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 Retour sur un génocide perpétré au gaz

17/1/2010

Retour sur un génocide perpétré au gaz : 125 À 200 PERSONNES ASSASSINÉES EN UNE JOURNÉE PAR L’ARMÉE FRANÇAISE EN 1956 DANS LA FORÊT DE DJERRAH

Le peuple algérien célèbre le 47e anniversaire de l’indépendance de son pays. Le prix payé par nos aïeux pour nos libertés, présentement toutes relatives, a été lourd.
Des voix s’égosillent dans l’Hexagone pour mettre en exergue le coté positif de cette occupation, occultant la férocité sans pareille de la répression contre un peuple aux mains nues. Les villageois de Djerrah — paradoxalement ce nom a une connotation de blessure — en savent quelque chose. Et pour cause, plus de 145 personnes ont été gazées et enterrées vivantes en une journée, dans la forêt de ce village. Des témoins, dignes de foi, qui ont vécu ce massacre jurent que le bilan dépasse les 200 victimes. Cela s’est passé vers la fin de l’année 1956. Retour sur un massacre de civils.

Les victimes, des civils, mais il y avait également des moudjahidine armés, se sont engouffrées dans les grottes situées à proximité de ce village- martyr (Djerrah), croyant pouvoir échapper à leur exécution certaine par les soldats, accompagnés de harkis. L’armée d’occupation menait un ratissage, dans cette région très accidentée et fortement boisée, dont les populations des douars épars accrochés aux flancs des montagnes étaient encerclées par une armada de soldats depuis plusieurs jours. Dans la grotte où était caché Saïd Bouberhri — Behri pour l’état civil — deuxième survivant et témoin de cette tuerie, une tentative d’assaut se serait soldée par la mort d’un officier français. Voyant que l’assaut était très risqué, les officiers qui commandaient cette opération avaient demandé du gaz à leur commandement installé à Palestro. Ce poison a été acheminé par des hélicoptères, qui ont effectué plusieurs rotations.

Localisation du lieu du massacre
Le douar de Ammal qui faisait, durant la colonisation, partie de la commune mixte de l’ex-Palestro, est composé de plusieurs dechras : Henni et Aït- Dahamane au nord et en amont de l’oued Issers et de la RN 5 (Alger-Constantine), et de la voie ferrée Alger- Annaba (ex-Bône) où se trouve Djerrah, au centre. Tigeur-Ouacif, Tigrine, Aït Oumallou, Aït-Oualmane, Tidjedjiga et Aït-Amar entourent, par le sud et l’ouest, Djerrah. Les nombreuses familles qui occupaient cette montagne étaient composées, comme le veut la tradition berbère, de dizaines, voire de centaines de personnes. Actuellement, ces villages sont rattachés à la commune de Ammal, située à l’entrée-ouest des gorges de Lakhdaria (ex-Palestro), dans la wilaya de Boumerdès. Ces dechras, accrochées aux flancs de montagnes rocailleuses et boisées, où de nombreuses familles y vivent, rendent leur accès très difficile. La proximité des voies de communication (RN 5 et voie ferrée), stratégiques pour l’armée française, la nature du terrain et le caractère résolu de ces Kabyles de montagne, qui ont participé à l’insurrection d’El-Mokrani, ont été probablement pris en compte par les chefs du FLN/ALN pour faire de Djerrah, et des autres villages, une région de repli. Par ailleurs, le massif de Djerrah fait jonction, à moins de 10 kilomètres à l’ouest, avec une autre région réputée fief du FLN/ALN. Il s’agit du fameux massif de Bouzegza. Rappelons qu’à partir du congrès de la Soummam, la région est intégrée à la wilaya IV. Pour l’Histoire, c’est Oued Issers qui délimitait les territoires des Wilayas III et IV.

Des humains gazés et enterrés vivants
Il a 87 ans. La mémoire lui joue quelques fois des tours, comme au sujet des dates, mais il a quand même gardé l’essentiel. Saïd Oubehri (Behri Said pour l’état civil) se souvient parfaitement de son retour de l’enfer. Il est le second rescapé de la grotte où ont péri, selon lui, il ne s’agit que d’une estimation de sa part, plus de 70 personnes. Le second rescapé est décédé il y a moins d’une année. «La grotte est énorme, et il y avait beaucoup de monde et un grand nombre de personnes que je ne connaissais pas. Chacun se cachait comme il le pouvait, près de ses proches ou de ceux qu’il connaissait», se souvient Da Saïd, qui nous a reçus chez lui, à Boudouaou. A la question de la présence des moudjahidine avec eux, il dira, fièrement : «Vous savez, chez nous, même les civils sont des moudjahidine par la force des choses, dès l’âge de la maturité, c'est-à-dire à 14 ans.» Et de préciser «Il y avait, dans la grotte de Tafraout, où j’étais, des moudjahidine que je ne connaissais pas.» Sur les armes dont disposaient ses compagnons de la grotte, il a insisté sur ce point : «La grande majorité n’avait aucune arme. Ceux qui en disposaient n’avaient que des armes rudimentaires. Le plus armé n’avait qu’un vieux fusil de chasse.» Et de faire la comparaison avec les moyens dont disposaient les assaillants : «C’est comme si nous nous battions contre l’armée française avec des cailloux.» Néanmoins, il a fait état d’un combattant de l’ALN qui était armé d’un FM. Il dira : «Il a riposté à l’assaut des soldats français. Je crois qu’il a atteint un officier.» Puis, il nous a narré la tentative de deux civils, des cousins, arrêtés par l’armée et qui se sont engagés à le ramener, lui spécialement. «Comme ils ont échoué, ils ont été abattus devant la grotte. Après l’échec de l’assaut, les militaires ont installé du fil barbelé autour de l’entrée de la grotte. Ils ont envoyé le gaz avec des pompes. Il était très difficile de respirer. Le gaz nous étranglait. J’ai dit aux gens qui étaient à coté de moi d’essayer de se masquer. Moi, j’étais dans un endroit où l’eau ruisselait. J’ai, alors, mouillé un chiffon que je mettais sur mon visage, en plus du burnous que j’avais sur ma tête.» Da Saïd n’a pu nous indiquer la nature du gaz. Il s’est contenté de dire que «c’est comme le gaz que nous brûlons pour cuisiner ». Il faisait allusion au pétrole utilisé par les ménagères il y a quelques décennies. «Après plusieurs jours passés dans la grotte, j’ai dit à mes voisins que j’allais sortir. Nous étions seulement quatre à quitter vivants la grotte. Je crois que tous les autres étaient morts. Deux personnes, que je ne connaissais pas, sont mortes dès qu’elles ont vu la lumière du jour. Moi-même et Laïchaoui Aïssa qui, lui aussi, a survécu, nous avions été pris en charge par les femmes du village qui nous ont soignés avec seulement de l’huile d’olive. Elles n’avaient qu’un petit morceau de pain, qu’elles réservaient aux enfants.» L’homme relatait difficilement les faits, sans haine et sans colère. Il parlait comme savent le faire les vieux sages Kabyles. Il nous a relaté, en présence de ses deux fils, l’horreur qu’avaient vécu lui-même et des dizaines d’Algériens dans cette grotte.

Technique et moyens d’extermination
Le récit de Da Saïd est complété par ceux de son frère Oubehri Mohamed, de Maâllem Rabah, 76 ans, et de Bouchiouane Mina, 76 ans, veuve de Haddadou Rabah. Le vieux Rabah affirme que les grottes étaient utilisées aussi bien comme centre de soins des moudjahidine que comme caches pour les civils «Dès qu’un ratissage était déclenché par l’armée française dans la région, constituée actuellement par les communes de Ammal, d’Aït-Amrane de Souk-El-Had (Thénia ex- Ménerville Ndlr), et même de Zemmouri, tout le monde accourait vers ces lieux sûrs. C’est pour cela qu’il y avait beaucoup de monde.» Il se rappelle que les militaires français ont bombardé l’entrée de la grotte et que, devant la résistance des moudjahiddine se trouvant à l’intérieur, les assaillants l’ont pulvérisée de gaz et ont attendu trois jours avant de lever le siège. Par crainte de représailles, les villageois ont mis quelques jours pour s’approcher de la grotte et tenter d’y pénétrer. «Il était impossible d’entrer. Le gaz était trop puissant», révèlera-t-il. Il confirmera, par ailleurs, l’information sur le nombre de rescapés. «Seuls quatre survivants sont sortis. Deux d’entre eux sont morts juste à la sortie.» Quant à lla Mina, à la première question, elle ne s’est pas arrêtée de parler de ce massacre. Elle avait, enfin, l’occasion de vider son cœur et se décharger de ce fardeau, lourdement et longtemps supporté : «Mon fils, à notre arrivée devant l’entrée de cette grotte, à terre, était toujours brûlante. Toutes les femmes se sont mobilisées pour ramener de l’eau afin de refroidir les alentours. Personne ne pouvait respirer, tellement les douleurs dues au gaz étaient violentes. » Et d’enchaîner : «Les moudjahidine m’avaient chargé de soigner les deux rescapés. J’ai veillé sur eux, en les alimentant d’huile d’olive pendant 8 jours. Ils ont été récupérés par la suite par l’ALN.» Elle est sûre que pas moins de 140 civils étaient dans la grotte, au moment de l’injection du gaz.

Les lieux squattés par des islamistes armés
En dépit de la situation sécuritaire et des difficultés économiques que subit la région sud de Ammal, Behri Mohamed – Mohamed Oubehri pour les gens de la région - le frère du rescapé, est resté à Tachehat, à moins de 3 kilomètres de Djerrah. Sa modeste habitation est à quelques mètres du poste avancé de l’Armée nationale populaire (ANP). Pour ce qui est de notre souhait de nous rendre sur place, notre hôte nous le déconseilla. Tout comme le jeune capitaine du détachement militaire, qui dit : «Votre désir de voir sur place la réalité de nos chouhadas est noble, mais je suis responsable de votre sécurité. Comprenez-moi. Il y a des risques. De plus, le terrain est miné.» Il est, en effet, de notoriété publique que les islamiste armés ont fait de la forêt de Djerrah leur base arrière. D’ailleurs, le village martyr est complètement déserté, et grand nombre de ses habitations ont été détruites. Accompagné du président de l’association Assirem (Espoir), de Ammal et d’un poète amateur local, nous avions rendu visite, à l’improviste, la dernière semaine de juin 2009, à Da Mohamed Oubehri. Nous avions trouvé un témoin qui garde des souvenirs vivaces de ce massacre collectif. Pour lui, ce sont quatre grottes qui ont été gazées le même jour. Il avance l’année 1957 comme date du massacre. Selon ce qu’il nous a relaté, dans les 2e et 3e grottes, il y avait, respectivement, 40 et 15 personnes. Quant à la quatrième, elle a été bétonnée et, à ce jour, aucun bilan n’a été fait. Pour la première, où s’était caché son frère, il avance le chiffre macabre de 70 personnes, majoritairement des civils sans armes. «Lorsque les soldats ont pulvérisé au gaz cette caverne, ils ont constaté une fuite dans un autre endroit. Ils ont encore pulvérisé de leur poison cet endroit, avant de le boucher. Ce gaz donne des douleurs terribles aux yeux et à la gorge. Nous avions remarqué également son impact sur l’écorce des arbres. Et à ce jour, il cause des troubles aux humains.» Il se souvient, aussi, que la plupart des moudjahidine ont réussi à échapper à l’encerclement des lieux. En conclusion de l’entretien il lance, en ces termes, une fléchette à la famille révolutionnaire de la région : «Que ceux qui se disent véritables moudjahidine viennent nous montrer les grottes.»

4 ou 7 grottes gazées ?
Il est utile de dire que nous n’avons pas récolté toutes les informations utiles pour présenter un bilan exact sur le nombre des victimes. Cependant, pour la majorité de nos interlocuteurs, la liste des chouhadas dépasse, largement, les 200 martyrs. Par ailleurs, ils font unanimement état de tueries au gaz. Pour eux, des traces demeurent et il est loisible d’effectuer des prélèvements aux fins d’analyses pour le prouver. Comme on l’a vu, Behri Mohamed parle de 4 grottes. Or, une autre personne native du village Henni, situé en aval de Djerrah et du massif où a eu lieu le drame, Haddad Ahmed, 58 ans, jure qu’il a recensé 7 grottes dans lesquelles pas moins de 200 personnes ont été tuées au gaz. Il est normal que ce dossier reste ouvert, d’autant plus que, selon ce que nous avons entendu, la loi universelle portant sur l’obligation d’épargner les civils en temps de guerre et l’interdiction de l’emploi de produits chimiques et gazeux mortels contre les humains aurait été violée. Dans de ce drame de Djerrah, tout relève du génocide.

Abachi L.

Source : http://www.lesoirdalgerie.com  

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