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 Que devient l’association France-Algérie ?

26/11/2010

Que devient l’association France-Algérie ?

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texteLe 25.11.10

A l’heure où les relations algéro-françaises(1) traversent une période de turbulences sournoises (une de plus), par appareils interposés, il n’est pas inutile d’évaluer les éléments objectifs qui caractérisent le présumé contentieux entre les deux pays et en commençant par les incompréhensions feintes ou réelles.

En général, l’histoire récente et ancienne de nos pays nous enseigne que nos relations sont rudes mais empreintes de franchise lorsqu’un gouvernement de droite est au pouvoir en France. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, lorsque la gauche est au pouvoir, nos relations se détériorent gravement, après la courte période de désillusion.
En effet, toutes les promesses d’«émancipation et d’intégration» des gouvernements successifs, d’avant et d’après la Seconde Guerre mondiale, ont été réprimées dans le sang, malgré le coût exorbitant payé par les Algériens pour libérer la France de l’Allemane nazie. En guise de récompense et de remerciement, nous eûmes droit à l’effroyable génocide de la deuxième semaine de mai 45, dans le nord constantinois(2). Ce «massacre(3) populaire» est occulté par la France officielle et ou minimisé par les quelques tentatives de travaux historiques, jusqu’à la toute récente intervention de l’ambassadeur de France en Algérie, à l’université de Sétif, en 2007, qui qualifia, enfin, l’événement de massacre. Dans certain cas, ce holocauste est même justifié par certaine autorité historique du fait qu’il «…n’était que la juste réplique à l’assassinat par des indigènes de 103 colons français».

Faut-il rappeler que c’était un certain François Mitterrand, ministre dans le gouvernement Mendès France, président du Conseil, qui a inauguré la guillotine en Algérie, dans les années cinquante, après le déclenchement de la lutte de Libération nationale en 1954. C’est encore lui qui ordonna au capitaine Aussaresse d’assassiner Larbi Ben M’hidi. Il faut attendre 1958 pour qu’un coup d’Etat mette au pouvoir Charles de Gaulle pour remettre la France politique à droite. Mais l’ignominie va atteindre son paroxysme lorsque ce même F. Mitterrand(4), président de la République, va réintégrer, dans la deuxième section de réserve, en octobre 1982, les généraux putschistes de l’OAS(5) qui ont ensanglanté l’Algérie et la France entre 1961 et 63.
Enfin, plus proche de nous, c’est une nouvelle fois le président F. Mitterrand qui exigea de Chadli Bendjedid via Larbi Belkheir d’imploser le FLN, une fois pour toutes, en maintenant le deuxième tour des élections législatives de 1992, sous couvert de démocratie(6). La victoire anticipée du FIS, truquée et tronquée, au premier tour, allait servir à justifier la suite des événements tragiques que va vivre notre pays, dans un scénario planifié plusieurs mois à l’avance. A quelques éléments près, ce scénario a atteint ses objectifs puisque le pouvoir a été récupéré et sa gestion, par télécommande, se réalisera par la promotion d’un personnel civil supplétif aux ordres.     

L’Algérie a, cependant, négocié son indépendance politique avec un gouvernement de droite en France, elle a récupéré son patrimoine minier (nationalisation des hydrocarbures en 1971) et territorial (bases terrestres, marines et nucléaires), jeté les bases d’une coopération économique, culturelle et militaire, assainie de toute arrière-pensée néocolonialiste, sous des gouvernements de la même couleur politique(7). L’immense espoir naïf soulevé en Algérie par l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 est proportionnel au niveau de déception enregistré lors du traitement des dossiers bilatéraux et des lourds contentieux dans tous les domaines. L’«investissement» dans la gauche française(8) a été, en retour pour l’Algérie, qu’une série de déclarations de principe, de professions de foi et de promesses non tenues dans les dossiers sensibles. Pour le reste, quelques miettes ont été concédées sur des contentieux sans incidences, pour amuser les galeries. Les véritables dossiers brûlants(9) ceux qui posent de véritables enjeux pour les deux pays, ont toujours été reportés ou traités par-dessus l’épaule, en fonction de l’humeur du moment et des jeux politiciens intérieurs.
La négociation transparente et saine étant fermée, pour une large partie de nos relations, il va s’instaurer, en lieu et place, celle indirecte et opaque qui va caractériser notre dialogue durant les quarante dernières années(10). Hachées cycliques, tantôt exagérément glaciales ou brusquement brûlantes, les relations algéro-françaises vont être victimes des contentieux non réglés, des frustrations des acteurs politiques incapables de s’élever au niveau des enjeux, des politiques de pourrissement comme solutions miracles (Inchallah) et des officines activées au gré des problèmes posés et des solutions plausibles.
Les commissions mixtes, les colloques, les ateliers, les foires, les forums, les visites officielles, les jumelages, les associations, les groupements, les chambres de métiers, les traités et accords… rien ne structure les relations entre l’Algérie et la France. Seul l’informel organisé fonctionne ! Il me souvient qu’à un moment donné, dans la bouche de tous les officiels français, revenait le mot de «normalisation» de nos relations.
Lorsqu’un de ces derniers débarquait en Algérie, porteur d’un message «du Président au Président», selon la formule consacrée, on interrogeait nos interlocuteurs sur le contenu de la politique de la normalisation…, ils nous faisaient une réponse cinglante : «On continue comme avant !» Les cohabitations politiques en France ont également apporté leur lot de concepts creux et après la normalisation qui a vécu, on  a eu droit à la «refondation», où chaque «camp cohabité» de droite ou de gauche, refusait à l’autre le droit de gérer l’informel, avec, en façade, un dénominateur commun que sont les «intérêts supérieurs biens compris de la France». (11)            
Même durant la «décennie noire» (ou plutôt à cause) où les relations étaient extrêmement tendues et la suspicion généralisée(12), le fonctionnement du cadre de nos relations est resté caractérisé par l’informel et le factuel. On aurait pu imaginer, durant cette période, la construction d’un cadre transparent régissant nos relations. L’Algérie, suffisamment affaiblie à cette époque, n’aurait pas eu les moyens de refuser cette démarche.
C’est encore une fois l’informel qui sera privilégié par la France et le président
Liamine Zeroual sera invité à rencontrer le président Jacques Chirac, à New York, lors de l’Assemblée annuelle des Nations unies… dans un cadre informel et sans médiatisation «pour ne pas cautionner les futures élections», s’égosillaient les diplomates français. Le président Zeroual annula définitivement la rencontre ! Dès lors, l’informel revient au galop pour tenter de relancer le dialogue et «dissiper les malentendus et les suspicions légitimes».

Enfin, il y a plus de deux ans, à l’initiative de la France, l’UpM (13) fut lancée en grande pompe à partir de l’Elysée, un 13 juillet, malgré les réserves de l’Algérie sur la construction géopolitique d’une entité de 47 pays, où la Suède et l’Irak feraient partie de la Méditerranée ! L’approche des «5+5», prônée par l’Algérie, paraissait plus efficace et réaliste en attendant mieux. Rien n’y fit et la consécration fastueuse de l’UpM survint en même temps que son échec programmé.  
L’association France-Algérie avait pour but de toujours maintenir le canal du dialogue ouvert entre les deux pays quelles que soient les vicissitudes du moment et les difficultés rencontrées sur le terrain, minimisant ainsi le sentimental, le personnel et l’affectif au profit du réalisme, de l’universel et du transcendant. Les présidents en poste à la tête de l’association sont Pierre Joxe du côté français et M. Hadj-Yala du côté algérien.(14) Cette association aurait dû permettre de désamorcer les nombreuses mines qui jonchent le terrain des relations algéro-françaises et jeter les bases d’une démarche transcendante, capable de hisser nos relations au niveau escompté par nos ambitions relatives.
En ces temps de doute où tous les analystes sérieux sont d’accord pour affirmer que l’avenir politique de ces deux chefs d’Etat n’est pas garanti après la fin de leur mandat respectif, le moment s’avère particulièrement bien choisi pour sortir de l’impasse dans laquelle nos relations se trouvent, en dehors du fait que, sur le plan quantitatif, nos relations représentent des volumes respectables.
La quête de dividendes qualitatifs dans nos relations étant primordiale, au franchissement des obstacles nombreux qui barrent la route à des relations assainies et apaisées, il devient impératif de réunir les conditions objectives de son succès. La dernière entrevue de M. Joxe avec notre «ambassadeur» à Paris, pour relancer l’association, a failli tourner au ridicule, n’étaient les capacités inépuisables d’humour dont a fait preuve ce premier. De même, l’entrevue accordée par l’ancien ministre de l’Intérieur, N.Yazid Zerhouni à P. Joxe, à Alger, si elle a été empreinte de cordialité et de respect, elle s’est conclue en «queue de poisson», la partie algérienne considérant que la relance de cette association et de son activité «n’était pas une priorité».

Les capacités d’anticipation de notre pays sont-elles devenues à ce point autistes pour ne pas percevoir les très graves développements et les mutations structurelles qui s’opèrent dans la région méditerranéenne et celles dans nos profondeurs stratégiques du sud, pour faire l’économie d’un cadre de concertation, capable de répondre partiellement mais pertinemment à un certain nombre de préoccupations communes à l’ensemble des pays de la région et en particulier à nos deux pays ? Faut-il que les initiatives viennent des autres pays pour que le nous réagissions enfin ? A l’évidence, s’il ne faut rien attendre de notre diplomatie classique, engluée dans un «speen baudelairien», il n’en demeure pas moins qu’un minimum d’intelligence nous oblige à reprendre l’initiative et de mettre en œuvre les canaux nécessaires aux défis actuels et futurs que la situation de la région nous impose. Jean Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, vient de procéder à un grand roque en faisant désigner «Monsieur Algérie» en la personne de l’ex-Premier ministre et sénateur, Jean Pierre Raffarin. Selon les informations que la presse française a été autorisée à donner, «il serait exclusivement chargé de la coopération». Y a-t-il des problèmes de coopération entre nos deux pays et de quelle nature sont-ils ? La ministre française du Commerce vient de déclarer l’inverse et promet un avenir radieux aux entreprises françaises implantées en Algérie (16), contenu dans un package de «projets mûrs» qu’elle va proposer à notre pays, sans les dévoiler, l’intelligence économique exige. Notre partenaire, visiblement, est en train de développer une stratégie ; pouvons-nous en dire autant ? Va-t-on désigner, en face de lui, le ‘‘mohafedh’’ du Club des Pins et ou le ‘‘mokhazni’’ de Berkane ? Beaucoup d’interrogations et de questionnements nous interpellent et à l’heure où la région est menacée de partout, il serait pour le moins judicieux d’éviter de traiter ce dossier par les ‘‘harouz et bekhour’’ habituellement prodigués.

 Dr Mourad Goumiri. Président de l’ASNA (Association des universitaires algériens pour la promotion des études de sécurité nationale)

Notes de renvoi :

-(1) Selon les déclarations de  Mme A.M. Idrac, Secrétaire d’Etat français chargée du commerce extérieur, cette semaine, «la France est le premier investisseur en Algérie avec 400 entreprises».

-(2) Et notamment à Guelma, Sétif, Kherrata où durant plus de quinze jours ce massacre coûtera la vie à 45 000 indigènes, selon les témoignages algériens et 80 000 selon ceux des autorités américaines présentes dans la région.

-(3) La population civile dite «pied-noir» s’est associée à l’armée française et lui a prêté main forte pour massacrer la population indigène.

-(4) Les grâces et restitution des droits, pensions, privilèges et autres décorations ont été adoptés par l’ordonnance de 1962 et les quatre lois de 1964, 1966, 1968 et de 1974.

-(5) L’Organisation armée secrète a assassiné des milliers d’Algériens et certains Français en Algérie et en France. Ce texte de loi passé en force à l’Assemblée nationale et au Sénat «sans vote, grâce à l’article 46 alinéa 3 de la Constitution» est pris, après cinq autres, pour blanchir les huit généraux félons ; R. Salan, E. Jouhaud, P.M. Bigot, J. Faure, M.M. Gouraud, G. Mentré, J.L. Nicot et A. Petit.   

-(6) F. Mitterrand avait exigé de Chadli qu’il assure la tenue du deuxième tour de manière à être sûr d’en finir avec le FLN. Il a été rejoint, dans ce sens, par feu sa Majesté Hassan II, qui déclarait sur une chaîne de TV française, que le «laboratoire algérien était intéressant». B. Kouchner, ministre des Affaires étrangères, récemment débarqué du gouvernement Fillon, mais néanmoins transfuge de l’aile sioniste du PS (lire le livre G. Perrault sur lui) déclarait après une visite officielle récente à Alger «qu’il n’y avait rien à attendre de l’Algérie tant que les hommes de Novembre 54 étaient encore au pouvoir». A-t-il pris ses ordres à l’Elysée ou à Tel-Aviv?  

-(7) Les conditions d’aboutissement des négociations sont évidemment liées à la période.

-(8) L’Algérie a grassement financé les élections présidentielles des partis français de gauche.

-(9) Entre autres, la révision des accords d’Evian, les archives algériennes dérobées, l’écriture de l’histoire commune, les plans de minages, les effets des essais nucléaires, la libre circulation des biens et des personnes, les prix du gaz, le problème de la décolonisation du Sahara occidental, le codéveloppement, la coopération et l’assistance dans l’éducation, la formation professionnelle, l’université et la recherche scientifique…

 -(10) Cette démarche est puisée dans, celle plus large, qualifiée de «France Afrique».

-(11) Tout le monde aura remarqué que je ne parle pas des intérêts de l’Algérie dans cet article.

-(12) Cette période est caractérisée par l’organisation d’attentats terroristes islamistes en France, qu’on attribue aux services secrets algériens pour faire basculer la France dans le giron de l’Algérie et stopper la thèse des tenants du «qui tue qui ?» qui accusent l’armée algérienne de perpétrer les massacres et promettaient à ses chefs le TPI.  
-(13) L’Union pour la Méditerranée est composée des pays membres de l’UE et de la Ligue arabe.

-(14) P. Joxe (lire son livre Cas de conscience, édité chez Labor et Fides en 2010) ministre de l’Intérieur, était connu pour son indépendance d’esprit et son efficacité dans le traitement des dossiers. De son côté, M. Hadj-Yala, membre du BP du FLN et ministre de l’Intérieur a fait un parcours honnête au MALG.

-(15) L’association France-Algérie a été créée en 1962 pour contrer l’OAS.

-(16) L’entreprise française Tchnip, après une longue absence, liée à un important contentieux avec l’Algérie (qui n’est pas réglé) vient de se voir octroyer un contrat de quelque 900 millions de $, pour le revamping et le doublement des capacités de la raffinerie d’Alger.

Source : http://www.elwatan.dz

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