RAMASSEUR DE PAIN SEC - Le pain de la misère » terres d'islam | Bloguez.com

 RAMASSEUR DE PAIN SEC - Le pain de la misère

4/1/2011

RAMASSEUR DE PAIN SEC Le pain de la misère

Hiver comme été, jeunes et moins jeunes, à pied ou à dos d’âne, ils sillonnent quartier par quartier pour la collecte de leur gagne-pain. Eux, ce sont les ramasseurs de pain sec. Dès 7 h du matin, ils entament leur journée de travail, frappant aux portes des demeures ou criant «pain sec, pain sec» pour débarrasser les ménagères de leur pain rassis.
Meriem Ouyahia - Alger (Le Soir) - «Pain sec, pain sec», tel un signal de départ, plusieurs fenêtres s’ouvrent en même temps. Des mains s’agitent pour attirer l’attention du ramasseur de pain, âgé d’à peine 10 ans, puis lui lancent un sachet plein de pain sec. Le gamin court le récupérer et s’approche de son âne pour le déverser soigneusement dans un sac en jute accroché au dos de l’animal. D’une fenêtre à un balcon, le ramasseur et un autre de sa bande font le tour du quartier pour récupérer tous les sachets de pain sec avant de tirer l’âne et de changer de quartier. La même scène se répète quasi-quotidiennement dans un quartier de Réghaïa. «J’ai pris l’habitude de ne plus m’inquiéter quand il me reste du pain rassis. J’ai bonne conscience, je me dis que je contribue à leur gagnepain », se contente de dire Mériem, cadre et maman d’un nourrisson, en balançant son sachet. Et d’ajouter : «Je ne savais pas qu’il y avait des ramasseurs de pain ici. Je les ai découverts après mon accouchement. Je devais prendre ce sachet avec moi dans l’échoppe d’un Mozabite. Je le faisais, comme me l’a appris ma mère, discrètement, pour ne pas être vue par les voisins et être considérée comme gaspilleuse. Nous allions le soir dans leur magasin et donnions notre sachet avant de filer très rapidement. » Cette discrétion n’a plus cours, devant l’importance du pain jeté. «J’ai la conscience tranquille maintenant. Je ne me sens plus coupable !» conclutelle. Nadia, pour sa part, femme au foyer et mère de deux filles, dira : «Avant, j’essayais de récupérer le plus possible de pain rassis avec des recettes ou en le grillant mais, depuis que mes filles ont grandi, je n’ai plus le temps de m’en occuper. Et quand je n’ai pas de pain sec à leur donner, je mets dans un sachet des pommes ou des oranges. J’ai pitié d’eux, surtout en raison de leur âge.» Au fait, l’âge de ces ramasseurs ne dépasse pas les 15 ans. La scolarité pour eux ne veut rien dire. Le plus important est de gagner son argent et savoir compter les dinars amassés. Constitués en petits groupes, ils sillonnent quartier par quartier tout au long de la journée. Un chef de groupe, qui est en général le crieur, les attend à la sortie du quartier et donne des instructions sur les éventuels donneurs. Pour eux, les foyers ne représentent qu’une partie de leur «source». Les restaurateurs et autres fast-foods, eux aussi, se débarrassent de leur pain en fin de journée. Les quantités, qui sont parfois très importantes en cas de mauvaise journée, sont récupérées rapidement par ces groupes bien rodés au «métier». Ce ne sont pas seulement les gamins qui en ont fait leur métier ou leur gagne-pain. Les retraités, aux côtés des éboueurs, s’y sont mis eux aussi. A la fin de la journée, lors de leur promenade, les retraités passent à côté des portes des foyers et ramassent méthodiquement, des fois en faisant le tri, le pain sec mis généralement dans des sachets blancs transparents. «Cela m’aide à arrondir mes fins de mois. La pension de retraite à elle seule ne suf- fit pas à nourrir toute la famille». se contente-t-il de déclarer. Eh bien oui, les restes de pain jetés négligemment représentent actuellement, pour des milliers de personnes, un vrai gagne-pain.
150 DA pour un sac de 20 kg
Que ce soit pour les «professionnels» ou les «amateurs», la destinée du pain amassé est la même. Tous les chargements amassés sont, soit vendus directement aux marchands de volaille et autres propriétaires de cheptel ovin, soit cédés à des revendeurs. Ces derniers disposent de véhicules qui les acheminent vers des éleveurs de bétail. Ils sont en quelque sorte des «grossistes» de pain sec. Le prix d’un sac d’une vingtaine de kilos est fixé autour de 150 DA. Ce qui permet aux ramasseurs, parmi les plus débrouillards, de faire une recette journalière allant jusqu’à 600 DA. Une somme rondelette que les ramasseurs disent pouvoir gagner très aisément. Ceci en considérant l’importante quantité de pain jeté. «Durant l’été, et à cause des mariages, les familles en jettent beaucoup. Je pense qu’elles préfèrent en acheter en plus plutôt que d’en manquer. Pour nous, c’est une véritable aubaine », se contente de dire Mohamed, âgé d’à peine 10 ans. Et d’ajouter, en souriant : «Des fois, il arrive que des personnes nous donnent de grands sachets noirs avec des centaines de baguettes de pain dedans.» En dehors de ces périodes de fête, les ramasseurs récoltent aussi des baguettes non entamées. Devant l’importance de ce gaspillage, nous sommes tentés de dire qu’heureusement, les bêtes, elles, ne font pas la fine bouche !
M. O.

Gaspillage du pain : sa qualité en cause
Tous le confirment. Ces dernières années, les Algériens jettent plus de pain blanc qu’auparavant. La cause : sa mauvaise qualité. «Auparavant, on pouvait le conserver sans avoir à le congeler, durant toute une journée. Actuellement, c’est chose impossible.», note un retraité, qui est obligé d’acheter du pain matin et soir, quitte à le jeter le lendemain. Il devient caoutchouteux au bout de quelques heures, d’où la répugnance des Algériens à le manger. Au fait, les professionnels du métier, à savoir les boulangers, sont formels : si le pain est préparé dans les normes, il peut être conservé pendant plus de 24 heures. La tricherie de certains boulangers fait que ce pain devient de moindre qualité. Dans chaque quintal de farine, il faut incorporer 1 kilogramme de levure, 1 litre d’huile et 250 g de produit améliorant. Or, si les boulangers ne trichent pas sur la quantité des produits entrant dans la confection comme la farine, l’eau, la levure, le sucre, le sel et l’améliorant, ils y incorporent d’autres produits. Ils n’hésitent pas, à titre d’exemple, d’utiliser de l'aspirine en poudre et d'autres produits prohibés pour «activer la fermentation des pâtons. C’est ce qui fait que la qualité du pain est loin de répondre aux normes. Cela n’excuse cependant pas la facilité avec laquelle les familles algériennes jettent ce produit qui, pendant longtemps, a représenté l’aliment de base de toute une population.
M. O.

Source : http://lesoirdalgerie.com

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