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 Grand témoin des années Boumediene - Les vérités de Ahmed Taleb Ibrahimi

27/2/2010

Grand témoin des années Boumediene - Les vérités de Ahmed Taleb Ibrahimi

 Plus qu’un collaborateur, Taleb-Ibrahimi était une sorte de confident pour le défunt Houari Boumediène. Ce dernier admirait cet homme lettré qui a payé son intransigeance face à Ben Bella qui l’a fait emprisonner », rapporte un ancien journaliste. Est-ce que l’inimitié entre Ahmed Ben Bella et Taleb Ibrahimi a rapproché ce dernier de Boumediène ? Rappel historique : le 16 avril 1964, jour anniversaire de la disparition de Abdelhamid Ben Badis, cheikh Ibrahimi, le père de Taleb Ibrahimi, attaque dans un discours le système de pouvoir de Ahmed Ben Bella.

Le même constat est partagé à l’époque par le jeune médecin Ahmed Taleb Ibrahimi (32 ans alors) qui dénonce la concentration des pouvoirs, le système d’allégeance, la bureaucratie et la politique économique improvisée ainsi que l’intervention d’aventuriers venant de différents pays et s’érigeant en théoriciens de l’économie. La suite que Ben Bella lui réserve est terrible : le 12 juillet 1964, M. Taleb Ibrahimi est arrêté, torturé et, alors qu’il a passé quatre ans et demi dans les prisons françaises, il sera « l’hôte » des geôles de l’Algérie indépendante, jusqu’à février 1965. En relatant ces années de plomb, on retrouve cette vieille pratique du pouvoir et de ses satellites qui semble avoir survécu : l’allégeance. Déjà, lors de son emprisonnement en France, témoin des déchirements internes entre les dirigeants de la révolution et la montée en puissance du discret et ascète colonel Boukharouba, alias Boumediène, ce « père » que les militaires regrettent toujours, M. Taleb Ibrahimi s’est dit dans ses mémoires « fort peiné d’apprendre que certains de nos intellectuels (ou plutôt nos diplômés) sont très satisfaits de jouer les porte-serviettes serviles de responsables analphabètes, comme si le fait d’avoir pris les armes, à lui seul, conférait le droit de diriger l’Algérie ».

Cette déclaration qu’a faite M. Taleb-Ibrahimi à Ahmed Toufik Madani, ancien secrétaire général de l’association des oulémas, que l’auteur critique pour s’être déclaré « soldat exécutant », est appuyée par le constat du jeune médecin de l’époque : « L’anti-intellectualisme caractérise déjà notre révolution et en constitue même un des points noirs. » Ahmed Taleb Ibrahimi, alors médecin à l’hôpital Mustapha Bacha, à Alger, désire s’éloigner de la politique, mais le coup d’Etat du colonel Boumediène le rattrape. Boumediène, c’est l’homme qui lit la Fatiha devant la dépouille du cheikh Ibrahimi, décédé le 20 mai 1965, alors que Ben Bella prolongera sa tournée à l’Est pour ne pas assister aux obsèques. Cherif Belkacem, ministre de l’Orientation de l’époque, lui propose d’intégrer le gouvernement. M. Taleb Ibrahimi réfléchit, puis dit « oui » : « En prononçant ce oui, pouvais-je deviner que j’allais m’engouffrer dans une nouvelle ‘’prison’’ qui allait durer plus d’un quart de siècle ? », s’interroge-t-il dans le premier tome de ses mémoires.

« La conviction que cette date (le coup d’Etat du 19 juin 1965, ndlr.) va marquer le début d’une ère nouvelle, qui mettra fin à une gestion anarchique du pays, miné par les luttes de clans, le désordre et les graves dérives en matière de respect des droits de l’homme (…) cette conviction a constitué, en fait, une grande motivation dans mon acceptation de faire partie du premier gouvernement constitué après le 19 juin 1965. » Puis, il vécut ce qu’il décrit comme une sorte de mélange entre une aventure intellectuelle et une mission qui lui tient à cœur, aux côtés de Houari Boumediène.

 Le colonel éclairé

Le colonel Boukharouba était pour Taleb Ibrahimi « cet homme qui avait l’Algérie dans les tripes et un sens aigu de la justice sociale, qui a vécu sobrement, était d’une parfaite intégrité. Il n’a jamais accepté que ses proches profitent du pouvoir et il a quitté ce monde subitement, sans postérité et sans prospérités ». Dans le deuxième tome des ses mémoires publiées en avril dernier chez Casbah éditions, Taleb Ibrahimi revient sur cette période de sa vie de la fin des années 1960 à la fin des années 1970. Taleb Ibrahimi évoque en détail cette période qu’il place sous le générique de « la passion de bâtir ». Ses orientations idéologiques en matière d’arabisation et d’attachement à la dimension musulmane de l’Algérie lui vaudront des décennies de critiques. Il y répond en remettant sa logique - et les critiques - dans leur contexte : « La politique d’arabisation a suscité une polémique et de nombreuses critiques. J’ai l’impression de travailler sur le fil du rasoir, entre un courant qui trouve que cette politique se caractérise par une lenteur décevante qui cache sans doute, selon lui, un penchant pour la langue française et un courant qui ne ménage pas ses critiques ».

Pour ce dernier, il lui est reproché, en particulier, de provoquer une baisse du niveau des élèves, au motif que la langue arabe ne peut assurer un enseignement de qualité, notamment dans les disciplines scientifiques et techniques. De manière générale, elle comporte le risque de freiner la modernisation de la société, car elle serait porteuse de valeurs passéistes et rétrogrades ! Des clivages potentiellement dangereux pour la cohésion nationale apparaissent et opposent arabisants et francisants. Ces derniers, au lendemain de l’indépendance, et pour des raisons historiques évidentes, ont pris en main l’encadrement des activités économiques, administratives et techniques, etc., du pays. Ils perçoivent donc le processus d’arabisation comme une menace pour leurs acquis et leur avenir, à plus ou moins long terme. Résolu, Taleb Ibrahimi assume jusqu’au bout face à ses détracteurs passés et actuels : « Ceux qui m’accusent d’être à l’origine de l’arabisation en Algérie m’attribuent un honneur que j’aurais souhaité mériter.

Ils oublient, en effet, que l’arabisation fait partie des options politiques principales de la révolution algérienne, consacrées par les textes fondamentaux du FLN, notamment le programme de Tripoli (juin 1962) et la Charte d’Alger (avril 1964) ». Mais il se défend d’avoir poussé vers des choix fermés sur l’arabité et l’Islam uniquement. Il évoque la nomination de Mouloud Mammeri à la tête du Crape (Centre de recherches anthropologiques, préhistoriques et ethnographiques) : « Pour revenir au débat qui agitait le mouvement national au sujet de la dimension berbère de notre identité, je constate malheureusement qu’au lendemain de l’indépendance, nous avons commis l’erreur de perpétuer le discours nationaliste basé sur le binôme arabité-islamité au lieu de revenir à notre trilogie identitaire.

« Des regrets ? Au lieu de rectifier ce que lui-même (le président Houari Boumediène, ndlr.) aurait fait s’il était resté vivant, on a glissé vers une remise en cause globale de sa politique », écrit Taleb Ibrahimi qui aura à défendre ses positions idéologiques devant ses confrères du FLN des années 1990. Avec parfois des discussions houleuses et des tensions extrêmes lors des réunions internes du parti », témoigne un membre de la direction de l’ex-parti unique. Passé et présent se télescopent.

 Boumediène : « Bouteflika m’en veut… »

De flash-back en analyses, Taleb Ibrahimi éclaire sur les choix et les biographies des hommes politiques. Attardons-nous sur le cas de l’actuel président Abdelaziz Bouteflika, présenté à l’époque comme un intime de Boumediène, un « dauphin » même…Taleb Ibrahimi, lors d’une veillée dans la nuit froide de Moscou aux côtés de Boumediène, hospitalisé dans l’ex-URSS, se souvient. « De 22h à 4h du matin », précise l’ancien ministre, la nuit du 14 octobre 1978, le Président, qui n’a que quelques semaines encore à vivre, brosse à son confident et ami un tableau exhaustif des membres du Conseil de la révolution. Boumediène considère qu’il a fait don de sa personne à son pays au point de s’identifier totalement à lui ; en conséquence, qui le trahit, trahit l’Algérie. Il se plaint des vilenies des uns, des faiblesses des autres et reconnaît les qualités de certains.

Le Président malade parle avec amertume de la tentative de putsch par Tahar Zbiri, regrette la disparition de Saïd Abid et se déclare ulcéré par les rumeurs qui ont entouré le suicide de Ahmed Medeghri. Mais c’est autour de Abdelaziz Bouteflika que les révélations de Boumediène sont les plus surprenantes : « On a beaucoup épilogué sur mes relations avec Bouteflika. La vérité, c’est que Abdelaziz était un jeune homme inexpérimenté qui avait besoin d’un mentor, j’ai joué ce rôle. Sans doute m’en veut-il de ne l’avoir pas désigné comme ‘’prince héritier’’ » ainsi qu’il le désirait. En effet, lorsqu’en 1976, j’ai chargé Bedjaoui de préparer un projet de Constitution, ce dernier est venu m’informer d’une demande de Bouteflika relative à l’introduction d’une disposition portant création d’un poste de vice-président, élu en même temps que le Président, sur le même « ticket », à la manière américaine.

A Bedjaoui qui voulait savoir si cette proposition avait mon agrément, j’ai répondu qu’en tant que juriste, il pourrait proposer autre chose sauf introduire un tel article. Taleb Ibrahimi, candidat à la présidentielle de 1999 et qui s’est alors retiré avec les autres postulants face à Bouteflika, candidat du « consensus », remet l’horloge de l’histoire à l’heure en dévoilant l’archéologie des ambitions de l’actuel chef de l’Etat. Une révélation en rapport direct avec la polémique déclenchée récemment par les déclarations de l’ancien président Chadli Bendjedid (1979-1992) concernant la succession à Boumediène.

 Mystères

Cette période de la fin du règne de Houari Boumediène revient fréquemment alimenter débats et témoignages. Non seulement à cause de tous ces drames shakespeariens autour de la succession, mais aussi autour de la maladie et du décès du Président ce 28 décembre 1978. Grand connaisseur de l’Algérie de Boumediène, le journaliste français du Monde, Paul Balta, déclarait dans un entretien à Mohamed Chafik Mesbah que Taleb Ibrahim « est la personne la plus qualifiée pour donner son témoignage sur la maladie de Houari Boumediène ». « Médecin de formation, il est spécialiste d’hématologie. C’est lui, en particulier, qui a accompagné Houari Boumediène à Moscou pendant ses soins. Il était chargé enfin d’informer le conseil de la révolution sur l’évolution de la maladie du président de la République », indiquait Paul Balta. Mais que dira Ahmed Taleb Ibrahimi dans ses mémoires sur cette mort qui nourrit encore théories et mystères ? Pas grand-chose malheureusement.

« Vingt-neuf ans maintenant nous séparent de ce triste événement. Durant toute cette période, de nombreux compatriotes n’ont cessé de me poser cette question lancinante : est-il mort de maladie, comme on le prétend, ou bien n’a-t-il pas été plutôt victime d’un empoisonnement lent, œuvre des services secrets étrangers, notamment américains et israéliens ? Dans l’état actuel de mes connaissances, il est difficile de confirmer telle ou telle hypothèse, surtout que dans les pays du tiers-monde, on a tendance à refuser l’idée que certains leaders charismatiques soient des hommes comme les autres, exposés aux mêmes vicissitudes de la vie, telles que la maladie, les accidents. Par ailleurs, d’autres morts de leaders restent mystérieuses. Ainsi, de sérieux soupçons pèsent sur les services secrets israéliens qui seraient certainement responsables de l’empoisonnement de Yasser Arafat, après avoir vainement tenté, quelques années plus tôt, une opération similaire à Amman contre le chef du mouvement palestinien Hamas, Khaled Machaâl.

Autres exemples : le roi Fayçal (d’Arabie Saoudite, ndlr.) a été assassiné au moment où il défendait la thèse de l’embargo pétrolier à destination des pays occidentaux qui soutiennent Israël, et les présidents Nasser et Assad aux positions anti-impérialistes et antisionistes notoires ont été terrassés par des crises cardiaques... Toujours est-il que j’ai quitté, à Moscou, le 17 octobre, un Boumediène en forme et avec un moral de fer alors que 28 jours après, je l’ai retrouvé à Alger fort diminué. Espérons que d’autres témoignages pourront un jour éclairer l’histoire dans un sens ou dans l’autre ». Espérons toujours.

Sources : Mémoires d’un Algérien, Tome 1 : Rêves et épreuves (1932-1965) et Tome 2 : La passion de bâtir (1965-1978), aux éditions Casbah.

 

Par Adlène Meddi

 
Avis des lecteurs :

 Ce n’est pas la langue arabe en elle même qui est un problème, Israël s’en sort bien avec l’hébreu comme langue d’enseignement mais l’arabisation "forcée".Pour bien comprendre il faut se reporter aux années 60 où la majorité des algériens ne parlait guère l’arabe classique mais comprenait plus au moins le français, d’ailleurs Feu Messali El Hadj a acquis son aura parce qu’il discourait en arabe classique et pourtant son arabe était mauvais mais personne ne s’en apercevait ! Et les pays arabes à l’époque étaient en retard dans tous les domaines donc on ne pouvait pas se fier à leur enseignement mais par contre le notre qui était en français, était déjà bien établi, héritage du colonialisme, deux prix Nobels sont nés chez nous ! On aurait dû continuer sur notre lancée mais voilà certains mû plus par leur complexe d’infériorité que par une réelle volonté d’aider le pays ont décidé autrement et nous ont imposé l’arabisation à outrance alors qu’elle aurait dû se faire par étapes. C’est vrai la langue arabe a aidé à la transmission du savoir vers l’occident mais elle même a bénéficié des apports grecques, perses, indiennes etc... Quant à dire que l’enseignement dans les pays arabes est au même niveau que les pays développés vous vous gourez royalement ! Malgré que leurs élites aient été formées à l’extérieur ils continuent à faire appel aux compétences étrangères ! Souvenons-nous du premier discours de Bouteflika comme président en arabe classique transmis à la télé, toute la population n’a rien saisi et le lendemain dans les journaux, dans les rues ,dans les foyers les gens se demandaient pourquoi puisqu’il s’adressait à la nation il ne parlait pas en arabe algérien, c’était quoi son but au juste nous impressionner comme le faisait feu Messali El Hadj ? Tout ça pour vous montrer où nous a mené cette politique, on se retrouve avec un peuple qui ne parle bien ni français, ni arabe, ni berbère. Contrairement à ce que vous pensez la langue berbère peut très bien réussir dans les matières scientifiques. L’hébreu, le finnois, le chinois etc... l’ont déjà confirmé !

source : http://www.elwatan.com

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