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 EL GUEDDAFI, LE NÉRON ARABE Après moi le déluge

25/2/2011

Colonel KadhafiEL GUEDDAFI, LE NÉRON ARABE Après moi le déluge
26 Février 2011

«Le monstre, que l’on croit l’exception, est la règle. Allez au fond de l’histoire: Néron est un pluriel.»
Victor Hugo

On a tout dit pendant plus de quarante ans de l’énigme El Gueddafi. A commencer par son nom. On trouve indifféremment: Mouamar Kadhafi, Mu’ammar Al-Qadâfî aussi écrit Kadafi, Algathafi, al-Kadhafi, al-Gaddafi, Al Qadafi, Gueddafi, Gheddafi, El-Gueddafi. Comment cet homme a pu tenir aussi longtemps son peuple sous une poigne de fer et gouverner selon le «Livre Vert» doctrine qui ne se trouve dans aucun livre académique. Ce mode de gouvernance à nul autre pareil, tient de l’allégeance tribale en plein XXIe siècle. Ce qu’il y a de sûr c’est quelle que soit la méthode, les intérêts bien compris de la famille El Gueddafi sont florissants et bien gardés. Durant près de 42 ans de règne, El Gueddafi et sa famille ont bâti un empire financier vaste, mais difficile à évaluer. D’après Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherches sur le Monde arabe et méditerranéen, la fortune de Mouamar El Gueddafi et sa famille dépasse largement celle de Moubarak. Elle s’élèverait, à son avis, à 120 milliards de dollars.
Nous le voyons, les potentats arabes se signalent par la rapine et au fur et à mesure qu’ils tombent, le suivant bat le record du précédent. Nous sommes passés de 5 pour Ben Ali, à 50 pour Moubarak et 120 pour El Gueddafi. Je suis sûr que les roitelets du Golfe vont battre ces records. Dans ces pays, il n’est pas possible de distinguer entre ce qui appartient au peuple et ce qui appartient au roi. Tristes records qui vont faire rentrer les potentats arabes dans le Guiness de la gabegie érigée en mode de gestion. Pire encore, El Gueddafi serait responsable du meurtre de plusieurs centaines de citoyens, créant à l’instar de l’empereur Néron, le chaos de la division rejoignant à Dieu ne plaise, le Soudan dans la partition de son pays.
«La Libye s’enfonce dans le chaos. La répression menée par El Gueddafi aurait fait plus de 1000 morts, mais le «guide suprême» ne semble plus avoir les moyens de se maintenir au pouvoir. La révolte libyenne se noie dans un bain de sang. Le «régime des masses», la Jamahiriya, tire sur le peuple qui réclame sa chute. Recrutés par le dirigeant libyen pour mater les manifestations, quelque 30 000 hommes armés font le sale boulot que les forces régulières rechignent à accomplir. Pour chaque manifestant abattu, une prime de 10.000 à 12.000 dollars [de 7300 à 8800 euros] est promise. (...) Ils sont environ 30.000, selon les estimations de l’ONG Human Rights (...) Les hommes ralliés au régime libyen seraient arrivés à Benghazi dans quatre avions partis du Bénin. Selon les témoignages recueillis par la chaîne Al-Arabiya, ils sont majoritairement noirs, ne parlent pas arabe et ne s’expriment qu’en français.(1)»

Qui est El Gueddafi?
Selon Wikipédia, El Gueddafi est du clan des Ghous, qui appartient à la tribu des El Gueddafi. A l’âge de 27 ans, il renverse le roi Idriss qui serait d’ascendance algérienne. Par ailleurs, selon une information diffusée par la chaîne israélienne 2 qui a interviewé deux Israéliennes d’origine libyenne, El Gueddafi serait d’ascendance juive. Guita Brown avance que El Gueddafi est son cousin au second degré. La grand-mère de Guita Brown serait la soeur de la grand-mère de Mouamar El Gueddafi. La grand-mère de ce dernier, juive, s’est mariée une première fois à un juif qui la battait, elle divorce pour se marier- en se convertissant à l’Islam- à un cheikh musulman, leur fille serait la mère de El Gueddafi. Du point de vue de la religion juive, la grand-mère de El Gueddafi est toujours juive. De ce fait, El Gueddafi, au nom de la loi israélienne du retour, peut émigrer en Israël. Si aucun pays ne veut lui accorder l’asile, Israël est obligé de l’accueillir.(2)»
Les Libyens sont comme tout le monde, des citoyens censés, cependant, on peut, à juste titre, s’interroger sur le fait de l’acceptation d’un pouvoir aussi erratique pendant plus de quatre décades. Jean-Yves Moisseron donne une explication, il écrit: «A l’inverse de ses deux voisins, le régime politique libyen ne cherche pas à se présenter comme démocratique. La société libyenne tout entière est enserrée dans les griffes des Comités révolutionnaires qui contrôlent le système, mais qui répondent en même temps aux besoins de cette société. Ce n’est pas seulement la force et la brutalité qui dirigent le pays. En cas de besoin - argent, logement, accès aux services publics -, les Comités révolutionnaires apportent des réponses à la population. Comme dans d’autres pays, le régime tient par l’existence d’un pacte social socialement partagé. La révolte en Libye exprime donc la rupture du «pacte du Livre Vert», qui a posé depuis plus de trente ans les bases idéologiques d’un régime original. Les symboles sont directement brûlés par les manifestants de Benghazi, le portrait de El Gueddafi d’une part mais aussi les références à ce Livre Vert. C’est la fin de l’exception arabe, celle qui voulait que des sociétés éduquées n’aient pas accès à la démocratie.»(3) René Naba ajoute une dimension importante. Un mode de gestion par un savant équilibre entre les tribus. Il écrit: «La défection des deux derniers membres du groupe des «officiers libres» libyens, artisan du renversement de la Monarchie, en 1969, fragilise considérablement le pouvoir du colonel Mouamar El Gueddafi, déjà en butte à la rébellion d’une fraction des provinces libyennes, dans l’épreuve de force qui oppose le clan Kadhafi à la population depuis près d’une semaine. (...) La région orientale du pays, (Benghazi et Al-Bayda) n’a jamais été soumise à El Gueddafi. L’Emirat de Barka, qui s’étend de la frontière égyptienne au golfe de Syrte est demeuré fidèle aux traditions de la dynastie senoussie, particulièrement Al Bayda. Le centre du pays, autour de Syrte abrite les deux grandes tribus qui se sont partagés le. Les tribus Wazen, Kaba, al Badr, tiji, selon des informations recueillies de source arabe en relation avec l’opposition libyenne, ont gagné le camp de la contestation et ne demeurent en lice en faveur de El Gueddafi que sa propre tribu Al kazazafa et son allié al Moukarfa. La région capitale qui va de Tripoli à Ghadamès, dans la zone frontalière méridionale. Elle abrite les tribus de Zentane et Ourfala, ralliées à la révolution populaire. Une 3e tribu Mayaniya est demeurée fidèle à El Gueddafi. La zone du Fezzan, elle, a, dès le début des troubles, tranché en faveur de la contestation.»(4)
Pour Charles F.Dunbar professeur de relations internationales à l’université Boston College: «Washington ne peut strictement rien faire sans s’appuyer sur le Conseil de sécurité de l’ONU. Il faut agir dans deux directions: un, faire monter très vite la pression sur le régime pour mettre fin à ses exactions; deux, préparer une intervention active pour protéger ceux qui peuvent l’être. L’essentiel est de ne pas présenter l’intervention comme ayant pour objectif de renverser le régime mais de protéger des populations menacées.(5» Selon un responsable américain parlant sous le couvert de l’anonymat, Washington soutiendrait aussi la création d’une commission d’enquête sur la Libye au sein du Conseil des droits de l’homme. Plus coercitive la proposition de François Zimeray «ambassadeur français pour les droits de l’homme: «Il existe des éléments précis laissant penser que des crimes contre l’humanité ont été commis», a-t-il déclaré à l’agence Reuters. Monsieur Zimeray n’a eu aucune réaction lorsque des massacres ont été commis à Ghaza au cours de l’hiver 2008-2009. Et le même vient pourtant, aujourd’hui, nous parler, le plus sérieusement du monde, de violation de droits de l’homme en Libye... par contre il semble à coeur de dénoncer telle violation des «droits de l’homme «dès lors que ceux-ci sont commis dans un pays arabe. Laurence Pope, arabisant, premier conseiller de l’ambassade américaine à Tripoli de 1974 à 1976, pense que «Washington est dans une situation où il n’y a que des mauvaises options et d’autres pires. La Libye est un pays où il est très difficile d’opérer, principalement parce que...ce n’est pas vraiment un pays, mais la réunion de trois provinces, opérée en 1950-1951. Le colonel El Gueddafi n’a eu de cesse de régner sur la Libye en jouant de ses divisions. Il y a lourdement favorisé le régionalisme, le tribalisme et a empêché le développement d’institutions nationales. (...) J’ai vu son dernier discours: c’était celui d’un homme devenu totalement incohérent et sans aucune aura, un tyran fou, peut-être sous l’influence de drogues. (..) Le risque est de voir surgir une nouvelle Somalie sur les rives de la Méditerranée.»(6)

La révolte en Libye exprime la rupture du pacte du Livre Vert
Pour Alain Gresh, «les informations provenant de Libye sont contradictoires, partielles, quelquefois non confirmées. La brutalité du régime ne fait aucun doute, et le nombre de morts est important: des centaines selon les organisations non gouvernementales, probablement plus compte tenu de la violence utilisée par les milices du régime. (...) Le caractère erratique et dictatorial du colonel Mouamar El Gueddafi a été confirmé par son discours illuminé prononcé le 22 février 2011. Les indignations justifiées contrastent avec le silence qui prévalait quand le régime, au début des années 2000, alors que s’esquissait la réconciliation avec l’Occident, écrasait sans pitié les islamistes. La détention et la torture de militants islamistes en Libye (comme en Egypte ou en Tunisie) n’indignaient pas les bonnes âmes. Quoi qu’il en soit, les appels à des interventions militaires se multiplient. (...) Les images qui proviennent de Libye sont terribles. Mais qui a demandé une intervention militaire occidentale quand les avions israéliens bombardaient Ghaza durant l’opération Plomb durci? ou lors des bombardements de l’Otan en Afghanistan? ou de l’Irak par les Etats-Unis? Faut-il y intervenir militairement, contre Israël et les Etats-Unis, cette fois? Au cours des dernières années, les pays européens, dont la France, ont armé les forces libyennes, les ont conseillées, et leur ont ainsi donné les moyens de se battre contre leur propre population. L’appui au régime du colonel El Gueddafi dans l’Union européenne, et notamment en Italie, s’est fondé sur un chantage: la capacité pour la Libye de stopper le flux des immigrants africains vers le Vieux continent; cette obsession migratoire amène Bruxelles à aider toute une série de régimes peu soucieux des droits humains à gérer eux-mêmes, dans des conditions souvent terribles, les immigrés.»(7)
El-Houssine Majdoubi a raison d’écrire que L’Europe, France en tête, est complice des crimes des dictatures du Monde arabe, accuse un journaliste marocain. (...) Jusqu’à ce que Ben Ali soit renversé, l’Occident le considérait comme un ´´élève exemplaire´´. Le président français Nicolas Sarkozy a même déclaré en 2008 que la Tunisie vivait en démocratie. (...) Si l’Occident a joué un rôle crucial dans la démocratisation des pays de l’Europe de l’Est, elle fait tout le contraire avec les pays arabes. Non seulement elle soutient les régimes dictatoriaux, mais elle les aide à piller les richesses nationales en leur permettant d’ouvrir des comptes où ils peuvent déposer leur butin et d’acquérir des biens immobiliers et des actions de grandes entreprises européennes. Avec un tel comportement, l’Occident se rend complice par excellence de ces crimes. Pis, l’Occident ne cesse de répéter qu’il lutte contre les mouvements islamistes et les terroristes, mais les études sociologiques montrent que le fanatisme découle directement de l’injustice sociale et de la corruption de ces régimes dictatoriaux. Malgré cela, l’Occident ferme les yeux sur cette réalité.»(8)
Daniel Vanhove abonde dans le même sens et dénonce l’ambivalence du discours européen: «Aujourd’hui, face aux insurrections qui se multiplient dans les pays arabes, nos chancelleries occidentales semblent perdre le Nord et sont tout bonnement dés-orientées (c’est le cas de le dire). (...) En lieu et place d’offrir notre «savoir-faire» en matière de répression policière et de vendre nos armes de répression, quand donc des voix officielles ayant encore un minimum de conscience humaine et de sens des valeurs s’élèveront-elles pour taper sur la table et dire à ces régimes, et à nos misérables élus vassalisés: assez! (...) Et pousseront-elles l’analyse jusqu’à réaliser que la situation est pareille dans le cas de l’occupation sanglante en Palestine: le prix payé par les Palestiniens étant celui de nos lâchetés depuis plus de 63 ans!? Pensez donc: après le rempart de Ben Ali contre l’intégrisme qui nous menaçait, la complicité de Moubarak à l’étranglement des Palestiniens, le dément libyen nous garantissait le contrôle des flux migratoires vers nos côtes méditerranéennes... sans parler du pétrole qu’il nous livrait à gogo».(9) Ce même pétrole dont les prix ont atteint 120$ le baril.
Que reste-t-il à El Gueddafi en dehors d’émigrer en Israël? Nous laissons l’écrivaine saoudienne Wajiha Al-Huwaidar conclure:
«...Ce raté a été à la hauteur d’un autre échec cinglant. Car il n’a jamais réussi non plus à constituer une base populaire dans sa «République jamahiriyenne» [République des masses populaires]. Et pour cause: il a gouverné d’une main de fer et par le feu. Personne ne l’aime. Pourtant, Kadhafi dispose d’un puissant «envoyé spécial» pour plaider sa cause en Occident et faire oublier son bilan de sang, de morts et de tortures: le pétrole. Et pourtant, malgré ce pétrole qu’il déverse sur l’Occident, le frère-guide reste depuis de longues décennies persona non-grata dans la communauté internationale (...)Que te reste-t-il, ô cher frère-guide? Personne. Tout le monde souhaite ta fin. Aie la bonne idée de mourir «dignement» et essaie de suivre l’exemple d’Hitler [qui s’est suicidé] plutôt que celui de Saddam. Ne laisse pas tes ennemis venir te chercher dans un trou à rats et te juger pour tes crimes. Devance-les et essaie de préserver le peu de dignité qui peut rester à quelqu’un de ton espèce.(10)» El Gueddafi a été comparé à Néron qui se divertissait pendant que Rome brûlait. Ce dernier se suicida, pour éviter d’être exécuté sur ordre du Sénat. Il reste qu’il existe malgré tout des doutes sur cette révolution qui, subitement sort des drapeaux oubliés et si tout ceci fait partie d’un autre complot, celui d’envahir la Libye et s’assurer un butin de pétrole? L’avenir proche nous le dira.

(*) Ecole nationale polytechnique

1.El Gueddafi joue les prolongations. Giampaolo Cadalanu La Repubblica. 23.02.2011
2.R.Jones http://www.israeltoday.co.il/ NewsItem/tabid/178/nid/22668/Default.aspx 21 2 2011
3.Jean-Yves Moisseron: Libye, Bahreïn. Le Monde 21.02.11
4.René Naba. http://www.mondialisation.ca /index.php?context=va&aid=23344 23. 02. 2011
5.Charles F.Dunbar: La Libye: «Un cas d’école de droit d’ingérence» Le Monde.fr 24.02.11
6.Laurence Pope: Le risque d’une nouvelle Somalie. Le Monde.fr 24.02.11
7.Alain Gresh: Faut-il intervenir militairement en Libye? Le Monde diplomatique 24. 2. 2011
8.El-Houssine Majdoubi L’Occident, un obstacle à la démocratisation. El País20.01.2011
9.DanielVanhove http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=23340 22 2 2011
10.Wajiha Al-Huwaidar Kadhafi n’a plus qu’à se pendre. Shaffaf 21.02.2011.

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

Source : http://lexpressiondz.com/article/8/2011-02-26/86504.html

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