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 L'Algérie, Kadhafi et la Tunisie

10/3/2011

L'Algérie, Kadhafi et la Tunisie

Par Akram Belkaid: Paris

Il fut un temps où Alger était La Mecque des révolutionnaires et des indépendantistes du monde entier. Cela se passait pendant les années 1970 et les mouvements progressistes – pour reprendre une terminologie désormais désuète – savaient qu'ils y trouveraient aide et soutien ou, tout au moins, une oreille bienveillante. Il ne s'agit pas de magnifier cette période où les Algériens étaient soumis à une main de fer mais de rappeler qu'activistes de l'ANC ou exilés chilien se sentaient à l'abri chez nous. Cela nous offrait quelques fiertés et cela procurait au pays un certain prestige dans le tiers-monde et dans les pays du sud.

Mais les temps ont changé comme le montre le peu d'empressement des autorités algériennes à soutenir les peuples arabes qui ont décidé de prendre leur destin en main. Le silence à l'égard de ce qui se passe en Libye est édifiant. Bien sûr, il ne s'agit pas de se lancer dans une aventure inconsidérée qui pourrait porter préjudice aux intérêts nationaux mais tout de même !        Comment peut-on se contenter d'appeler à la modération quand un tel bain de sang se déroule à nos frontières ? Est-ce par peur de la contagion ? Est-ce au nom du sacro-saint principe de non-ingérence, motif bien commode pour ne pas prendre de risque ?

Quoiqu'il en soit, les opinions publiques arabes ont d'ores et déjà tranché. Il suffit d'écouter Al Jazira ou même la plus prudente Al Arabiya pour comprendre que l'Algérie est sur la sellette.

C'est ainsi que se multiplient les accusations selon lesquelles l'armée algérienne aurait aidé le dictateur libyen à lutter contre la rébellion en mettant à son service ses avions voire même ses troupes. Le gouvernement Ouyahia a beau démentir, internet s'est mis de la partie et même des blogueurs saoudiens relayent l'information d'une collusion algéro-libyenne.

Comment s'étonner ensuite que cela vaille nombre de déboires à nos compatriotes installés en Libye ?

Il est difficile de ne pas se sentir mal à l'aise. Même s'il n'y a pas d'aide militaire, le refus des autorités algériennes de soutenir les insurgés libyens et d'être ferme avec Kadhafi ouvre la voie à toutes les supputations. Il faut aussi prendre la mesure d'une autre assertion, relayée celle-ci dans les milieux diplomatiques, qui affirme que les dirigeants algériens auraient tout simplement peur de l'imprévisible « guide » libyen. Il est vrai que ce silence à l'égard d'un homme qui n'a eu de cesse de déstabiliser l'Algérie et ses voisins, qu'ils soient maghrébins ou sahéliens, est déroutant. Là aussi, une référence aux années 1970 s'impose. Boumediene en imposait au « berger de Syrte » : ceux qui lui ont succédé donnent trop souvent l'impression de le craindre.

Mais il n'y a pas que le cas libyen qui pose problème à l'Algérie officielle. Cela vaut aussi pour la Tunisie. Disons-le de manière directe : la majorité des Tunisiens ne comprend pas pourquoi les autorités algériennes n'ont pas pris fait et cause pour leur révolution. A Tunis, à Sfax ou ailleurs, on est dérouté par la froideur d'Alger. En un mot, ce pays qui vient de se libérer de ses chaînes attend encore le grand discours fraternel et amical qui viendrait de notre capitale. Un discours qui saluerait d'abord le courage des Tunisiennes et des Tunisiens et qui proclamerait de manière solennelle que notre pays saura être aux côtés de son voisin dans la période incertaine qui débute.

Est-il normal que cela soit l'Europe qui propose son aide
– très chiche au demeurant – à la Tunisie ? On ne peut que se sentir accablé lorsqu'on lit que la chute de Ben Ali et l'avènement d'une deuxième république vont peut-être permettre à la Tunisie de décrocher le statut du partenariat avancé avec l'Union européenne voire peut-être d'y adhérer un jour. Et le Maghreb alors ? Où est passée la solidarité née des décombres de Sakiet Sidi Youssef ? Où est passé le rêve maghrébin ?

La Tunisie a besoin de 10 à 15 milliards de dollars sur cinq ans pour faire sortir ses régions intérieures du sous-développement et éviter le dérapage de sa transition démocratique. N'y a-t-il pas quelques milliards dans nos caisses qui pourraient servir à aider la Tunisie ? Cet argent qui dort dans les coffres de la Banque centrale ou de je ne sais quel fond de régulation
– une hérésie qui choque n'importe quel étudiant en sciences économiques – ne peut-il être transformé en ligne de crédit – ne parlons pas de don – en faveur de la Tunisie ? Il paraît que l'on veut relancer notre industrie et nos exportations hors-hydrocarbures : voilà une belle occasion de mettre en place un vrai partenariat maghrébin.            

Cela permettrait aussi de prouver que les Algériens ont révisé leur jugement habituel à l'égard de leurs voisins de l'est. Cela permettrait de démontrer qu'ils ne sont pas jaloux ni envieux. Certes, on continue à entendre ici et là des analyses pour le moins condescendantes vis-à-vis de la Révolution du 14 janvier. Pour les uns, c'est un complot américain. Pour les autres, c'est un bouleversement qui n'aurait jamais pu avoir lieu sans l'aval de nos services secrets.

De cela, je tire un enseignement qui vaut aussi pour les relations algéro-marocaines. Les élites, qu'elles soient politiques ou économiques, sont le drame du Maghreb. Avec leur petitesse, leur mesquinerie, leur insupportable vantardise et leur esprit de clocher, elles représentent un obstacle de taille pour l'aspiration des peuples à être unis. Il fallait voir les Tunisiens brandir des drapeaux algériens le jour de la chute de Moubarak pour comprendre qu'il se joue quelque chose en ce moment. Quelque chose qui dépasse les enjeux nationaux mais que, malheureusement, la classe politique algérienne, aux affaires ou en réserve, semble incapable de comprendre.

Source : http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5150283

Category : MAGHREB ARABE | Write a comment | Print

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