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 Contrefaçon : Un crime bien organisé

20/2/2010

 

Contrefaçon : Un crime bien organisé

par Amine L.

 Plus grave, la contrefaçon est dangereuse pour la santé et la sécurité, à l'image des médicaments contrefaits, des jouets ou des pièces détachées automobiles qui ne respectent aucune norme de qualité. Tous les consommateurs sont «floués»: qui peut détecter le vrai du faux ? Personne. Pièces de rechange pour automobiles, cosmétiques, cigarettes, appareils électroménagers, robinetterie, textile, l'or, informatique, les produits électriques et électroniques... tous les produits de consommation sont touchés par le fléau de la contrefaçon. Plus grave encore, les denrées alimentaires et les médicaments ne sont pas épargnés.

L'importation des produits frelatés ne cesse de prendre de l'ampleur. «Plus de 80% des articles disponibles sur le marché sont de fausses copies avec des prix deux fois moins chers que ceux des produits d'origine», affirme un responsable d'une entreprise publique et membre du groupe de protection des marques (GPM) qui réunit des entreprises algériennes et des groupes internationaux implantés en Algérie comme Unilever, Nestlé, Proctor & Gamble et Altadis.

L'utilisation de lames de rasoir, de crèmes hydratantes, de jouets ou d'aliments contrefaits ne présente évidemment pas les mêmes garanties que celles des originaux. Les saisies de cosmétiques ou de jouets contrefaits explosent en Algérie. Et 25% des faux saisis présentent un risque pour le consommateur. L'Algérie importe tout ou presque. Et, partout dans le monde, des filières douteuses sont aux mains de groupes industriels dont le «traçage» est difficile. Les chiffres des saisies ne révèlent d'ailleurs que la partie émergée de l'iceberg. Avec une spécificité: ce «marché gris», comme l'appellent les experts, prospère. Des pièces détachées de véhicules inondent le marché: joints de culasse, biellettes et triangles de direction, tout le Meccano automobile est offert à vil prix. Avec une incidence directe sur la sécurité, puisque ces éléments affichent souvent des capacités médiocres de résistance aux contraintes. Autre tendance, la contrefaçon de produits de consommation courante. Shampooings, dentifrices, rasoirs, savons très corrosifs pour la peau, dentifrice à l'antigel de moteur de voiture: tout y passe. Le marché parallèle pullule de produits toxiques. Les contrefaçons de jouets, souvent dangereuses, ont doublé en une année. Elles représentent 7% de l'ensemble des articles contrefaits sur le marché.

Autres produits dangereux signalés: des tendeurs à gaz et des rallonges électriques qui s'enflamment au premier raccordement. Les vêtements aussi n'échappent pas à la contrefaçon. Les dermatologues préviennent contre les risques sur la peau, tels que l'allergie, les eczémas que peuvent générer les sous-vêtements, les chemises, les tee-shirts, les pantalons, les pulls, mais aussi des chaussures et chaussettes, fabriqués avec des matières douteuses.

  Rapport alarmant !

Plus grand danger: les faux médicaments. Selon l'OMS, chaque année, des êtres humains meurent après avoir ingéré un faux médicament, parfois un simple sirop pour la toux. En Algérie, aucun médicament contrefait n'a été signalé jusque-là. Mais est-ce pour autant que le marché algérien est indemne de médicaments frelatés ? Rien n'est sûr. Un seul indicateur alarmant révélé par l'OMS: 45 milliards d'euros. C'est ce que génère la contrefaçon de médicaments dans le monde. Soit l'équivalent de 10% du chiffre d'affaires de l'industrie pharmaceutique mondiale. Il s'agit d'un véritable fléau de santé publique qui frappe toutes les régions du monde. Sans exception. Selon un rapport de la Commission européenne, le pays qui se trouve en tête des exportateurs de faux médicaments est... la Suisse. Plus de 4 millions de médicaments contrefaits interceptés, l'an dernier, dans l'Union européenne venaient en premier lieu de la Confédération helvétique (39,2%), puis d'Inde (34,6%), des Emirats arabes unis (14,7%), de la Chine (3,8%) et de Hong Kong (3,2%).

Parmi ces médicaments contrefaits figurent des médicaments parfaitement copiés, de mélanges comportant quelques ingrédients actifs, ou tout simplement des placebos. En Europe, l'industriel pharmaceutique français Sanofi-Aventis a engagé depuis deux ans une démarche offensive de lutte contre la contrefaçon.

Elle ne concerne plus seulement les médicaments dits de confort comme le Viagra mais de plus en plus de produits sophistiqués utilisés pour traiter des pathologies lourdes (système nerveux central, cardiologie...) ou encore des vaccins. Le groupe a créé le premier Laboratoire central européen anti-contrefaçon (LCAC). En Algérie, les spécialistes plaident pour la nécessité de laboratoires anti-contrefaçon et la formation d'enquêteurs spécialisés pour traquer les médicaments contrefaits. De tels laboratoires auront pour mission d'élaborer une base de données avec les «cartes d'identité» des médicaments contrefaits.

En 2008, un total de 1,5 million d'articles contrefaits importés ont été saisis par les douanes, contre 2,27 millions en 2007. Même si les saisies ont baissé en quantité en 2008 par rapport à l'année précédente, elles ont quand même augmenté en valeur, passant de 100 millions de dinars en 2007 à 150 millions en 2008, soit un bond de près de 50%, selon Medjbar Bouanem, directeur de la lutte contre la fraude aux Douanes, cité par l'APS. Les cosmétiques occupent la première place avec 86,21% des articles saisis en 2008 contre 30,86% en 2007.

Pour lutter contre ce phénomène et contre le commerce illicite, les Douanes algériennes ont signé en 2008 cinq accords avec les entreprises Unilever (cosmétiques), British American Tobacco et Philip Morris International Management (tabacs), Nestlé (agroalimentaire) et le groupe public algérien BCR (boulonnerie, coutellerie et robinetterie). Selon les termes de ces accords, les actions de coopération portent essentiellement sur une formation dispensée par ces propriétaires de marques au profit des douaniers algériens afin de les doter de capacités techniques leur permettant de distinguer les authentiques produits fabriqués par ces sociétés de ceux contrefaits.

Pour les experts, la lutte contre la contrefaçon devra être une action coordonnée entre les services des Douanes et les ministères de la Santé, du Commerce et de l'Industrie. La lutte passe aussi par l'amélioration de l'expertise des agents des douanes, pour leur permettre de détecter avec précision les produits contrefaits.

De leur côté, les opérateurs économiques lancent un appel au ministère du Commerce afin de créer un Conseil national de lutte contre la contrefaçon. Une telle institution aurait pour mission «d'émettre son avis sur les programmes nationaux de lutte contre la contrefaçon, coordonner entre les différents administrations et organismes concernés lors de la mise en place de stratégies en matière de contrôle, information, sensibilisation et agir dans le cadre d'une coopération régionale et internationale». Une fois créée, cette institution viendrait renforcer l'arsenal des structures chargées de défendre le consommateur.

D'autres revendications émises par les chefs de PME portent sur «la création d'un Conseil national pour la protection du consommateur, un Conseil national du commerce et un Conseil de la concurrence, qui font cruellement défaut en Algérie». Un chef de PME insiste également sur la nécessité de mettre en place «des dispositions relatives à la traçabilité des produits et à leur origine». Il faut dire aussi que le secteur industriel en Algérie dispose d'un Institut national de la normalisation et de la propriété industrielle qui protège les produits enregistrés contre toute forme de contrefaçon.

«Une seule arme est efficace: l'explication, la pédagogie. Des campagnes de sensibilisation des consommateurs contre la contrefaçon devront être organisées», plaide un membre d'une association de protection des consommateurs.

Source : http://www.lequotidien-oran.com

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