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 La face cachée du miracle chinois

29/12/2010

Hong KongLa face cachée du miracle chinois

Par Ammar Belhimer
ambelhimer@hotmail.com
La croissance fulgurante qu’affiche la Chine occulte un phénomène commun à tous les Etats totalitaires (au sens de parti unique) et les économies dirigées. Dans une précieuse contribution sur la relation entre «la criminalité organisée et l'économie souterraine en Chine», Liu Xiu, enseignant à l’université technologique de Chengdu, livre les multiples facettes d’un problème social commun à toutes les villes chinoises (*).
Sa typologie de la criminalité organisée en Chine indique l’existence de trois formes mafieuses, couvrant des domaines aussi variés que le trafic de drogue, le blanchiment d'argent, la contrebande, le trafic d'êtres humains, la fabrication et le trafic de fausse monnaie et des armes, la prostitution, etc. Ces trois formes sont : les entreprises légales impliquées dans des crimes, les organisations criminelles violentes et non violentes. La première catégorie regroupe des acteurs «bien instruits et au statut social élevé», exerçant dans des organismes gouvernementaux activant des industries à faible technologie, comme le divertissement, la construction, la décoration, l'exploitation minière, etc. Leur arme : la violence ou les pots-de-vin. Selon les statistiques tirées de 22 cas traités par la justice, 50% des organisations criminelles avaient une couverture légale. Les organisations criminelles recourant à la violence regroupent généralement des «chômeurs repris de justice», agissant dans la sécurité privée, l’usure, les jeux et casinos, le vol qualifié, l’enlèvement et la traite des femmes. «Ces organisations criminelles sont la forme immature des organisations de type mafieux, qui sont actuellement rares à Pékin, Shanghai et dans d'autres grandes villes, mais activent dans les petites villes et les comtés», nous apprend Liu Xiu. Enfin, les organisations criminelles non violentes sont recensées «principalement dans les activités économiques souterraines», telles que la falsification de documents et factures, la fausse monnaie, la fabrication et la vente de produits contrefaits et de qualité inférieure. Passant au peigne fin les ressources de l'économie souterraine, l’universitaire chinois en identifie huit : les infractions relatives aux drogues, la contrebande, le jeu, l’industrie pornographique, le trafic d’êtres humains, la fausse monnaie, la contre-façon et le trafic d’armes. En dépit des sanctions sévères, y compris la peine de mort, prévues par le code pénal chinois, l'énorme potentiel de profit que le trafic de drogue procure en fait l'une des activités criminelles organisées les plus courantes, comme partout ailleurs dans le monde. Insignifiants dans les années 1980 et jusqu'au début des années 1990, les crimes liés à la drogue ont subitement explosé pour gagner «la plupart des régions de la Chine». Selon des sources officielles allant jusqu’à la fin de juin 2009, le nombre de consommateurs de drogue enregistrés a atteint 1,218 millions et le nombre de consommateurs d’héroïne et d'opiacés a atteint 945 000 pour un marché annuel d’au moins 110 milliards de yuans (**). Le second fléau est la contrebande. Elle couvre les secteurs des technologies de l'information comme les ordinateurs, les téléphones cellulaires et les déchets électroniques, mais aussi les produits pétroliers, les véhicules et pièces détachées, les matières premières chimiques, les cigarettes importées, les vins et les vêtements, dont la plupart sont importés. Troisième secteur de prédilection le jeu. «Les délinquants illégaux criminels font des profits exorbitants en ouvrant des maisons de jeux.» La loterie, les courses de chevaux, les paris sportifs et autres jeux de hasard passionnent les Chinois qui s’y adonnent «par voie de téléphone, fax, internet et SMS». Dans la partie continentale de la Chine, les services pornographiques sont principalement assurés dans des espaces comme les salons de coiffure, les boutiques de massage, les bains, les salles de danse, les bars, les hôtels et les clubs. On recense actuellement plus de 5 millions de prostituées en Chine et, «comme chaque prostituée procure de l’emploi pour trois personnes (comme les proxénètes, les rabatteurs et les barbouzes dans les lieux de divertissement et les boutiques pour adultes), le nombre de personnes engagées dans l'industrie du sexe atteint 20 millions de personnes ». Il s’ensuit que si l’activité d’une seule prostituée peut générer un revenu annuel de 25 000 yuans, cela donne un revenu total de 500 milliards de yuans, soit environ 6% du PIB. Les dépenses des prostituées sont diverses : téléphones cellulaires, location d’appartements, achat de vêtements de première qualité et de cosmétiques. Elles peuvent aussi avoir besoin d'embaucher des gardes du corps ou investir dans les industries du jeu, la médecine, l'hôtellerie et le tourisme. Cinquième fléau : la traite des êtres humains, notamment des femmes et des enfants. Une stricte politique de planning familial est pratiquée avec, en toile de fond, une préférence pour les garçons sur les filles en milieu rural. Conséquence : de nombreuses familles rurales choisissent l'avortement lorsqu’une fille leur est annoncée, lorsqu’elles ne l’abandonnent carrément pas après la naissance, en attendant d'avoir un garçon. Ces pratiques sont tellement généralisées qu’il est enregistré aujourd’hui un ratio de 120 hommes pour 100 femmes et même 140 pour 100 dans certains endroits, au point que dans certaines zones rurales, les hommes ne parviennent à se marier que s’ils achètent une femme enlevée par un homme de main – elle lui coûterait de 10 000 à 20 000 Yuan. Les enlèvements d’enfants mineurs sont par ailleurs monnaie courante. Comme leurs parents doivent travailler et n’ont pas le temps de s’en occuper, ils sont la proie d’une chaîne de ravisseurs-négociants. Ils arrivent aux mains de l'acheteur final au prix de 40 000 à 80 000 yuans (le prix d'un petit garçon est généralement deux fois plus élevé que celui de la petite fille). Sixième fléau recensé par l’universitaire chinois, le blanchiment d'argent est apparu après la réforme et l'ouverture de 1978, qui ont succédé à une économie planifiée sous contrôle étatique. Les activités de blanchiment d'argent résultent ces dernières vingt années, en amont, de la hausse de la contrebande, du trafic de drogue et de la corruption. Selon un rapport de la Banque populaire de Chine et des services de police et de contrôle des changes, plus de 70 «banques clandestines » interviendraient avec un actif d’environ 3,031 milliards de dollars. Au septième rang des péchés capitaux du miracle chinois : la contrefaçon. La production annuelle de produits contrefaits ou de mauvaise qualité atteint 1,3 milliard de yuans, représentant environ 2% du PIB et les pertes économiques annuelles causées par cette production avoisinent les 200 milliards de yuans. La perte d'imposition qui en résulte est chiffrée à plus de 25 milliards de yuans chaque année. La contrefaçon gagne tous les secteurs : le tabac, le vin, le sucre, le thé, les aliments, les médicaments et les appareils ménagers électriques, etc. La police de Chengdu a démantelé en 2002 un groupe qui a édifié une usine à l'arrière et au sous-sol d'une cimenterie pour produire des cigarettes de contrebande. L’usine couvrait plus de 6000 mètres carrés, avec deux ateliers clandestins de différentes tailles et trois hangars d'une superficie de plus de 1 000 mètres carrés. Huitième et dernier fléau : la fabrication et la vente des armes à feu. Comment cela est possible dans un pays où la simple possession d’une arme personnelle est qualifiée de crime et passible de la peine de mort ? Nous y reviendrons.
A. B.
(*) Liu Xiu, Organized Crime and the Black Economy in China, Working Papers Series, no. 7, August 2010, Global Consortium on Security Transformation (GCST). Disponible sur http://www.securitytransformation. org/gc_publications.p hp
(**) Entre 2006 et 2009, suite aux pressions des partenaires commerciaux, notamment des Etats-Unis, le cours du Yuan est passé de 1 dollar pour 8,07 yuans à 1 dollar pour 6,82 yuans.

Source : http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/12/28/article.php?sid=110574&cid=8

Tags : Chine societe
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