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 Blacklist - La liste du mépris

2/2/2010

Blacklist - La liste du mépris

Nous y sommes presque. Cela a commencé par des opérations de police, délocalisées et de proximité : les visas aux frontières, cette mesure humiliante qui vous met au garde-à-vous,  à la merci du dernier employé de consulat.

Que vous soyez le plus respecté des vôtres ou une éminence internationale, que vous voyagiez pour affaires, pour vous soigner ou pour dépenser vos économies, le parcours est le même. Vous devez vous soumettre à l’examen d’une bureaucratie toute puissante en payant et cher  cet examen, quel que soit le résultat. Vous faites partie de ce monde de damnés qui encercle et menace l’Occident et vous devez passer par un filtre, le plus fin possible. Vous devez correspondre au bon profil et avoir la chance de vous trouver dans le quota gagnant. Vous ne savez rien du profil qu’il faut avoir et il faut vous souhaiter que votre besoin de voyager ne soit pas dicté par une question de vie ou de mort.

C’est ainsi que cela a commencé. Maintenant, après l’épreuve du visa, vous devez fournir vos informations personnelles à la compagnie qui vous transporte, et arrivé à destination,  vous soumettre à une séance de fouille systématique. Vous avez beau avoir été identifié par la procédure du visa et traversé tous les portiques de sécurité et les points de fouille corporelle et de bagages, vous n’êtes pas au bout de vos peines. Vous pouvez être, le cas échéant, au mieux refoulé, au pire séquestré dans une zone de non-droit.

Beaucoup s’étonnent et s’insurgent contre ces nouvelles mesures, parce qu’ils ne les ont pas vu venir, alors qu’elles étaient annoncées et établies  bien avant. Vous avez peut-être vous-mêmes contribué à   leur mise en œuvre. Vous les avez, alors, déjà admises et adhéré aux principes qui les portent. Vous avez colporté les mots et les phrases qui font de vous ce suspect en puissance ou plutôt ce coupable en puissance.

Vous avez admis cette terminologie dont parle Didier Bigo  : « …de nébuleuse, de réseau sans frontière, de mondialisation du danger, d’ennemi invisible.» Vous ne saviez pas que les laboratoires de la pensée qui sculptent les mots le font pour leur propre usage et que le contenu qu’ils donnent à leurs concepts n’obéit qu’au seul intérêt de ceux qui les payent.

En quelques années, le monde a été transformé en un champ de bataille, dont les fronts  principaux sont choisis par ceux qui disent «lutter contre le terrorisme» et le «terrorisme» se trouvera là où ils décideront qu’il soit. Tant pis s’ils se sont trompés sur l’Irak où ils ont offert, au contraire, un terrain qu’il n’avait pas à celui qu’ils sont venus combattre. Personne n’est en mesure, encore, de leur demander des comptes. Quand on a fait admettre «l’insécurité globale», on peut faire admettre la «répression globale». Il faut préciser que cette insécurité concerne en premier lieu l’Occident, et  pour se défendre il doit ériger les règles qu’il veut et contre qui il veut. Il fut un temps où les Etats-Unis dressaient des listes contre ceux qui collaboraient avec l’URSS, pays, entreprises… En ce temps,  les guérilleros islamistes étaient des alliés. Aujourd’hui, ils dressent d’autres listes en fonction de la nouvelle approche, suivis en cela par Sarkozy, le premier président français atlantiste.

L’Algérie, après avoir été dans un premier temps isolée,  boycottée,  avait été promue au rang des pays amis et louée pour ses performances dans la «lutte antiterroriste». Elle semble retomber brutalement dans l’estime des puissants. Elle figure dans la «black list»  des 14 pays d’Obama et dans la liste des 7 pays que Sarkozy considère comme pays à risque.

Selon les classifications connues, la décision de mettre un pays au sein d’une telle liste, l’Algérie doit être soit  idéologiquement hostile, soit que «ses citoyens sont à un titre ou à un autre des individus indésirables.»  Si on considère la courte période qui sépare les deux attitudes, on se prend à se dire que le temps des dangers de violences est bien passé et que l’Algérie, loin d’exporter la violence, l’a plutôt subie, et que de nombreuses bases de cette violence avaient pignon sur rue au Royaume-Uni et aux Etats-Unis.

Ce qui fait qu’on a beau essayer de trouver de la bonne foi chez les décideurs planétaires de l’après-guerre froide, on ne fait que se heurter à la suspicion qu’ils nourrissent de sombres desseins.

Obama qui a fait un discours aux Arabes et aux musulmans et fait part de ses bonnes intentions ne peut si bien se démentir. Il est vrai qu’il pourra dire, et c’est ce qui est dit, que les mesures de contrôle sont infligées aux  citoyens et ne concernent pas les pays de provenance. Mais ces pays ne sont pas des couveuses isolées de kamikazes : les plus célèbres, ceux du 11 septembre, se sont entraînés aux USA. C’est la meilleure preuve que les filtres antiterroristes supposés ne peuvent raisonnablement pas être justifiés pour certains pays et pas pour d’autres. Et puis, il est si difficile de croire, que les think tank croient qu’un desperado puisse traverser tous les cordons de sécurité, toutes les frontières avec un arsenal suffisant pour causer des dégâts au pays de destination.

Si l’insécurité est globale, on doit admettre qu’elle peut provenir de tout point du globe et se manifester là où et quand on l’attend le moins.  La réalité des faits est plus prosaïque. La guerre se nourrit de prétextes et en tant que telle, elle est sous-tendue par d’autres objectifs. Ces objectifs sont multiformes et pour les entrevoir, il faut aller au-delà des formes. Derrière les formes.

Le meilleur indice est que, jusqu’ à présent en Europe, seule la France se sent menacée par les Algériens et les citoyens des autres pays de la liste Hortefeux. Elle fait partie de l’espace Schengen. Il faudra qu’elle propage sa peur à tous ses partenaires européens. Il faudra, faute d’une adhésion de leur part à sa paranoïa,  qu’elle institue un contrôle à ses frontières avec eux. Chose impossible en l’état actuel des choses. Une satisfaction contre ce déni de droit, le déploiement hâtif de secours US en Haïti révèle que l’antagonisme des intérêts fait peu de cas des ententes établies. La France se fait chatouiller «chez elle» aux Caraïbes.Un autre indice concerne les Etats-Unis qui seraient inquiets pour leur sécurité, menacée par le danger islamiste. On trouve cet indice dans la black list : Afghanistan, Algérie, Arabie saoudite, Cuba, Liban, Libye, Irak, Iran, Nigeria, Pakistan, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen. Que vient faire Cuba au milieu de pays musulmans ou à majorité musulmane ? Même l’Arabie saoudite ne doit y être que pour éloigner les soupçons de partialité.

En réponse, on pourra toujours dire que les Etats-Unis ont tous les droits et aucun compte à rendre, comme le confirme Jean-François Daguzan, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) : «Sur le plan légal, les États-Unis font ce qu’ils veulent pour la sécurité de leur territoire, sachant que de nombreuses conventions des Nations unies condamnent les actes de terrorisme, sans pour autant prendre en compte ce genre de discrimination». Obama, qui n’aura pas trompé longtemps, reprend en fait à son compte les recettes de son prédécesseur. Le sécuritaire et la projection de troupes semblent devoir persister dans la stratégie de pouvoir et dans la gestion de la crise intérieure.

Par Ahmed Halfaoui

Source : http://www.lesdebats.com

 

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