 L'on ne défraye les chroniques, l'on ne brise les siècles que par la saga et la fable. La stature de l'homme s'assimilait à celle d'un illustre libérateur. Le lien s'est fait entre Benboulaïd et Okba bnou Nafaa. «Si le compagnon du Prophète (qsssl) a libéré l'Afrique du Nord des Romains, Benboulaïd l'a libérée des Français» *

 Mourir à moins de 40 ans, faire déclencher un soulèvement des plus glorieux dans l'annale historique des luttes populaires, n'est qu'un signe de la providence pour une prédestination de grand privilège divin. L'homme, l'être, l'enfant d'Arris succomba dans une nuit froide, pluvieuse et où les rafales du vent déchiraient la quiétude sidérale des lieux. La nuit du 23 mars 1956 clôtura une vie d'humain, mais au même moment vint naître pour l'éternité, l'histoire d'un homme exceptionnel.

*Témoignage de Adjal Adjoul, l'un des compagnons de Mostefa Benboulaid en date du 3 mars 1985. Cité dans l'ouvrage «Mostefa Benboulaïd et la révolution algérienne. Page 372. Editions Dar El Houda Aïn M'lila. Version arabe 1998.

NB: En effet, la biographie de Benboulaïd ne peut être contenue dans quelques lignes. Pour plus de précisons et de détails, voir «Mostefa Benboulaïd et la révolution algérienne» Editions Dar El Houda Ain M'lila. 1998. Ouvrage de 970 pages ! Initié et publié par l'Association du Premier Novembre que préside un autre moudjahid, le commandant Ammar Mellah.

http://www.lequotidien-oran.com

 

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