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 Conditions de vie et de travail des cadres de Sonatrach au Sud du pays Les prolétaires des «provinces» pétrolières

5/3/2011

Sonatrach,AlgérieConditions de vie et de travail des cadres de Sonatrach au Sud du pays Les prolétaires des «provinces» pétrolières

Le 06.03.11

Selon des syndicalistes, 40% des effectifs de Sonatrach au Sud souffrent de maladies chroniques. Leur salaire tourne autour de 500 euros, tandis que des expatriés touchent parfois 10 000 euros.

Nous ne pouvions passer si près de l’occasion qui nous était offerte : s’informer des conditions de travail et de vie des cadres de Sonatrach sur les bases pétrolières au sud du pays. L’escale effectuée, le 23 février dernier, par le ministre de l’Energie et des Mines, accompagné du PDG du groupe public des hydrocarbures, dans les régions de Sonatrach dans le Sud s’offrait telle une opportunité inespérée, venue nous ouvrir les frontières infranchissables des «provinces» pétrolières. Il faut avouer que ces régions demeurent inaccessibles.


Cette espèce de black-out nourrissait mille et un fantasmes, des pensées parfois chimériques et des ambitions souvent incalculables. Comment vivent-ils ces cadres, jeunes ingénieurs, ou simples ouvriers de Sonatrach dans ces régions les plus riches, mais surtout les plus chaudes de l’Algérie, où le mercure s’amuse à flirter, en été, avec les 55° ?
Une question qui taraude nos esprits. Après quelques instants de vol, l’aéronef d’Air Algérie qui nous transportait à destination d’In Aménas se pose sur un aérodrome semblable à un bar-relais perdu au milieu de l’Arizona. Nous nous sommes embarqués illico presto dans un bus à destination de la base de vie de Stah, nouvellement construite, venue mettre un terme à plusieurs années horribles auxquelles faisaient face les travailleurs de Sonatrach.

«Avant que nous soyons transférés à cette nouvelle base, ça m’arrivait d’uriner dans des bouteilles de plastique, moi diabétique, qui étais dans l’incapacité de résister au froid des nuits glaciales de l’ancienne base de vie». Cette expression d’un employé de la première entreprise d’Afrique, rencontré à Stah, à l’issue d’un dîner trop protocolaire, résume, à elle seule, la situation que subissaient ces travailleurs qu’on croyait pourtant «trop chanceux». «Ne croyez surtout pas que les travailleurs de Sonatrach s’offrent quotidiennement un tel festin», lance à notre adresse un autre travailleur syndiqué, allusion faite au repas préparé en l’honneur de la délégation ministérielle. Passées les habitudes protocolaires à l’accueil de chaque délégation officielle, une mauvaise route conduit en direction de l’Est, jusqu’aux champs gazier et pétrolier de Stah. Au bout de deux heures de route, le village des travailleurs est à peine discernable.
A côté des studios nouvellement construits, de vieux chalets se dressent tel un sale décor.

Ce sont, éventuellement, les résidus de l’ancienne base qui a ridé le visage de ces employés. «Il y a quelques années, il n’y avait ni télévision, ni radio, encore moins de journaux et le courrier qui était censé apporter les nouvelles de nos familles. Nous étions carrément coupés du monde. La situation s’est quelque peu améliorée aujourd’hui. Demeurent, néanmoins des demandes toujours insatisfaites», témoigne Kabouh Nacer, contremaître de profession, 30 ans de service chez le plus riche employeur du pays, qui a vu ses meilleures années sombrer dans le désert brûlant d’Illizi. Les yeux rougeâtres et mouillés sous l’effet de mille et une réminiscences, il se laisse embarquer dans un exposé revendicatif, digne d’un syndicaliste de premier rang.


40% des effectifs souffrent de maladies chroniques


A l’issue donc de ce premier repas, dégusté entre deux revendications, Yousfi Nacer, syndicaliste lui aussi, nous emmène faire un tour avec ses amis au niveau de cette nouvelle base de vie, fuyant ainsi la règle cérémonieuse de la visite. La réclamation était donc notre premier contact avec cette population ouvrière, où la soif de justice est quotidienne. La réclamation est la même : «Augmenter la prime de zone et les indemnités», seuls éléments différenciateurs dans le calcul des variations salariales des fonctionnaires du Sud et ceux activant au Nord du pays. Hassi Messaoud, In Aménas et Hassi R’mel, des régions pétrolières plantées au milieu du sable brûlant, posées là comme bénédiction, mais aussi une misère, un enfer, tout sauf un lieu où il fait bon vivre…
Dans ce fin fond du désert, ces employés de Sonatrach touchent à peine ou un peu plus que 500 euros. «Nous avons un salaire minable comparativement à celui des expatriés. Nous avons le même travail, mais nous, Algériens, sommes payés à 500 euros, tandis que les salaires des expatriés atteignent parfois les 10 000 euros», nous dira le chef de file des syndicaliste de Stah, Kabouh Nacer.


Une injustice criante. Pour son «camarade» Nacer Yousfi, «dans les années 1990, à titre d’exemple, le salaire d’un sudiste était le double, voire un peu plus, qu’un salaire d’un nordiste». Aujourd’hui, il y a certes une hausse constatée au niveau du salaire de base, «mais les indemnités de zone n’ont pas augmenté parallèlement au salaire de base». Cette stagnation perdure depuis 2002. «On se retrouve maintenant dans une situation caractérisée par une différence d’à peine 15% entre le salaire d’un nordiste et celui d’un sudiste. Venir passer quatre semaines ici pour 15% de différence me parait quelque peu regrettable», déplore Nacer Yousfi, physiquement souffrant. Effleurant justement la couverture sanitaire des travailleurs, notre interlocuteur, déplore «un déficit flagrant en médecins et hôpitaux de proximité».


Pour l’histoire, «nous avions eu beaucoup de problèmes pour les évacuations. Parfois les avions ne sont pas disponibles et les évacuations se font difficilement en cas d’accidents. Nous avons eu des évacuations vers l’hôpital d’Illizi par une simple ambulance sur une distance de 400 km, caractérisée par des routes parfois impraticables», nous confie Nacer Yousfi, cheveux blancs, qui regarde fuir ses beaux printemps dans cette terre aride aux puits de pétrole inépuisables.
Lorsque l’émotion et la frustration étaient à leur comble ; il n’hésite pas à lâcher cette phrase : «Nous assistons ces dernières années à l’aggravation de certains maux à l’instar du stress. Nous avons 40% de nos effectifs qui souffrent de maladies chroniques, un chiffre qui est très sensible à mon avis. Il y a surtout des diabétiques, des hypertendus et des cardiaques. Après 20 à 25 ans de travail dans un milieu aussi stressant, il y en a peu qui peuvent sortir indemnes».

C’est pourquoi le phénomène de l’abandon et la fuite des compétences vers d’autres horizons et d’autres compagnies se pose toujours avec acuité. Il y a quelques jours, le syndicat de Sonatrach, division production de l’activité amont, a fait un constat inquiétant au sujet du moral des troupes. «L’ignorance des potentialités que recèle l’entreprise, la non-satisfaction de leurs revendications, telles la revalorisation des compétences et la juste rétribution des travailleurs, et l’absence de toute motivation ont, hélas, engendré un climat chargé de mécontentement, de désespoir, voire de démobilisation», a écrit de son côté, la division syndicale de Rhourde Nouss de Sonatrach, dans un communiqué adressé à notre rédaction. L’expression de mécontentement commence à se faire ressentir chez les pétroliers de Hassi R’mel et à Hassi Messaoud également. Jeudi dernier, un millier de travailleurs ont décidé de se rassembler devant la direction régionale de Sonatrach à Hassi R’mel.

Ali Titouche

 

Lien article : http://elwatan.com/reportage/les-proletaires-des-provinces-petrolieres-06-03-2011-114712_117.php

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