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 Bannissons le mot « frères »

3/1/2010

Bannissons le mot « frères »

Etre leader du monde arabe, c’est être avant tout en phase avec le sentiment profond des masses arabes ; le charismatique Jamal Abd Nasser a su pendant un temps incarner un immense espoir. Ce qu’il professait était une alternative exaltante aux yeux de tous les Arabes.

Chasser les exploiteurs étrangers, bâtir une société juste, jeter les bases d’une future unité arabe, construire les instruments pour une défense nationale, relever le défi du développement, étaient les leitmotive du Raïs. Et c’était aussi notre programme. Pour les gens de ma génération, l’Egypte a été la patrie des officiers libres qui, dans les années 1950, ont aboli la monarchie, nationalisé le canal de Suez, construit le barrage d’Assouan, réarmé l’armée égyptienne, milité pour l’unité arabe et défendu la cause palestinienne. Il y a quelques jours, dans une contribution du journal El Watan, un colonel de l’ANP a énuméré avec beaucoup d’érudition des événements et des dates. Pourquoi l’Egypte et les Egyptiens n’ont jamais laissé l’Algérie indifférente. Dans mon adolescence, l’Egypte était identifiée par ses artistes que furent Youcef Wahbi, Anwar Wagdi, Faten Hamama, Yousef Chahine. Farid El Atrach, sa sœur Ismahan, ainsi qu’Omar Sharif, n’étaient pas Egyptiens mais représentaient l’Egypte. Tous ces artistes, en dehors d’Omar Sharif, n’ont jamais traversé la frontière arabe. Je parlerais aussi de Dalida et d’Anna Magnani, d’origine italienne, nées en Egypte et qui ont fait une belle carrière européenne. Mais ce rébus au gré de l’histoire était déjà enrichi par d’autres symboles, d’autres figures emblématiques qui donnèrent au mot intellectuel toute sa vraie valeur : Taha Hussein et Naguib Mahfouz (prix Nobel de littérature) qui offrirent par leur talent la gloire internationale aux lettres arabes. Dont acte. Et comment oublier Le Caire, boîte de résonance des exploits de notre ALN quand l’incandescent Aïssa Messouadi faisait vibrer les cœurs de tous les Algériens et de tous les Arabes dans cette émission tellurique « La voix des Arabes » (Saout El Arab) à l’heure où les incendies coloniaux envahissaient les flancs de nos djebels et carbonisaient nos mechtas et douars. C’est pour cette raison que les Algériens de ma génération ont ressenti plus tard, physiquement, le poids des défaites nassériennes. Et c’est, connaissant le sentiment profond de son peuple que le président Houari Boumediene a voulu prouver à l’Egypte combien nous étions proches d’elle, dans sa détresse et son désespoir.

Les mensonges mégalomanes, l’arrogance agressive, les slogans exécrables et l’ambition démesurée étaient les pieds d’argile du colosse égyptien. La cognée de Tsahal l’abattit en quelques heures seulement. Les Algériens émotifs, portés par leur élan de générosité, de foi et de « nif », refusèrent de bien lire cette terrible leçon de choses. Qu’importe les déceptions et les rancœurs passées, Boumediene qui n’oubliait et ne pardonnait jamais une offense, avait choisi en ces moments de deuil d’oublier que les Egyptiens avaient délégué leur colonel, Fethi Dib, aux affaires algériennes pendant notre guerre de libération. Les ingérences et les manipulations de cet intrus de leurs services, ont valu à la Révolution algérienne de nombreux déboires : la diabolisation de Abane Ramdane, les campagnes anti-Kabyles qui durent jusqu’à aujourd’hui, le fumeux complot des colonels où les colonels Mohamed Lamouri, Ouachria, Nouaoura ainsi que le capitaine Mostefa Lakhal (le tigre de Palestro) furent exécutés, l’inféodation de Ben Bella, les dîmes prélevées en nature sur nos équipements militaires offerts par des pays amis qui transitaient par la vallée du Nil, et surtout la risible et ridicule tentative d’intervention de la marine égyptienne après le 19 juin, etc. Au lendemain de l’indépendance, Khaled Nezzar, responsable du matériel militaire au ministère de la Défense a eu pour mission de rapatrier les armes, bien de la révolution, entreposées dans les magasins de l’armée égyptienne. Il ne put pas le faire. Le gouvernement égyptien avait présenté à Amar Benaouda, notre représentant au Caire, un quitus signé par Ben Bella qui dédouanait l’Egypte de son rôle de dépositaire du bien algérien et la rendait propriétaire de tous le matériel confié à sa garde. Il apparaîtra par la suite que la signature de Ben Bella était une fausse. L’intéressé se trouvant dans un cul de basse-fosse ne pouvait donc se défendre. Qu’importe le passé ! Boumediene, meurtri de douleur, blessé et fou de colère après la défaite de 1967, se rendit à Moscou : « Donnez des armes et des avions à l’Egypte, l’Algérie payera. » Brejnev eut cette réponse mémorable, paraît-il : « D’accord camarade président, mais lorsque l’armée égyptienne aura envie de se battre. » Je passe sur les reproches faits à l’Egypte qui voulait, selon Brejnev, entraîner l’Union soviétique dans une confrontation contre l’Occident ! Boumediene comprit toute la portée du diagnostic de l’homme fort du Kremlin quant à la combativité des troupes égyptiennes, lorsque de retour à Alger, il apprit que les pilotes égyptiens venus prendre les commandes des Mig algériens mis à leur disposition avaient demandé à leur accompagnateur algérien, l’adresse d’une boîte de nuit ! (je laisse le lecteur deviner la réaction du président Boumediene).

La guerre d’usure commence. L’Algérie décide d’envoyer un corps expéditionnaire rejoindre le front égyptien. C’étaient des moudjahidine de la guerre de Libération qui partaient, puisqu’en 1967 l’ANP n’avait pas renouvelé ses effectifs. Je me souviens, en tant que cameraman, de l’époque de la harangue passionnée de Boumediene devant le front des troupes dans le camp de Zéralda. Il parlait de fierté, de solidarité et de sacrifices pour la cause arabe, la sincérité des mots est toujours attestée par le paraphe de l’acte. Le sang versé sur les bords du canal a été le cachet indélébile qui a certifié chaque mot de cette harangue. Lorsque Abderazak Bouhara et Hadj Mohamed Zerguini comprirent que l’Egypte n’avait pas envie de se battre, le contingent algérien fut rapatrié. Mais l’Algérie, malgré l’évidence, y croyait toujours. Septembre 1973, réunion du sommet arabe au Palais des nations, Club des Pins à Alger. Dans une villa, le président Boumediene entouré du roi Fayçal, de Hafez El Assad, d’Anouar Sadate et du roi Hussein de Jordanie, décidèrent et fixèrent ensemble, la date, le jour et l’heure de ce que l’on allait appeler « la guerre d’octobre » et que la presse occidentale appela « la guerre du Kippour ». Mouammar El Khadafi fut outré et il le fit savoir de n’avoir pas assisté à cette réunion. Qui ne se souvient de Boumediene devant les caméras de toutes les télévisions, offrant un chèque de 100 000 000 de dollars à Anouar Sadate, le géniteur du régime actuel, à celui qui devint l’ami de Menahem Béguin, à celui qui alla la corde au cou, pousser des vocalises lyriques à la Knesset, faisant pleurer de bonheur, Golda Meir, à celui que l’armée n’a jamais pardonné la mort de presque 100 000 héros, frères égyptiens qui enlevèrent la ligne indestructible Bar Lev, au responsable de l’affaire du « déversoir », à celui qu’Enrico Macias dédia sa chanson On a tué la paix au signataire, le 17 septembre 1978, des accords humiliants de Camp David. Mais avant cette mémorable reddition de l’Egypte, l’Algérie y croyait toujours. Boumediene décida d’envoyer des hommes et des armes, Khaled Nezzar fut chargé de démontrer ce que les Algériens savent faire sur un champ de bataille. Le chef de bataillon des maquis de la base de l’Est fut atterré par l’amateurisme des généraux égyptiens qui abritaient leurs pièces d’artillerie et leurs PC derrière des murets en pierres sèches. Notre commandant leur appris, entre autres, l’usage des « trous-bouteilles » qui rendent inopérant le feu de l’adversaire et essaya de les convaincre que la première condition de l’efficacité d’une armée est la qualité des rapports (l’estime mutuel, le respect et la confiance) entre les combattantes et leur hiérarchie. Nezzar avait compris en quelques jours quelle était la cause des déroutes successives de l’armée égyptienne face à Israël 1948…1956…1967…1973. Je pense que sous un autre commandement, les soldats égyptiens seraient de bons combattants. Ils le prouvèrent lors de la traversée du canal de Suez sous un déluge de feu apocalyptique où ils détruisirent la ligne Bar Lev.. Mais que faire devant la carence, l’incompétence, la suffisance et l’incurie de leurs chefs. La distance faite d’inhumanité, de morgue, d’arrogance, de mépris entre la « caste » du corps des officiers et de la troupe composée essentiellement de fellahs du Nil donne la réponse à tous ces fiascos. Entouré de son état-major, notre commandant se remémorait devant ces étendues du Sinaï la débandade de 1967. Le désert parsemé à l’infini de brodequins abandonnés par les soldats égyptiens fuyant éperdument devant les unités du Tsahal.

La presse occidentale à l’époque en avait fait complaisamment ses choux gras, photographiant et publiant en première page ces trophées de l’armée israélienne plus humiliants que la défaite elle-même. Quelle blessure ! Les vétérans de l’ANP qui avaient connu la confrontation sur les champs de bataille pendant la guerre de Libération avec des forces infiniment plus nombreuses et mieux armées ne pouvaient admettre d’autre explication aux déroutes égyptiennes qu’un manque de motivation, chez ces officiers égyptiens à la mentalité bourgeoise et imbus de leur grade et de leur personne. Brejnev savait ce qu’il faisait, lorsqu’il avait refusé à Boumediene « d’armer de nouveau Israël » parce que les équipements soviétiques fournis à l’Egypte (plusieurs centaines de chars) avant la déroute de 1967 avaient été abandonnés sans résistance, aux mains du vainqueur israélien. Aujourd’hui à ceux qui ont profané la mémoire de nos martyrs, à ceux qui ont brûlé notre drapeau, à ceux qui nous ont insultés avec des mots obscènes, à ceux qui doutent de notre identité, je dis simplement que notre drapeau est couturé de cicatrices et marqué à jamais de taches de sang indélébiles. Chaque année, l’Algérie commémore au mois d’avril, la bataille de Souk Ahras. J’ose ce rappel pour mémoire et aussi pour dire au jeune lecteur algérien qu’il est le dépositaire de vertus, de courage et de sacrifices. Tes aînés sur les monts de Souk Ahras, de Djeurf, de Bouzegza, de Djebel Labiod, de Tamalous, de Palestro et tant d’autres champs d’honneur, cernés par des forces écrasantes ont démontré ce que peuvent accomplir des hommes animés par l’amour de la patrie. Que l’Egypte de la soumission et de la décadence insulte tout ce que nous avons de plus sacré est la preuve que nos victoires, y compris celle récente sur le terrorisme, lui sont restées en travers de la gorge. Je ne parlerai pas de cette Egypte hégémonique qui a accaparé toutes les organisations arabes ou non. Commençons par la Ligue arabe dont la majorité des fonctionnaires sont égyptiens, à commencer par le SG, Amr Moussa. Le pouvoir égyptien se sert de cette organisation d’abord pour ses intérêts. Le fait le plus important de toutes ces insanités contre l’Algérie aujourd’hui date de 2004 lorsque par la voix de son représentant, Abdelaziz Berkhadem, sur instruction du président de la République et au nom de l’Algérie, avait souhaité la démocratisation de la fonction de la Ligue arabe et l’instauration d’une présidence tournante. Moubarak, vexé, réagit violemment, appela son lobby au secours afin de maintenir Amr Moussa à la tête de l’organisation et sauvegarder son siège au Caire. Les Egyptiens domicilient chez eux aussi la CAF (Confédération africaine de football).

Il serait souhaitable pour le football africain, après l’affaire du Zimbabwe où le match Egypte-Zimbabwe se joua à Lyon, mais surtout l’EN caillassée et matraquée au Caire, de déplacer cette instance ailleurs. Les Egyptiens sont la partie cachée de l’iceberg qui s’appelle UPM (Union pour la Méditerranée) chère au président Sarkozy. Organisation qui finira, à mon avis, un jour dans les poubelles de l’histoire comme le processus de Barcelone. Les Egyptiens domicilient chez eux aussi l’Association des avocats arabes dont les responsables sont supposés êtres les garants du droit et de l’éthique de la profession et qui brûlèrent un drapeau algérien dans une hystérie collective. Même le nucléaire n’échappe pas à la vigilance et à l’appétit de Moubarak ; puisque pendant des années son affidé, ami et obligé, Mohamed El Baradeï, Egyptien, était le directeur de l’AIEA. Et n’oublions pas « El Ousted » Farouk Hosni, ministre de la Culture égyptien, et surtout ami de Moubarak (Jack Lang et Mitterrand) qui se vit offrir l’Unesco, soutenu encore et toujours par l’Algérie, dont le candidat libre, Mohamed Bedjaoui, se trouva orphelin, abandonné sur le bord de la route par son pays, l’Algérie. Je ne parlerais pas de l’Egypte et de son pouvoir sans partage, du lâche comportement de ses faiseurs, ou plutôt de ses faisans, des bonimenteurs patentés, de leurs médias inféodés au clan Moubarak et qui nous ont servi un interminable et pitoyable feuilleton. Il n’y avait pas de grains à moudre et quand dans un moulin, il n’y pas de grains à moudre, ses hélices tournent dans le vide et ne brassent que du vent. De mensonges en contrevérités, ces médias, valets d’un pouvoir vieillissant et finissant, d’un pouvoir décrié et honni par tout un peuple vivant dans la misère et la précarité la plus totale, ont été instrumentalisés contre une Algérie qui vola par deux fois au secours de l’Egypte ; insulter, calomnier, menacer, la haine dans toutes ses variantes ; je comprends qu’il fallait aux commanditaires de cette nauséabonde opération juguler l’incendie qui menaçait leurs privilèges. Mais lorsqu’on en fait de trop, on suscite la réprobation et l’indignation. L’indignation chez les Algériens et la réprobation dans le reste du monde. Ces médias ont tenu le crachoir avec une telle morgue, une telle arrogance, une telle suffisance, mais surtout une telle mauvaise foi, que j’avais l’impression en regardant l’écran de télévision, de recevoir des postillons infectieux, vénéneux et surtout haineux sur le visage. Ces offensives médiatiques, ce langage outrancier, ces menaces à peine voilées, du pouvoir cairote, ont laissé l’Algérie officielle de marbre. Cette dernière a laissé au seul Abdelkader Hadjar, notre ambassadeur, le soin de faire face à la tempête, au tsunami cairote.

Garder son sang-froid, observé de la retenue devant tant d’agitation et d’hystérie collective, était assurément ce qu’il fallait faire. Hadjar s’est révélé l’homme de la situation. Imperturbable dans l’orage, le vieux routier des coulisses du FLN a joué sur le préjugé favorable dont il bénéficie auprès de la gent cairote et du « plus » pour causes d’affinités multiples. Ce personnage courageux (il l’a prouvé en se rendant seul au fort du terrorisme à Had Echkala dévasté par le GIA) a été le mieux à même de démêler les écheveaux compliqués cairotes et d’interpeller à quelque niveau où ils étaient, les véritables ordonnateurs de la cacophonie qui nous assourdit depuis des semaines. On n’est pas spécialistes « de complots scientifiques pour rien ». Le pouvoir algérien par son silence cinglant à l’establishment égyptien « notre réponse publique demeurera au niveau de cet extraordinaire ambassadeur. Vous le décrivez inculte, rustre, folklorique, dépourvu de savoir-vivre. C’est ce que vous pensez de tous les Algériens ». Et maintenant, je pose la vraie question : « Les Egyptiens sont-ils vraiment des Arabes ? » Je dis que non ! Ils sont en majorité musulmans, comme l’Indonésie et l’Afrique du Nord, mais pas arabes. Les Arabes sont un groupe ethnique venu d’Arabie. Les Egyptiens viennent de l’Afrique orientale subsaharienne. Les Algériens sont des Berbères, de culture berbère, arabo-islamique et francophone. La langue égyptienne fait partie des langues afro-asiatiques, dont font partie également les langues berbères, ce qui permet donc de faire un rapprochement linguistique (de près ou de loin) entre ces différentes populations. La langue n’est qu’un véhicule de communication et non une valeur qui fait d’un peuple, son identité nationale. Plus vous parlerez de langues et avec plus de monde vous pourrez communiquer. Une grande civilisation est une civilisation qui n’a pas besoin d’interprète. A l’égérie de la télévision égyptienne et à leurs différents responsables qui nous ont traités de « barbares », je dis que le mot « barbare » vient des Romains, qui au lieu de dire « berbère », disaient « barbares ». Quel bonheur ! La reconnaissance ! Je suis fier d’être berbère ! Et tout ce grabuge, pourquoi ? Pour un match de football ! Quelle dérision ! Quel ridicule ! À partir d’aujourd’hui, arrêtons, arrêtez, le mot « frère » car l’hypocrisie à quand même ses limites.

 

Par Mohamed Lakhdar Hamina

Source : http://www.elwatan.com

Tags : arabes
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