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 2010 - 2011 Des perspectives inquiétantes

3/1/2011

2010 - 2011 Des perspectives inquiétantes
30 Décembre 2010

«Le temps du «monde fini» a bien commencé» Paul Valéry

Il est de tradition de faire un état des lieux à la fin de chaque année qui tire à sa fin. J’ai hésité à le faire non pas qu’il n’y ait pas d’événement majeur digne d’attirer l’attention, mais parce que je ne savais pas à partir de quand je dois compter: partir du premier janvier, de Aouel Moharrem (an hégirien), de l’an amazigh de Yannayer ou toute autre façon de segmenter le temps (judaïque, bouddhiste, hindouiste), fallait-il enfin, faire le bilan de l’année chinoise du rat? ou l’année nouvelle au Japon? Je me suis posé la question pourquoi cette addiction à un repère grégorien? On a beau me dire que c’est la tradition, c’est comme ça depuis toujours, notamment dans la sphère africaine anciennement colonisée, il n’empêche qu’en Algérie, le Aouel Moharrem s’est une fois de plus passé d’une façon clandestine, souhaiter la bonne année aux personnes vous attire des regards condescendants, car vous n’êtes pas tendance, vous remettez en cause du magister dixit et à la doxa occidentale. La même errance est constatée une fois de plus au sein du monde arabe qui s’apprête à faire bombance pour fêter une segmentation du temps qui est la meilleure preuve d’une mentalité de colonisé s’étant installé confortablement dans les temps morts.

Aouel Mouharrem
S’agissant justement du sort des musulmans en Europe et leurs avanies, Il nous a paru important de résumer l’année en France marquée par des stratégies pré-électorales, par ces extraits d’une contribution du philosophe André Glucksmann qui nous paraît résumer la problématique de l’Islam en France. «(...)S’engouffrant dans la brèche morale, l’ultradroite plébiscite un enjeu décisif pour la nation: «l’occupation» de deux tronçons de rue à Paris à l’heure des prières coraniques du vendredi. Les musulmans arguent d’un manque (avéré) de lieux de culte clos. (...)Récuser les lieux ouverts et refuser les lieux couverts à la seconde religion de France, c’est raisonner en pompiers pyromanes. Ceux qui vitupèrent l’occupation religieuse du pavé, s’opposent paradoxalement à la construction d’espaces appropriés avec ou sans minaret (au gré des arrêtés municipaux). (...)Si 17% de ses habitants d’origine musulmane s’affirment férus de la prière du vendredi, il en reste 83% souples et détachés. Peu après, les émeutes de banlieue en 2005 (qui n’étaient nullement islamistes) et la querelle des caricatures de Mahomet, une enquête internationale révéla que les musulmans de France sont les plus adaptés aux règles occidentales: 91% ont une bonne opinion des chrétiens et 71% la même des juifs - seul cas dans le monde où les réponses positives l’emportent sur les négatives; à 72%, les musulmans croyants ne perçoivent aucun conflit entre leur foi et la vie dans une société largement agnostique (The Pew Global Attitudes Prospect, 2006).(...) Si la présidentielle se joue sur les notions d’occupation, d’invasion ou d’islamisation, la droite aura pavé la route du Front national et la gauche sera tombée dans le panneau. (...) Allons-nous capituler et fuir les véritables défis dans les noirs pâturages des conflits imaginaires?»(1)
Alain Faujas résume d’une façon magistrale le tournis du monde actuel livré à la spéculation financière au point que des Etats ont fait banqueroute et ceci dans un contexte de raréfaction des matières premières. Il écrit: «Et puis il y a la spéculation sonnante et trébuchante, la vraie, celle qui a doublé en quelques jours le prix de l’oignon en Inde parce que les pluies ont été diluviennes dans les Etats du Gujarat et du Maharashtra, raréfiant le bulbe indispensable au poulet tikka massala. (...) On aurait tort de se gausser des malheurs légumiers de l’Inde, car ils sont la métaphore de ce qui nous attend. (...) Car, à l’exception du gaz non conventionnel que les schistes fournissent à profusion aux Etats-Unis, les prix de toutes les matières premières sont à la hausse dans le monde entier depuis six mois. Le blé, le sucre, le cacao, le colza ou l’huile de palme, mais aussi le fer, le cuivre, les «terres rares» et même l’or, qui ne sert pourtant pas à grand-chose, s’envolent vers les sommets. Le bon vieux baril de pétrole est en passe de repasser au-dessus de la barre des 100 dollars. (...) Nous sommes 6 milliards d’humains et on en dénombrera 3 milliards de plus en 2050. Quels sols mettrons-nous en culture et quelles techniques agricoles inventerons-nous pour soutirer à la terre leur pitance? Nous concevons tous les jours de nouveaux produits, nous construisons sans cesse de nouvelles villes, nous dépensons toujours plus d’argent pour aller pomper le pétrole et extraire les minerais à des milliers de mètres de profondeur. Ce «toujours plus» se paie et se paiera en surcroît de dépenses en dollars et en euros. (...) Mais cette bonne gestion à court terme reporte les chocs climatiques, sociaux, techniques ou politiques sur les salariés et sur les consommateurs. Parmi les travaux d’Hercule que Nicolas Sarkozy a promis de mener à bien durant sa présidence du G20 jusqu’en novembre 2011, il en est un qui est de saison: il veut en finir avec cette volatilité des cours des matières premières qui empoisonne les acteurs économiques et perturbe leurs prévisions. (...) Pour tirer le président de la République d’embarras, formulons deux suggestions. La première consisterait à constituer des stocks mondiaux publics pour toutes les matières premières et pas seulement pour le pétrole et les métaux stratégiques. (...) Pour combattre cette incertitude existentielle et économique, le Prix Nobel d’économie James Tobin avait rêvé d’une taxe de 0,05% sur les transactions financières pour mettre «du sable dans les rouages trop bien huilés de la finance internationale» et en ralentir le manège infernal.»(2)
Grèce, Irlande, Royaume-Uni, France...Au sein d’une Europe marquée par la multiplication des plans d’austérité, tous les pays ou presque ont connu d’importantes manifestations. Parfois violentes. La mobilisation grecque contre les mesures d’austérité débute au printemps. Elle rassemble surtout les jeunes et les groupes d’extrême gauche, à l’origine de violentes échauffourées. A qui le tour? Après l’Irlande on parle du Portugal de l’Espagne, voire de la France dont la dette explose à plus de 1600 milliards d’euros. Heureusement que l’Allemagne dont la croissance économique est dit-on bonne (2%), est là pour sauver l’euro. Jusqu’à quand? Il n’est pas étonnant dans ces conditions que la Chine se porte acquéreur de la dette européenne. Comme l’écrit Laura Raïm de L’Expansion: «Le gouvernement chinois a confirmé qu’il pourrait acheter des obligations émises par les Etats en difficulté de la zone euro. Décryptage d’un geste plus politique que financier. Pékin, grand sauveur de la zone euro? «Nous sommes prêts à aider les pays de la zone euro à surmonter la crise financière et à réussir leur reprise économique», a déclaré le ministère des Affaires étrangères. «A l’avenir, l’Europe sera un de nos principaux marchés pour investir nos réserves de change». Il faut dire que la Chine en a les moyens: ses réserves de change, qui s’élèvent à 2648 milliards de dollars, sont les premières mondiales. Si elle place traditionnellement la majorité de son excédent en dollars, elle cherche de plus en plus à diversifier son portefeuille afin de s’assurer contre une chute du billet vert. 26% de ses réserves seraient ainsi déjà en euros, selon Bei Xu, économiste à Natixis. L’annonce pourrait se traduire en acte dès le début de l’année prochaine, à en croire le quotidien lusitanien Jornal de Negocios.» «La Banque centrale chinoise pourrait en effet acheter au cours du premier semestre 2011 entre 4 et 5 milliards d’euros de dette souveraine portugaise. Le rachat de dette portugaise par la Chine ne serait pas une première. De plus, la Chine aurait déjà acquis il y a deux mois des obligations publiques espagnoles pour une centaine de millions d’euros. Enfin, Pékin s’est engagé en octobre à acheter des obligations grecques dès qu’Athènes serait autorisée à retourner sur les marchés obligataires. Cette inclinaison à soutenir l’Europe est bien sûr stratégique. D’abord, «la Chine a intérêt à la stabilité de la zone euro dans la mesure où elle souhaite maintenir un équilibre mondial multipolaire. Ensuite, l’UE est le deuxième partenaire commercial de la Chine, qui préférerait donc éviter que l’Union, qui absorbe un cinquième de ses exportations, ne sombre dans la récession. Enfin, Pékin espère faire de la zone euro reconnaissante, une alliée dans les diverses négociations internationales. (...) Reste à connaître la portée réelle du geste chinois. S’il représente un bol d’oxygène appréciable pour les pays en difficulté, tous les analystes ne sont pas convaincus de son utilité. Pour Ulrich Leuchtmann de Commerzbank, cité dans le Wall Street Journal, l’aide chinoise «ne remplace pas une solution de long terme à la crise de la dette européenne». Pire, selon The Source, elle ne fait que «repousser l’échéance inévitable d’un éclatement de la zone euro»»(3)
Pour rappel, l’Empire du Milieu fut, durant le XIXe siècle, colonisé par les Européens (Portugais, Français, Britanniques, Hollandais...). La Chine a dû payer des taxes à ces pays, elle a dû donner les biens qu’elle produisait. Elle fut même obligée de permettre l’entrée de l’opium sur son territoire au nom de la libre entreprise imposée par l’Angleterre. Aujourd’hui, la donne a changé, la Chine est économiquement plus puissante que ces pays qui ont ravagé son économie, colonisé ses terres, mis en esclavage ses ressortissants. Qui arrêtera la Chine dont on nous dit qu’elle dépassera les Etats-Unis en 2025?
Parmi les autres faits marquants, le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, a défrayé la chronique cette année en publiant des documents sur les guerres d’Irak et d’Afghanistan, puis des télégrammes diplomatiques américains. Il a été élu homme de l’année par les lecteurs de Times. Il ne faut oublier la débâcle des négociations israélo-palestiniennes pour cause de constructions continues de colonies sur ce qui reste des 22% de la Palestine. Israël a su faire plier les Etats-Unis et faire oublier l’attaque de la flotte humanitaire pour Ghaza le 31 mai.

Comment se présente 2011 ou 1432?
Peut-on lier réchauffement et multiplication des catastrophes naturelles? Comment l’accord conclu fin octobre 2010 à Nagoya est de fait, un espoir pour la préservation des espèces. S’agissant du Climat: le nouveau round de négociations à Cancun a abouti à des accords non contraignants. L’après-Kyoto, qui termine en 2012, va être examiné en 2011, on dénombre 600 évènements en 2010, en augmentation de près de 10% par rapport à la moyenne 2000 -2009 dont 168 inondations, 40 séismes ayant occasionné la mort de 270.000 personnes. Haïti a eu affaire à un tremblement de terre qui a ôté la vie à plus de deux cent mille personnes avec en prime, le choléra en octobre qui a tué plus de 2500 personnes. Le Pakistan a été noyé sous un déluge de pluies. Les morts se comptent par milliers sans parler des dégâts matériels. Les Etats-Unis ont fait face à une grande marée noire.
Ceci dit, il m’a paru intéressant de passer en revue les principaux événements de la planète, qui, quoi qu’on dise, sont structurés par ce qui se passe en Occident. Nous donnerons ensuite quelques indications sur les dossiers de l’année prochaine La Chine va célébrer, le 1er juillet prochain, le 90e anniversaire de la fondation de son Parti communiste. En Russie, l’année sera marquée par un autre anniversaire. Celui des 20 ans de la chute de l’Urss et la compétition Poutine-Medvedev. Mais c’est surtout vers les Etats-Unis que les regards vont se tourner. Pour Barack Obama, l’année de ses 50 ans, ne devrait pas être une partie de plaisir. Coincé entre la défaite électorale de novembre dernier aux élections de mi-mandat et la perspective du scrutin présidentiel, il ne va pas bénéficier d’une grande marge de manoeuvre Une politique de la conciliation qui n’est pas sans risque pour lui: dans les rangs mêmes des démocrates, une fronde emmenée par l’aile gauche commence à rugir et brandit la menace de primaires démocrates. Sur le front extérieur, la partie s’annonce également ardue. «Sa stature internationale va nécessairement souffrir de ce revers électoral et fragiliser sa capacité à faire pression, par exemple, sur les acteurs dans le conflit au Proche-Orient.»
En ce 10e anniversaire des attentats du 11 septembre et du lancement de l’opération militaire Enduring Freedom sur le sol afghan, il va pourtant lui falloir faire des choix importants pour mettre en place une stratégie de sortie viable. D’autant que 2010 est loin d’avoir été une année rassurante en la matière: 692 militaires étaient tués un record depuis le début de la guerre. Or, rien ne prédit une amélioration de la situation en 2011. Pourtant, les pays de l’Otan prévoient d’entamer un retrait progressif des 150.000 soldats alliés, à partir de juillet 2011, jusqu’à fin 2014. A quel rythme s’effectuera ce désengagement? Autre bourbier et autre échec en perspective: le Proche-Orient. Américains, Israéliens et Palestiniens avaient tablé, en septembre dernier, sur une possible résolution du conflit dans l’année. Pourtant, après le camouflet que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a infligé à Barack Obama en refusant une prolongation du moratoire sur le gel des colonies, on voit mal comment le président américain va pouvoir se faire entendre. S’agissant du nucléaire iranien. Téhéran a annoncé qu’il serait en mesure de produire dès septembre 2011 des palettes de combustible pour son réacteur de recherche. D’après WikiLeaks, les Israéliens et les Arabes tentent de chercher à convaincre Obama de stopper par tous les moyens le programme nucléaire iranien. Pour le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, il faut «couper la tête du serpent». Pendant ce temps, les princes arabes achètent des hôtels de luxe. Ainsi, le Crillon a été vendu à un «membre éminent de la famille royale d’Arabie Saoudite». Un autre hôtel parisien, le George V, est détenu par un prince saoudien, Al-Walid. L’Afrique n’est pas en reste, qui devrait entamer l’année avec le redouté référendum d’indépendance au Sud-Soudan, prévu le 9 janvier. Il y aura toujours le conflit récurrent de la Côte d’Ivoire et des élections à l’africaine pour perpétuer les dynasties de l’Egypte de Hosni Moubarak avec l’héritier du trône, son fils Gamal. En Algérie, rien de nouveau sous le soleil si ce n’est une volonté de ne pas acheter pour acheter. Ce vœu pieux serait crédible si d’abord une stratégie énergétique permet de freiner l’hémorragie de bradage des hydrocarbures et qu’un cap énergétique soit clairement défini, débattu et mis en oeuvre par toute la société qui évitera, ce faisant, le gaspillage, en achetant au juste prix l’énergie, l’eau, les carburants. Est-ce normal qu’une bouteille d’eau minérale que le citoyen achète souvent sans rechigner soit l’équivalent de plusieurs mètres cubes d’eau? C’est tout cela qu’il faut revoir en faisant appel à l’Université qui est en roue libre. Les universitaires devraient donner la pleine mesure de leurs talents maintenant que l’Etat a amélioré dans une proportion louable les salaires. Les vrais défis du pays attendent d’être levés avant qu’il ne soit trop tard.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Glucksmann: «Cessons de diaboliser roulottes et mosquées!» Le Monde.fr 27.12.2010
2.Alain Faujas:L’Apocalypse, l’oignon et le grain de sable. Le Monde.fr 25.12.2010
3.Laura Raim: Pourquoi la Chine joue au sauveur. L’Expansion.com 23.12.2010

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

Source : http://lexpressiondz.com/article/8/2010-12-30/84384.html

Tags : bilan 2010
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