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 Comprendre la problématique du Sahara occidental

20/2/2010

 

Comprendre la problématique du Sahara occidental

Repères historiques

Au moment où s'engagent des pourparlers apparemment décisifs pour l'avenir du Sahara occidental comme pour l'avenir du Maghreb, une vision, la plus claire possible, de cette problématique devient pressante. Celle-ci ne peut se faire en dehors d'une lecture exhaustive de l'histoire du conflit, mais aussi de l'histoire de la région. Il reste qu'en dehors de doctes ouvrages et de complexes analyses, certainement utiles quand on traite de la question sahraouie, point d'explication aussi succincte que précise pour le grand public. Il faut dire qu'en plus de la complexité de la situation actuelle, la difficulté pour appréhender la question sahraouie réside dans un fait particulier : trop peu  d'historiens s'y sont intéressés.

Chronologie réalisée

Néanmoins, cette partie de l’Afrique du Nord n’a jamais été en marge sans être en marge des évolutions historiques qu’a connues la région.

D’ailleurs, comment peut-on connaître l’histoire du Sahara, séparée de son environnement politique et historique direct ? Comble des paradoxes dans une situation de flou total pour les opinions maghrébines, c’est pourtant par les seules références à l’histoire et à l’ethnographie que le pouvoir marocain tend à faire admettre que le Sahara occidental est une partie inaliénable du royaume actuel (1). Petite chronologie non exhaustive sur un territoire pauvre en faits mais riche en rebondissements.

 5000 à 2500 av. J.-C. : les régions ouest du Sahara sont une savane peuplée de girafes, d’éléphants et de rhinocéros. Présence de l’homme ; découverte de dessins rupestres de l’époque néolithique.

 VIIIe au IXe siècle : expansion progressive de l’islam dans le désert. Apparition d’un commerce à travers le Sahara. Des caravanes d’or africain à destination de l’Orient, de la Méditerranée occidentale et de l’Espagne traversent cette région.

 

745 : Abderrahamne Ibn Habib, gouverneur de l’Ifriqya sous le règne de Omeyyades, fait creuser une série de puits sur une piste reliant le sud du Maroc à la ville d’Aaoudaghst (sud de la Mauritanie actuelle).

 808 : Idris Al-Asghar ou Idris II (fils de Idris, né à Walili (Volubilis) et venu de la Mecque après la révolte de Husayn, descendant de Ali et Fatima, fille du prophète Mohamed); il fait de la ville de Fez, fondée par son père, la capitale de l’empire idrisside.

XIe siècle : fondation de l’Etat almoravide par les Lemtuna (peuple du désert portant le litham). Youssef Ben Tachfin, issu des tribus nomades du Sahara, en devient le souverain ; il fonde la ville de Marrakech.

 XIIe siècle : Abdelmoumen prend Fez. S’ensuit la conquête de tout le Maghreb par les Almohades.

 XIIIe siècle : venue au Sahara occidental des Arabes Maaqil, dont descendraient les tribus de Ouled Delim, Ouled Tidrarin, Arousiyen et Bou Sbaa.

 XVIIe siècle : avènement au pouvoir au Maroc de la dynastie alaouite, originaire du Tafilalet, au sud du Maroc (aux frontières reconnues internationalement).

 1786 : traité conclu entre le Maroc et les Etats-Unis d’Amérique reconnaissant la souveraineté du royaume alaouite sur les contrées comprenant le Sahara occidental.

 1821 : Alexander Scott dresse une première liste de noms des diverses tribus ou factions nomadisantes dans cette région. Il cite les Reguibat, les Toualbat, les Mejjat, les Izraguien, les Ouled Delim, les Arousiyen, les Ouled Tidrarin, les Skarna et d’autres.

 1836 : nouveau traité conclu avec les Etats-Unis d’Amérique reconnaissant le territoire du royaume du Maroc avec le Sahara occidental.

 1850-1853 : listes de Léopold Panet et du colonel Faidherbe citant les tribus du Sahara occidental. On y retrouve les Reguibat, les Mejjat, les Izraguien, les Ouled Delim, les Arousiyen, les Ouled Tidrarin, les Ouled Bou Sbaa.

 1856 : traité avec la Grande-Bretagne sur la reconnaissance du territoire du Maroc incluant le Sahara.

 

1861 : traité avec l’Espagne reconnaissant la souveraineté du Maroc sur le territoire du Sahara occidental.

 1882 : première expédition de Hassan 1er au Sahara occidental pour installer caïds et cadis. Le prélèvement de l’impôt au profit du roi touche aussi les populations du Sahara.

 1884 : après la conférence de Berlin consacrée au «partage de l’Afrique», les Espagnols s’implantent sur ce territoire dénommé Río de Oro (la côte du Sahara occidental), en face de l’archipel des îles Canaries conquises depuis le XVe siècle. Des tribus nomades – la puissante confédération des Reguibat  – se soucient peu des frontières et se déplacent sur les vastes territoires qui s’étendent depuis l’oued Draa, au sud du Maroc, jusqu’au fleuve Sénégal (3).

 1885 : les premiers explorateurs espagnols fréquentent les tribus des Izarguien, les Aït Moussa Oua Ali dans la région dite de Cap Juby (aujourd’hui Tarfaya), à l’extrême sud du Maroc actuel et les Ouled Bou Sbaa et Ouled Delim dans le Rio de Oro.

 1886 : premières délimitations des frontières du Sahara occidental par Paris et Madrid. Des changements successifs et des corrections seront apportés jusqu’en 1934.

 1886 : seconde expédition du roi Hassan 1er au Sahara occidental

 1887 : pillage du campement de Villa Cisnéros (aujourd’hui Dakhla), première «ville» d’occupation espagnole sur la côte sahraouie la plus au sud.

 1892 : nouveau pillage de Villa Cisnéros.

 1894 : attaque des bateaux ravitailleurs Tres de Mayo et Las Maria.

 13 mars 1895 : traité anglo-marocain dont l’article 1er disposait que : «(...) Aucune puissance ne pourra émettre des prétentions sur les territoires allant de l’oued Draâ au Cap Bojador et appelés Tarfaya comme il est dit plus haut et à l’intérieur parce que ces territoires appartiennent au Maroc.»

 1898 : Fondation de la ville de Smara par Cheikh Ma Al-Aïnin issu des Reguibat, figure emblématique de la résistance sahraouie à la colonisation espagnole, sur le territoire qui se nommait alors «l’Afrique occidentale espagnole».

 1898 : attaque d’un bâtiment fortifié à Dakhla. Plusieurs employés de la compagnie commerciale hispano-africaine sont assassinés. Les survivants fuient par bateau aux îles Canaries.

 Fin du XIXe siècle : Cheikh Ma Al-Aïnin est présenté comme représentant spécial du sultan dont il exécuterait la politique sur le plan local. Au moment où le roi signe des traités abdiquant des pans entiers de souveraineté, Ma Al-Aïnin mène des combats face aux incursions étrangères au Sahara occidental.

 1903 : les nomades utilisent l’arrière-pays de la colonie espagnole comme refuge pour lutter contre les tentatives françaises en vue de soumettre les territoires alentour. Cheikh Ma Al-Aïnin proclame le djihad général et s’arrange pour que des cargaisons d’armes parviennent jusqu’aux foyers de résistance à Smara et dans l’Adrar. Ma Al-Aïnin négociait avec les firmes Woermann de Hambourg et Torrese de Barcelone qui expédient les armes avec la complicité de leur gouvernement à Tarfaya par bateau.

 1905 : le sultan Abdelaziz, roi du Maroc, envoie son oncle Moulay Idris Ben Abderrahmane Ben Souleymane rejoindre Ma El-Aïnin avec une cargaison d’armes.

 1911 : accord franco-allemand sur la prépondérance de la France sur le Maroc.

 1912 : signature du traité de Fez et début du protectorat français sur le Maroc. Le sultan Moulay Hafid place son pays sous la protection de la France. «La pleine liberté d’action» est assurée à l’Espagne dans la Saguia El-Hamra. Convention fixant les frontières et zones d’influence française et espagnole sur le Sahara.

 Septembre et novembre 1930 : voyage de Michel Vieuchange dans la région accomplissant près de 1400 km à pied de Tiznit (sud du Maroc) à Smara (nord-est du Sahara occidental).

 1932 : publication en France de «Smara» récit de voyage de Michel Vieuchange, textes reprenant in extenso les carnets de voyage de Michel Vieuchange chez les dissidents du Sud marocain et du Rio de Oro, avec 53 gravures et une carte ainsi qu’une préface de Paul Claudel. 

 1934 : les Français brisent la résistance sahraouie. Les Espagnols sont cantonnés dans de petits postes côtiers. Une trêve est conclue entre les Français et les Aït Ba Amrane.

 Milieu du XXe siècle : découverte d’un important gisement de phosphates à Bou Craa. Les Espagnols envisagent la création d’un micro-État (70 000 habitants) dont il leur sera facile de guider les orientations économiques (2).

1953 : lutte effective pour l’indépendance au Maroc. Des milliers de Sahraouis rallient l’Armée de libération du Maroc (marocaine), en tant que citoyens marocains.

 Janvier 1956 : Indépendance du Maroc; les Sahraouis rejoignent le Sahara demeuré sous le joug espagnol ainsi que Ifni et Tarfaya. L’Armée de libération du Maroc est dissoute et le nouvel Etat indépendant n’engage pas d’affrontement direct avec l’Espagne sur les territoires du Sud.

 Janvier 1958 : création par l’Espagne du territoire administratif du « sahara espagnol» rassemblant les territoires de Río de Oro et de Saguia el-Hamra. La même année, l’Espagne cède la bande de Tarfaya au Maroc.

 Juillet 1962 : indépendance de l’Algérie.

 Mars 1963 : signature à Alger de la convention d’établissement algéro-marocaine garantissant la libre jouissance de leur propriété des Algériens au Maroc et des Marocains en Algérie.

 Octobre 1963 : affrontement  dit de la “guerre des sables” dans la hamada à la frontière algéro-marocaine entre l’armée marocaine et la jeune armée algérienne issue de l’Armée de libération nationale.

 1963 : à la demande du Maroc, le comité spécial de décolonisation de l’ONU inclut le Sahara occidental dans la liste des territoires devant être décolonisés.

 1965 : le Maroc demande à l’Espagne d’engager des négociations directes pour la restitution des territoires occupés du Sahara occidental. Fin de non-recevoir de Madrid.

 Juillet 1972 : signature du traité dit de Ifran de délimitation des confins algéro-marocains devant mettre un terme aux questions des frontières entre les deux pays. Le Maroc ne dépose pas les instruments de ratification de ce traité devant l’ONU. 

 Mars 1973 : un dahir (décret royal) proclame le transfert à l’Etat de la propriété des immeubles agricoles appartenant aux personnes physiques étrangères et aux personnes morales. Des milliers d’algériens de Guercif, Agadir, Taza, Oujda, Berkane, Casablanca, Nador et Fès sont spoliés .

 1973 : création du Front Polisario (Frunte para la liberacione de Saguia Hamra y Rio de Oro) par les indépendantistes sahraouis, essentiellement des anciens combattants de l’Armée de libération du Maroc, déçus par le régime marocain.

 1975 : l’Espagne quitte le Sahara occidental. Accords de Madrid confiant l’administration de Saguia El-Hamra au Maroc et du Rio de Oro à la Mauritanie. Cette région désertique est habitée par moins de 100 000 personnes, pour la plupart nomades.

 6 novembre 1975 : à partir du PC opérationnel d’Agadir, le roi Hassan II prononce l’ordre «Osman en avant...» et fait déployer 350 000 marcheurs qui franchissent les barbelés marquant la frontière entre le Maroc et le Sahara occidental. S’ensuit l’occupation militaire.

 Début 1976 : invasion militaire du territoire du Sahara occidental par l’armée marocaine. Un grand mouvement de fuite des populations civiles est observé. A l’arrivée des troupes marocaines dans les villes, les habitants s’enfuient dans le désert, ne laissant que les femmes, les enfants et les personnes âgées ou incapables de partir. Des retours sont enregistrés, mais de milliers de Sahraouis prennent la route de l’exil et se regroupent dans les camps de réfugiés de Tindouf.

 1976 : le Front Polisario engage une guérilla visant à l’établissement d’une République sahraouie indépendante. Les hommes du Polisario dirigent la plupart de leurs attaques contre les forces mauritaniennes. Proclamation de la République arabe démocratique sahraouie (RASD) dont le gouvernement est installé à Tindouf avec les réfugiés sahraouis.

 1978 : mort de Houari Boumediene. La tension se relâche entre l’Algérie et le Maroc et un lent processus de paix est engagé.

 1979 : la Mauritanie abandonne le Sahara occidental, laissant seul le Maroc, qui annexe la zone mauritanienne non incluse dans les territoires sous son administration dans le traité de Madrid. Le Conseil de sécurité de l’ONU condamne «l’occupation marocaine» et reconnaît le Front Polisario comme «représentant légitime du peuple sahraoui».

 1981 : la construction des «murs» marocains marque un tournant stratégique dans le conflit. Ce remblai isole la côte atlantique du Sahara, qui constitue une importante zone de pêche, et 200 000 km2 de Sahara «utile» sur les 267 000 km2 du territoire. Les gisements de phosphates de Bou Craa sont mis à l’abri. Le Maroc organise un mouvement migratoire et met en place une importante infrastructure économique et sociale. Le Maroc investit, entre 1976 et 1989, environ 2,8 milliards de dollars pour soutenir la croissance locale. Plus de 100 000 fonctionnaires marocains vivent au Sahara et près de 160 000 soldats y sont cantonnés.

 1982 : l’Organisation de l’unité africaine (OUA) admet la RASD en tant que membre après qu’elle ait été reconnue par une soixantaine d’Etats.

 1985 : le Maroc quitte l’OUA.

 1988 : le plan de paix de l’ONU est accepté par le Maroc et le Front Polisario.

 1990 : réédition en France du livre de Michel Vieuchange sous le titre «Smara : carnets de route d’un fou de désert» sans les photos originales de Michel Vieuchange ni la carte que son frère avait établie d’après ses relevés de 1930.

 1991 : signature d’un accord de cessez-le-feu permettant la mise en œuvre du plan de paix. Le référendum d’autodétermination prévu en 1992 se heurte à la difficile définition du corps électoral.

 Résolution 690 du Conseil de sécurité qui crée la Mission de l’ONU pour l’organisation du référendum au Sahara occidental (Minurso). Le texte indique que «le peuple du Sahara choisira librement et démocratiquement entre l’indépendance et l’annexion au Maroc». Pour organiser ce référendum, la Minurso devait s’occuper du recensement des votants, de la libération des détenus et du rapatriement des réfugiés sahraouis résidant en Algérie.

 1993 : Rabat inclut «institutionnellement» le Sahara occidental dans les élections municipales et législatives et dans le référendum constitutionnel.

 

1994 : début des opérations d’enregistrement des électeurs sahraouis. Au moins 150 000 réfugiés sahraouis sont installés dans les camps de Tindouf. La base du corps électoral est celle établie en 1974, lors du recensement effectué par l’Espagne, qui avait dénombré 74 000 personnes. Le Maroc propose une liste complémentaire de 120 000 noms. Selon un rapport cité dans Civil Society publié au Caire en mars 1996, l’ONG de défense des droits de l’homme Human Right Watch indique que Rabat aurait transféré, en 1991, pas moins de 40 000 personnes dans le Sahara, qui y vivraient dans des tentes.

1995 : le diplomate américain Frank Rudy (ancien vice-président du comité d’organisation du référendum et membre de la Minurso) dénonce, devant le Congrès, à Washington, l’erreur d’avoir accordé aux deux belligérants (Maroc et Polisario) le soin d’identifier les électeurs potentiels, en lieu et place de l’ONU. Le nombre des personnes aspirant à voter avoisinait cette année-là les 230 000 à 250 000 si l’on incluait les émigrants sahraouis en Algérie, en Mauritanie, aux îles Canaries, en Espagne métropolitaine et en France.

 1995 : le Polisario libère 185 prisonniers de guerre marocains.

 Novembre 1996 : le Maroc libère 66  détenus du Front Polisario. Ils rejoignent  Tindouf  où se trouvent les camps de réfugiés sahraouis. 

 1996 : Ahmed Alaoui, ancien ministre et proche conseiller du roi Hassan II, propose au Polisario la solution dite de la «régionalisation», une solution de rechange à l’indépendance qui consiste en une intégration au Maroc basée sur l’autonomie et la décentralisation. La thèse de l’autonomie dans le cadre de l’Etat marocain est soutenue aussi par Javier Ruperez, du Parti populaire (PP) espagnol, président de la commission des affaires étrangères du Congrès des députés de Madrid, qui indique que «la question du Sahara doit faire l’objet d’une négociation et rendre propice l’existence d’un Sahara autonome dans le cadre de la souveraineté marocaine».

 1997 : le « «Report of the Secretary General on the Situation Concerning Western Sahara» du Conseil de sécurité des Nations unies souligne que «l’Union européenne, les Etats-Unis et l’ONU ont intérêt à ce qu’une issue se dégage de ce contentieux qui affecte l’Afrique du Nord et qui ajoute un élément d’instabilité à une région déjà fortement perturbée par la guerre civile en Algérie. Situé dans une zone prioritaire pour la sécurité de l’Europe, le Sahara occidental oppose directement le Maroc et l’Algérie, qui se sont affrontés pour l’hégémonie régionale».

 1997 : Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, permet de relancer le processus de paix au Sahara occidental et nomme James Baker, ancien secrétaire d’État américain, comme envoyé personnel pour le Sahara occidental.

 Avril 1997 : Baker visite la région

 Septembre 1997 : réunion sous la houlette de James Baker des Sahraouis et des Marocains à Houston (Etats-Unis). Signature des accords de Houston qui prévoient la tenue du référendum en 1998.

 Décembre 1997 : reprise de l’identification des électeurs. Elle bute à nouveau sur le statut de plusieurs tribus nomades. Le référendum est repoussé à décembre 1999.

 1999 : rejet par la commission d’identification de  la plupart des demandes individuelles d’inscription de ces tribus; le Maroc n’approuve pas. Le Polisario déclare une possible  reprise des hostilités armée si le référendum est continuellement repoussé. La RASD adopte sa constitution.

 2000 : premier plan Baker connu sous le nom «Baker I» offrant une large autonomie locale dans le cadre de l’État marocain. Les compétences du royaume sont limitées à la défense et aux affaires étrangères. Le plan est accepté par le Maroc et rejeté par le Polisario.

Libération de 201 prisonniers marocains détenus par le Polisario.

 2002 : dans un rapport remis au secrétaire général de l’ONU, le Maroc est qualifié pour la première fois de «puissance administrante» du Sahara occidental sans que cette qualification ne soit portée sur la liste des territoires non autonomes tenue par l’ONU. «Puissance administrante» aurait autorisé le Maroc à exploiter les ressources naturelles du territoire.

 2003  : nouveau plan de James Baker appelé «Baker II». Il prévoit l’établissement d’une Autorité du Sahara occidental pour cinq ans avant la tenue du référendum auquel les marocains non originaires du Sahara occidental participeraient et où la nouvelle option d’une «autonomie permanente» figurerait. Le plan est approuvé unanimement par le Conseil de sécurité sous la condition de son acceptation par toutes les parties. Le plan est refusé par le Maroc, considérant qu’il compromet son «intégrité territoriale».

 Août 2003 : le diplomate péruvien Alvaro de Soto est nommé par l’ONU au poste de Représentant spécial pour le Sahara occidental.

 Mars 2004 : début des échanges des visites familiales sous l’égide de la Minurso. Un premier groupe de réfugiés sahraouis de Tindouf se rend  à Laâyoune, dans les Territoires du Sahara occidental, pour la première fois depuis 25 ans. Le même vol dans l’autre sens dépose avec un nouveau groupe de personnes qui peuvent visiter leurs familles dans les camps de réfugiés à Tindouf.

 Juin 2004 : James Baker démissionne de son poste de représentant du SG de l’ONU pour le Sahara occidental.

 2004 : projet d’autonomie dans le cadre de la souveraineté marocaine, lancé par Rabat et rejeté par le Front Polisario.

 Mai 2005 : déclenchement des manifestations et émeutes, surnommées «intifadha pour l’indépendance» par le Polisario. Elles ont lieu principalement à Laâyoune et dans plusieurs villes du Sahara occidental. Des journalistes étrangers sont expulsés après avoir interviewé des manifestants.

 Juillet 2005 : Ban Ki-Moon, secrétaire général de  l’ONU, nomme Peter van Walsum, envoyé personnel pour le Sahara occidental du secrétaire général des Nations unies.

 Août 2005 : libération des 404 derniers prisonniers de guerre marocains détenus pendant plus de 20 ans par le Front Polisario.

 Décembre 2005 : quatorze militants sahraouis sont condamnés à des peines de prison. Amnesty International et Human Rights Watch expriment de vives réserves sur les conditions de ces procès.  Amnesty International demande une enquête sur les accusations de torture de prisonniers.

 2006 : le roi Mohamed VI  met en place le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS). la troisième voie de l’autonomie, entre l’annexion et l’indépendance est proposée aux Sahraouis.

 

Le Maroc se dit favorable à la tenue d’un référendum d’autodétermination de la population du Sahara Occidental s’il n’inclut pas parmi ses options l’indépendance du territoire.

 Décembre 2006 : le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (CORCAS, assemblée de notables Sahraouis) propose au roi Mohammed VI «la mise sur pied d’un gouvernement local, d’un Parlement et d’une autorité judiciaire autonomes dans le territoire du Sahara».

 Avril 2007 : adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 1754 exhortant les deux parties à entamer des négociations directes sans conditions préalables et de bonne foi. La même résolution prolonge  la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) jusqu’au 31 octobre 2007.

 Avril 2007 : le Maroc présente son projet d’autonomie du Sahara Occidental. Le projet d’autonomie pour le Sahara s’articule autour de trois axes : la souveraineté du Maroc, la prise en compte des particularités sociales et culturelles de la région et les critères internationaux en matière d’autonomie.

 19 et 20 juin 2007  : premier round de négociations de Manhasset (banlieue huppée de New York, Etats-Unis) appelé Manhasset I.

 10 et 11 août 2007 : deuxième round de Manhasset qui ne débouche sur rien de concret.

 8 et 9 janvier 2008 : troisième round de négociations de Manhasset qui conclut à la nécessité d’entamer une nouvelle phase de négociations, «plus intensive et substantielle» pour les deux parties en conflit.

 18 et 19 mars 2008 : quatrième round des négociations de Manhasset qui confirme l’échec de ces premiers pourparlers.

 Mai 2008 : Peter van Waslum exprime une opinion personnelle devant le conseil de sécurité considérant que si aucune pression n’est exercée sur le Maroc, l’option d’indépendance du Sahara occidental est un objectif irréaliste.

 30 avril 2008 : le Conseil de sécurité des Nations unies adopte la résolution 1813 qui renouvelle en substance le mandat de la Minurso jusqu’au 30 avril 2009, réitère les principes fondamentaux énoncés lors des résolutions précédentes mais surtout «fait sienne la recommandation formulée dans le rapport selon laquelle il est indispensable que les parties fassent preuve de réalisme et d’un esprit de compromis afin de maintenir l’élan imprimé au processus de négociation».

 Septembre 2008 : Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon  nomme le diplomate américain Christopher Ross comme son envoyé spécial personnel pour le Sahara.

 Juin 2009 : élections locales au Maroc étendues aux territoires du sahara occindetal. Le Polisario dénonce cette «provocation grave».

 Août 2009 : réunion informelle entre les représentants du front Polisario et du Maroc en attendant une reprise rapide des négociations. 

Par Amine Esseghir

 (1) – Selon le document de la Cour internationale de justice de la Haye, Western Sahara : Advisory Opinion of 16 October 1975, le tribunal a reconnu que, dans le cas du Sahara, des liens historiques existaient entre le Maroc et les tribus de la région, mais ceux-ci ne prévalent pas sur le principe du droit à l’autodétermination. Par ailleurs, un grand expert de la région, George Joffé, actuel directeur d’études de l’Institut royal des affaires internationales de Londres, écrivait :  «La Cour a pris soin d’expliquer qu’elle admettait que de tels liens (historiques) existaient avec certaines, mais pas l’ensemble, des tribus du Sahara occidental (...). Cependant, la Cour était sceptique quant à la revendication marocaine puisque les tribus concernées étaient nomades, éparpillées et non circonscrites à l’intérieur de frontières précises – circonstances que de précédentes décisions de la Cour avaient jugées inadaptées à une souveraineté territoriale.

(2) - Selon l’historien Tony Hodges, cette perspective serait à l’origine de la naissance du sentiment national sahraoui alors que les péripéties de la guerre de libération du Maroc avaient surtout mis en évidence la propension des Sahraouis à se mettre consciemment sous la souveraineté du roi du Maroc.

(3) - Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Espagnols maintiennent une faible autorité sur ces territoires. La colonisation militaire a abandonné à plusieurs reprises ses fortifications.

 Sources principales

 Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères Traduction de De Slane - Geuthner (Paris 1982)

Tony Hodges : Western Sahara. The Roots of a Desert War -Lawrence Hill (Wesport 1983)

Tony Hodges : The Western Sahara, Minority Rights Group (Londres 1991)

Tony Hodges : The Origins of Saharawi Nationalism

Richard Lawles et Laila Monahan : War and Refugees

The Western Sahara Conflict - Pinter (Londres 1987)

Stephen Zunes : Western Sahara. Peace derailed - Current History (1996)

Mariano Aguirre : Dossier sur la fin du conflit au Sahara occidental, in Le Monde diplomatique (Paris, novembre 1997)

Les résolutions de l’ONU concernant le Sahara occidental sont disponibles sur le site Internet www.arso.org

Articles de la presse algérienne, marocaine, espagnole, française et américaine.

http://www.lesdebats.com

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