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 Immigration au Canada : Des perspectives et des déconvenues

5/1/2010

Immigration au Canada : Des perspectives et des déconvenues

La tentation d’émigrer est présente dans toutes les couches de la société. Jeunes et vieux, hommes et femmes, cadres ou ouvriers, riches ou pauvres, employés ou chômeurs, tous se portent candidats. Le Canada est la destination de choix pour la plupart. Le phénomène prend de l’ampleur. Il a aujourd’hui un caractère massif.

Le désir de rejoindre une autre contrée, si lointaine soit elle, affecte aussi bien la gent masculine que féminine. Mais, cette dernière se montre davantage intéressée, plus déterminée, prête à s’engager à tout moment et s’implique plus passionnément. Sa motivation ? Une vie familiale moins contraignante et une vie sociale plus épanouissante, loin de toute forme de « contrôle social », régentant les conduites comportementales. Loin, très loin, des regards suspicieux, réprobateurs ou inquisiteurs. Les jeunes, pour leur part, mettent en avant leur soif de liberté, de justice et l’accessibilité à un autre mode de vie. Ils ont l’obsession de se soustraire à la malvie, peu importe le coût, l’effort, le sacrifice. Il en est aussi qui recherchent l’opportunité de démontrer des talents artistiques ou professionnels que l’on est convaincu de posséder et que les normes locales contestent.

Le projet d’émigrer peut procéder d’une démarche volontariste ou s’imposer à l’individu sous des pressions résultant d’événements familiaux, professionnels ou sociaux. Il peut obéir à une réflexion mue par de décevantes expériences professionnelles ou encore par un vécu quotidien peu exaltant ou bien être simplement alimenté par des aspirations légitimes à une qualité de vie procurant davantage de confort matériel et moral. Les standards du mode de vie occidental exercent un irrésistible attrait. La migration peut aussi s’inscrire dans une ambition égocentrique : prouver à son entourage qu’on est capable de réaliser l’aventure à laquelle aspire la jeunesse. Elle peut enfin se présenter comme une alternative à la malvie actuelle. L’intention d’émigrer est tenace dès lors qu’elle survient et que l’on entrevoit la possibilité pratique de la concrétiser, de la transformer en réalité à vivre. Emigrer ! Il suffit parfois d’y penser un instant. L’idée évolue ensuite de façon insidieuse, puis s’installe durablement dans l’esprit et finit par s’imposer comme une préoccupation fondamentale. Elle mobilise l’esprit en permanence.

Le grand départ devient un objectif majeur. Lorsque la résolution d’ émigrer est arrêtée, toutes les actions de la personne en tiennent compte et convergent vers ce but ultime. En effet, qu’il s’agisse de planifier des événements de la vie, de gérer ses économies ou tout simplement de s’apprêter à engager des responsabilités, la perspective du prochain départ est toujours présente et s’invite ponctuellement pour influencer le cours des décisions. La perspective de partir empêche l’émergence chez l’individu de tout autre projet impliquant un maintien durable dans le pays. Des renoncements aux plus confortables des situations matérielles sont acceptés. Des perspectives de brillantes carrières professionnelles ou encore d’enviables positions de direction sont abandonnées.

Une fois la décision d’émigrer prise, le sujet gère à distance, avec minutie la progression de son dossier. Il est à l’écoute des modifications législatives en la matière, et redoute leurs conséquences. Il est attentif aux turbulences sociopolitiques ou géopolitiques. Il en évalue instinctivement leur impact sur sa candidature (allongement prévisible des délais de traitement, reconsidération des volumes de flux migratoires autorisés ... ). Les candidats font preuve d’une farouche combativité lorsque des obstacles apparaissent au cours du processus d’émigration. Ils mobilisent leurs énergies, leur temps, leurs moyens matériels et relationnels, pour surmonter les difficultés contrariantes. Toutes les ressources de l’individu sont au seul service du maintien de la candidature. C’est que la perspective de rejoindre le Canada et d’y vivre légalement vaut tous les sacrifices. L’idée de gagner d’autres contrées émerge de façon fortuite. Elle prend forme au détour d’un événement, d’une rencontre ou d’une information anodine. L’image d’apparente réussite sociale ou d’aisance matérielle qu’affichent les émigrants déjà établis n’est pas étrangère à cette volonté de partir pour certains segments de la société. Souvent, cette visible réussite vient renforcer des convictions déjà bien affermies.

La tentation prend l’allure d’une intention résolue dès lors que la personne fait son introspection et dresse lucidement le bilan de sa vie. Le bilan conclut souvent à un échec, à une malvie, ou dans le moindre des cas, à une vie sans perspectives heureuses. La tentation évolue en volonté manifeste de s’en aller lorsque l’individu est confronté à l’incompréhension, ou à des frustrations répétées. Chez ceux-là, les décisions sont tenaces, ils montrent peu de disponibilité à en parler avec leur entourage et demeurent réfractaires à toute argumentation contrariante. Cette tentation gagne des couches de la population que l’on ne pouvait soupçonner de nourrir de tels projets, tant leur apparente aisance matérielle ou leur réel confort intellectuel et culturel sont évidents. Ces élites de la société peuvent, au regard de l’observateur non avisé, paraître prémunies de tels desseins censés intéresser essentiellement des catégories sociales vulnérables.

Les projets d’émigration, lorsqu’ils concernent une cellule familiale ont davantage de chances d’être menés à terme. Le soutien des membres de la famille à ce destin collectif encourage la persévérance et maintient l’espérance. La responsabilité individuelle devient moins pesante et l’assurance de s’en sortir augmente. On est plus confiants dans le succès lorsque les efforts de tous sont mobilisés et les capacités de chacun mises à contribution. C’est l’effet de synergie qui fait avancer, qui renforce la détermination.

Inventaire des motivations

L’éventail des motivations est si large qu’il serait fastidieux d’en dresser l’inventaire. Néanmoins, la population potentiellement immigrante peut être stratifiée en quatre catégories, selon les aspirations profondes d’émigration. La première catégorie, la plus importante en nombre, regroupe, en général, une élite intellectuelle. Ce sont souvent des couples d’un niveau d’instruction élevé (diplômes universitaires et post universitaires). Ils sont cadres dans les secteurs économiques, dans les institutions étatiques ou gens de professions libérales Leur niveau de vie est bon, au regard des standards de consommation du pays. La plupart ont voyagé et sont imprégnés de culture occidentale mais aussi attachés aux valeurs morales de notre société. Contrairement aux préjugés, ils ne sont pas nécessairement francophones. Cette catégorie se caractérise par deux préoccupations majeures qui articulent leur projet. On relève d’abord leurs soucis en matière d’éducation des enfants. Ces familles ont une opinion franchement défavorable de l’école algérienne : autant de valeurs que celle-ci inculque que de l’esprit qu’elle modèle. Ils établissent une relation entre le devenir de leur progéniture et l’évolution sociale prévisible du pays.

Le rapport suscite de l’inquiétude. Ils se démarquent de la société dominante qu’ils jugent archaïque, réticente à l’ouverture d’esprit et peu disposée au progrès social. Signe des temps, ils sont prêts à renoncer à leur confort d’ici pour accéder à une école conforme à leurs attentes ailleurs, même si les conditions matérielles ne seront pas nécessairement meilleures. La seconde préoccupation est liée à leur devenir professionnel. Les perspectives de leur carrière est décevante, ce qui alimente et entretient leur angoisse. Ailleurs, leur devenir leur paraît plus prometteur. Sûrs de leurs habilités, confiants dans la sélection des compétences, convaincus de leurs mérites, ils sont persuadés de leur prochaine réussite dans cet univers qui autorise les espoirs les plus fous : « The american dream » (Le pays où les rêves peuvent se transformer en réalités) ... La persévérance est sans doute le prix à payer. Ils possèdent la rigueur morale et les valeurs intellectuelles, ainsi que la compétence qui augurent de leur chance de réussite. Ils semblent se dire : « Armons-nous de détermination et soyons téméraires pour agir sur le destin. » Cette population se singularise par sa rationalité et sa cohérence.

Cette catégorie est formée de personnes qui évaluent tout, comparent, murissent leurs décisions et planifient leurs actions. Ce sont des cartésiens. La seconde catégorie est constituée de gens qui agissent par dépit. Ceux-là sont sans projet d’immigration planifié, n’ont aucune perspective de vie réfléchie et organisée, et parfois même, sans destination arrêtée. Ils s’en vont davantage pour quitter le pays, pour fuir une existence inconfortable, et non pas nécessairement pour rejoindre une contrée précise. Ils sont mus par le ressentiment. Leur certitude : ailleurs ne peut être que meilleur qu’ici. C’est partir par dépit. Ils se fient à leurs pulsions pour satisfaire leurs profondes aspirations, le pays d’accueil importe peu. La confusion est dans leur état d’âme. Ceux qui agissent par dépit dénoncent par leur acte un ordre social imparfait, injuste, inique. Leur action tient de la révolte, d’un refus de résignation. Bref, ils marquent leur détermination à se soustraire à un environnement globalement agressif et oppressif à leur égard. Cette catégorie est constituée essentiellement de jeunes, confrontés à de dures réalités de la vie quotidienne.

Leur décision d’émigrer est circonstancielle. Elle est guidée par l’émotion plutôt que par la raison. Elle est davantage impulsive que rationnelle. Ce type de décision est dicté sous la pression d’un contexte économique et culturel défavorable, voire oppressant. Cette classe d’émigrants recherche un changement radical de son sort, immédiat, quel qu’il soit. Les intentions d’immigration orientées par de tels mobiles instaurent les conditions de l’échec et conduisent parfois à des regrets. Les stratèges. Ceux-là visent à conforter leur position économique et sociale déjà fort enviable. Ils sont à l’affût de tout ce qui peut rehausser encore plus leur statut. Leur objectif est de s’approprier les privilèges que confère une seconde nationalité : la citoyenneté canadienne. Celle-ci, on le sait, ouvre toutes sortes de perspectives. Elle facilite les déplacements à travers le monde, octroie de la respectabilité dans la société et donne du crédit dans les négociations aux fins de transactions de toutes natures. Ils ont rarement la volonté de s’installer définitivement outre-Atlantique.

Dans des pays tels que le Canada, il n’est pas aisé de s’ériger en « capitaines d’industrie ». La facilité d’y accumuler des capitaux est incertaine. L’environnement institutionnel des entreprises se prête mal aux subtils arrangements concertés, pour booster les affaires. Par contre, ils montrent le plus grand souci à y installer leurs enfants, garçons ou filles, à titre d’étudiants de préférence, mais demeurent toutefois réceptifs à toute autre option qui garantisse un statut de résidant permanent, à terme. Enfin, on peut identifier un quatrième groupe moins homogène. Il est constitué de gens qui affichent un curriculum vitae peu consistant, chez lesquels on relève une formation « approximative » et une profession aux contours mal définis. Ils étalent une expérience de travail faite de vagues taches dans des domaines variés.

Leur parcours professionnel atteste d’une instabilité au travail. Les motivations de ce segment d’émigrants potentiels sont variables et parfois étranges. On y observe ceux qui sont en quête de reconnaissance sociale ou professionnelle, convaincus de posséder de remarquables talents et habiletés que l’environnement local leur conteste, car dépourvus de l’atout du savoir. Ils partent valider ailleurs un statut douteux. Sous l’emprise de considérations subjectives, ils sont persuadés que la chance va leur sourire. Ils guettent la manifestation de la providence. Cette catégorie recèle aussi les roublards qui considèrent les sociétés occidentales comme naïves, crédules, faciles à duper, en raison de la simplicité de leur mode de fonctionnement, de la transparence de leurs activités, de leur franchise dans les relations interpersonnelles. Ils pensent s’émanciper par l’exploitation de cette vulnérabilité, de cette fragilité détectée chez les hommes ou dans le système de vie. Confiants dans leur art discursif, ils voient dans ces sociétés une aubaine pour leur ascension sociale. Intégrons aussi dans cette population ceux qui subliment le Canada, considérant que ce pays « offre tout », sans peine et sans efforts.

Cheminement psychologique

Pour le commun des candidats, la décision d’émigrer est complexe, porteuse à la fois d’espoirs, d’inquiétudes et d’angoisses. Elle place l’individu dans un état psychologique conflictuel. La décision engage autant la sphère affective que rationnelle. Le départ est un moment redouté, chargé d’émotivité car il induit des séparations, des ruptures. Il annonce un changement de mode de vie exigeant une difficile adaptation. Il ouvre sur la découverte d’un nouvel environnement spatial, climatique, relationnel, et technologique, inhibant au premier abord. Alors l’émigrant rationalise sa démarche : il se persuade qu’il s’achemine vers un horizon d’espoir, de bonheur, de progrès, de justice, d’éthique, ou, plus simplement vers tout ce qui fonde la réussite basée sur le mérite. Le projet d’émigrer interpelle l’intelligence, sollicite le sentiment et convoque la morale, car gérer les ruptures, dénouer le conflit, ne sont pas choses aisées.

En fait, dans la réalité, les raisons qui fondent le projet d’émigrer ne sont pas aussi nettement segmentées. Les motivations sont multiples, souvent confuses et imbriquées. Cependant, on y trouve toujours une raison principale qui justifie la décision. Cette raison déterminante forme un argument majeur, un socle sur lequel viennent se greffer d’autres considérations sous-jacentes. Celles-ci renforcent l’intention, affermissent la volonté, dissipent les doutes et les appréhensions. Dans un projet d’émigration, l’assentiment des proches, et particulièrement des parents, est souhaité, voire sollicité. C’est une forme de bénédiction à laquelle adhérent même les moins croyants. En effet, un départ c’est d’abord la déstabilisation de la famille, au sens large.

Des parents tenteront, vainement, d’influencer le cours de la décision, dans le sens de dissuader, de mettre un terme à l’initiative. Souvent, ce sera sans effet, car leur argumentation fait appel à des justifications qui attestent d’elles-mêmes qu’on n’a pas saisi la véritable motivation de la décision. Encore de l’incompréhension ! De l’incompréhension, même dans les cercles les plus proches. De l’incompréhension chez ceux-là mêmes qui sont censés partager notre sensibilité, notre analyse, nos légitimes ambitions, nos attentes réalistes ... Un départ, c’est aussi la douleur de tout abandonner, de tout quitter : des amis, un vécu, des lieux communs témoins de notre jeunesse (avec ses joies, ses chagrins, et ses peines), de notre errance et de nos promenades romantiques..

Un pays magique

Si les ressorts motivationnels sont distincts pour les différents groupes, la représentation mentale du Canada est, dans l’ensemble uniforme. La destination fait rêver. Le rêve est fondé sur des réalités objectives. C’est la dimension attractive du pays. Mais le Canada a aussi ses inconvénients, ses tares, ses inconséquences qu’il se garde bien de propager dans l’espace international. Examinons sommairement ces deux facettes du pays.Le Canada est un pays sublimé, idéalisé. Son évocation renvoie à un univers fantastique. Il alimente les fantasmes. Pays magique, pays fabuleux, il exerce une irrésistible attractivité. Une nature spectaculaire. C’est le pays de tous les superlatifs ....... Il impressionne d’abord par ses étendues infinies. Bordé par deux océans, d’est en ouest, il offre des contrastes saisissants, de la façade atlantique à la chaîne des Rocheuses, en passant par les vastes prairies aux récoltes légendaires. Il faut 8 heures de vol en avion pour traverser le pays. Evidemment ! Sa superficie fait 4 fois celle de l’Algérie (Sahara compris). Ses milliers de lacs et de cours d’eau couvrent une fois et demie un territoire de la taille de la France. Ses innombrables parcs préservés à l’état naturel ou aménagés aux fins de détente façonnent un espace verdoyant en permanence . . L’immensité et la diversité de sa prodigieuse nature (végétation, flore et faune), protégée de la pollution, demeure encore saine.

Le territoire est couvert par six fuseaux horaires. Dans les régions d’extrême nord, la nuit dure moins de deux heures en certaines périodes. Ces réalités géophysiques semblent avoir imprimé à la culture canadienne ce grand respect de la nature. Le Canada a une réputation établie d’être le grand défenseur de l’environnement. Il donne, dans ce domaine, l’exemple aux nations, même lorsque ses engagements le placent dans une position inconfortable vis-à-vis de son géant voisin américain. La conscience environnementale est fortement ancrée chez le citoyen. En effet, les penchants du Canada pour le respect et la défense de l’environnement sont aussi naturels puisqu’ils remontent à un lointain passé. Déjà, les populations autochtones, (amérindiens et Inuits) vivaient et vivent encore en symbiose avec la nature. Grand protecteur de la nature, le Canadien est également jaloux de son patrimoine culturel façonné, pourtant, par une histoire relativement courte, au regard de l’échelle de l’histoire universelle.

On comprend dès lors la passion et la fascination des gens pour le Canada. Cette image marquante du pays s’exprime de maintes manières. Exhibition des couleurs ou de la feuille d’érable, lors des manifestations sportives, à l’instar des fans du CRB. Graffitis sur les murs glorifiant le Canada. Chansonnettes et clips élogieux, mais au verbe corrosif, dans le pur style humoristique algérien Le Canada, pays du gigantisme en tous genres, pays de la démesure, abrite un peuple dynamique, résolument orienté vers le futur. D’une témérité sans pareil, il cultive les ambitions les plus folles. Son ardeur et son endurance au travail lui procurent les moyens d’une vie exaltante. Des hommes et des femmes pleins de vitalité, fougueux, souvent audacieux, portés sur les défis, l’initiative et l’aventure. Leur système éducatif, l’un des plus performants au monde, les dispose à la créativité et à l’innovation. Imaginatifs, ils s’impliquent dans des aventures les plus téméraires, Leurs exploits ont marqué de prestigieux domaines dans les sciences, les sports ou les arts.

Certaines de leurs réalisations méritent bien l’appellation de défis. Citons des exemples. Commençons par les « down towns » (centres villes) arborant une architecture moderne faite de gratte-ciel suréquipés de technologies sophistiquées. Ces technologies qui permettent d’optimiser la gestion de la sécurité, d’assurer l’alimentation en énergie et autres utilités de façon sûre et rentable, de contrôler le comportement des fluides, de surveiller la circulation et la qualité de l’air, de suivre les flux de passants .... Le tout, évidemment, avec ce souci constant du « moindre coût ». Les nombreux gratte-ciel communiquent entre eux par des galeries commerçantes souterraines, très achalandées. A Montréal, ces galeries totalisent un trajet de 20 kilomètres, et c’est pourquoi on parle de ville souterraine. Alors que dans bien des contrées, les ingénieurs s’abstiennent d’engager le coulage de béton dès lors que les températures baissent ou avoisinent le 0°C, ici on exécute ce type d’opération sous des températures de - 40° Celsius. Il est vrai que les moyens mis en œuvre sont à la hauteur de la complexité de la tâche. Formidable prouesse technologique, le Canada est le maître d’œuvre du pont de la confédération qui relie l’île du Prince Edouard au continent. Ce pont d’une longueur de 22 km (le plus long du monde ?), est porté par des poteaux ancrés dans le sol de l’océan Atlantique. Désormais, la traversée en voiture est rendue possible. Le public, hors Amérique, ignore souvent les performances du Canada dans le secteur aérospatial. Pourtant, le bras qu’articule la navette spatiale américaine est bien le produit de l’industrie canadienne.

Les candidats, engagés sur le projet d’émigration vivent au rythme du Canada : ils regardent TV 5, s’informent du mode de vie, se connectent sur des sites qui leur renvoient l’image d’un pays heureux, où il fait bon vivre, où les citoyens baignent dans le bonheur. Selon un classement international, sur les 10 villes au monde où il fait bon vivre, trois sont canadiennes. C’est tout dire. Le fabuleux été indien fait partie des atouts qui font du Canada une destination sans pareille dans le monde. De splendides parcs et des milliers de lacs aux étendues infinies ont façonné la topographie du territoire à l’image d’un gruyère.

Pays honorable

Dans l’imaginaire des élites des pays émergents, le Canada tient une place à part parmi les nations occidentales. Il se distingue par des qualités qui l’honorent et qui font la grandeur et la fierté de son peuple. D’abord, son action dans les affaires internationales est en parfaite harmonie avec la philosophie et les principes qui guident son système de gouvernance et l’éthique. Il s’interdit d’être belliqueux, belligérant et abhorre l’arrogance qu’affichent quelques grandes nations. Porté sur la défense de l’environnement, il donne l’exemple par son dispositif juridique en la matière, par ses programmes pragmatiques et l’importance des ressources qu’il leur alloue. L’engagement n’est, pour le Canada, pas un vain mot. Premier pays dans le monde à honorer ses responsabilités internationales en matière d’asile et de protection des réfugiés, il accueille chaque année quelque 30 000 réfugiés (36 800 en 2008). A cette honorable conduite s’ajoutent les différentes aides qu’il octroie dans divers programmes au profit des peuples démunis.

C’est le pays qui contribue le plus à l’aide aux pays sous-développés, en y consacrant un taux significatif de son fabuleux PIB. Il est présent dans l’action humanitaire par ses médecins et autres compétences mises à contribution par le gouvernement. Les initiatives privées (personnalités ou organisations) participent à ces élans de générosité. La constance de ses positions et de ses actes dans le domaine des droits de l’homme, affirmées en toute occasion, recueillent la reconnaissance partout dans le monde. Par ailleurs, le Canada a toujours réagi avec une remarquable promptitude aux appels de détresse émanant de pays touchés par des catastrophes de toutes natures. Son assistance est politiquement désintéressée.

Il est conséquent dans son propos et dans ses actes ... Ce pays des droits, des libertés, de la tolérance, a la capacité de s’ouvrir à la diversité à grande échelle. Le Canada accueille sur son territoire 250 000 immigrants par an en moyenne et environ 240 000 autres en séjour temporaire (étudiants et travailleurs temporaires principalement). Ces populations proviennent de tous les pays du monde, de toutes les ethnies et de toutes les confessions religieuses. Le Canada inspire aux nations et à leurs élites politiques respect et considération. L’attachement farouche à sa liberté de décision politique, en conformité avec l’esprit et la lettre de sa célèbre charte des droits et libertés (document annexe à la Constitution), amène le Canada à adopter dans le concert des nations, des positions courageuses qui irritent parfois, son terrible voisin, les USA.

Ces attitudes sont d’autant plus respectables que les échanges économiques avec les USA avoisinent les 90 % de son commerce extérieur. L’exemple illustratif est ce refus catégorique opposé à l’envoi de ses troupes en Irak, pour la seule raison que la mission n’est pas conforme à la légalité internationale, c’est-à-dire non couverte par un mandat de l’ONU. Bush s’en est offusqué, mais le Canada ne badine pas avec la légalité. Ni les affinités culturelles qu’il partage avec les USA, ni l’interdépendance de leurs économies, ni les liens humains très forts et très denses, ne peuvent affecter le caractère souverain des décisions. Si le Canada emprunte beaucoup aux USA dans de nombreux domaines, et particulièrement dans les innovations et techniques, il se garde bien de s’en inspirer systématiquement. C’est ainsi que les récents désordres financiers vécus par les USA, ont été contenus à la frontière américaine. Le secret ? Les banques canadiennes sont encadrées par une réglementation qui leur interdit des initiatives ou des risques inconsidérés.

La société canadienne, suffisamment homogène, s’abstient de bouleverser l’ordre social et économique établis. Elle est réticente à l’aventure politique. Conservateurs ou libéraux au pouvoir (les deux grands partis politique qui rythment l’alternance au pouvoir), les projets politiques sont globalement semblables. Les confrontations portent sur des sujets mineurs. Ils s’opposent rarement sur des questions essentielles. L’intérêt général et le souci de l’image positive du Canada dans le monde prédomine chez tous. Ce tableau idyllique est assez incitatif pour encourager les indécis à immigrer. Cependant, gare aux déconvenues ! Sur place, des réalités moins réjouissantes risquent de surprendre.

Choc thermique et choc culturel

Les candidats appréhendent le « choc thermique » à leur arrivée. Mais là n’est pas le plus difficile. Certes, lorsque des tempêtes sont annoncées, que les thermomètres affichent des températures de l’ordre de - 40°C, le grand froid qui s’installe est redoutable. Mais ces situations sont peu fréquentes. Elles surviennent deux à cinq fois dans la saison, et ont une durée moyenne de trois jours. Hormis ces périodes extrêmes, les températures durables sur toute la saison sont généralement supportables. D’ailleurs, les températures de -15°C ou -20°C provoquent une sensation de froid comparable à ce que l’on ressent sur le littoral de l’Afrique du Nord, sous des températures de l’ordre de +5°C. Ce phénomène est constaté par tous. Des tentatives d’explication sont avancées. Mais les arguments émanent de personnes non qualifiées dans ce domaine et sont peu convaincants. Le froid ne peut raisonnablement constituer une source d’inquiétude pour l’émigrant. Le « choc culturel », par contre, est plus nettement marquant. Les émigrants provenant des pays du Maghreb ont cette fâcheuse tendance à appliquer au Canada les standards européens en tous genres.

Pour eux, le Canada est semblable à la France ou à l’Espagne, pays qui leur sont familiers culturellement. Or, le Canada fait partie d’une aire civilisationnelle distincte de l’Europe, même si dans certaines de ses provinces on parle français. Les similitudes s’arrêtent à la langue. La culture en tant que système de valeurs, de conduites sociales, de mode de pensée et d’agir est à quelques nuances près la même partout au Canada. On admet que le Canada a son identité propre. Sa culture s’apparente certes à celle des USA, mais elle en est distincte sur biens des aspects. L’assimilation du modèle culturel canadien n’est pas facile. Les repères et les grilles de lecture de l’émigrant seront inopérants pour comprendre la société d’accueil. Pourtant, le Nord-Africain est privilégié par sa double culture (arabo-berbère et française) qui devrait favoriser le décodage des leviers qui articulent la société. La communication avec l’environnement social sera d’autant plus délicate que les Canadiens, de leur côté, ont des idées préconçues sur l’étranger émigrant. Ils en ont une image réductrice. Ils sont imprégnés du réflexe psychologique, connu sous le concept d’« effet de halo ». Ce mécanisme psychologique consiste à prêter des qualités ou des défauts à un individu ou à une population sur la base d’une seule caractéristique réelle observée chez ce sujet. Ainsi, si on vient d’un pays sous-développé, on se verrait greffer d’autres attributs du même ordre, c’est-à-dire « nécessairement » moins cultivé, moins qualifié...

Les différences culturelles perturbent notre compréhension du monde, déstabilisent nos habitudes d’interagir avec le milieu, ébranlent nos certitudes et faussent notre perception des choses. Ces fortes turbulences finissent, parfois, par affecter l’équilibre psychologique de l’individu. Voici des exemples d’actes culturels distinctifs les plus banals : la manière de rédiger une lettre de motivation ou de présenter un curriculum vitae obéit à un formalisme propre à l’Amérique du Nord. Dans ce pays d’accueil, on ne se serre la main qu’une seule fois dans la vie, à l’occasion des présentations. Les prix, dans le commerce, sont affichés en hors taxes, et il appartient à chacun de faire appel au calcul mental pour y ajouter les deux taxes qui s’y appliquent.

Le système métrique, quoique réputé universel, s’efface ici au profit du système de mesures britanniques. Un effort cérébral sera requis pour une juste appréciation de la surface d’un appartement exprimée en pieds carrés, d’une longueur indiquée en pouces linéaires .... Pour s’habiller, pour se chausser, il faut adopter une autre échelle des tailles. Si on dit « merci », on s’entendra répondre « bienvenue », et non « pas de quoi ». Beaucoup de comportements ou d’expressions, en usage dans l’univers de l’émigrant risquent d’être inconvenants pour le Canadien. Si on rend visite à une famille canadienne amie et qu’on est un homme, abstenons-nous de faire la bise au monsieur, mais il est de bienséance d’en faire une à son épouse.

Le statut de l’homme remis en cause

Les exigences d’une vie nouvelle, l’embrouille des repères habituels et la découverte du stress qui s’installe insidieusement créent de dangereuses tensions mentales, fragilisant la vie familiale et les relations avec autrui. Là encore, le constat est observé par un grand nombre. Dans ce cas aussi, les explications proposées ne sont jamais satisfaisantes. L’opinion la plus répandue à ce sujet situe les causes dans le rôle reconnu à la femme dans la cellule familiale. En général, elle est la première à accéder à un emploi, ce qui lui octroie de fait une position déterminante dans la famille et un statut social valorisant. Le chômage, souvent durable, frappe plus sévèrement la gent masculine. La possession d’une fiche de paie bouleverse l’ordre familial. La femme travailleuse sera l’interlocutrice préférée des compagnies offrant des services de télécommunications ou d’abonnement à divers réseaux indispensables dans le contexte canadien.

Les services publics confortent ce statut privilégié de la femme en lui reconnaissant un rôle particulier au sein de la cellule familiale, dans la mesure où elle est la bénéficiaire des prestations pour enfants (diverses allocations sociales). La charge de travail, tant au foyer qu’en milieu professionnel, imposera vite à l’homme une nécessaire participation aux rebutantes tâches ménagères. L’émigrant, devenu désormais « résident permanent » est confronté à la pénible gestion de ses angoisses. L’accessibilité de tous aux biens disponibles à profusion, la liberté tant recherchée et finalement acquise, ne compensent pas l’équilibre psychologique sérieusement ébranlé.

La conjugaison de ces situations provoque chez l’homme des frustrations, une certaine gêne, la perte de la confiance en soi. Il se sent privé de l’exercice des responsabilités qui, culturellement, sont les siennes. Ces conditions de vie inconfortables, vécues comme des outrages à la personne, ouvrent la voie à l’émergence de conflits au sein des familles. Des crises s’installent fortuitement dans les couples et s’expriment sous des prétextes les plus variés. Les acteurs demeureront longtemps inconscients des ressorts psychologiques qui les déclenchent. Si les conflits évoqués sont réels, le diagnostic est toutefois hasardeux. Les jeunes s’adaptent avec beaucoup d’aisance. Par contre, les adultes sont marqués par une grande rigidité observable dans leur conduite sociale, dans leurs attitudes intellectuelles, dans leur style de communication, dans leurs comportements en tous genres, y compris dans leurs mouvements corporels.

Les difficultés d’adaptation sont plus apparentes et plus prononcées chez les plus de 40 ans. L’entrave pour l’accès au marché du travail pour ces catégories est un signe aggravant. Ils sont plus sensibles aux bouleversements dans le rythme de vie et dans les habitudes de consommation. Tisser des liens sociaux stables et durables est une entreprise délicate. Les rapports entre les individus sont distants. Tout est éphémère, à l’image de la production des biens et services, ou, mieux encore, à l’instar du mode de vie. Le Canadien ne s’attache pas aux biens, pas plus qu’aux personnes. Ni le village natal, ni la maison parentale, ni l’école fréquentée, ni le cercle d’amis, ne constituent des points d’attache forts. Les cellules familiales se composent, se désintègrent et se recomposent, avec d’autres partenaires, au gré des convenances de chacun.

Les unions stables sont rares. Le lien difficilement établi avec le voisin prend fin définitivement avec le déménagement. Les contacts professionnels durent le temps de la relation de travail. Autre caractéristique à noter : la grande mobilité des populations. Les déménagements fréquents font partie du mode de vie. On change de résidence pour se rapprocher du lieu de travail, ou d’école pour les enfants, ou tout simplement pour améliorer le standing de vie. Les procédés de construction eux-mêmes n’échappent pas à cette notion de précarité, de satisfaction des besoins pour un horizon proche. Les habitations sont conçues pour durer une génération. Les immeubles sont bâtis essentiellement avec du bois. Seules les structures porteuses des fondations (poteaux et poutres) sont faites d’aciers et rarement de béton. Ce choix s’est imposé par des contraintes économiques (abondance du bois dans le pays) et climatiques (exigence d’isolation et de chauffage au moindre coût). Les bas prix de cession conjugués aux avantageux financements modulés selon les revenus font que la maison individuelle (unifamiliale) est à la portée de la grande majorité des ménages.

Les goûts alimentaires éduqués aux saveurs méditerranéennes seront certainement déçus par les mets canadiens. La restauration typiquement canadienne, peu variée, est peu raffinée, à l’instar des menus des pays nordiques. La poutine est pour le Québec ce que le couscous est aux Maghrébins. Ce plat du terroir, à base de pommes de terre, est bien apprécié des gourmets. Les Québécois en raffolent et les étrangers le dégustent. Mais dans l’ensemble, la carte gastronomique n’a pas les faveurs des palais méditerranéens. En fait, le pays n’a pas cultivé de traditions dans l’art culinaire pour diverses considérations liées à la fois aux conditions de vie des populations et au contexte climatique. La cuisine résulte des sources de nourriture disponibles dans un pays couvert de neige durant 5 mois dans l’année. Cette observation vaut pour quelques provinces seulement. Toutefois, l’émigration a considérablement enrichi le Canada dans le domaine de la cuisine. Aujourd’hui, de nombreuses chaînes de restaurants vous proposent des spécialités de toutes les nationalités.

Mais, ceci n’est valable que pour les grandes villes. Dans les villes et villages de moindre importance, il est difficile de manger de façon satisfaisante pour un non-autochtone. Il est un autre sujet de désagrément : les adeptes du football seront désappointés, car cette discipline, qu’on appelle ici le soccer, occupe une place négligeable dans l’espace sportif. Certes, des clubs de football sont présents un peu partout et les Canadiens commencent à s’y intéresser. Cependant, ils sont animés essentiellement par des émigrants d’origine latino-américaine, européenne ou africaine. Mais ces clubs n’ont pas les faveurs d’un nombreux public et suscitent donc peu l’intérêt des médias. L’émigrant, de son côté, manquera d’enthousiasme face aux matches de hockey et restera indifférent devant une partie de golf. Sûrement, il s’ennuiera les dimanches face à son écran de TV

Des lois généreuses, une société réticente

Les difficultés évoquées jusqu’ici sont certes contrariantes, mais demeurent surmontables pour quiconque possède la persévérance, la ténacité et la patience. La contrainte majeure réside ailleurs. Elle est dans les dispositions de la société à accueillir les émigrants. La législation canadienne reconnaît aux émigrants tous les droits dont jouissent les citoyens du pays, hormis celui de voter et de se faire délivrer un passeport. La volonté des autorités publiques d’encourager l’émigration, d’assurer son accueil et de faciliter son insertion est affirmée dans le discours politique et confortée par des textes juridiques. Des programmes d’accueil, d’orientation, de formation, d’apprentissage linguistique et d’assistance dans divers domaines sont mis en place. Des ressources financières substantielles sont allouées à ces programmes. La volonté des gouvernants d’assurer l’installation des émigrants est réelle et sans reproche. Désireux de stabiliser les candidats reçus, la loi sur « l’immigration et la protection des réfugiés » prévoit des dispositions de facilitation de parrainage (regroupement familial), particulièrement lorsqu’il s’agit de réunir des conjoints.

La loi accorde au résidant permanent la faculté d’obtenir la citoyenneté canadienne, après trois années de présence au Canada. Pour parfaire ces louables intentions des institutions, soulignons que le Canada est, parmi les pays démocratiques, le seul à avoir inscrit le multiculturalisme dans sa Constitution. Les moyens juridiques et logistiques sont donc mis en œuvre, a priori, pour la bonne réussite de l’établissement du candidat dans le pays d’accueil. C’est là l’objectif déclaré des autorités de l’immigration. A ce stade de la réflexion, nous nous sommes situés au niveau de l’instance fédérale qui a compétence exclusive pour légiférer en matière d’immigration. Dans la pratique, ces bonnes volontés, cet arsenal juridique, ces moyens financiers affectés aux programmes d’immigration se heurtent à de tenaces réticences de la société. De la société québécoise, devrais-je préciser.

L’opinion qui suit, quoique personnelle, corrobore néanmoins des avis recueillis lors de conversations privées tant avec des immigrants de différentes nationalités qu’auprès de quelques Canadiens attentifs aux mœurs de leur société. Cette opinion est circonscrite au seul espace géographique et culturel du Québec. La limitation est dictée par trois considérations. D’abord, les flux d’immigrants provenant d’Algérie se dirigent principalement vers cette province pour des raisons essentiellement de langue (primauté du français), de présence d’une forte communauté nationale, de la proximité d’un aéroport en liaison avec l’Afrique du Nord...

Ensuite, hors Québec, les rapports entre les immigrants et les collectivités de souches plus anciennes sont autrement plus policés. Les populations anglophones, de l’avis général, sont plus ouvertes à autrui, plus tolérantes, plus accommodantes, davantage libérées des préjugés et très respectueuses des lois et de l’esprit des lois. Au Québec, le rapport à l’immigrant est chargé d’incompréhension, de distanciation, voire d’animosité. Les relations couvent un état de conflit latent. Dans son vécu quotidien, à tort ou à raison, l’immigrant a le sentiment d’être objet d’arbitraire, rejeté, marginalisé. Un arbitraire qui provient, il faut le souligner, non pas des institutions mais de certaines couches sociales. La société québécoise, fermée sur elle-même, se plaint dans ses confidences de cette présence « étrangère ». L’argumentation développée résulte davantage d’états émotifs que de l’élaboration intellectuelle. Les menaces sur l’emploi ou les valeurs québécoises, prétendument en danger, sont les principaux thèmes avancés. Ces sujets renvoient au registre bien connu de l’exploitation des angoisses et du sentiment identitaire. Ils rappellent le lexique des mouvements d’extrême droite européens.

Québec, une société distincte Étrange retournement de ce peuple québécois qui a pourtant souffert de l’oppression et de l’exclusion et qui en porte encore les stigmates. Le Québec ne cesse de rappeler, dans ses ouvrages scolaires et dans diverses manifestations, son histoire tourmentée. Une histoire douloureuse qui évoque un peuple mal considéré et malmené par la puissante collectivité anglophone. En même temps, la société subissait l’emprise de l’idéologie du clergé catholique qui prêchait la soumission à l’ordre établi, la docilité, l’acceptation du destin et le désintérêt pour la richesse matérielle terrestre. L’attitude « réservée » des Québécois à l’égard des immigrants est, dès lors, surprenante et décevante. Cette attitude distante à l’égard de l’étranger, cette méfiance qui s’apparente à de l’hostilité, ne cible pas des communautés distinctes. Elle est dirigée contre tout ce qui n’est pas « pure laine » (appellation que les Québécois se donnent). C’est pourquoi, des groupes de diverses communautés s’accordent à déplorer l’attitude négative d’une partie non négligeable de la population québécoise.

Le principe d’accommodement raisonnable, censé répondre à quelques spécificités des communautés, appliqué à l’échelle de la province, n’a eu qu’un impact limité. Cette description de la réalité sociale est confirmée par des études et recherches universitaires et par des statistiques officielles. La classe politique de la province, tenue de ne pas s’écarter des idéaux moraux et humains portés par la « Charte des droits et libertés », d’une part, et soucieuse de ne pas s’aliéner les franges de l’électorat d’autre part, use d’euphémismes, d’interprétations et autres subterfuges pour atténuer la substance du message que révèlent les sondages. « Non les Québécois ne sont pas racistes, ils ont seulement peur des étrangers », disent-ils. Cependant, la discrimination dans l’accès à l’emploi est flagrante, intentionnelle et systématique. Elle est d’une telle ampleur qu’elle ne peut se suffire de discours de circonstance, courtois et rassurants. Alors, quelques initiatives sont prises en faveur des « minorités visibles ».

D’autorité, les entreprises parapubliques et les institutions étatiques sont instruites pour intégrer ces catégories dans leurs effectifs dans des proportions définies. Mais que représentent ces secteurs en termes d’emplois dans une économie dominée par le libéralisme. Le Québec est, peut-être, la seule région en Amérique du Nord qui se singularise par une large pratique de recrutements dominée par le « réseautage ». Un concept bien québécois. Le réseautage consiste à embaucher et à promouvoir sur la base d’affinités familiales, amicales, sociales ou autres ... Pourtant, la préférence des meilleurs profils devrait primer sur tout autre considération dans un espace économique où la survie et la croissance de l’entreprise passent par l’excellence dans le management. Face à une société d’apparence réticente vis-à-vis du mouvement migratoire, les réponses des immigrants sont diverses. Les plus audacieux (toutes nationalités confondues) adoptent des solutions individuelles et quittent le Québec pour s’installer ailleurs dans le vaste pays.

Certains recourent au repli communautaire. D’autres encore préfèrent s’organiser pour réfléchir et agir collectivement sur le terrain de la société civile. A court terme, aucune solution viable et efficace n’est disponible. A long terme, la solution se profile à travers la conjugaison de plusieurs facteurs. D’abord les pouvoirs publics ne pourront maintenir encore trop longtemps ce statu quo. Des pressions s’exercent sur les acteurs politiques pour accélérer l’évolution des mentalités et des pratiques. Des mesures hardies et courageuses s’imposent. Le principe d’accommodements raisonnables appliqué à l’échelle de la province est déjà un acte significatif allant dans le bon sens. Encore là, faut-il déplorer l’usage abusif qui en est fait par certaines communautés. Ensuite, le renforcement de la collectivité d’immigrants, par des flux toujours croissants de nouveaux arrivants, tendra à former une masse critique qui influencera les choix politiques.

L’émigration constituera aussi, à terme, un potentiel important de consommateurs et les entreprises devront alors en tenir compte dans leur intérêt bien compris. Enfin, les nouvelles générations ont eu à fréquenter les émigrants dans les cursus scolaires et universitaires ou dans les clubs sportifs. Ils se démarquent, généralement, des idées préconçues de leurs parents. D’ailleurs, les jeunes aiment à se définir comme citoyens du monde. Les mariages mixtes qui se multiplient chez cette frange de la population augurent de meilleurs lendemains. Soulignons aussi que les émigrants investissent intensément dans l’éducation de leurs enfants. Si vous êtes confiants dans la capacité du Canada à surmonter ses faiblesses qui peuvent apparaître ici et là pour être toujours à l’avant-garde du progrès social et des valeurs morales, alors laissez- vous tenter par un projet d’émigration.

M. C. O. H. : Consultant en Immigration agréé par CSIC Canada Membre fellow de l’Institut Canadien de la Migration immigration_ cis@yahoo.fr

 

Par Mohamed Chérif Ould Hamou

Source : http://www.elwatan.com

 

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Comments

ould boualidjamila, le 22-05-2012 à 09:15:25 :

reconnaissance

je m'apelle djamila oudl bouali  je suis l'une des tésseuce de tapis de ait hichem  je m'adresse à monsieur  ould hamou mahamed Chérif pour lui proposer de me contacter à travers mon émail lindabouali805@yahoo.fr ou de rejiondre au 0798259123 pour lui faire rappeler qu'il m'a passé ça catre de vésite dans des exposition de tapis ait hichen  j'attend votre répanse dans les brefs délais

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