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 DEMAIN SE LÈVERA LE JOUR DE FERHAT ABBAS - Un vrai témoin du siècle

1/12/2010

Ferhat AbbasDEMAIN SE LÈVERA LE JOUR DE FERHAT ABBAS - Un vrai témoin du siècle

«Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, et particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie»
«Lorsque Abdelhalim Abbas, fils du regretté et illustre Ferhat Abbas, me demanda d’écrire la préface de cet ouvrage inédit de l’homme politique algérien, publié aujourd’hui à titre posthume, j’ai d’abord éprouvé un sentiment de surprise que ce grand homme ait laissé un manuscrit d’une valeur certainement inestimable. Cette sensation soudaine de le savoir parmi nous, comme s’il n’était jamais parti», écrit Leïla Benammar Benmansour, docteur en information et communication, dans la préface de Demain se lèvera le jour, considéré comme le livre testament de Ferhat Abbas. «Je suis au soir de ma vie. Ce livre est le dernier acte de ma vie politique. C’est un adieu à l’Algérie, à mes amis du Maghreb et à tous ceux que j’ai aimés et servis durant ma longue carrière. Et aussi un adieu à mes amis français de France et d’Algérie, et particulièrement à ceux qui ont vécu à nos côtés durant notre terrible guerre de Libération, souvent au péril de leur vie», écrit de son côté Ferhat Abbas au début du premier feuillet de son manuscrit signé et daté du mois de mars 1985. Le livre Demain se lèvera le jour est, donc, un ouvrage inédit publié dans la collection Etudes et Documents de Alger- Livres Editions. «Demain se lèvera le jour a été écrit par mon regretté père durant sa résidence surveillée sous le régime boumediéniste, et peaufiné dans les dernières années de sa vie. Son écriture a été annoncée par mon père dès 1981 dans la nouvelle édition du Jeune Algérien, mais la maladie l’a empêché de le publier en temps voulu. Il me confia le manuscrit en insistant sur la chose la plus importante à ses yeux, que ce livre soit publié quand un système vraiment démocratique sera installé en Algérie, et que le mot liberté ait pris tout son sens», explique Abdelhalim Abbas dans l’«Avertissement» de l’ouvrage. Ferhat Abbas se demande : «Que nous réserve l’an 2000 ? Où va notre civilisation ? Gardons-nous d’émettre la moindre opinion. L’avenir appartient à Dieu et à ceux qui le feront.» Cependant, il a fait ce constat : «Nous avons pris un retard mortel. Arriverons- nous en bonne santé à la fin de ce siècle ? Ne confondons pas démocratie, liberté avec intolérance et désordre public. Il est temps qu’un pouvoir fort et juste en même temps s’arme de lois, mobilise à nouveau le pays et nous contraigne à balayer devant nos portes.» (des propos qu’on dirait faits aujourd’hui). Dans cet ouvrage, dirons-nous prémonitoire, Ferhat Abbas écrit aussi : «Or voici qu’apparaît aux portes d’Alger le terrorisme politique, qui n’hésite pas à tuer, à frapper des innocents (…). La tuerie de Larbaâ est grave. Nous sommes gagnés par le démon individualiste et la course vers le pouvoir qui veut s’imposer par la terreur (…). Nous sommes tous concernés par ce drame. Il ne relève pas uniquement du gendarme, mais de la vigilance et de la cohésion du peuple lui-même. En particulier, les anciens moudjahidine doivent réagir. Par leurs sacrifices, ils nous ont restitué le pays de nos ancêtres. Une fois de plus, leur devoir est de sauvegarder son unité nationale.» Né le 24 août 1899 à Chahna, commune de Taher (wilaya de Jijel), Ferhat Abbas est le président du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) et président de la première assemblée nationale constituante de l’Algérie indépendante. «En 1963, il démissionne de la présidence de l’assemblée nationale, refusant de soutenir l’atteinte à la démocratie », souligne Leïla Benammar Benmansour. Cela lui coûta d’être privé de sa liberté durant près de vingt années, avant d’être libéré et décoré de la médaille du résistant par Chadli Bendjedid. Décédé le 24 décembre 1985 à son domicile à Kouba, il est enterré au Carré des martyrs du cimetière El-Alia à Alger. «C’est en Algérie que je me sens vivre et c’est dans mon pays que je souhaite mourir», dira-t-il dans Demain se lèvera le jour, un livre disponible depuis lundi sur les étals des librairies. Ferhat Abbas est l’auteur des ouvrages le Jeune Algérien (1931, réédition en 1981), La nuit coloniale (1962), Autopsie d’une guerre (1980) et L’indépendance confisquée (1984). Leïla Benammar Benmansour, de son côté, est l’auteur de Ferhat Abbas, l’injustice (Alger- Livres Editions 2010). A l’occasion du 25e anniversaire de la disparition de Ferhat Abbas, ses proches s’attèlent à organiser une table-ronde, prévue en décembre 2010, et qui sera consacrée à la vie, au combat et au parcours de cette grande personnalité de l’histoire moderne de l’Algérie.
K. B.
Demain se lèvera le jour de Ferhat Abbas (ouvrage inédit, publié à titre posthume). Editeur : Alger- Livres Editions. Novembre 2010. 171 pages.

Extraits de Demain se lèvera le jour
- «J’ai vécu un demi-siècle sous le régime colonial. J’en ai subi les contrecoups autant sinon plus que mes autres compatriotes. Je n’appartiens pas à la chevalerie arabe, ni à la noblesse maraboutique, pas même à la «bourgeoisie».
- Le racisme des Français d’Algérie n’était pas identique à celui de l’Afrique du Sud. Ce que les colons n’ont jamais admis est le fait que nous revendiquions pour échapper aux lois d’exception et nous élever à leur niveau. Cette revendication les rendait haineux et méchants, car ils avaient conservé de l’arabe une peur viscérale venue du Moyen-Âge, peur attisée par la crainte de nous voir bénéficier des mêmes droits qu’eux.
- En juillet 1962, l’indépendance acquise, nous nous sommes comportés comme un peuple sous-développé et primitif. Nous nous sommes disputé les places et nous avons tourné le dos aux valeurs et aux vertus qui nous ont conduits à la victoire. J’ai vu nos mœurs dégénérer en traumatisant l’Algérie musulmane comme elle ne l’avait été durant la guerre. Notre République algérienne a été affublée d’un appendice, celui de «démocratie populaire», ce qui veut dire, en clair, qu’elle n’est ni démocratique ni populaire.
- Tout ce qui a motivé notre insurrection a été saboté : le respect des droits de l’homme, celui des libertés individuelles et de la dignité du citoyen, le retour du fellah à la terre, le respect de la propriété privée. Nous sommes installés dans le provisoire et la médiocrité et nous avons cessé de travailler. Dans leur majorité, les Algériens ont confondu indépendance et Etat-providence. Tout un chacun se mit à attendre les pétro-dollars.
- Peut-être le lecteur permettra-t-il à mon âge d’exprimer un souhait : celui de voir les générations de demain vivre de leur travail, s’entourer de bien-être et vivre en paix. C’est mon vœu le plus cher.
- La nuit coloniale est morte. Le Moyen-Âge et sa violence se meurent. Les guerres religieuses s’achèvent. Demain se lèvera le jour».
Alger, mars 1985
F. Abbas

Source : http://www.lesoirdalgerie.com

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