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 DANS UN MONDE EN CRISE - Être intellectuel algérien

19/11/2010

DANS UN MONDE EN CRISE - Être intellectuel algérien
04 Novembre 2010  

Tout intellectuel algérien, quelle que soit sa lecture, ne peut que se ressourcer au Message fondateur du 1er Novembre 1954.

Au pays de Novembre, l’intellectuel rêve de liberté, de démocratie, d’émancipation, de progrès, sans perdre son âme. Tel est l’Algérien, par-delà la diversité d’opinions.
La glorieuse Révolution de Novembre a libéré le territoire et tout le monde attend que celle du citoyen atteigne un point de non-retour. Le contexte mondial ne favorise pas la réalisation plénière de nos rêves. D’où l’importance de ne pas rêver, coupé du réel. La démocratie et l’indépendance ne sont pas qu’un slogan destiné à faire croire aux peuples qu’ils prennent leurs décisions. Certes, l’avenir révolutionnaire est passé, mais il n’indique aucun renoncement aux changements et encore moins à l’exigence de justice et de savoir. Gardons en mémoire la bravoure de nos ainés libérateurs.
Il faut prendre la mesure de l’avenir comme «révolution», pour faire renaitre, de façon agissante et inspirée, le désir et les pratiques d’émancipation. Tout intellectuel algérien, quelle que soit sa lecture, ne peut que se ressourcer au Message fondateur du 1er Novembre 1954. La Révolution est une venue au monde d’une nation, plus encore, l’Algérie, terre d’un peuple forgé par le courage, ne fait pas exception. Rien ne serait plus indigne, en termes de fidélité, que d’ignorer les acquis et les difficultés qui ont eu lieu pour affronter la marche du temps. D’autant que toutes les promesses de l’indépendance ne se sont pas réalisées.

Conjugaison entre authenticité et modernité
La situation mérite toute l’attention des intellectuels, des créateurs et des chercheurs soucieux d’intérêt général. Crise au vu du faible niveau culturel, de l’incivisme, de la situation des intellectuels, de la fuite des cerveaux, de la crise des valeurs, de l’état de l’éducation. Dans le monde, les messages et les images qui assaillent les peuples sont ceux du cynisme et de la course à la richesse à tout prix, qui saccagent les structures mentales, les cultures et les identités. C’est un des traits des incompétences et du libéralisme sauvage que de produire de la révolte anarchique et de la croissance spéculative, une pandémie de misère et de déchéance. L’Algérie, pays de la culture de la résistance, peut contribuer à éclore une voie digne de l’élévation de la condition humaine.
Partout dans le monde, c’est aujourd’hui plus qu’un risque, de voir opposer à cette modernité déviée de son sens de progrès pour tous, une réaction d’un côté obscurantiste et rétrograde et de l’autre de la perversion et de l’immoralité. C’est le ressentiment contre la modernité pervertie et les régimes corrompus qui sont une des sources des extrémismes, de la haine du progrès et de l’authenticité, de la culture, des sciences et des révolutions.
La réaction rétrograde s’exprime dans une mystification univoque d’un passé présenté comme sans ombres, qui oublie ou tient pour négligeables les progrès scientifiques actuels, de l’instruction, de l’information, des connaissances, de la santé publique, du transport et aussi de la liberté - même si le bénéfice de tous ces acquis est injustement distribué. Si bien qu’au plan mondial, les inégalités, l’avantage et le progrès des uns, poussent au désespoir et à la désolation, les autres. Le projet de se replier sur la religion mal interprétée et si superficiellement vécue, ou sur le national chauvin, face aux injustices et aux misères du monde, est aussi chimérique que de vouloir l’individu sans le commun, le coeur sans la raison, le passé sans le futur.
Puisqu’il faut écarter l’hypothèse du pseudo-retour, et puisque la situation de notre époque est intenable - cynisme et immoralité moderniste face au fanatisme- il faut un autre tracé commun de l’avenir. L’Algérie en est capable. Le projet d’une telle pensée est inscrit dans l’Appel du 1er Novembre. Certes le ni-ni n’a pas, dans la politique, de bons antécédents. Les troisièmes voies ont illustré des impasses: impuissances des réformistes, mystifiantes synthèses de choix contraires, bricolages aspirant à tout avoir ensemble, et tout éviter: capitalisme et communisme, autorité et liberté, alliance et indépendance.
Pourtant, le double refus est légitime: de la modernité pervertie et du passé sclérosé, du libéralisme sauvage et du socialisme paralysant, du monde hégémonique et des replis. Avec méfiance et vigilance, le travail de l’intellectuel, attaché à la hauteur de vue, recherche un chemin d’avenir, celui de l’attachement à la patrie, à la symbiose, la synthèse qui n’est jamais donnée d’avance, entre authenticité et modernité, entre progrès et morale, entre origine et devenir, entre discipline et responsabilité.
L’intellectuel attentif sait que l’Algérien peut faire des miracles et reste attaché à une autre vue de l’avenir, qui récuse les deux fantasmes tragiques, l’extrémisme politico-religieux et la marchandisation du monde, tous deux deshumanisants. Dès qu’il s’agit d’inventer une autre voie, entre le passéisme fermé et le désastre du Marché Monde, marchons prudemment, en alerte. Nous ne devons rien céder sur l’essentiel. Lier les différents versants de la vie est non négociable: liberté et engagement, démocratie et responsabilité, valeurs spécifiques et universalité, politique et éthique, unité et pluralité, souveraineté nationale et mondialité.
En tant qu’Algérien, notre histoire, les problèmes du présent et les appels de l’avenir, exigent de nous une réponse juste. On ne peut se permettre ni d’abandonner, de se laisser à la lassitude, au mutisme, à l’immobilisme, ni de s’engouffrer dans la voie de l’activisme qui confond vitesse et précipitation et que n’agrée pas notre conscience. Malgré la complexité de la tâche, la mesure est la marque de la crédibilité.

Nation apaisée
L’intellectuel se doit de s’inspirer de normes crédibles et d’une mémoire vivante. L’intellectuel algérien ne fait pas exception, il se sent encore plus concerné par le devenir collectif, car l’Algérie, depuis près de deux siècles, a souffert. Elle a subi le martyre durant les 132 ans de la nuit coloniale, puis, malgré des acquis, déçue par 40 ans de système unique, ensuite plus d’une décennie de terrorisme et l’affaiblissement des liens sociaux, le tout marqué par le réveil de clivages stériles. L’intellectuel doit sans cesse se rappeler les martyrs, s’incliner en leur mémoire, éveiller les consciences, sans syncrétisme, ni relativisme aider à l’unité, au rassemblement et à la formation d’une Nation apaisée, traversée par le souffle de l’être commun. Tout en favorisant le sens du dialogue face à ce qui peut entraver les libertés, la diversité, les singularités et les individualités. Refuser les divisions belliqueuses et infondées, et favoriser la diversité et l’articulation entre des valeurs multiples, tel est l’enjeu. Notre pays, de par son histoire et sa géographie et surtout ses ressources humaines, peut être un pays-phare. Il est au carrefour des cultures et se veut, de par son patrimoine, communauté médiane, qui lie islamité, arabité et amazighité, sans oublier ses autres dimensions méditerranéenne, africaine, et son universalité.
L’action permanente est de tenter de traduire les aspirations du peuple, lui redonner de l’espérance et de la joie qui lui manquent tant. Recréer des espaces de convivialité est une priorité. Assumer la vocation d’intellectuel, comme trait d’union critique constructive, entre les citoyens et les pouvoirs, aux côtés du respect de la loi et de ceux, sans distinction, qui subissent oubli et marginalisation. Il s’agit de comprendre la sagesse, la colère et les silences de ceux qui n’ont pas la parole, de dénoncer les formes de fermeture et de mépris et d’énoncer des horizons d’espérances. Les problèmes du monde sont d’abord des problèmes moraux. Par le travail et la libération des énergies, nous ne pouvons que rejoindre le rang des pays émergents et reconstituer les classes moyennes.

Le vivre-ensemble
L’intellectuel algérien, sur le fond, s’interroge sur le devenir de la société qui est malade et qui souffre. Elle a des difficultés à s’impliquer et à assumer les transformations. La nation, la collectivité aujourd’hui est une réalité à reconstruire. Il ne suffit pas de rechercher la bonne gouvernance. La situation d’épuisement de notre sombre époque, le gap qui sépare de plus en plus les pays développés et les autres, à l’exception d’une dizaine d’émergents, les nihilismes, la «désignification», les tentatives d’ingérence, les dysfonctionnements appellent à une vision stratégique. Il faut tenter d’énoncer du «sens» et de former un citoyen responsable, c’est-à-dire avant tout, cultivé, pour forger une société du savoir. C’est l’arme par excellence.
Sur les plans éthique et politique, l’intellectuel algérien tente d’avoir des positions objectives et courageuses face au besoin d’un Etat de droit, d’une société instruite et à un rapprochement entre les peuples mutuellement bénéfique. L’Algérien doit tenter de bâtir inlassablement ces projets. La collectivité politique cohérente, juste et ouverte, semble difficile à réaliser. Pourtant, il ne faut pas renoncer. L’homme est né libre et partout il est dans les fers, disaient Ibn Khaldoun et Rousseau, chacun à sa manière, faisant allusion aux limites et entraves produites par la société-communauté et la lutte pour le pouvoir. Pourtant, tout le monde - et le philosophe en particulier - sait que la vie est impossible sans l’Etat qui érige une société civilisée. La modernité se fonde sur l’idée d’autonomie du sujet, du citoyen, de l’individu, allié à l’être commun, c’est indissociable.
L’intellectuel algérien dans notre sombre époque tente de comprendre les séismes politiques internes et internationaux, de se hisser à la hauteur de ce qui est requis, de rester en phase avec le réel, de reposer la question avec prudence et réalisme, de retracer un mouvement qui ne relève de la pensée que parce que d’abord, il appartient à l’existence. Il faut s’impliquer sereinement, faire montre d’une audace et d’un esprit critique stimulants, car les questions, comme celle du rapport entre la société et l’Etat et le droit à participer à la vie publique, ne sont ni simples ni épuisées. Sans le respect des institutions, il est impossible de progresser, sans la participation du citoyen non plus.
Pour assumer, il faut être en accord avec sa conscience et sa volonté libres. Aujourd’hui, dans le contexte de l’autoritarisme incompétent, de la mondialisation hégémonique, de la techno-science, du libéralisme, des archaïsmes religieux, et des démagogies, cela est plus facile à dire qu’à faire. D’où l’importance de débattre et relire nos sources.
La possibilité de la nation éveillée, du peuple éclairé, en Algérie comme ailleurs, n’est pas donnée d’avance, mais c’est l’alpha et l’oméga. Le débat nous invite à rechercher une nouvelle civilisation du «vivre-ensemble», pour notre patrie, non coupée du mouvement du temps, sans imaginer revenir à des formes anciennes de communauté, ou céder, par lassitude, aux individualismes et à la rupture des liens sociaux.
Vivre en solitaire égoïste, en exilé dans son propre pays, non concerné par la communauté, est voué à l’échec, chacun mourant lâchement, tout seul, à petit feu. Il s’agit, aujourd’hui, de se tourner vers l’avenir, de prendre la parole, de rassembler, de reconstituer une société équilibrée, consciente de ses devoirs et de ses droits.
L’Algérie, «belle et rebelle», trait d’Union entre le Nord et le Sud, l’Orient et l’Occident, malgré des dérives et déceptions, est capable de symbioses nouvelles et de prodiges. Il faut la force de la passion du pays, il n’y a rien de plus beau. Sans cette passion, l’intellectuel aurait déjà renoncé.
Nul être conscient ne peut renoncer à ce qui nous met au monde: la patrie. Par cet attachement incomparable, il est possible de sortir des incertitudes.

(*) Philosophe
intellectuels@yahoo.fr

Mustapha CHÉRIF (*)

Source : http://lexpressiondz.com/

 

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