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 DES VILLES LIVRÉES À ELLES-MÊMES : L’État démissionnaire

16/2/2011

étalageDES VILLES LIVRÉES À ELLES-MÊMES : L’État démissionnaire

Conséquence directe des derniers soulèvements populaires incarnés par des scènes d’émeutes d’une rare violence aux quatre coins du pays, la défiance patente au sommet de l’Etat n’aura pas manqué de charrier une invraisemblable démission des pouvoirs publics. Démission dictée par l’effroi qui hante les tenants du pouvoir face à la grogne d’une rue décidée d’en découdre avec les symboles d’un système qui a failli devant la prolifération tous azimuts de la corruption, du clientélisme, de la bureaucratie, du chômage, de la hogra…
Qu’est-il advenu de nos villes et cités depuis les dernières émeutes ? Les échos qui parviennent chaque jour des différentes régions du pays sont les mêmes. Des scènes ahurissantes, chaotiques, parfois, meublent le quotidien des citoyens dans leurs quartiers. Sous peu, l’on pensait que l’Etat policier infligé à nos voisins tunisiens par le dictateur déchu avait fini par faire des émules parmi nos dirigeants, à telle enseigne que les excès de zèle des tuniques bleues ou vertes alimentaient les discussions dans toutes les chaumières. Des agents intraitables qu’on a obligé de verbaliser y compris les piétons qui se hasarderaient à enfreindre les règles de la circulation… piétonne alors que les retraits de permis étaient devenus la hantise de tous les automobilistes, et notamment les pères de familles qui n’avaient pour métier que celui de chauffeur. Des policiers que l’on vient aussi de «retirer de la circulation », au grand bonheur des voyous et délinquants qui sévissent, désormais, en toute impunité. Par «prévoyance, l’Etat a choisi de s’éviter son propre chaos en infligeant à ses sujets le pire des supplices. «Les problèmes d’hygiène, d’environnement, de transport, de circulation urbaine, de stationnement anarchique, de commerce informel, ainsi que de bureaucratie sont nos priorités », avait déclaré M. Ould Kablia, en octobre dernier, au lendemain du dernier mouvement dans le corps des walis. Le ministre de l’Intérieur, qui avait notamment insisté sur la sécurité des personnes et des biens, a opéré, au lendemain des dernières émeutes, une volte-face troublante en déclarant que l’Etat n’a jamais dit qu’il allait faire la chasse aux vendeurs à la sauvette, qui n’ont d’autres ressources pour se nourrir que le commerce informel. Des milliers de jeunes squatteront la rue aussitôt, assimilant la déclaration de Ould Kablia à un quitus, y compris pour commettre des abus en tous genres. Indubitablement, l’impertinence du discours officiel a mis le pays tout entier dans une situation d’anarchie chronique. D’autant que par son incapacité à proposer des solutions pérennes aux aspirations citoyennes, le pouvoir risque également par sa résignation avérée d’être confronté à des conséquences plus graves, en ce sens, que les ingrédients d’une implosion sociale sont désormais réunis. Citons, à ce titre, la situation qui prévaut dans l’une des plus importantes villes du pays : Constantine. Des dizaines de commerçants dûment établis dans leurs locaux, depuis des lustres pour certains, et des locataires à gros budget pour d’autres, viennent de brandir la menace de baisser rideau et d’investir la rue, à partir de ce samedi, pour dénoncer le laisser- aller et l’impuissance des pouvoirs publics à rétablir l’ordre dans la cité. Il s’agit plus précisément de l’ex-rue de France, devenue en l’espace de 15 jours le lieu de toutes les dérives, impossible à traverser et où l’air est devenu irrespirable. Et pour cause, des centaines de jeunes et de moins jeunes se disputent, dès l’aurore, la moindre petite parcelle de trottoir ou de chaussée, barricadant indifféremment les accès des magasins et des immeubles. Agressions, vols et scènes de violence y sont légion. Plus frappant encore, il ne s’agit plus de petits revendeurs de pacotille, mais de vrais «magnats» de l’informel qui acheminent leurs gigantesques ballots de marchandises dans des fourgons, avant de les étaler sur des lits de camp ou à même le sol. On y a même vu des tentes de camping érigées à l’entrée même des magasins, des étals de plus de 20 mètres, parfois, obstruant les entrées de deux à trois commerces et des bijoutiers qui n’osent plus exposer leur vermeil en vitrine. Par crainte de représailles, les commerçants légaux n’osent rien dire et passent leur journée au seuil de leur portillon à «apprécier» ce spectacle de désolation. Un «no man’s land» que ni le wali de cette métropole, ni son chef de sûreté, auprès desquels les habitants et commerçants de la rue du 19-Juin se sont plaints, n’osent s’en approcher.
K. G.

Source : http://lesoirdalgerie.com/articles/2011/02/16/article.php?sid=112987&cid=2

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