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 Camille Sari universitaire docteur en économie : Le gaz algérien et les phosphates marocains pour un Maghreb premier producteur d’engrais.

27/5/2011

Camille Sari universitaire docteur en économie : Le gaz algérien et les phosphates marocains pour un Maghreb premier producteur d’engrais.

Le 27.05.11

Camille Sari, auteur du livre Algérie et Maroc, quelles convergences ? invite les dirigeants à se concentrer, plutôt,  sur les problématiques économiques afin de résoudre les questions du chômage. Il explique son engagement à travailler sur un projet de communauté économique maghrébine.

-Après avoir présenté les situations économiques des deux pays et les points de convergence et de divergence les plus importants, pourrions-nous savoir pourquoi le Maroc particulièrement ? Cela pourrait-il se faire avec la Tunisie, par exemple ?

Je n’ai jamais préconisé une union du Maghreb reposant sur l’Algérie et le Maroc. Dans mon préambule, j’ai précisé que je commence par ces deux pays sur le plan pédagogique, car ce sont les deux poids lourds de l’UMA. En plus, ce sont les deux protagonistes de tensions régionales. J’ai invité les dirigeants à mettre de côté leurs conflits politiques et de se concentrer sur les problématiques économiques afin de résoudre les questions du chômage et du développement économique. Je me suis engagé à travailler sur un projet de communauté économique maghrébine avec les cinq Etats. C’est en ce sens que nous proposons, Abderrahmane Mebtoul et moi-même, de préparer un ouvrage collectif avec des experts de ces pays qui sera la feuille de route de cet édifice ambitieux.

-Y a-t-il réellement des opportunités pour aboutir à un marché unique maghrébin ?

Les points de convergence entre l’Algérie et le Maroc sont multiples ; le gaz algérien et les phosphates marocains combinés feront du Maghreb le premier producteur d’engrais. Dans le domaine de l’agriculture, des coopérations sont possibles. D’ailleurs, le ministre algérien de l’Agriculture a eu des consultations avec son homologue marocain en avril dernier. Dans les domaines de l’eau et des énergies renouvelables, les possibilités sont énormes. Je n’oublie pas les coopérations entre banques maghrébines. J’ai proposé des participations croisées entre les banques algériennes et marocaines. D’ailleurs l’Union des banques maghrébines oeuvre actuellement dans ce sens. J’ai dans mon blog parlé d’un tourisme maghrébin de Tanger à Benghazi avec des packages thématiques (culturel, mer, montagne, désert...). Dans le domaine industriel, c’est le développement d’un marché de 83 millions d’habitants proche de l’Europe qui stimulera les investissements dans ce secteur.

-Vous développez dans votre ouvrage la proposition de mise en place d’une monnaie algéro-marocaine, le «dinrham» (entre dinar et dirham) qui cohabiterait avec les monnaies des deux pays. Pourquoi cette cohabitation?

En fait, le dinrham sera la monnaie non pas commune à l’Algérie et au Maroc, mais à l’ensemble des cinq Etats maghrébins. L’Union des banques maghrébines a proposé une monnaie unique calquée sur l’euro. Dans une démarche pragmatique, je préconise tout d’abord de commencer par instaurer une monnaie commune, comme le fut l’écu, dont la principale fonction est de faciliter les échanges intra-maghrébins de biens et de services, des capitaux et de la circulation des Maghrébins à l’intérieur des frontières de la zone Maghreb.

-Quels seraient les grands avantages des deux pays en adoptant une monnaie commune ?

Actuellement, les entreprises maghrébines qui s’échangent entre elles doivent le faire grâce à l’utilisation des devises et avec la garantie d’une banque européenne, ce qui représente un coût. Il en va de même des investisseurs et des touristes algériens devant se rendre en Tunisie. Le système que je préconise est facile à mettre en place techniquement. Le dinrham permettrait la réalisation d’économies considérables accroissant ainsi les économies réalisées selon le carré du nombre d’opérateurs qui utiliserait la monnaie commune. Elle impliquerait une grande fluidité des échanges de biens et de services et une meilleure transparence des prix qui sont affichés dans la même unité de compte.

Les flux d’investissements directs étrangers connaîtraient une rationalisation et une ampleur sans précédent. Ma proposition consiste à ne pas brûler les étapes et à ne pas copier sur des pays qui ont une histoire, des cultures et des niveaux de développement différents. Mettre en place une monnaie maghrébine commune, favoriserait, dans un premier temps, les échanges de biens, de services et de capitaux afin d’aller plus loin dans l’intégration économique et monétaire. Les monnaies nationales sont utilisées uniquement à l’intérieur de chaque pays. Seul le dinrham est utilisé dans les échanges intra-maghrébins. Il convient au préalable de parachever l’union douanière et d’instaurer le marché unique maghrébin en supprimant toutes les barrières et les contraintes administratives qui entravent les échanges.

-Le Maghreb est la seule région au monde qui ne connaît pas de construction régionale… Qu’avons-nous perdu ?

Toutes les études menées par la Peterson Institut (USA) ou le Cercle des économistes (France) sans parler du FMI et de la Banque mondiale estiment que le Non-Maghreb constitue une perte de 2% du PIB de croissance. Des frontières fermées et sans marché unique les échanges intra maghrébins ne représentent que 2% des échanges globaux. Dans toutes les zones économiques comme en Europe (UE), en Asie du Sud-Est (Asean) et en Amérique du Sud (Mercosur), les pays qui en font partie échangent entre eux près de 50 à 60%. Entre le Canada et les Etats-Unis, les échanges s’élèvent à 80%.

-Un tel raisonnement ou projet est-il réalisable malgré les «divergences politiques» qui opposent actuellement les deux pays ?

L’intégration économique maghrébine est perçue comme un moyen de gagner en indépendance économique et de développer des échanges mutuellement avantageux entre les pays de la région. Ainsi, il est escompté une moindre dépendance et des facilités énormes de commercer sans passer par les devises fortes. Les difficultés liées à la construction de l’UMA (Union du Maghreb arabe) sont réelles et les divisions politico-nationalistes sont immenses, mais les actions de la société civile maghrébine (entrepreneurs, artistes scientifiques) lui donneront une impulsion nouvelle. Si nous pensons que ce processus sera extrêmement lent, il est permis de croire en la réalisation d’une monnaie commune et d’un système monétaire maghrébin. Afin de ne pas mettre la charrue devant les bœufs, il sera nécessaire d’impulser des politiques de convergence économiques coordonnées à l’échelle du Maghreb et de favoriser des partenariats mutuellement bénéfiques.

La question du leadership dans la région est dérisoire. Il vaudrait mieux être puissant à plusieurs que le plus fort dans une posture très modeste. D’où la proposition d’intégrer l’Egypte à ce processus et à cette union. Un match de football ne doit pas empêcher ce dessein. L’avantage de cette proposition est de dépasser cette dualité paralysante entre l’Algérie et le Maroc qui relève plus de l’irrationnel que de l’intérêt des générations futures. Les Allemands ont des conflits sérieux avec leurs voisins concernant les frontières, cela ne les empêche pas d’être le premier partenaire de ces derniers.

Bio express : Docteur ès sciences économiques option monnaie-finance-banque, Camille Sari enseigne dans différentes universités parisiennes ainsi que dans de grandes écoles de commerce. En tant que conférencier international, il a enseigné en Algérie, en Côte d’Ivoire, au Mali, au Maroc et au Sénégal.

 Source : http://www.elwatan.com/

 

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