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 Bachir Messaitfa. Economiste : «Les élections sont une course aux affaires et aux intérêts personnels»

2/4/2012

electionsBachir Messaitfa. Economiste : «Les élections sont une course aux affaires et aux intérêts personnels»

Le 02.04.12

-Certains partis devant la difficulté de trouver des financements sollicitent le soutien du capital privé. Dans certains cas, c’est ce dernier qui propose son aide moyennant l’achat de positions au sein des partis. Quelle crédibilité accorder à la pratique politique dans ce cas ?

Le financement des élections n’est pas un problème propre à l’Algérie, dans tous les pays du monde, notamment aux Etats-Unis, on retrouve une forte présence du capital dans l’orientation de l’opinion publique, la formation de l’électeur et le soutien aux candidats. On parle aux Etats-Unis du poids du lobby juif dans la formation de la carte politique du pays et ce lobby n’est en fait qu’un rassemblement de capitaux, organisé. En Algérie, la situation diffère, car le problème n’est pas celui de la formation d’une opinion publique servant une position politique autant qu’il s’agisse de transformer les échéances électorales en un secteur des affaires qui permette à ceux qui possèdent de l’argent d’obtenir des avantages et des intérêts économiques.

C’est une des formes de la gouvernance corrompue basée sur la rente, les intérêts personnels et les intérêts de certains groupes.
C’est pour cette raison que les élections législatives en Algérie ne posent pas les problèmes en termes de concurrence des idées et des programmes, mais plutôt en termes de contrepartie, de grosses affaires et de profits engrangés. C’est d’ailleurs pour cela que tous les partis politiques en Algérie marginalisent les élites et les expertises et préfèrent l’influence du pouvoir et de l’argent. Tout cela fait peser un danger sur la confiance des citoyens dans la pratique politique dans son ensemble.     

-Certaines organisations patronales tentent de se rapprocher des partis pour les sensibiliser à leurs préoccupations patronales. Pensez-vous que ces organisations puissent constituer un lobby capable d’influer sur les décisions du Parlement ?

Nous n’avons pas un vrai mouvement syndical qui puisse permettre au pays de découvrir de nouvelles idées au profit de l’économie nationale. Sur le plan social, le syndicat le plus important qui est celui de l’Union générale des travailleurs algériens constitue un allié stratégique pour le gouvernement, alors que les chefs d’entreprise forment des organisations défendant les intérêts du secteur privé.

Quant aux syndicats autonomes, la majorité d’entre eux activent sans être officiellement reconnus par le gouvernement. Avec une telle cartographie, on ne peut pas s’attendre à un changement dans l’orientation du Parlement, mais plutôt un parti pris, selon la majorité, soit au profit des décisions et projets de loi du gouvernement, ou bien au profit du capital privé. C’est pour cela qu’il y a de la part de ceux qui disposent de gros moyens de financement, une course au soutien aux candidats à la députation, à charge pour ces derniers de retarder des dispositions de loi susceptibles de porter préjudice aux chefs d’entreprise, d’imposer des propositions allant dans le sens de la baisse de la fiscalité par exemple ou d’influencer les politiques de soutien de l’Etat. Ceci sert d’abord l’intérêt des chefs d’entreprise et non l’intérêt général.

-Peut-on imaginer un rapprochement entre les partis politiques et les hommes d’affaires, sans que cela ne soit forcément vu d’un mauvais œil et sans qu’il y ait suspicion sur les objectifs des uns et des autres ?

Dans les conditions de la pensée politique actuelle, c’est difficile. Et de par mon expérience, je suis convaincue que la démocratie dans notre pays ne s’est pas constituée sur des bases mûres, car elle se résume au travail politique au sein des partis et néglige le contenu social et culturel des choix populaires.
Les partis en Algérie sont dans leur majorité loin de la société et même ceux qui ont été agréés récemment sont le fruit de scission dans d’anciennes formations politiques ou une redistribution des rôles. Il est facile de constater les divisions dans les partis à partir du moment où les acquis, les intérêts et les positions ont été perdus. Comment peut-on expliquer l’agrément de plus de 40 partis dans un pays qui ne connaît ni des divisions idéologiques, ni ethniques, ni religieuses. La seule explication est celle de la course aux avantages et aux acquis dont le résultat sera inévitablement l’abstention du peuple et une présence massive de puissances de l’argent.        

Safia Berkouk

 

Source : http://www.elwatan.com/economie/bachir-messaitfa-economiste-les-elections-sont-une-course-aux-affaires-et-aux-interets-personnels-02-04-2012-165146_111.php  

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