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 Le Sahara occidental : 35 ans d’occupation marocaine

26/11/2010

sahara occidentalLe Sahara occidental 35 ans d’occupation marocaine

Les graves conséquences d’une décolonisation inachevée

Il y a trente-cinq ans, le défunt roi du Maroc, Hassan II, avait opéré un coup de force au Sahara occidental, qui était encore une colonie espagnole.

Ce territoire, classé «non autonome» depuis les années 60 par les Nations unies et à qui l’ONU promettait «un référendum d’autodétermination et d’indépendance», avait été abandonné précipitamment par l’Espagne. En fait, cette «puissance administrante», malgré sa promesse d’organiser le scrutin référendaire en 1975, avait initié secrètement un accord tripartite avec le Maroc et la Mauritanie, qui prévoyait le partage de sa colonie entre les deux pays maghrébins en contrepartie d’avantages économiques et géopolitiques. Un accord qui fut signé en novembre 1975. Un long calvaire attendait la population de ce territoire, conduite son «seul et unique représentant» le Front Polisario. D’abord les attaques de l’armée marocaine qui avait même usé du napalm et du phosphore blanc.  Ensuite la guerre engagée entre l’armée du Polisario, l’ALPS, et les armées marocaine et mauritanienne, avant que Nouakchott décide de se retirer du conflit fratricide en 1979. Enfin la guerre opposant les deux parties sahraouie (ALPS) et marocaine (FAR), imposant ainsi à l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA devenue UA) et aux Nations unies de s’engager dans la voie du parachèvement de la décolonisation au Sahara occidental. En 1988, soit 4 ans après l’admission de la République sahraouie (RASD) au sein de l’OUA, des propositions sont avancées conjointement par cette dernière et l’ONU, portant notamment sur l’instauration d’un cessez- feu, suivie d’un référendum sur l’autodétermination. Ces propositions avaient été acceptées par le Maroc et le Front Polisario. Le cessez-le-feu eut lieu en septembre 1991 et le plan de règlement onusien de 1991 décida aussi de la création d’une Mission de l’ONU pour un référendum au Sahara occidental (Minurso) et de la tenue de la consultation référendaire en janvier 1992.

Si le cessez-le-feu est à ce jour maintenu et contrôlé par les forces de la Minurso, le référendum, quant à lui, est reporté d’année en année. Cette situation est devenue intolérable pour les Sahraouis qui assistent au reniement, par le Maroc, de ses engagements internationaux de 1988, 1991 et 1997 (accords de Houston) et au silence des instances onusienne devant toutes ces volte-face. Pire, le jeune roi Mohammed VI, pour asseoir durablement son occupation, a intensifié les « marches vertes » dans le but de refaire la carte démographique et ethnique du Sahara occidental, imposé le black-out sur les zones sahraouies occupées, créé un Conseil consultatif (Corcas) dans le territoire pour contrecarrer l’influence du Polisario. Alors qu’aucun pays dans le monde, pas même ses alliés, ne reconnaît sa souveraineté sur le Sahara occidental, le royaume chérifien continue de jouir des richesses naturelles sahraouies, en toute impunité, et cherche, depuis 2004, à avaliser son idée d’autonomie de l’ex-colonie espagnole sous souveraineté marocaine.

Un second souffle à «l’Intifada de l’indépendance»

A ce tableau, il faut ajouter la déception et les frustrations des Sahraouis qui s’estiment trahis par le Conseil de sécurité de l’ONU, la poursuite de la politique de peuplement du territoire sahraoui occupé, dont l’une des conséquences est la marginalisation de la population autochtone, voire la persécution des Sahraouis, plus particulièrement ceux qui affichent publiquement leur position en faveur de l’application de leur droit à choisir librement leur destin, à travers un référendum d’autodétermination : arrestations, tortures, procès iniques, emprisonnements, disparitions, etc. Malgré la répression, les manifestations pacifiques lancées à partir de mai 2005 et portant le nom symbolique d’«Intifadha de l’indépendance», et les marques de sympathie qui lui sont parvenues, ont suscité beaucoup d’espoir dans les rangs des Sahraouis. Surtout, après la visite des membres du Haut-commissariat de l’ONU des droits de l’homme. Mais, la publication du rapport de la structure onusienne a été empêchée en 2006, principalement par la France, membre permanent du Conseil de sécurité, car le document accablait le Maroc et montrait le lien dialectique entre la répression des forces d’occupation et le déni entourant le droit légitime du peuple sahraoui à l’autodétermination.  Le passage de Peter Van Walsum au poste d’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU au Sahara occidental (2005- août 2008) était trop partisan, sinon qu’il reflétait le point de vue dominant des Occidentaux. Dans son dernier rapport au Conseil de sécurité, le diplomate néerlandais avait affirmé que l’option de l’indépendance n’est ni réaliste ni réalisable, allant jusqu’à suggérer au Polisario d’y renoncer. Et, alors que les interrogations devenaient persistantes, en 2009, devant le blocage, par Rabat, de la nomination de l’Américain Christopher Ross à la place de Van Walsum, puis devant le rejet marocain à l’idée d’autodétermination du peuple sahraoui exprimée par le nouvel envoyé spécial de l’ONU, éclata l’affaire d’Aminatou Haider, cette militante sahraouie honorée par plusieurs prix internationaux. Sa mémorable grève de la faim de 32 jours a montré le conflit maroco-sahraoui sous un autre jour. Refoulée par les autorités marocaines, le 14 novembre 2009, à son retour des Etats-Unis,  l’action de la «Ghandi du Sahara occidental», qui a failli lui coûter la vie, a remis la question sahraouie au-devant de la scène internationale et aurait même réussi à donner un second souffle à «l’Intifada de l’indépendance».

En attendant décembre 2010…

L’année 2010 est très riche en événements. Dès le mois de janvier, le roi du Maroc annonce  «la régionalisation élargie» et réaffirme son attachement à sa seule «initiative» d’autonomie au Sahara occidental «pour toute négociation sérieuse et responsable». Le mois d’après, les deux parties en conflit, réunis de façon informelle près de New York, ne parviennent pas à surmonter leurs désaccords. D’autres faits survenus, au cours de l’année, vont contribuer à polluer le climat, dans la région. On retiendra notamment le discours du 30 juillet du roi Mohammed VI, à l’occasion de la fête du trône, où il s’attaque ouvertement contre l’Algérie, avant de relancer son idée de proposition d’autonomie qui, selon lui, «vise à trouver une solution définitive à ce différend régional, dans le cadre de l’ONU», en faisant fi de la légalité internationale. En septembre, le Maroc, par la voix de son Premier ministre, appelle l’Assemblée générale (AG) de l’ONU à appuyer l’«initiative nationale pour la négociation d’un statut d’autonomie de la région du Sahara». Le 11 octobre, la 4e Commission de l’AG de l’ONU chargée de la décolonisation adopte une résolution qui réaffirme le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance, qui sera soumise à l’adoption par l’assemblée générale de l’ONU en décembre 2010. Le jour même, le bureau du porte-parole du Secrétaire général de l’ONU annonce une tournée de Christopher Ross dans la région, le 18 octobre, en vue de parvenir à un règlement au conflit du Sahara occidental. Le 15 octobre, à Casablanca, à l’issue du procès de 7 militants sahraouis arrêtés, en octobre 2009, par les autorités marocaines, à leur retour d’une visite familiale aux camps des réfugiés de Tindouf, Aminatou Haider, présidente du Collectif sahraoui des défenseurs des droits de l’homme (CODESA), reproche à l’Espagne de «ne pas avoir assumé sa responsabilité morale envers le peuple sahraoui», en appelant le Maroc à «corriger son erreur» et à libérer les militants sahraouis. Trois jours plus tard, Christopher Ross, en visite à Alger dans le cadre de sa tournée au Maghreb, déclare que le statu quo dans la question sahraouie est « intenable à long terme, étant donné les coûts et les dangers qu’il entraîne ». Il appelle le Maroc et le Polisario à entamer des négociations « sans conditions préalables », pour trouver une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable, qui pourvoie à l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Le lendemain, des milliers de Sahraouis des territoires occupés installent campements de Gdeim izik  à la périphérie de la ville d’El Ayoun, désormais connus sous la dénomination de « camp de la liberté », pour protester contre l’exclusion et la pauvreté. Les autorités de la RASD alertent la communauté internationale et l’opinion publique sur la répression marocaine, précisant que « la police est déterminée à faire cesser ce mouvement ». A quelques jours de la reprise des pourparlers entre Marocains et Sahraouis, la première bavure est commise par les autorités de Rabat : un adolescent sahraouis du nom d’El Garhi Najem, âgé de 14 ans, qui tentait de rejoindre le camp de toile, est tué par la gendarmerie marocaine, à El Ayoun. Son enterrement, par les forces d’occupation, dans la même ville, sans la présence de sa famille, s’effectuera sur fond d’indignation et de répression, selon des sources sahraouies. Le 27 octobre, un appel «pressant» est émis sur les ondes de la radio de San Borondon Trapera (Iles Canaries), par Brahim Sahara, nom fictif d’un des leaders du camp de Gdeim izik, pour demander à la communauté internationale d’intervenir «d’urgence» en raison du manque de médicaments, de nourriture, d’eau et de couverture, au sein du camp assiégé par les forces d’occupation et des colons marocains et pour éviter un «génocide» contre plus de 20 000 Sahraouis.

La RASD à l’Assemblée nationale française

Le lendemain, le président de la RASD, lors d’une rencontre à l’Assemblée française, préambule à la 36è Conférence européenne de soutien au peuple sahraoui (EUCOCO) qui s’ouvre le 29 octobre au Mans, lance un nouvel appel «urgent», pour que soit levé le blocus imposé dans les campements situés dans les territoires sahraouis occupés, pour «permettre l’acheminement de médicaments et de vivres, et la visite de la presse et des observateurs internationaux». Mohamed Abdelaziz, qui est également secrétaire général du Polisario, une telle situation constitue «une réelle menace pour la paix dans la région et risque de d’anéantir les efforts consentis à ce jour par l’ONU». Le 30 octobre, c’est au tour du président de l’EUCOCO, Pierre Galland, de rappeler que la Conférence se tient à un «moment particulier», où les populations sahraouies ont vidé les villes et se sont installées dans des campements, pour manifester pacifiquement leur mécontentement sur les conditions qui leur sont imposées. Le lendemain, Taleb Ami Deih,  responsable sahraoui, chef de la première région militaire, dans une interview accordée à la radio nationale sahraouie, déclare à l’occasion du 35è anniversaire de l’occupation du Sahara Occidental par le Maroc que le déplacement des réfugiés vers le camp Gdem Izik «consolide la résistance pacifique» dans les territoires occupés du Sahara occidental. D’après lui, les campements de Gdem Izik rappellent «ceux des réfugiés à Tifariti et Oum Dreiga et Amgala, qui ont fui les affres de l’invasion marocaine en 1975».

Plus récemment, soit le 6 novembre dernier, le roi du Maroc, dans son discours à la nation, prononcé à l’occasion du 35è anniversaire de la « Marche Verte » aura des propos belliqueux à l’égard de l’Algérie, l’accusant de réprimer les réfugiés sahraouis de Tindouf, «en violation flagrante des principes les plus élémentaires du droit international humanitaire.» «Nous ne ménagerons aucun effort pour qu’ils (les «fidèles sujets dans les camps de Tindouf», ndlr) puissent exercer leurs droits fondamentaux, notamment le droit à la liberté d’expression, de mouvement et de retour à leur mère-patrie», soutiendra-t-il. Mohammed VI reviendra en outre sur «l’initiative d’autonomie», ainsi que sur l’«intégrité territoriale».

Tous ces éléments, certes incomplets, sont présentés ici pour donner une idée de ce que certains journaux français ont qualifié de «tensions si vives» entre le Maroc et les Sahraouis colonisés. Ils aident à mieux comprendre le génie créateur des enfants de l’Intifadha de l’indépendance», forcés de sortir leur cause légitime de l’oubli, en s’installant dans des campements, à 12 km de la ville d’El Ayoun occupée. Cette nouvelle forme de contestation vise à briser tous les murs du silence et interpeller les consciences dans le monde, sur les conséquences d’une décolonisation inachevée. Mais à quel prix ?

Par Z’hor Chérief

 La presse marocaine et les événements de Laâyoune

Lecture critique

Ils ne s'en cachent pas. Ils défendent bec et ongles leurs services de sécurité et assurent que tout est rentré dans l'ordre et que le calme règne à Laâyoune.

Dans le même temps des journalistes et des observateurs étrangers ont été interdits d’entrer à Laâyoune et ne restait plus pour comprendre les événements que les communiqués officiels et une couverture pour le moins partiale d’une presse marocaine qui confond patriotisme étroit et éthique journalistique. Une presse qui fait corps avec le roi, les politiques, quitte à perdre pas mal de plumes en termes de crédibilité. Qui relaye sans coup férir une propagande des plus primaires. Si puérile d’ailleurs que l’on peut se demander qui elle peut convaincre encore ? Une opinion qui a accès aux sources étrangères et mêmes officielles peut-elle être aveuglée ?

En tête de pont la MAP, Maghreb Arabe Press, l’agence officielle marocaine qui tout en se cantonnant le plus souvent à ne diffuser que de l’information, peut par exemple mettre en relief un rôle supposé de l’Algérie à l’exemple de cette dépêche assassine diffusée le 12 novembre sur «l’étonnement officiel» du Foreign Office, le ministère des Affaires Étrangères Britanniques. «Le Foreign Office exprime son étonnement face aux informations fallacieuses publiées par l’APS», l’APS, cette autre agence liée à la MAP dans le cadre du pool UMA. Mais passons, à la guerre comme à la guerre. Ainsi, on apprend que l’information fallacieuse serait d’avoir mis dans la bouche de William Hague le ministre des Affaires Étrangères britannique des propos au sujet de la protection des ressortissants britanniques qui se rendent au Maroc et notamment dans les territoires du Sahara Occidental. Que nenni, dit la MAP. «Il s’agit d’une information loin de toute précision», a dit le porte-parole dans un communiqué parvenu à la MAP (spokesman of the British Foreign Office said in a statement, stressing that the APS story is far from being accurate, dans la version anglaise de la dépêche). On remarque l’emplacement des guillemets en français qui disparaissent dans la version anglaise. Mais là n’est pas l’essentiel. La question a effectivement été posée à M. Alistair Burt ministre au Foreign Office chargé du Moyen-Orient et de l’Afrique du nord quand même, le 9 novembre, le lendemain du démantèlement particulièrement violent du camp de Agdim Izik. Au-delà, le Foreign Office a effectivement fait montre de sa position officielle concernant les événements au Sahara Occidental le 11 novembre. Dans un communiqué rendu public, le département des Affaires étrangères britannique a fait montre de son inquiétude quant aux événements qu’il suit de près ; «la Grande Bretagne considère le statut politique du Sahara occidental comme indéterminé. Nous restons engagé selon la position des Nations unies appelant à une solution juste, définitive et mutuellement acceptable permettant l’autodétermination du peuple du Sahara Occidental». Ce simple rappel, officiel, accessible ne trouve pas grâce aux yeux de la presse marocaine qui reprend la dépêche de la MAP sans mettre en relief la position du Foreign Officiel, ne serait-ce qu’à titre de complément d’information.

Mais ce n’est pas chez l’agence officielle marocaine que l’on trouve les articles les plus véhéments.

Aujourd’hui le Maroc évoque la main d’Alger. «La main des services algériens est tellement visible à Laâyoune qu’il est peut-être temps de mettre fin à la politique de la main tendue du Maroc. On ne peut plus tolérer qu’un Etat voisin et supposé frère continue à nous agresser et à nous combattre pendant qu’on lui tend la main et qu’on lui demande de regarder, ensemble, vers l’avenir», écrit le journal. Puis menaçant, il conclut : «Et Alger doit savoir que la patience a des limites et que face à une provocation, le peuple marocain, uni derrière son roi, ne se laissera pas faire.» Bien entendu, propos délibérément excessifs, donc insignifiants, si ce n’est qu’ils alimentent cette guerre de papier livrée à l’Algérie depuis des années par quelques titres marocains. Bien entendu dans le fatras de commentaires aucun point de vue des Sahraouis contestataires ne serait-ce que ceux de l’intérieur.

De là à parler des représentants du Polisario qui eux aussi, aux avant- postes de la communication, soulignent que la situation est très grave à Laâyoune, il ne faut pas fantasmer. Notons que les journaux du royaume qui ont essayé de donner un autre point de vue sur la situation dans les territoires du Sahara occidental bien avant ces événements se sont heurtés aux rigueurs de l’establishment. «Le journal hebdomadaire» fermé en janvier 2010 fait partie de ces cas devenus célèbres au Maroc. Ali Lemrabet est une autre victime qui s’est frottée aux lignes rouges de la liberté d’expression au Maroc.

Par Amine Esseghir

 Le camp de Agdim Izik

L’hebdomadaire marocain «Tel Quel» décrivait fin octobre le camp de Agdim Izik mettant en relief les raisons qui ont poussé 15 000 personnes à quitter leur domicile à Laâyoune ville pour aller s’installer dans un camp de tentes à 15 km de là. « ... à la base, ce campement est né il y a une dizaine de jours pour protester contre les conditions de vie de certaines couches de la population au Sahara. “Les principaux meneurs du mouvement sont des jeunes chômeurs ou des personnes tombées dans l’oisiveté depuis que le Maroc a décidé de serrer la vis concernant les filières de contrebande et d’émigration clandestine”, confie notre interlocuteur de l’administration territoriale. Très vite, ces personnes ont été rejointes par des familles entières, composées majoritairement d’anciens pensionnaires des bidonvilles Al Wahda, en attente de recasement. «La colère gronde depuis plusieurs mois», reconnaît ce militant de gauche à Laâyoune. Les meneurs ont d’abord essayé de sensibiliser les responsables de la ville et frappé à plusieurs portes. En vain. Personne n’a voulu les écouter. Mais lorsque qu’ils ont constaté les privilèges, souvent démesurés, accordés aux derniers groupes de ralliés, ils ont laissé exploser leur colère.»

Mais l’hebdomadaire s’interroge : «Le campement de Laâyoune ne serait-il donc qu’une réponse spontanée à un ras-le-bol massif et populaire ? A voir. Ce qui est sûr, c’est que l’acheminement puis le montage de milliers de tentes en plein désert a nécessité des moyens financiers et logistiques importants. Le campement s’est ensuite déployé en un temps record, ce qui laisse supposer une préparation minutieuse en amont.» Citant un responsable local on lit : «Les motivations des initiateurs du campement sont strictement sociales, analyse un observateur sur place. Ils ont d’ailleurs interdit aux protestataires de brandir des drapeaux ou de scander des slogans politiques. Mais le mouvement a été récupéré depuis. Les services algériens ont certainement dû offrir un soutien financier ou logistique aux organisateurs qui adoptent aujourd’hui une terminologie de plus en plus politique et indépendantiste». «Soit, mais comment expliquer que toute cette machine se soit mise en branle sans éveiller les soupçons des autorités locales, d’habitude aux aguets lorsqu’il s’agit de mouvements sociaux ou politiques ?» s’interroge le journal.

De toute évidence, sans se perdre en conjectures, un tel mouvement de ras-le-bol dans une ville des mieux dotées au Sahara occidental renseigne sur l’extrême fragilité du statu quo maintenu jusque-là par le Maroc. Ils semble qui celui-ci s’est évaporé avec les fumées des tentes et des véhicules brûlés à Laâyoune et Agdim Izik.

A. E.

Le Maroc est la dernière colonie française

«Le Maroc est la dernière colonie française» est un constat que fait l’ancien ministre marocain de l’Intérieur Driss Basri à Nicolas Beau, journaliste au Canard Enchaîné.  Venant d’un aussi haut responsable marocain, l’un des plus avancés dans la hiérarchie du Makhzen et bien au-dessus  de toute la hiérarchie de façade qui masque son vrai pouvoir, ces propos ne peuvent qu’exprimer une réalité dont l’auteur a vécu tous les aspects.  L’acharnement de la France officielle, à renforcer l’isolement de la cause d’un peuple et à entraver toutes les initiatives internationales qui vont dans le sens d’un dénouement légale et de droit, ne peut obéir à la seule logique diplomatique. 

Et si c’était le régime français qui pousserait le Makhzen dans l’aventure coloniale ? La question est d’une pertinence que ne démentent ni les faits, ni l’arrogance  de Nicolas Sarkozy, de son ministre des affaires étrangères,  de son gouvernement et d’une grande partie de la classe politique française, dans le dossier du Sahara Occidental. La dernière scélératesse  est rapportée par  le journal Le Monde, qui nous informe que c’est la France qui a bloqué «le dossier des droits de l’homme» en qui a refusé que «le Conseil de sécurité de l’ONU élargisse le mandat des casques bleus» de  la MINURSO.

Faisant d’elle la seule mission au monde qui ne soit pas investie des prérogatives de protection des populations civiles. Bien  avant cela, c’est encore la France officielle qui s’est mise à remettre en cause, dans l’enceinte onusienne, les résolutions votées pour l’autodétermination du peuple sahraoui, au profit de sa mise sous tutelle de l’un des derniers systèmes féodaux, à travers la cynique proposition du «plan d’autonomie élargie».

Ces derniers jours, les casques bleus chargés de la surveillance de l’application du cessez-le-feu ont assisté impassibles à une violente répression de l’armée alaouite contre des milliers de civils sahraouis sans défense à Lâayoune. La mission des nations unies n’a même pas pu considérer ce crime comme une violation de ce cessez-le-feu qu’elle est censée garantir. Epinglé, le régime français a osé cet argument que la résolution 1920 a introduit «un appel aux parties à appliquer leurs engagements internationaux s’agissant de la dimension humaine de ce conflit».  Plus cynique, on peut rarement trouver  mieux.

Dans le domaine,  on peut faire confiance aux sbires de sa «majesté». l’AFP rapporte qu’un ancien officier supérieur de l’armée marocaine a été condamné à 12 ans de prison au Maroc pour “atteinte à la sécurité extérieure de l’État”, après un procès arbitraire en novembre 2008, pour avoir simplement  adressé une lettre “respectueuse” à son  roi afin d’obtenir une amélioration du sort des pilotes marocains libérés après avoir été captifs du Front Polisario lors du conflit armé du Sahara occidental. Il louait “l’héroïsme des pilotes concernés, soulignant notamment que les avions de combat marocains de l’époque (les F5) n’étaient pas équipés de dispositifs anti-missiles, ce qui est notoire. Le régime français est bien au courant de cette affaire, mais il ferme les yeux, il fait «confiance» à son protégé. Le  Makhzen a reçu le message en clair. Il pouvait y aller, le parrain veille sur son impunité dans le saint des saints de la décision mondiale, l’autre partie est désarmée pour partie et ligotée par la légalité pour l’autre. Le ministère de Bernard Kouchner appuie le premier argument par le fait que  le rapport annuel du secrétaire général de l’ONU sur le Sahara Occidental «ne comporte pas d’appel spécifique à un mécanisme international» en matière de droits de l’Homme. 

A son tour,  François Fillon, le premier ministre français, est sans équivoque quand il parle du royaume chérifien. Il est lapidaire et éloquent, comme le veut l’attitude ouvertement la politique marocaine de son chef : «le Maroc est aussi stratégique pour la France que la France est stratégique pour le Maroc. Nous ne pouvons pas vivre l’un sans l’autre et nous ne le voulons pas». Et encore, la relation entre les deux pays si «elle était à son meilleur niveau», « n’avait pas atteint son pic». On doit s’attendre à une montée en cadence.

Un cuisant échec a été enregistré avec l’impossibilité de faire inscrire le Maroc dans un processus d’intégration à l’Europe, quand ce «privilège» est refusé à la Turquie. A l’intérieur du royaume, les voix qui peuvent s’exprimer, les moins hostiles à la monarchie, s’inquiètent : «Cela fait 35 ans que le Maroc est saigné à blanc par le problème du Sahara. Des budgets énormes, qu’ont pourrait utiliser ailleurs, sont alloués au soutien de cette région. Les denrées alimentaires essentielles y sont gratuites, ou presque, à tel point qu’elles remontent vers le nord pour y être vendues dans les villes du “Dakhil”».

Ou encore : «Cette politique du bâton et de la carotte instaurée par H2 ne marche plus. En fait, elle n’a jamais marché. Elle ne sert qu’à enrichir les notables sahraouis et les cadres du Polisario qui s’allient au Maroc… les Sahraouis du Maroc et ceux des camps (comme tous les autres marocains d’ailleurs) ont surtout besoin de démocratie et de libertés (individuelles, d’expression, etc.)». C’est ce qu’on peut  lire en dehors d’une presse sous contrôle. Sur le plan économique, les investissements français représentent près de 50% des investissements directs étrangers à destination du Maroc qui est la première destination de ces investissements en Afrique et au Moyen-Orient. Comble de l’hypocrisie, l’Union Pour la Méditerranée (UPM), projet perclus de tares à sa naissance et  initié par Sarkozy,  a pour ambition de «transformer l’espace méditerranéen en région de «paix et de prospérité», sur les cadavres des Palestiniens, des Libanais et, on le sait mieux depuis peu, des Sahraouis. Sur l’autel d’une ambition qui veut que s’aménage une profondeur stratégique en Afrique et un espace méditerranéen assujetti aux appétits du capital français et de ses alliés.

Avec  cette cécité politique qui empêche de voir, donc de comprendre, qu’aucun pouvoir du sud de la Méditerranée, hormis sûrement Israël et le Maroc, ne peut oser s’engager dans  une telle ignominie et sous le  patronage d’une personnalité aussi inepte. 

A. H.

 Source : http://www.lesdebats.com

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