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 Le cri de l’Algérie pour le changement

25/2/2009

Le cri de l’Algérie pour le changement

La situation du pays ne cesse de s’aggraver, les libertés se sont amenuisées, au point où l’on ne peut plus parler d’opposition ou d’opinion discordante, tout simplement. L’état de l’économie ne cesse de se dégrader malgré une embellie financière qui ne profite pas aux citoyens et qui continue à sourire aux prédateurs de tout acabit.

L’alternance au pouvoir vient d’être enterrée par le coup d’Etat fomenté contre la Constitution par une Assemblée populaire mal élue et ne représentant que les 20% du corps électoral national. Un troisième mandat, fatidique pour le pays, est quasi assuré par un conglomérat de partis politiques qui a pris en otage l’ensemble des Assemblées et qui participe à la dilapidation du patrimoine national, à savoir sa culture, sa religion, sa glorieuse histoire et ses ressources naturelles. Le pouvoir en place, qui s’est attelé tout au long d’une décennie à museler le champ médiatique, à miner toute tentative de création d’un mouvement politique ou citoyen, à niveler par le bas en limitant le droit au rassemblement, à déstabiliser et à opérer des changements au sein des partis existants dans le but de maintenir un uranisme hérité de la période stalinienne et à dissuader le citoyen de s’intéresser aux questions politiques de son pays, en lui suggérant « qu’il est inutile de penser au changement, à partir du moment où ce pouvoir est une fatalité pour le pays ».

L’Etat déliquescent du fait du terrorisme, de la bureaucratie, du népotisme, du régionalisme et de la corruption, est squatté par l’ambition d’un clan autour d’un président fatigué, dont la seule gloire est la pérennité au pouvoir, méprisant tout un peuple et défiant les lois de la biologie. Le désespoir frappe de plein fouet une jeunesse, réduite au statut de mineure perpétuelle et à qui on a imposé le choix de la misère et du chômage ou de la « harga » et les maux sociaux. La répression est devenue le seul langage que le pouvoir réserve à toute contestation, le peuple voit ainsi ses acquis chèrement arrachés, disparaître petit à petit.

- Le bilan de la décennie 1999-2009 est frappant : sur le plan politique, en 1999, le président Bouteflika a eu comme adversaires politiques les Aït Ahmed, Taleb Ibrahimi, Khatib, Hamrouche, Sifi et Djaballah, des courants politiques en voie de structuration, ce qui montre que la société était en bonne voie de s’organiser. En 2009, le président candidat se retrouve en face du vide qu’il a créé. Sur le plan économique et social, en 1999, la facture des importations ne dépassait pas les 10 milliards de dollars ; en 2009, elle dépassera probablement les 40 milliards de dollars, ce qui équivaut à plus de dépendance de l’extérieur, à l’anéantissement du tissu industriel productif, à la mauvaise gouvernance et à la mauvaise politique agricole malgré les milliards injectés avec des conséquences socio-économiques désastreuses.

Sur le plan diplomatique, en 1999 et malgré une décennie d’isolement, l’Algérie avait gardé le cap de ses positions historiques qui ont toujours caractérisé sa diplomatie courageuse et claire à la hauteur de son passé glorieux ; en 2009, il ne nous reste que la diplomatie du chèque. Durant les élections de 2007, organisées par le pouvoir pour les sous-traitants du pouvoir, et au mépris du citoyen, la majorité des Algériens a tourné le dos aux urnes avec une volonté clairement exprimée, pour signifier son opposition au pouvoir en place qui s’est foncièrement discrédité.

Moins de 20% du corps électoral décide ainsi du sort de tout un peuple, voilà le miracle de la démocratie de Bouteflika qui vient se greffer à ses miracles que le peuple a eu à vérifier le long d’une décennie, marquée par la misère, la dilapidation des deniers publics, la déperdition des richesses nationales, la généralisation de la corruption et la déliquescence de l’autorité de l’Etat. (nouveau phénomène des harraga et un nombre exponentiel de suicides). Malgré tout cela, le pouvoir est resté autiste et méprisant et l’opposition n’a pas su exploiter ces brèches qui se sont offertes à elle, pour s’organiser et renverser la tendance, en faisant adhérer les citoyens à son projet. Ceci est dû essentiellement à des ambitions individuelles des leaders de l’opposition conjuguées aux pratiques d’obstruction, anti-démocratiques au demeurant, machiavéliques dans leur essence, exercées par le pouvoir en place.

Aujourd’hui, les animateurs de l’opposition, qu’ils adhérent au CRI pour le changement ou pas, devraient reconnaître qu’il est fondamentalement urgent de se rassembler pour s’opposer aux conséquences d’un troisième mandat, qui seront fatales pour le devenir du pays. Devant un constat aussi alarmant, nous sommes nombreux à partager la même conviction, celle d’œuvrer de concert pour engager une réflexion débouchant sur des initiatives concrètes afin de redonner espoir à ce peuple désorienté, désabusé, mais qui continue à porter le pays dans son cœur, malgré les déceptions, les trahisons, les fraudes et la confiscation de son ultime droit à présider à son destin.

Nous sommes nombreux et nous formons l’ensemble des franges de la société qui refusent de sombrer dans un populisme ravageur ou de succomber à l’attrait d’un élitisme craintif, salonnard et coupé de la réalité, et qui aspirons à réunir l’ensemble des valeurs sûres de la nation, à fédérer tous les patriotes qui vivent avec le souci d’œuvrer à sauver la nation d’un naufrage imminent, à mobiliser toutes les capacités du pays réduites à vivre dans l’ombre, afin d’accomplir l’ultime sursaut patriotique, à travers des initiatives sous forme de réflexions et d’actions capables de redonner espoir à ce peuple trahi. Nous sommes nombreux à récuser toute velléité de sectarisme et de régionalisme et nous refusons de faire dans la surenchère nationaliste, républicaine ou religieuse, nous sommes condamnés à travailler dans la concertation, à échanger les points de vue, la collecte d’informations et d’expertises utiles, dans la diversité sous l’unique emprise des règles de la démocratie.

Notre conviction est qu’il faut fournir les efforts pour traduire ces idées en projet, justice et équité pour faire adhérer la majorité, et surtout patience face aux entraves qu’on va subir. Mais, aussi, ni cupidité, ni peur, ni fatalisme. Ceci est notre credo, notre point de mire, notre chemin et notre vocation. Ayant la conviction que rien n’est imposé à l’homme sans son propre bon vouloir, nous devons appeler à l’affranchissement de nos concitoyens des fatalismes, des modèles préétablis, des zaïmismes, du conditionnement et des paternalismes. Nous devons nous pencher sérieusement sur la crise qui secoue notre pays. Le pouvoir a manqué de clairvoyance, de transparence et de cohérence. La nécessité d’une opération vérité est devenue plus qu’obligatoire. On doit agir avec pragmatisme et vigueur.

Désormais, le combat n’est pas de s’opposer politiquement au président Bouteflika, car cette bataille est déjà dépassée depuis la violation de la Constitution, l’important est de préparer l’avenir et de s’opposer avec détermination à un pouvoir autoritaire et dangereux pour la cohésion nationale. Le véritable affrontement avec le pouvoir en place passe inéluctablement par cette bataille pour une démocratie durable, politique d’abord, mais aussi économique, sociale et culturelle et ainsi vaincre l’injustice et la terreur par la force de la liberté.

Sommes-nous capables de réussir là où le système a échoué, et de répondre aux exigences et valeurs incarnées dans l’esprit de l’Appel du 1er Novembre 1954, à savoir l’édification d’un Etat souverain, démocratique et social, dans le cadre des valeurs de l’Islam ? Tellement souillé, cet appel est oublié, voire jeté aux calendes grecques car, nous avons vite oublié ceux qui sont morts pour cet idéal : un idéal de résistance. Ce même esprit de résistance qui est toujours d’actualité. C’est en nous inspirant de l’esprit et des valeurs du 1er Novembre que l’on peut mobiliser, à travers un débat sérieux, serein et responsable, pour engager cette bataille salvatrice pour la nation. Car ces valeurs ont, ensemble ou séparément, la capacité de motiver ceux qui désespèrent et inciter à se battre ceux qui ont perdu le goût du militantisme et des risques qu’il implique.

Sommes-nous prêts à nous battre et capables d’adopter comme projet politique, celui qui vise à mettre en œuvre la démocratie, à travers les valeurs de solidarité, de liberté et de responsabilité dont elle est porteuse ? Sommes-nous prêts à nous battre au quotidien pour que nous puissions vivre et exprimer nos points de vue dans les différents domaines, qu’ils soient politiques, économiques ... afin d’éradiquer les inégalités et la précarité, sources de frustrations, de violences et d’instabilité permanente.

Aussi, sommes-nous capables de nous battre pour que la culture soit à la portée de chacun, que le développement soit bénéfique à l’ensemble des citoyens et l’éducation soit le ciment de la République, que la santé soit accessible à tous, que la justice soit indépendante, que la solidarité sociale soit effective, bref pour l’édification d’une société algérienne plus humaine, plus généreuse, plus juste et morale ? Le CRI de l’Algérie pour le changement aspire à faire de la démocratie et de la liberté, d’une part, et du savoir et de la connaissance, d’autre part, la clé de lecture des problèmes de notre pays et de l’ensemble de la société algérienne.

Soyons nombreux à répondre à l’appel du CRI de l’Algérie pour boycotter les urnes afin de montrer à l’opinion nationale et internationale que les Algériens en ont assez de ce pouvoir anti-démocratique et autoritaire, pour signifier à ces gouvernants d’un autre temps notre maturité, notre refus du tutorat imposé et notre ras-le-bol de la précarité de notre situation. Seule une longue résistance pacifique est capable de rétablir les citoyens dans leurs droits fondamentaux.

L’auteur est coordinateur national du parti El Badil non agréé

 

Par Haider Bendrihem

Source : http://www.elwatan.com

 

Tags : politique
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