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 Ces imitateurs qui nous surpassent .

19/1/2011

TunisieCes imitateurs qui nous surpassent .

Par Ahmed Halli
halliahmed@hotmail.com
A quarante ans, Zine Al-Abidine Ben Ali passait pour un président moderne, et même laïque. Il promettait plus de démocratie, de liberté et se posait en rempart contre la dictature islamiste. Au bout de quelques années, le «rempart» est devenu un mur d'airain sur lequel sont venues se briser toutes les espérances et toutes les revendications.
Comme tout bon tyran qui aspire au pardon de ses fautes vénielles, Ben Ali a pris lui aussi le chemin de La Mecque. Comme l'islamisme est trop volatil et trop dangereux à manipuler, il a choisi une variante plus soft. Rien de tel que la piété et la pratique ostentatoires pour camoufler la rapine et le vol ! Et puis, un cancer de la prostate, ça vous remet un musulman en posture de repentance et de pénitence. La défaillance de la prostate et quelques faiblesses inhérentes à l'âge, ça vous fait voir la vie sous un autre angle, et ça vous oblige à camper sur d'autres positions. Si vous voyez un ancien sybarite se hâter pour être le premier sur le tapis de prière, demandez-lui s'il n'a pas quelque chose à la prostate, et subsidiairement des défaillances cardiaques. Des problèmes de cœur, Ben Ali n'en avait pas, grâce aux envoûtements de sa belle coiffeuse, dont il a fait la première Dame de Tunisie. Avec sa propre famille et celle de sa suborneuse, ça en fait des personnes à charge dont il faut assurer les revenus et entretenir la fidélité. Ben Ali est donc parti, laissant une traînée de sang tunisien derrière lui et quelques affidés prêts à tout détruire. Il a pris le chemin de l'Arabie saoudite, mais tout bon musulman qu'il est devenu, ça ne l'enchanterait pas de passer le restant de sa vie dans le royaume. Terre de la révélation, d'accord, mais point trop n'en faut. Tant va le dictateur à La Mecque qu'à la fin il se «casse»! Vous en voyez beaucoup, vous, de Saoudiens qui passent leurs vacances sur les rives de la mer Rouge ou dans les oasis saoudiennes ? L'Arabie saoudite, c'est en réalité du second choix, car Ben Ali a d'abord essayé de se poser en France. Une partie de sa maisonnée se divertissait déjà en l'attendant sur le site de Disneyland près de Paris, pendant que la Tunisie souffrait et mourait. Las, le «copain» Sarkozy qui n'avait pipé mot lorsque Ben Ali faisait tirer sur la foule, s'est rebiffé interdisant au «fidèle ami de la France» de séjourner sur son sol. Outré par cette volteface inattendue, Ben Ali a alors mis le cap sur Djeddah, où les autorités saoudiennes se sont empressées de lui donner asile. Fin du premier tableau où l'on voit Kaddafi pleurer sur le sort de Ben Ali, le «meilleur président» possible pour les Tunisiens, selon lui. Bien entendu, Kaddafi s'est bien gardé de proposer l'asile à son ami déchu, ce qui prouve qu'il a encore de la jugeote, en dépit de l'exercice solitaire du pouvoir. Le potentat libyen qui refuse toute couronne, hors celle de roi d'Afrique, avait conseillé aux insurgés tunisiens de laisser Ben Ali continuer son mandat jusqu'à 2014. Ils ne l'ont pas entendu, et la suite leur a prouvé qu'ils avaient eu raison. Côté Machrek, le silence gêné des dirigeants tranche avec la liesse populaire qui a accueilli la révolution tunisienne. L'opposition égyptienne se demande ouvertement s'il ne va pas falloir déclencher une révolution «à la tunisienne » pour se débarrasser du clan Moubarak. Avec son style habituel, l'Egyptien Sammy Buhaïri imagine une réunion urgente à Charm-Al-Cheikh des quatre chefs d'Etat arabes pour étudier les moyens de se maintenir au pouvoir, et éventuellement voies de salut au cas où… Sont présents à ce sommet des dirigeants à vie, outre Moubarak, le Libyen Kaddafi, le Syrien Assad, le Yéménite Abdallah Salah. Le Soudanais Al-Bechir s'est excusé de ne pouvoir être présent à Charm-Al-Cheikh, «trop occupé qu'il est à organiser la partition du Soudan», précise notre confrère. «Le meilleur moyen de durer, c'est de faire la guerre», assure Kaddafi. Il suggère alors de susciter une guerre entre l'Egypte et la Libye, avec comme prétexte l'emprisonnement par Kaddafi des travailleurs égyptiens expatriés. Ce conflit déclenchera alors une union sacrée et des mouvements de sympathie populaire en faveur des deux dirigeants. «Qui devrais-je attaquer ?» interroge alors Bechar Al-Assad. «Il faut envahir le Liban du nord au sud un vendredi à l'aube», réplique Kaddafi. «D'accord, le Hezbollah et les Iraniens sont avec moi, mais que feront les Israéliens ?» objecte Béchar. «Ne t'inquiète pas, intervient Moubarak, je téléphonerai à mon ami Nathanyahou pour lui dire de ne pas bouger.» C'est alors qu'intervient Abdallah Salah : «Et moi, avec qui devrai-je faire la guerre?» Et Kaddafi de répondre : «C'est simple en ce qui te concerne, tu envahis les régions frontalières de l'Arabie saoudite que le Yémen revendique. En réaction, le royaume occupe tout le Yémen, et toi tu organises alors la résistance contre l'occupation étrangère, t'assurant ainsi une popularité indiscutable.» Quant au deuxième volet concernant les points de chute éventuels, en cas de malheur, tout le monde n'a pas les mêmes projets, mais ils sont d'accord pour se prêter main-forte et se donner asile. Kaddafi se rengorge et promet à Moubarak qu'il lui donnera asile en Libye si jamais il en avait besoin. La répartie du «Raïs» est cinglante : «Tu parles ! Tu seras le premier à partir.» Cela dit, Moubarak envisage de se retirer en Grande-Bretagne dont son fils Djamel possède la nationalité, et où Alla a mis quelques sous de côté. Même destination pour Assad qui envisage d'ouvrir une clinique en Angleterre, avec sa femme, pour y pratiquer la médecine, son métier. Abdallah Salah compte se réfugier en Ethiopie, et devenir entrepreneur en canalisations. Kaddafi, enfin, projette d'épouser son infirmière ukrainienne et d'ouvrir en Ukraine un commerce de jus de canne à sucre qui n'existe pas là-bas. Tout ceci est bien imaginé, cher et éminent confrère, mais êtes-vous sûr de n'avoir oublié personne à cette réunion de Charm-Al-Cheikh ? Au moment de conclure, je reçois ce message d'un concitoyen qui invite les Algériens à «prend r e exemple» sur l e s Tunisiens. Je rappelle à mon interlocuteur que ce sont les Tunisiens qui ont pris exemple sur nous, les spécialistes incontestés de l'émeute. Seulement, les Tunisiens, ce sont nos «Japonais», des spécialistes émérites de l'imitation surpassant l'original. D'abord, ils ont appelé à une manifestation le vendredi matin, avant la prière collective et non pas après comme nous le faisons, ceci pour couper l'herbe sous le pied de qui vous savez. Ensuite, ils ne se laissent pas prendre aux promesses et se mobilisent davantage autant contre les hommes du régime que contre les anciens et nouveaux pillards. Bref ! Ils sont nos émules sans conteste, ces Tunisiens, mais ils font incontestablement mieux et avec plus de succès. C'est précisément pour ça que cette révolution tunisienne me rend vert de jalousie et me reste en travers de la gorge.
A. H.

Source : http://lesoirdalgerie.com/articles/2011/01/17/article.php?sid=111446&cid=8

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