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 Autoritarisme chronique

31/1/2011

démocratisationAutoritarisme chronique

Par Ammar Belhimer

The Economist Intelligence Unit’s dispose de son propre indice de mesure de démocratisation, Democracy Index, qu’il met à jour annuellement dans un rapport spécial dont la dernière édition en date est publique depuis ce 5 janvier 2011(*). L’Algérie y est classée à la 125e place sur un total de 167 pays, figurant ainsi parmi les 35 Etats considérés comme «autoritaires ».
Notre pays enregistre un plus mauvais score que son voisin marocain (à la 116e place), mais il «surclasse» légèrement – il n’y a pas de quoi en être fier – l’Egypte (138e), la Tunisie de Ben Ali (144e) et la Libye (159e). En 2010, sa note s’est légèrement redressée comparativement à 2008 (3,44 contre 3,32 sur 10) lui permettant de gagner cinq places (il passe du 133e au 125e rang du classement). Les appréciations qu’il enregistre sont particulièrement pauvres en matière de participation politique, de gouvernance et de processus électoral ; elles sont relativement meilleures s’agissant de la culture politique ou des libertés civiles. De fait, si le régime est odieux, la population donne meilleure mine. Il existerait dans notre pays «une presse écrite qui jouit d’une grande liberté de ton pour proposer des débats animés, de même qu’un niveau de protection de la liberté d’expression et du droit de manifestation et de grève reconnu aux organisations syndicales, comparativement plus favorable que dans les pays voisins et dans de nombreux autres du Moyen- Orient», relève le document en guise d’appréciation positive. Néanmoins, «à un niveau fondamental », le régime peut être considéré comme «substantiellement » antidémocratique, donc autoritaire. Cela ressort clairement du faible niveau de participation politique que révèle un fort taux d’abstention, notamment aux élections locales, et du peu de confiance que met la population dans les institutions de l’Etat. La participation politique et le processus électoral sont jugés «lents» en raison d’une «apathie politique généralisée et de l’absence d’un choix véritable lors de la récente élection présidentielle ». Quant au fonctionnement des structures gouvernementales, il est négativement affecté par une bureaucratie excessive, l’opacité dans la prise de décision et l’absence générale de transparence au regard du mode de gouvernance. En 2010, l’indice de démocratisation, qui est de 3,44 sur 10, agrège 60 indicateurs réunis en cinq catégories interactives (notées de 0 à 10).

 L’Algérie enregistre les scores suivants :
1. Processus électoral : 2,17/10
Ce paramètre du modèle relatif au processus électoral et au pluralisme interroge une première batterie de critères qui indiquent que l’équité et la liberté de compétition pour les candidats et de choix pour les électeurs, du plus bas au plus haut des échelons du pouvoir, ne sont pas satisfaisantes. Il interroge aussi la libre formation et la transparence qui gouverne le financement des partis politiques, les mécanismes constitutionnels pour l’alternance et le transfert ordonné, clair et accepté du pouvoir d'un gouvernement à un autre, ainsi que l’ouverture de la fonction Publique (ouverte à tous les citoyens).

2. Fonctionnement du gouvernement : 2,21/10
Dans le fonctionnement du gouvernement sont, notamment, prises en compte les réalités suivantes qui font gravement défaut au regard de la note obtenue : seuls des représentants librement élus déterminent la politique du gouvernement, en l’absence de tout autre groupe de pression ; le législateur est l'organe politique suprême, avec une nette suprématie sur les autres instances du pouvoir ; il existe un système efficace de contrôles et de contrepouvoirs ; le gouvernement est libre de toute influence indue de la part de l'armée ou des services de sécurité ; le risque actuel d'un coup d'Etat militaire est extrêmement faible ; les puissances étrangères ne déterminent pas les fonctions gouvernementales ou politiques importantes ; l'autorité du pouvoir couvre l'intégralité du territoire du pays ; le gouvernement est ouvert et transparent, avec un accès suffisant à l'information du publique ; la corruption n'est pas un problème majeur ; le peuple fat confiance au gouvernement et aux partis politiques.

3. Participation politique : 2,78/10
La participation politique couvre les droits des électeurs, des minorités ethniques, religieuses et autres, la présence des femmes au parlement, l'adhésion des partis politiques et des organisations non gouvernementales, le droit de la population à prendre part à des manifestations licites, l'alphabétisation des adultes, l’intérêt de la population adulte pour la politique.

4. Culture politique : 5,63/10
La culture politique démocratique suppose l’existence, à un degré suffisant, du consensus social et de la cohésion nécessaires pour soutenir la stabilité et le fonctionnement démocratique, un bon équilibre démocratie et maintien de l'ordre, etc.

5. Libertés civiles : 4,41/10
L’exercice des libertés civiles est tributaire de l’existence d’un média électronique gratuit, de moyens d'impression libres, de liberté d'expression et de manifestation, de large couverture médiatique des débats sur des questions d'intérêt général, d’indépendance du pouvoir judiciaire, de tolérance et de liberté d'expression religieuses, de sécurité de base, du respect de la propriété privée, de libertés individuelles. Il est notamment reproché au régime algérien une concentration croissante des décisions politiques et une marginalisation de l’action parlementaire, sur un fond de lutte fermée pour la succession. Nous vivons une situation où les pouvoirs publics recourent aux hydrocarbures pour «acheter la paix sociale», où les protestations et oppositions aux forces de l’ordre «sont de plus en plus fréquentes avec pour arrière fond des demandes pour un meilleur habitat, des services publics plus performants et plus d’emplois». La capacité du gouvernement à contenir la dissidence sociale à travers un large programme de transferts sociaux reste alors tributaire de revenus accrus tirés des exportations d’hydrocarbures. La démocratie est-elle un luxe ? Vient-elle après la satisfaction des besoins économiques et sociaux dans l’ordre des priorités humaines ? L’apport de la démocratie au développement commence à se substituer aux vieux schémas développementalistes marqués par un économisme chronique : «La relation entre le niveau de développement (mesuré par le revenu par tête d’habitant) et de la démocratie n'est pas claire (…) A peine un tiers de la variation à la démocratie s'explique par les niveaux de revenu. Si nous incluons aussi la richesse pétrolière, le pouvoir explicatif de la régression augmente brusquement à environ 60% dans l'indice de démocratie. Bien que cela laisse encore près de 40% de la variation inexpliquée, il illustre le fort impact négatif du recours à la richesse pétrolière sur le développement démocratique.» «Le sens de la causalité entre la démocratie et le revenu est cependant discutable. L'hypothèse de la modernisation standard que le développement économique conduit à, et/ou est une condition préalable nécessaire pour la démocratie, n'est plus  universellement admise. Au lieu de cela, il a été plutôt soutenu que le lien de causalité va de la démocratie au revenu.» Il y a comme une lame de fond qui atteste que «la démocratie comme valeur conserve un fort attrait universel à travers le monde. Malgré ses revers et sa stagnation dans l'ensemble, les enquêtes montrent que la plupart des gens dans la plupart des endroits encore aspirent à la démocratie». «Instaurer la démocratie par une intervention extérieure n’est plus admis. Mais des tendances comme la mondialisation, en renforçant l'éducation et le développement des classes moyennes, favoriseraient le développement organique de la démocratie. Ces forces sous-jacentes, même si elles se développent à un rythme plus lent que dans un passé récent, suggèrent que le recul de la démocratie ne sera pas permanent. »
A. B. ambelhimer@hotmail.com

(*) On peut le consulter dans sa totalité sur www.eiu.com/DemocracyIndex2010.

Source : http://lesoirdalgerie.com/articles/2011/01/25/article.php?sid=111825&cid=8

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