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 Rabah Belaïd. le plus vieux harag algérien : Son départ vers l’Italie a eu lieu le 20 octobre 1944

1/9/2012

Rabah Belaïd. le plus vieux harag algérien : Son départ vers l’Italie a eu lieu le 20 octobre 1944

Le 01.09.12

De Aïn Defla à New York puis San Francisco, en passant par Livourne et Yokohama, un parcours picaresque.

Une dure enfance, un incident injuste et une envie de fuir la misère d’un pays colonisé ont fait que Rabah se glisse, un jour, dans un bateau qui le conduit en Italie alors qu’il n’a que 12 ans. Pendant deux ans, il travaille comme aide-cuisinier avec des navigateurs américains, apprenant d’eux l’anglais et le maîtrisant sans avoir jamais mis les pieds dans une école. En 1946, il va à New York, où il exerce des petits métiers sur des bateaux tout en étudiant par correspondance. Certificats d’enseignement primaire puis secondaire en poche, il intègre la faculté de San Francisco après avoir eu droit à la résidence permanente en Amérique. Licencié en sciences politiques, il se rend au Caire où il décroche un magistère, puis un doctorat dans la même spécialité, sur les thèmes «Mouvement national algérien 1930/1954» et «La question de l’identité arabo-islamique de l’Algérie».

Grand militant et historien, il reste attaché à l’idée que mettre à nu les vérités de l’histoire de l’Algérie constitue le maillon manquant qui relie le passé au présent et permet de faire la lumière sur l’avenir du pays. Préparant une biographie relatant son parcours politique, il a publié plusieurs écrits ayant suscité de vives polémiques en raison de ses prises de position fermes. Bref, un parcours picaresque sur lequel il s’est longuement étalé, avec une verve et un entrain mêlés d’une grosse pointe d’amertume, sur les étapes qui l’ont le plus marqué, lors de la longue entrevue qu’il a bien voulu nous accorder à l’hôtel El Mouna (Annaba). L’histoire du professeur Rabah Belaïd, le doyen des harraga en Algérie, est à la fois bouleversante et passionnante, ses jeunes années sont autant de souvenirs sombres et lumineux.


Retour sur un destin en noir et blanc


Rabah est issu d’une famille nombreuse, très pauvre, le dénuement les a contraints à quitter Oued Sebt, un humble hameau situé en pleine campagne de la commune de Boumedfaâ (Aïn Defla). C’était en 1938. Chronique s’est avérée être la pauvreté que subissait la famille Belaïd. Guettée par l’indigence, la famille Belaïd avait fini par s’installer à Alger où, encore une fois, elle aura du mal à s’extirper de la misère. Elle lui collait à la peau. Pour y résister un tant soit peu, le petit Rabah fait plusieurs petits métiers dans la rue, vendeur de journaux, domestique, rabatteur de taxis… Mais la réussite ne lui sourit guère et au fil du temps, il s’aperçoit que le métier de cireur de chaussures est sa voie. Son coin favori est El Biar, où, tous les jours, il s’installe sur un trottoir, proposant ses services aux passants.

Parmi ses «collègues» du même âge, Rabah se distingue par sa droiture et son savoir-faire. Dans la rue, tout le monde le connaît. Ses clients, des colons pour la plupart, sont fidèles et ne confient à personne d’autre leurs mocassins ! En revanche, pour sa famille, Rabah n’a pas de place, sa présence ne compte que très peu ; d’ailleurs, elle l’abandonne en quittant la capitale pour El Affroun (Blida). «Mes parents étaient tous partis à El Affroun… en mabandonnant sans l’ombre d’une explication», relate le professeur Belaïd, les yeux larmoyants. Ce passage de sa vie n’est pas à marquer d’une pierre blanche. Plusieurs décennies ont passé et il n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi…

Ne trouvant plus où habiter depuis cet abandon injuste et inexpliqué, Rabah déambule, de jour comme de nuit, dans un mélange d’immenses avenues. La nuit, il se réfugie dans un réduit obscur, dans la cage d’escalier d’un immeuble à Bir Mourad Raïs. Surpris par ses occupants, des soldats américains, Rabah est été sommé de quitter les lieux. Son salut, il le doit à Earn Schneider Wiscon, un soldats originaire de Milwaukee (Etat du Wisconsin-USA). Mieux, des liens d’amitié se tissent entre Earn et le petit «Oscar», surnom que les soldats américains ont choisi pour Rabah.

Une autre, non moins malheureuse étape de sa vie, est celle où il a connu pour la première fois les affres de l’enfermement : «Alors que je cirais les chaussures d’un colon, un enfant de mon âge jouait au ballon, un peu plus loin. N’ayant, semble-t-il pas apprécié le fait de lui avoir renvoyé le ballon lancé dans ma direction, il est venu vers moi, m’a fixé un moment avant de me gifler. Il a eu droit au double ! Le lendemain, son père, un Algérien fonctionnaire dans la police française, est venu me chercher. Au commissariat où je fus conduit, le commissaire m’a ordonné de me mettre à genoux et d’embrasser les chaussures de cet Algérien. Mon refus d’obtempérer m’a valu une correction, deux jours d’enfermement puis un passage devant le juge du tribunal. Je n’avais que 14 ans», se rappelle le professeur Belaïd dans un long soupir. Aussitôt relâché, Rabah va retrouver son «ange gardien», le soldat Earn Schneider.

Ce dernier n’est plus là, rappelé pour une mission en Italie. C’était en 1943. Sauf qu’avant de quitter Alger, prévenant, Earn avait laissé une lettre à Jacques Quinet, son compatriote resté en Algérie, lui confiant le petit Oscar. Et c’est en raccompagnant deux marins américains vers leur bateau à quai au port d’Alger, après une soirée bien arrosée, dans le bistrot où Oscar est embauché comme plongeur que l’idée de la harga germe dans son esprit. Depuis, il ne pense qu’à une seule chose : la mettre à exécution. Comment se glisser dans un des bateaux à quai ? Peu lui importait la destination. Sa première tentative, le 6 juin 1944, il la rate. Plus que déterminé à aller jusqu’au bout de son rêve, Rabah récidive, mais, cette fois, depuis le port d’Oran.

Le mois d’octobre sonne le clairon pour Rabah. En effet, le vendredi 20 octobre 1944, l’intrépide enfant de Aïn Defla parvient à embarquer clandestinement à bord du James Boy, un navire de la marine marchande américaine. Son nouvel ange gardien, Butch, le cache dans le magasin des vivres. Et ce n’est que 20 jours plus tard que le navire lève l’ancre.
La destination n’était ni la Sardaigne ni l’île de Lampedusa, mais la ville de Livourne, en Toscane. Autre rêve, autre dimension, autre continent : la solution à sa situation précaire en Italie, Rabah, l’adolescent de 16 ans, se promet de la chercher encore plus loin… en Amérique.

Chose promise, chose due : le 13 mars 1946, il réussit à embarquer, loin de tout regard indiscret, sur un bateau en partance pour New York. Comment est-il arrivé à obtenir son maintien à bord ? Fort de l’expérience capitalisée dans les métiers de la navigation marchande, on le charge, en contrepartie  de la traversée Rome-New York, des tâches d’aide de cuisine et de ménage. Au contact des membres d’équipage, il perfectionne son anglais. Le bateau atteint bientôt les côtes new-yorkaises. Rabah est enfin à New York, le rêve américain est atteint… ou presque. Il dispose d’un délai de 29 jours pour quitter volontairement le territoire américain. Débute alors un nouvel épisode dans la vie de Rabah.

Mais, tout le prédestinait décidément à une carrière de marin. Il passe sept longues années (1946-1953) en mer, travaillant dans la cuisine. Mais il s’accroche de plus en plus aux études, suivant les cours des cycles moyen et secondaire par correspondance. Profitant d’une longue escale à Yokohama (Japon), Rabah postule pour la résidence permanente, ses amis marins le lui avaient recommandé. Les démarches qu’il entreprend auprès du consulat américain à Yokohama portent leurs fruits : Oscar obtient, le 1er mai 1953, la Green Card.

On dit que «la mer est une grande traîtresse et il faut la craindre, même quand on y a passé sa vie». Or, pour Rabah, la mer est l’amie fidèle, la conseillère dévouée. Celle qui lui a appris qu’«il n’y a rien d’impossible». Ses ambitions sont encore plus grandes. Il a un autre défi à relever : l’université. Mais comment y accéder sans le bac ? Ses amis marins lui recommandent l’université d’Honolulu, capitale de l’Etat d’Hawaï. Sur place, il est orienté vers Hugh Baker, professeur d’anglais chargé de la communauté des étudiants issus de pays en guerre ou en conflit. «Au terme d’un long entretien et après avoir pris connaissance de mon parcours, j’ai été retenu pour participer à un concours que l’université organisait chaque année au profit de 800 étudiants originaires de pays pauvres, en conflit ou en guerre. J’ai été secoué à l’annonce du nombre de candidats. M’était subitement venu à l’esprit le célèbre adage américain que me répétait souvent mon ami Butch :’’God hates the coward (Dieu déteste le lâche, ndlr)’. J’étais parmi les 20 lauréats de l’examen», se souvient, non sans fierté, le professeur Belaïd.

Pour lui, le 16 septembre 1953 est une date mémorable. C’est ce jour-là qu’il a connu le sentiment d’être assis pour la première fois sur le banc d’une école, et pas n’importe laquelle : la prestigieuse université de San Francisco. Rabah a  23 ans. Il en ressort le 23 août 1957, avec une licence en sciences politiques et relations internationales en poche.

Quelques mois après, le 13 avril 1958, il boucle ses valises. A l’appel de la patrie, l’Algérie, qui était en pleine guerre de Libération. Il devait y participer, peu importait la manière. Il quitte alors San Francisco pour s’installer dans un premier temps à Rabat (Maroc). Six mois après son arrivée, on lui organise une rencontre avec Slimane Dehilès, connu sous son nom de guerre, colonel Sadek. Cet officier ne tarde pas à le charger d’une mission à Tunis, qu’il quittera en septembre 1958 pour rejoindre le Caire (Egypte). Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) venait d’y être créé.

Au ministère des Affaires étrangères, alors dirigé par Mohamed Lamine Debaghine, Rabah Belaïd occupe différentes fonctions. Simultanément, il s’inscrit à l’université du Caire. Il y obtient un doctorat en sciences politiques et relations internationales. De son cursus universitaire cairote, le professeur Belaïd garde toujours en mémoire l’incident l’ayant opposé à celui qui deviendra le sixième secrétaire général de l’ONU, l’Egyptien Boutros Boutros Ghali. A l’époque, ce dernier était professeur de sciences politiques chargé de la post-graduation. «Boutros Ghali était directeur de thèse et n’était pas favorable au sujet de ma thèse de doctorat – Question de l’identité arabo-islamique de l’Algérie – sous prétexte, l’histoire de l’Algérie et sa guerre de libération ont été suffisamment étudiées», se rappelle encore le professeur Belaïd.

En septembre 1980, grand retour au pays après une très longue absence. Retrouver Oued Sebt (Aïn Defla), la terre qui l’a vu naître en décembre1930, a vite ressuscité de vieux souvenirs et ravivé de douloureuses vieilles images de son enfance. Le spectre de l’abandon y plane toujours et rien ne vient le lever. Ces vieux souvenirs et ces vieilles images, il réussit à les transcender. Comment ? Un changement de cap vers l’est du pays.
Le professeur Belaïd s’installe dans la capitale des Aurès, Batna, où, depuis décembre 1988, il est professeur d’histoire et de sciences politiques.

Le parcours de Rabah, le cireur de chaussures qui a été torturé, frappé, insulté et brimé, le harrag qui a souffert dans sa chair et son cœur, le marin, l’étudiant, le grand militant et professeur d’université n’illustre-t-il pas que l’on peut gagner chaque jour sur la dureté de la vie et l’irréversibilité du temps ? 

Naima Benouaret
Source : http://www.elwatan.com/actualite/son-depart-vers-l-italie-a-eu-lieu-le-20-octobre-1944-01-09-2012-183788_109.php

 

Tags : Algerie Harrag
Category : PERSONNALITES ALGERIENNES | Write a comment | Print

Comments

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