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 L’argent des Arabes.

23/11/2010

dubaïL’argent des Arabes.

Par Ammar Belhimer
L’émergence du secteur financier américain comme machine à fabriquer du profit (il représente à lui seul 40 % du total des bénéfices des entreprises américaines) date de la politique exubérante d’argent bon marché conduite par Alan Greenspan, alors président de la Federal Reserve, entre 1987 et 2006.
Le secteur est partagé par trois groupes d’établissements : primo, les banques commerciales ordinaires, dites de dépôts, avec leurs réseaux d’agences ; secundo, les établissements qui combinent les activités de banques de dépôts et des banques d’affaires ; tertio, les banques d’affaires pures. Au lendemain de la semaine noire du 15 au 22 septembre 2008, il ne restait que deux des cinq banques d’affaires qui régnaient sur Wall Street : Goldman Sachs, fondée par un juif de Bavière, et Morgan Stanley, fleuron du protestantisme. Avec Barclays, elles dominent la finance mondiale. Outre l’accentuation des tendances monopolistiques, ce tournant va signer un changement de statut : de banques d’affaires, les deux survivantes vont se transformer en holdings bancaires. Une mutation dictée par leur soif de s’accaparer les fonds fédéraux en cas de difficultés de trésorerie. De fait, la garantie financière que procure le statut de holding bancaire les autorise à emprunter des fonds à taux zéro pour acheter des bons du Trésor américain à 3- 4% de rendement. Ce qui fait dire à Marc Roche que toute banque d’affaires ou d’investissement «ressemble à un rapace prompt à clouer du bec tout ce qui se passe à sa portée », au terme d’une longue enquête sur Goldman Sachs(*). «L’agressivité, la force brutale, l’exaltation de la virilité et la voracité sont des valeurs reconnues dans cet univers. Présenter des excuses donne une image de vulnérabilité et d’incompétence incompatible avec le désir de puissance et de réussite matérielle illimitée.» Dans cette jungle où s’affrontent des rivaux sans foi ni loi, les ressources tirées du pétrole et du gaz arabes sont de plus en plus convoitées. Et pour cause : même s’ils sont assis sur d’immenses réserves énergétiques, les Arabes n’en tirent pas le meilleur profit et les métiers de la banque et de la finance demeurent le monopole des juifs et des protestants. «L’hostilité entre les deux confessions concurrentes qui se partageaient la haute banque anglo-saxonne jusqu’aux années 1960, en raison notamment de la pudeur du catholicisme à l’égard de l’argent ou de l’hostilité de l’Islam aux prêts à intérêts, a presque complètement disparu (…) Les traces de l’antagonisme d’antan sont aujourd’hui superficielles. S’il reste des signes du passé religieux, ils sont plutôt culturels». C’est alors sans complexe que les pétromonarchies du Golfe vont recourir aux services de la banque Goldman Sachs. Celle-ci va les aider à recycler leurs pétrodollars et à investir dans l’immobilier commercial américain, avant que l’actuel P-dg Lloyd Blankfein ne s’impose comme pionner de la finance islamique au sein de la banque. La mise en œuvre des préceptes de l’Islam confiée à un établissement financier tenu par des juifs ! Les monarchies du Golfe sont de toutes les ouvertures et tolérances dès lors qu’elles ne touchent pas au sempiternel statut inférieur des femmes indigènes. La précision est de taille car, pour attirer les capitaux des pétromonarchies d’Abou Dhabi et du Qatar, Barclays recourt aux services de deux Anglaises très introduites au sein des familles princières pour réussir sa recapitalisation in extremis par les pétro-émirats. Amanda Staveley et Diana Jenkins sont les deux égéries de la finance anglo-saxonne en terres d’Islam. «Volontiers misogynes et austères, les riches fortunes du Golfe se sont entichées de ces deux femmes d’affaires anglaises au look longiligne et à la voix suave comme un bonbon Quality Street». Amanda Staveley dispose comme elle l’entend de l’argent des Arabes en jouant de son charme auprès des Emirs et du roi de Jordanie : elle s’en sert pour l’acquisition de chevaux de course (qui a dit que les jeux et autres paris équestres étaient haram ?) ou la reprise de clubs de football, comme celui du Manchester City par le cheikh Mansour d’Abou Dhabi en septembre 2008.

Pourtant, les sacro-saints principes de la finance islamique – résumés au nombre de cinq n’échappent à personne :
- Interdiction de «l'incertitude» (gharar) et de la «spéculation» (maysir) ;
- Interdiction de tout surplus sur une somme d'argent, ce qui entraîne la prohibition de l'usure et du taux d'intérêt (riba) ;
- Exclusion de certains secteurs considérés comme illicites (casinos, alcool, pornographie...) ;
- Obligation du partage des profits et des pertes ;
-Adossement à un actif tangible, ce qui interdit la spéculation sur les produits dérivés (on dira de nos jours que l’Islam prône l’économie réelle, par opposition aux ingénieries spéculatives).

L’autre sujet du sexe faible de sa Majesté, Diana Jenkins, opère plus particulièrement au Qatar. Egalement connue sous le nom peu glorieux de «l’impératrice du bikini» du fait de sa participation majoritaire dans une firme de maillots de bain, elle est très liée à l’épouse de cheikh Hamad, président du fonds souverain de l’émirat. Après les Etats-Unis, puis la Grande- Bretagne, où il s’est massivement déversé dans l'immobilier tertiaire (bureaux, murs commerciaux, entrepôts), l’argent des Arabes, notamment celui de leurs fonds immobiliers, a élu domicile en France où des réaménagements législatifs viennent d’être introduits pour lui faciliter l’accueil. L’enjeu de ces capitaux a été étudié par le cabinet d'avocats d'affaires international Norton Rose et le spécialiste en gestion d'actifs immobiliers DTZ Asset Management, auteurs du Livre blanc sur la finance islamique et l'immobilier français. Cette étude établit un foisonnement du nombre de fonds islamiques dans le monde : il passe d'environ 200 en 2003 à près de 700 en 2009. Quoi que les sources restent très contradictoires, la finance islamique représenterait aujourd’hui un marché de 700 milliards de dollars et sa valeur estimée s'élèverait à 1 300 milliards de dollars en 2020. Son secteur préféré demeure l'immobilier parce qu’il constitue un «actif tangible» au sens où il permet de lier l'activité financière à une activité économique réelle et de la rendre licite. La pierre et l’or sont le socle de la culture économique arabe. L'arrivée des capitaux arabes dans l'immobilier français date du début de notre siècle. Elle est associée au rachat du siège d'Alstom Transport à Saint-Ouen et de 25 000 mètres carrés de terrains à Vélizy pour 150 millions d'euros par le fonds immobilier Gulf Atlantic France, créé par Gulf Finance House, une banque d'investissement islamique originaire de Bahreïn, en 2003,. Depuis cette dernière date, et jusqu’en 2008, on compte plus d'une quarantaine d'opérations réalisées dans l'immobilier tertiaire, pour un montant de près de 3 milliards d'euros. Comparé aux acquisitions arabes au Royaume-Uni — avec 30 milliards d'euros investis dans le patrimoine immobilier – le montant reste modeste.
A. B. ambelhimer@hotmail.com

(*) Marc Roche, La banque, Albin Michel, Paris 2010, 310 pages.

Source : http://lesoirdalgerie.com

 

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