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 DECODAGES Un vrai problème a failli être débattu au Sénat

3/1/2011

DECODAGES : Un vrai problème a failli être débattu au Sénat

Par Abdelmadjid Bouzidi
Pour cette dernière chronique de l’année 2010, nous avons choisi de quitter un instant les questions économiques pour parler d’un sujet brûlant qui nous préoccupe tous, celui de notre jeunesse. L’Algérie a toujours été riche de sa jeunesse. Les défis qu’a eu à affronter le pays, et ils ont été difficiles et nombreux à travers l’histoire, ont toujours été relevés grâce et par la jeunesse. Quelle est la situation aujourd’hui ?
Nous avons été amenés à nous reposer cette question en suivant la déclaration de politique générale du gouvernement que le Premier ministre Ahmed Ouyahia a présentée devant le Sénat. A cette occasion, un échange plutôt cocasse s’il ne portait sur un sujet grave et sérieux, a eu lieu de manière indirecte entre le Premier ministre Ahmed Ouyahia et la moudjahida, aujourd’hui sénatrice, Zohra Drif. Zohra Drif interpellait le Premier ministre qui étalait ses bons chiffres sur une question plus grave : celle de la malvie des Algériens : «Pourquoi, malgré ces chiffres satisfaisants, les Algériens ne sont pas heureux et ne vivent pas dans la quiétude.» Elle a insisté particulièrement sur la jeunesse et a apostrophé le Premier ministre : «Qu’allez-vous faire pour rendre espoir aux jeunes ?» La question est cruciale : pourquoi, en effet, malgré les efforts colossaux de l’Etat en sa direction, notre jeunesse a-t-elle cette malvie et même, pour une grande partie d’entre elle, ce rejet du pays ? Ni les politiques de lutte contre le chômage, ni les aides à l’éducation, ni tous les autres programmes en sa faveur n’ont pu convaincre notre jeunesse de l’ardente obligation qu’elle a d’aimer et servir son pays ? Le Premier ministre, dans sa réponse, n’a fait que rappeler ce qu’avait déjà relevé Zohra Drif : l’Etat met beaucoup d’argent dans des programmes dédiés à la jeunesse. Et il a conclu à l’ingratitude des jeunes qui devraient se comparer aux autres jeunesses des pays similaires au nôtre, et qui pourraient alors constater que leur sort, à en croire le Premier ministre, n’est pas si dramatique. Est-il utile de rappeler que l’interpellation de Zohra Drif est restée sans réponse, elle qui voulait amener le Premier ministre sur le terrain de l’analyse des vraies causes du désespoir des jeunes Algériens. Sa question est réelle. Elle est, avons-nous souligné, même cruciale : pourquoi notre jeunesse n’a-t-elle plus foi en son pays ? Il est pourtant vrai que les efforts financiers consentis par l’Etat en sa direction sont appréciables. Hélas, ces efforts ne produisent que peu d’effets, très peu d’effets. Des effets bien moins significatifs en tout cas que ceux produits, par exemple, par la qualification de l’équipe nationale de football à la Coupe du monde. Un jeune, à qui je demandais après la victoire sur l’Egypte, pourquoi toute cette liesse, toute cette joie, m’a répondu : «C’est la première fois de ma vie que je fête l’Algérie. En 1962, je n’étais pas encore né. Je n’ai donc pas connu la liesse de l’indépendance que vous avez vécue. Et je peux même vous dire que je n’ai jamais vu l’Algérie en fête. De plus, ces footballeurs sont arrivés à me convaincre que la jeunesse algérienne vaut quelque chose, que nous n’avons pas à baisser la tête, que nous pouvons être fiers d’être algériens pour peu que…» Eh bien, la voici la réponse à la question de Zohra Drif : notre jeunesse souffre d’une non-reconnaissance d’abord de la part de ses propres aînés. Notre jeunesse se sent humiliée, car totalement exclue de son propre destin. Notre jeunesse n’a pas de projet contrairement à la jeunesse de 1962. Notre jeunesse n’a pas d'idéal contrairement à la jeunesse de 1954. Notre jeunesse n’a plus de rêve ! Et qu’est-ce qu’une jeunesse sans rêve ? Sur un autre plan, peut-être plus terre à terre, notre jeunesse ne sait plus se distraire ni se cultiver. Et ce n’est certainement pas de sa faute : où sont les salles de cinéma, les théâtres, les salles de sport, les conservatoires de musique, les spectacles…? Toutes ces infrastructures et ces activités dont a si besoin une jeunesse. Mais notre jeunesse a surtout besoin se sentir impliquée dans la construction de son propre avenir et au moins consultée lors de la prise de décision la concernant. En un mot comme en mille, notre jeunesse a besoin de démocratie, car elle a compris que sans démocratie, elle n’obtiendra rien de tout ce dont elle manque et dont nous venons de rappeler quelques éléments. Aucune organisation politique qui lui soit propre, un mouvement associatif moribond quand il existe, une absence de spécification de la part de l’Etat, des attentes selon tel ou tel autre segment de la jeunesse : nous savons que les attentes des étudiants ne sont pas celles des jeunes chômeurs, les revendications des jeunes actifs salariés ou indépendants ne sont pas celles des lycéens… Où sont passés le Conseil de l’éducation, celui de la jeunesse ou encore l’association des jeunes chômeurs ? Le ministère de la Jeunesse et des Sports s’occupe exclusivement, on le sait, de football et s’intéresse peu aux innombrables problèmes que vit la jeunesse. Question : comment lancer la prise en charge de cet important dossier qu’a remis sur la table Zohra Drif ? Par un débat à l’occasion de la fête de l’Indépendance, suggéra-t-elle. Nous préférerions, quant à nous, la réalisation d’une grande enquête sociologique nationale sur la situation actuelle des jeunes Algériens et leur perception de l’avenir, de leur avenir dans la société. Ce serait la première enquête consacrée exclusivement à la jeunesse. Une sorte de première écoute de ce que celle-ci veut nous dire, puisque tout porte à croire que nous ne savons pas l’écouter, que nous ne recevons pas ses messages. Les actions à entreprendre apparaîtront alors plus clairement et les réponses aux angoissantes questions de Zohra Drif commenceront à se dessiner. Le Premier ministre lui-même comprendra pourquoi le dossier de la jeunesse algérienne ne peut pas être réduit à des enveloppes financières que l’Etat dégage à chaque loi de finances. Les drames de la harga, de la drogue, de l’échec scolaire commenceront à se dissiper. Les efforts financiers de l’Etat auront alors un sens car ils seront pensés et exécutés, non pas malgré la jeunesse mais avec elle.
A. B. abdelmadjidbouzidi@yahoo.fr

Source : http://lesoirdalgerie.com/articles/2010/12/29/article.php?sid=110627&cid=8

Tags : Algerie senat
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