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 Extraits d’un écrit inédit : Le plaidoyer posthume de Mourad Oussedik (2° partie)

22/11/2010

La Toussaint 54 surprend tout le monde. Moi compris. Tout le monde s’interroge sur l’importance du mouvement, y compris les nationalistes du MTLD. Le cheminement se fait au plan politique au niveau algérien. Messali, qui était l’homme le plus adoré d’Algérie, leader du parti nationaliste, était contre, il a traité les initiateurs de la guerre d’aventuriers. La masse était surprise. Le PC algérien était contre. Il considérait qu’il fallait libérer l’homme et non pas le pays. Moi, qui n’étais pas impliqué de façon structurelle ni idéologique, ça répondait à mon état d’esprit. J’étais aux aguets. Est-ce éphémère ? Cela va-t-il durer ? Ce mouvement surprend la répression, les cadres nationalistes et la population. Pourtant, il est la conséquence naturelle de toutes les promesses non tenues, la mafia nationaliste française, la guerre et les épidémies de typhus et de choléra, l’armée d’Afrique, Sétif, le massacre des populations, suivi de la mise en place d’une structure de répression inspirée par les lobbies colonialistes, dotés d’une emprise terrible. Quand il y a eu les premières arrestations et qu’on a désigné le cabinet de mon père, je n’ai pas eu d’états d’âme, j’ai foncé. Moi, je jubilais. Tu connais mon tempérament. Je n’avais jamais cru à une décolonisation sans violence parce que j’avais une perception des structures coloniales en Algérie qui était très objective. A cette époque-là, neuf millions d’Algériens vivaient en Algérie. Face à un million d’Européens. L’Algérie avait une place à part dans l’ensemble des colonies parce qu’elle n’était même pas une entité nationale, trois départements français. Elle était à 800 km des côtes de la France. Sur le plan administratif, les cours d’appel, les universités, etc. voyaient défiler des fonctionnaires français. La seule différence avec les autres départements français, c’est qu’il y avait une coordination, un gouvernement général et un gouverneur général. Je savais qu’il y avait un lobby français qui tirait profit de l’Algérie, surtout sur le plan agricole. Il y avait le monopole des transports, il y avait les mines, marché réservé à la consommation française. On n’a rien fait sur le plan industriel ou commercial en Algérie parce que la production était destinée à la France où elle était transformée et commercialisée. Le lobby, c’était ça. Il n’était que le prolongement du lobby colonial là-bas. Les grands colons étaient prolongés par le lobby français ici. Je ne voyais pas comment, avec une administration française, une justice française, on pourrait obtenir la décolonisation tout seul. On ne pouvait pas comparer l’Algérie au Maroc ou à la Tunisie qui avaient leur administration, qui était des protectorats, ou à l’Afrique noire dotée d’autres statuts spéciaux. Ce qui me révoltait le plus c’était de voir la survivance du statut de l’indigénat, ce citoyen de seconde zone, après que toute cette population, qui n’avait pas, au contraire, profité de l’occupation allemande, avait pris les armes pour la France. Ce qui m’avait frappé le plus, c’était l’ingratitude et l’aveuglement du pouvoir français après 45. C’était vraiment l’exploitation de l’homme par l’homme. Les Algériens étaient muselés. La population algérienne était rurale à 80%.Donc, 54, c’est quelque chose d’inimaginable. Qui me permet, d’une certaine façon de retourner à la première enfance. Je me dis «enfin, ils se battent». C’est bon. Le problème est simple ; j’ai été à la confluence de deux éducations, deux cultures, deux sociétés. L’une aurait dû prendre le pas sur l’autre mais j’ai trouvé le moyen de faire en sorte qu’aucune des deux ne s’efface, qu’il n’y ait aucun conflit entre elles. J’ai réussi à les faire cohabiter et je pense que, quelque part, je suis schizophrène. Pour moi, le bonheur à deux sous ne signifie rien. L’avenir en rose ne signifie rien. Je vis toujours l’instant, totalement, sans camouflage aucun, en pensant que le malheur est en train de rôder quelque part. Cette façon de voir les choses t’empêche d’être un ambitieux programmé, de faire des concessions, consacre en toi un défaut de maîtrise absolu. Je suis sincère, je ne dissimule rien mais je suis toujours en embuscade. Je discerne le défaut de sincérité de l’interlocuteur parce que tel que je suis conformé, immédiatement il y a un énorme malaise qui naît en moi et je dissèque tout. Après l’escapade parisienne, je renoue avec mon identité algérienne. Personne, dans le milieu colonial, ne soupçonnait l’importance de l’événement. Les Français étaient persuadés que tout allait rentrer dans l’ordre en quelques jours. C’était la position des pouvoirs publics. Tout le monde avait surpris, y compris les militaires du MTLD. Le secret avait été bien gardé, et la répression s’abattit sur les nationalistes qui n’y étaient pour rien, le mouvement s’étant mis en route sans les aviser. L’Organisation spéciale s’était en effet structurée clandestinement à l’intérieur du MTLD. Il y eut un ou deux mois d’interrogations de la part des autorités coloniales, qui arrêtèrent jusqu’à Messali Hadj lui-même. Les attentats continuant, un premier groupe qui avait scié des poteaux télégraphiques à Tazmalt, dans la vallée de la Soummam, fut arrêté et déféré devant le tribunal correctionnel de Bougie. Ce fut ma première affaire politique, fin 54 ou début 55. La famille nous avait constitués. Dès le début de 1955, la lutte prenant de l’ampleur, la répression était devenue féroce. C’est ainsi que la torture systématique fit son apparition au niveau de la police, pour obtenir des aveux. Les accrochages et les attentats s’intensifiant, je fus constitué au printemps 1955 par les deux frères Didouche, dont l’un, Mourad, était le chef de la Wilaya II. Ils avaient été interceptés alors qu’ils transportaient de l’argent et des médicaments dans la région de Bougie. Ils furent déférés dans cette même ville. Ce fut avec eux un compagnonnage de plusieurs mois. Je leur rendais visite souvent et nous discutions de l’évolution de la situation. On parlait de l’indépendance, de la lutte. On évaluait les progrès, les offensives, les actions. Demandant des nouvelles de ce qui se passait à l’extérieur, je les leur donnais. Cela a duré jusqu’en septembre 55, quelques mois. Nous échangions des considérations politiques. Je fus mêlé à certaines affaires car les clients me chargeaient parfois de transmettre des messages à l’extérieur. J’avais, à mon niveau, selon mes moyens, décidé de participer à la lutte à titre personnel et d’une façon tout à fait solitaire, n’ayant aucun contact avec les structures FLN de l’extérieur. Les deux frères Didouche ont été mes premiers clients. Abderahmane et Hamid (Ahmed). Mourad Didouche faisait partie des hommes du 1er Novembre. Ils avaient été interceptés dans la région de Bougie alors qu’ils se rendaient à la Wilaya II et placés sous mandat de dépôt à Bougie. Une instruction avait été ouverte à leur encontre et ils avaient désigné mon père. Il a assuré leur défense. Mais déjà, la cause était entendue dans le cadre de la lutte, le clivage était tel que les gens devaient choisir leur camp, comme dans toutes les luttes armées. D’un côté une révolution qui gagnait en ampleur. Et de l’autre, une répression qui s’organisait et s’intensifiait. Si dans les premiers temps, il y avait eu cafouillage et que la répression, désorientée, avait arrêté à tort des nationalistes qui, fidèles à Messali, ne s’étaient pas engagés, une certaine décantation s’était opérée et les forces de la répression devaient faire face à un maquis qui gagnait en importance, s’organisait et qui prenait pied à l’intérieur de la ville. Se mettaient en place des réseaux de révolutionnaires urbains qui s’organisaient de plus en plus. Quand je partirai en septembre 55, rien de spectaculaire sur Bougie. Simplement, à 50 km de là, des maquis dans la montagne, dotés de relais en ville.
Le mouvement naît le 1er Novembre 54 et je quitte l’Algérie le 12 septembre 55, dans la phase de l’organisation urbaine qui n’en est qu’à ses débuts. On ne peut même pas parler d’un choix idéologique dialectique face à une situation révolutionnaire. C’était un affrontement entre un peuple colonisé qui cherchait à libérer son pays et des forces de répression qui cherchaient à maintenir l’Algérie sous tutelle française. C’est tout. Donc l’engagement était simple. On était pour ou contre. Le choix était simple, plus que simple pour un Algérien. Il n’était pas question de disserter sur les méfaits de la colonisation. Le point essentiel était de savoir s’il fallait répondre oui ou non à l’ordre de mobilisation générale pour participer à la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, en tant qu’Algérien. Aucune approche dialectique à faire. D’autant plus que le 1er Novembre 54 avait libéré la population algérienne qui n’avait pas oublié les événements de mai 45 à Sétif. Ce qui m’avait fait penser qu’en fait, la lutte pour l’indépendance avait débuté le 8 Mai 45 à Sétif mais n’était entrée en phase active et structurée que le 1er novembre 54.Il s’agissait de surcroît d’un affrontement entre deux ethnies : l’une française, tenant du colonialisme, l’autre algérienne, voulant libérer son pays d’une occupation étrangère. Enfin, l’Islam fut aussi un facteur très important. C’était plus qu’une religion, avec les mêmes caractéristiques que la religion juive. Au-delà de la foi, la croyance en Dieu en tant que dogme, elle détermine dans ses moindres détails ce que doit être la vie d’un musulman. La confrontation entre catholicisme, judaïsme et islam réside essentiellement dans le fait que la religion catholique n’a pas eu le temps de mûrir et de se développer au lieu de sa naissance, mais a été immédiatement exportée. Elle a pris sa véritable nature en Occident, où elle s’est temporalisée, avec la création d’une hiérarchie cléricale. Et elle a interprété pour les adapter, aux lieux et aux croyances des peuples qu’elle a christianisés. Née à Jérusalem, dans son essence, mais, dans son existence, née à Rome. Cette dualité a complètement séparé les deux autres religions dont je viens de parler car elles sont nées et ont grandi au Moyen-Orient. C’est de là, à mon avis, que sont venues toutes les confrontations, toutes les exactions contre l’islam et le Judaïsme. On ne peut donner qu’une signification aux croisades : c’est une reconquête. Recréation d’un royaume occidental à Jérusalem ou à Saint-Jean d’Acre pour y ramener une religion qui avait été admise par l’Occident puis recréée. Nous savions qu’un des éléments forts du peuple algérien, qui, par le fait de la colonisation, restait un monde à 90% rural, ce que l’on appelait l’Algérie «inassimilable» résidait dans le fait que l’Algérien avait protégé son identité à l’intérieur de sa religion. Il appliquait sa religion comme arme de défense contre une politique non pas d’assimilation mais de dés-identification. Cela est un des premiers éléments incontournables, un facteur de grande dimension culturelle qui a permis au peuple algérien la survie pendant cent trente ans de colonisation. C’est ce qui lui a permis de rester lui-même. Il en est découlé alors des constatations : maintien de la langue arabe en tant que vecteur religieux et maintien de la langue kabyle parce que, contrairement à ce qui a été dit, la Kabylie était profondément musulmane, que ce soit la petite ou la grande. Un grave incident survint vers mai 1955. Un tortionnaire commissaire de la Sûreté de Batna fut muté à Bougie. Il avait quitté Batna pour des raisons de sécurité et, une fois à son nouveau poste, il systématisa la torture. Et cela, dans l’indifférence générale et la résignation des membres du barreau. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je décidais de le frapper et mis mon projet à exécution un soir à 18 heures dans la rue du Vieillard, la rue principale de Bougie. Prétextant une bousculade,  il ne sait pas qui j’étais, je lui infligeai une sévère correction. Je fus sauvé in extremis par mon père. Son intervention, à tous les niveaux, me mit à l’abri de poursuites judiciaires mais j’étais marqué à l’encre rouge. Juillet arriva. Mon père et ma mère partirent pour la France, en vacances. J’envoyais ma famille en France chez mes beaux-parents et restais seul à Bougie. Le 20 août au matin, je reçus un coup de fil d’un ami avec lequel j’entretenais les meilleures relations. Il s’agissait du commandant major de la place de Bougie, homme du Sud-Ouest, officier de carrière en attente de la retraite. Il s’était toujours ouvert à moi et ne comprenait pas que la France n’accordât pas l’indépendance à l’Algérie. Il me disait que son pays allait perdre son âme dans la guerre. Et se réjouissait à l’idée de quitter l’uniforme dans les mois à venir et de regagner son Sud-Ouest natal. Il me donna rendez-vous place Guédon, à la terrasse d’une brasserie qui surplombait la mer, le soir à 10 heures. On s’y retrouva. Il me fit jurer de garder le secret sur les confidences qu’il allait me faire. Il me précisa qu’il avait reçu une fiche d’incorporation pour moi car on rappelait certaines classes du contingent. Bien que j’appartienne à la classe 46, du fait que j’avais fait mon service avec la classe 52, je serai rappelé comme réserviste avec les conscrits de 52. «Vu les renseignements recueillis sur ton compte, me dit-il, tu ne feras pas de vieux os. Tu vas être affecté au Groupement de protection rurale et, à la première opération, tu y passeras. Tu passeras pour un héros, en compromettant toute ta famille, car n’oublie pas que tu as deux Oussedik officiels à la Wilaya 4. Et on se sera débarrassé d’un salaud.» En effet, mon cousin germain Omar, né en 1921, avait pris le maquis en 1945, avant d’être arrêté en 1949. Il avait abandonné les études en maths-élem. Venu en France pour y travailler à l’usine, il avait rejoint l’Algérie en 1953, travaillé pour le journal communiste Alger Républicain, avant de reprendre le maquis en 1955, pour y devenir commandant de la 4ème Wilaya. Un autre de mes cousins germains, Boualem, fut impliqué dans l’histoire des réseaux de bombes qui a débouché sur l’exécution de l’étudiant Taleb Abderahmane. Il a échappé de justesse à l’arrestation avant de rejoindre Omar à la 4ème wilaya. J’étais complètement pris au dépourvu. Et je demandai à mon ami dans quel délai je devais réagir. Il me dit : «Je peux mettre ta fiche sous le coude jusqu’à fin octobre. Mais disparais le plus vite possible. Tu es un ami intime. Je ne pouvais pas laisser faire cela mais rends-moi mon amitié et jure-moi que tu ne diras rien à ton père. Pars sans explications.» Je suis rentré chez moi. J’ai demandé à ma femme de ne pas bouger et de m’attendre en France. Mon père est rentré le 9 septembre. Je lui ai annoncé ex abrupto que je m’en allais le 12 par la Ville de Bougie. Je refusai de lui fournir la moindre explication. Il en déduisit qu’il s’agissait d’une révolte contre lui et que je refusais de rester à son cabinet. Ce fut le début d’une longue brouille qui devait durer jusqu’en 1960.Rapports avec Bourges, un des plus grands espions qui ait servi son pays. C’est Bourges qui avait des rapports avec moi. Il a terminé son entreprise comme quasi ministre de Ben Bella. Il avait reçu la mission de nous noyauter. Il était devenu le père Joseph de Ben Bella. Délégué par le ministère de la Justice pour faire la liaison avec nos cinq grands chefs. Ben Cherif aurait dû être exécuté par Massu, s’agissant d’un officier français qui avait failli à sa mission. Bourges l’a fait venir à notre demande comme témoin au procès des barricades. Ils ont oublié de le renvoyer à Alger et il est resté dans le couloir des condamnés à mort. Le véritable rôle de Bourges, c’était de faire la liaison entre Ben Bella et les Français. Il a fait la liaison pour préparer la prise de pouvoir en Algérie de Ben Bella. Ainsi, Ben Bella a eu tout de suite la France avec lui, les Egyptiens (il avait travaillé dans le service de Fathi el Dib et s’était réfugié en Egypte sous la protection de Nasser avant son arrestation) et les Marocains. Comme les cinq allaient de château en château, Bourges suivait cela. Pendant son service militaire, il avait été employé à Sétif pour susciter la 3e force. Il avait été journaliste stagiaire à Témoignage chrétien avec Montaron. Il va chez Michelet. Il était intime avec l’UDMA, intime avec Boumaza. D’où l’assassinat de Ben Abiles Shérif qui avait accepté d’être une troisième force, tué par le FLN. Tous les types qu’ils ont fait élire ici – Acour, etc. -, les sénateurs et députés, ils ont tous été récupérés par le FLN après la mort de Ben Abiles.2e stade : alliance du diable avec Ben Bella. Lorsqu’on a désigné Fares comme président de l’Exécutif, Bourges a débarqué à Alger, a été voir Ben Bella, ils sont tous les deux allés voir Fares, qui a accepté que son secrétaire soit Khemisti, son neveu. Bourges était l’éminence grise de Ben Bella à la villa Jolie. Il était toute la journée aux côtés de Ben Bella, même si on ne parlait pas de lui. Il n’avait pas un poste officiel. Il était attaché au cabinet du ministre de la Jeunesse et des Sports, Bouteflika. L’âme damnée de Bourges, Bachir Boumaza, est président du Sénat. Pendant la guerre d’Algérie, moi, je ne suis qu’un trou-du-cul. Je ne sais même pas ce qu’ils se disent Bourges et Ben Bella. C’est toujours resté dans l’informel. Je l’appelais Hervé, je le tutoyais. Au moment du mandat d’arrêt contre moi, je lui dis : «il faut que tu m’arranges le coup.» Au moment de la crise avec le FFS, Ben Bella nous a envoyé Bourges pour discuter avec nous. Bourges était au cabinet de Michelet, le garde des Sceaux. C’était un homme de la troisième force. Il avait servi du côté de Sétif et s’était fait pas mal d’amis à l’UDMA  de Ferhat Abbas. Il avait été journaliste à Témoignage chrétien.
En raison de toutes les connaissances qu’il avait nouées à Sétif, il avait été chargé par Michelet de gérer les cinq ministres pour le compte du garde des Sceaux. Il s’est donc rapproché d’eux et a fait un deal avec Ben Bella. Il est devenu quasiment son porte-parole, son porte-voix. Il l’a aidé, lui a tout facilité et c’est d’ailleurs spectaculaire de voir que, dès sa sortie de prison, Bourges a rejoint Ben Bella à Alger où il est devenu ministre conseiller sans portefeuille. Il avait décidé de jouer la carte Ben Bella pour la France. Mais après le 19 juin, Boumediene qui avait deviné le pot aux roses, s’apprêtait à le faire arrêter. Il s’est donc replié en France où il a entamé une nouvelle vie, avec la création de l’école de journalisme de Lille. Il était aussi un ami intime de Bachir Boumaza dont il avait connu toute la famille dans le Constantinois. Un frère de Bachir, Ali, avait été arrêté dans le Constantinois et Bourges avait donné un sacré coup de main pour le faire libérer. C’est ainsi que lorsque 1962 arrive, Hervé Bourges a déjà préparé le terrain. Son ami, Ferhat Abbas, est président de l’Assemblée. Son autre ami, Bachir Boumaza, est ministre auprès de Ben Bella. Hervé Bourges lui-même est ministre sans portefeuille. Il avait un pied partout et il a essayé de garder l’Algérie dans la sphère française. Lorsque le maquis FFS se déclenche, c’est Bourges qui vient nous voir en mission exploratoire. Le 19 juin, même si Boumaza était passé dans le camp de Boumediene, il était resté un homme de Ben Bella avec lequel il avait gardé le contact. Il a traversé la frontière marocaine de justesse pour ne pas se faire arrêter. Bourges a senti ma menace et s’est éclipsé. Ben Bella, lui, était un agent de liaison de Fathi el Dib, l’ancien chef des services égyptiens, qui l’a pas mal aidé. Au cessez-le-feu, je fus désigné par le FLN pour faire partie de la commission d’amnistie du Rocher Noir, dans le cadre de l’exécutif provisoire. Et de la fin mars jusqu’au 5 juillet, date de l’indépendance, j’ai fait le va-et-vient entre la France et l’Algérie. Sous la direction du président Bores, magistrat à Paris, cette commission composée de Français et d’Algériens se réunissait au Rocher Noir et examinait les cas litigieux pour savoir s’il s’agissait de cas politiques ou non dans le cadre des accords d’Evian qui avaient abouti à la promulgation d’une loi d’amnistie en mars 1962.La commission d’amnistie avait été mise en place dans le cadre de la désignation de l’exécutif provisoire.  C’était l’un des rouages créés d’un commun accord entre le FLN et le gouvernement français. Elle avait pour mission de statuer sur les cas douteux. Certaines affaires apparaissant sur le moment comme étant de droit commun ont été revendiquées par le FLN après le cessez-le-feu comme étant des affaires politiques. Et la commission d’amnistie avait pour mission essentielle de statuer sur les contestations, sur les cas litigieux. Elle était présidée par un magistrat parisien, M. Bores, et nous avons siégé jusqu’à la disparition de l’exécutif provisoire. Un exemple : M. X passe devant les assises parce qu’il a exécuté l’épicier du coin. Il ferme sa gueule mais après le cessez-le-feu, ce crime est revendiqué. Ça se faisait sur dossier, il fallait des pièces, des attestations de la Fédération de France. Les accords d’Evian ont prononcé l’amnistie pour tout ce qui avait trait à la guerre d’Algérie. Mais l’OAS a continué ses actions après le 19 mars, échappant donc à la loi d’amnistie. Salan, le capitaine Ferrodi, l’attentat du Petit-Clamart, se situent après le cessez-le-feu, l’OAS transportant la lutte en France. C’est ainsi que, dans le cadre de mes activités, j’ai pris contact, à Alger, avec la zone autonome où j’ai assuré la liaison avec celle-ci jusqu’en juillet (argent, médicaments et armes).

Source : http://www.latribune-online.com

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