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 Jijel, sa côte, son phare

27/2/2010

 

JijelJijel, sa côte, son phare

On savait Jijel différente par sa côte, l'une des plus belles au monde, mais il faut aussi dire qu'elle reste une des dernières villes de ce pays où sortir en famille reste facile comme bonjour.

D’abord, la ville. Différente de beaucoup d’autres du littoral algérien, Jijel a eu la chance (ou la malchance, c’est selon), de grandir sans trop de frais. Contrairement à Alger, à Oran, ou à Annaba, et d’autres, Jijel n’a pas vécu l’exode rural qui aurait pu multiplier sa population par un nombre impossible à satisfaire en matière de cadre de vie. Car, en dehors du fameux projet de Bellara et du Port de Djen Djen, Jijel ne dispose d’aucune zone industrielle alentours. La majorité des communes ceinturant le chef-lieu de wilaya a pu conserver sa vocation agricole, même si la nouvelle génération y prête moins d’intérêt. En tout cas, la ville n’a pas été dans l’obligation de se doter dans l’urgence de vastes programmes de logements et d’infrastructures de communication comme ce fut le cas d’autres grandes agglomérations. A telle enseigne que l’on se plaint encore que la ville n’ait qu’une seule route la liant à l’Ouest, via l’étroite corniche jijélienne menant à Béjaïa et, à l’Est, la seule route de Constantine. Enfin, en matière de tourisme, la belle côte bleue n’a pas été altérée par de gros complexes touristiques à même de nuire, par la mauvaise gestion que l’on sait, à son environnement. Ces facteurs qui marquent l’histoire récente de la ville font en sorte qu’aujourd’hui, Jijel doit être un des derniers coins de la Méditerranée où il est permis de voir la nature sauvage telle qu’elle fut façonnée par le temps et pas seulement sur un vague prospectus. Cette saison encore, il est donné de constater que c’est toujours le cas. Si la belle réputation de la région lui vaut une affluence extraordinaire, notamment de l’est du pays, cela ne se ressent que le week-end, et seulement en centre-ville ou sur les plages. On se bouscule à Ouled Bounnar ou au Grand-Phare, mais les concessions dans les plages sont si bien gérée que les journées se passent en toute tranquillité, malgré le nombre impressionnant des estivants. La présence de la gendarmerie rassure, le dispositif de la protection civile est bien visible et le va-et-vient agents de Djezzy, les vendeurs de thé, de beignets et de m’hajeb finissent par donner une agitation particulière en bord de mer.

Le reste de la semaine, Jijel est une ville où il fait bon marcher, siroter son café, le matin calme, auprès d’un groupe de retraités, faire ses fraîches emplettes au marché quotidien jouxtant, en ville, la Grande Mosquée, ou faire sa sieste malgré les cris de quelques bambins au dehors.

Le soir venu, c’est la société jijélienne qui reprend possession de la ville où les multiples endroits pour sortir dîner sont monopolisés par une ambiance familiale et tranquille. S’il faut tout de suite vous donner le meilleur endroit pour sortir à Jijel, alors les restaurants de la Crique sont Le bon plan de l’endroit. Il s’agit d’une terrasse surplombant la plage du même nom, construite en bois par les riverains que la mairie a autorisés à exploiter en restaurants et en crémerie. Le cadre est rustique, isolé de la route, permettant, le temps d’une grillade ou d’une pièce de poisson bleu ou blanc à déguster, de discuter au son du ressac des vagues. La Crique est à environ dix minutes de la ville, par voiture. Dans les restaurants du quartier anciennement dit Casino, qui fut jadis la sortie Est de la ville pour en devenir aujourd’hui le centre, les gens se connaissent, échangent plaisanteries, entre clients et propriétaires, mais surtout leurs avis sur le poisson du jour. Car, venir à Jijel et ne pas goûter de son poisson, c’est comme manquer de savoir-vivre. Une petite parenthèse s’impose, cela dit, lors de notre séjour, le poisson se faisait étrangement rare. En dehors de la sardine à 80 dinars le kilo, pour laquelle il faut pointer à 5 heures du matin à la pêcherie et, dans le meilleur des cas, à 6 heures au marché. Quant aux autres espèces, elles étaient tout simplement introuvables, y compris chez les restaurateurs qui ne se fournissaient pas d’autres villes portuaires. Renseignement pris, en cette saison où les chalutiers sont mis à l’arrêt pour permettre au poisson de se reproduire et où seuls les sardiniers activent, cet été a été marqué par une succession de mauvais jours au plan de la météo, empêchant les petites embarcations de prendre le large, alors que plusieurs bateaux de pêche à même de braver les eaux internationales auraient ralenti leur activité. Mais cette somme d’explications n’est pas pour satisfaire les habitants de la ville comme les estivants, surtout pas après les investissements publics dans ce domaines, consentis sur le Trésor public depuis plusieurs années et au vu de l’importance du nouveau port de pêche et de plaisance construit dans les années 2000. Surtout dans une ville où le poisson congelé et les fruits de mer surgelés sont bannis, un commerce qui n’a jamais marqué ici, nous dit-on…

Quant aux loisirs, eh bien, il faut avouer que cela manque à Jijel. On s’y repose, oui, mais on ne s’y amuse pas beaucoup, du moins pas si l’on est jeune et en groupe. De ce point de vue, la ville qui n’a pas été concernée par le festival africain, n’a pas été consolée non plus par assez de spectacles artistiques. Point de troupes, pas d’exposition, aucun gala musical, et cela est bien dommage pour une population au carrefour de plusieurs genres, qui adore Al Ghafour, reste fidèle à Guerrouabi, danse sur le staïfi et se met constamment à jour aux nouveautés du raï. De plus, l’exploitation des richesses de cette ville pourtant ultra-chargée d’histoire, n’est absolument pas évidente. Aucune pancarte ne vous incite à visiter tel ou tel endroit historique, aucune publicité sur les monuments, aucune activité pour faire connaître le Musée de la ville, pourtant un des rares sites parfaitement debout.

Certes, Jijel est vieillissante et il est regrettable que de nombreuses anciennes bâtisses au style architectural propre à la ville ne soient pas réhabilitées, mais détruite de manière expéditive, au fur et à mesure qu’elles sont échangées contre des constructions hideuses, standardisées, inachevées et, plus grave, qui rendent la ville méconnaissable chaque jour un peu plus. C’est ainsi.

Alors, pourquoi pas une virée au Grand phare, à moins de dix kilomètres à l’Ouest de Jijel ? Le temps de garer son véhicule, de monter quelques pas et, une fois sur place s’offre à vous une des plus belles vues de ce monde. Avec un peu de chance, s’il n’y a pas trop de monde, vous aurez peut-être la possibilité de voir le phare de l’intérieur et, peut-être même d’en signer le Livre d’or. Quelques vieilles évocations datent des années 1960, ou 1970, tous ces gens passés ici et, au détour d’une page, les remerciements polis d’un certain Tahar Djaout, journaliste à Horizons, dans les années 1980…

Par Nabil Benali

 

Source : http://www.lesdebats.com

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