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 Zoubir Arous Sociologue et membre fondateur du Réseau arabe pour la tolérance : «Le monde arabe vit sa seconde libération»

12/2/2011

monde arabe révolutionZoubir Arous Sociologue et membre fondateur du Réseau arabe pour la tolérance : «Le monde arabe vit sa seconde libération»

Taille du texte normaleAgrandir la taille du texteLe 12.02.11

Les révoltes populaires gagnent en ampleur, touchant d’autres pays arabes, longtemps considérés à l’abri
des «séismes» politiques.
Pour Zoubir Arous, sociologue à l’Université d’Alger et membre fondateur du Réseau arabe pour la tolérance (RAT), «la puissance d’un système ne peut résister devant la volonté du changement, cette volonté qui se transforme, à force d’être réprimée, en une force capable d’écraser les redoutables régimes.»
 

- Comment expliquer l’extension des révoltes populaires contre les régimes aux autres pays comme le Yémen, l’Arabie Saoudite,
Bahrein…, même si elles restent pour le moment faibles ?

Il y a plusieurs explications à donner pour comprendre l’extension des ces vagues de contestations qui réclament le changement vers d’autres pays arabes, et ce, malgré leur différence dans leur durée et leur capacité de résistance. Ainsi donc, il y a des raisons objectives particulières liées à chaque pays, mais il est clair que l’élément commun à tous les pays réside dans l’exigence d’un changement radical et non pas dans une réforme formelle. Les systèmes arabes, malgré les différences de modèle, monarchies et Républiques, tous sont pareils en ce qui les caractérise en matière de corruption, la nature répressive des libertés et la mainmise sur le denier public avec des méthodes illégales. C’est là que réside l’extension justement de ces révoltes populaires pour atteindre les pays du Golfe et autres pays arabes. Les indicateurs de la révolution sont visibles en Arabie Saoudite et à Bahreïn. La vague de contestation a touché également le Yémen qui a vu une forte implication des femmes dans le mouvement, réclamant le changement et l’émancipation. Et cela, malgré la structure tribale de la société yéménite, une structure qui réprime la liberté de la femme et sa participation à la vie publique. Cette dynamique donne ainsi au mouvement de contestation deux dimensions : le changement radical au niveau du système de gouvernance et en même temps le travail sur le changement des mentalités tribales qui sont un obstacle au développement de la société. Il faut souligner ici la nature de ces révoltes. Elles ne sont pas seulement des révoltes du pain, mais aussi des révolutions pour la liberté et pour se débarrasser de l’injustice sous toutes ses formes. Des révolutions contre l’exclusion sociale, économique, culturelle et qui revendiquent la liberté d’organisation et d’association au niveau partisan, syndical et associatif.

 - Pensez-vous que ce vent du changement est en mesure d’emporter avec lui des régimes en place depuis des décennies ?

Cette question est tributaire de beaucoup de facteurs, internes et externes. Car, les puissances hégémoniques ne veulent pas d’un changement radical. Elles tentent de fixer le plafond des  «revendications» aux réformes visant à écarter du pouvoir des symboles vieillissants, tout en maintenant les systèmes en place. Cela, évidemment pour qu’elles puissent sauvegarder leurs intérêts dans la région, notamment ceux d’Israël, parce que l’opération du changement radical conduit nécessairement à la montée de nouvelles forces politiques qui, selon les puissances occidentales, n’arrangent pas leurs intérêts stratégiques. Ces nouvelles forces rejettent l’humiliation et l’abdication face aux politiques du fait accompli imposées par la force. Je dois souligner justement que ce dernier élément est aussi l’un des facteurs déclenchants des révoltes dans le monde arabe. De ce fait, le changement radical n’est pas voulu par les USA dans la région du Moyen-Orient et particulièrement en Egypte.
Un changement radical mènerait sans doute vers la révision des arrangements imposés sur la région avec la complicité des symboles des régimes corrompus.

 - Ces mouvements de contestations ont montré à quel point, finalement, les régimes arabes sont aussi fragiles, eux qu’on a longtemps présentés comme étant inébranlables. Qu’en pensez-vous ?

Il est nécessaire de souligner que les services d’espionnage des grands pays, qui sont en étroite relation avec les systèmes corrompus de la région, n’ont pas prévu les révolutions populaires arabes. C’est ce qui explique sans doute les positions contradictoires et volatiles, notamment celles des USA, qui changent en fonction de l’évolution des moments de la révolution en Tunisie et en Egypte. Effectivement, ce qui s’est passé en Tunisie était une grande surprise pour tout le monde, car on pensait que le peuple était soumis définitivement au système policier au point où certains ont perdu l’espoir du changement. C’est là où réside justement l’erreur dans l’analyse de l’histoire contemporaine de la Tunisie faite de révolutions contre les Turcs et contre le colonialisme français, et puis sa lutte pour les libertés et les droits de l’homme opprimés à l’époque de Bourguiba, vient ensuite son militantisme pour une vie digne sous le règne policier de Ben Ali. Comme tous les peuples du monde, le peuple tunisien a traversé une période d’inertie longue, durant laquelle il a attendu venir l’opportunité pour imposer le changement. C’est l’accumulation des années de résistance qui débouche sur une révolution et la demande du changement. Il y a lieu de rappeler que malgré la puissance d’un système, il ne peut résister devant la volonté du changement, cette volonté qui se transforme, à force de répression, en une force capable d’écraser les redoutables appareils de la répression. C’est la volonté des peuples qui aspirent à l’instauration d’une société humaine et de progrès.

- Peut-on dire donc que les peuples arabes sont en passe d’écrire une nouvelle page de leur histoire ?

Absolument, nous sommes devant une phase qui réédite une des périodes les plus déterminantes de l’histoire des peuples arabes, qui est la période des années cinquante, et ce, avec, bien évidemment, la différence dans la nature des systèmes qui dominaient à l’époque. Il faut rappeler que les étapes des grands changements dans l’histoire humaine commencent avec un moment décisif dans leur histoire. Et c’est le cas pour ce qui se passe actuellement en Orient et au Maghreb. Nous vivons des moments historiques extraordinaires de lutte pour la liberté, la dignité et de l’émancipation des systèmes corrompus. Nous vivons des moments forts de notre histoire, symbolisés par ces images qui nous viennent de la place Tahrir (Egypte), nous montrant cette extraordinaire coexistence entre la croix et le croissant (Islam et christianisme), pour la liberté pour tout le monde. C’est un moment historique de tolérance et d’acceptation entre les enfants d’un seul pays.
Un moment qui nous pousse à croire vraiment que les peuples arabes sont en train d’écrire une page nouvelle de leur histoire. Une page qui pourrait constituer la base de la construction d’une société humaine basée sur l’esprit de solidarité, et le vivre ensemble indépendamment des différences de religion et d’opinion.      

Hacen Ouali

Source : http://elwatan.com/evenement/le-monde-arabe-vit-sa-seconde-liberation-12-02-2011-111281_115.php

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