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 Le pillage organisé de la maison Algérie

27/2/2010

 

Le pillage organisé de la maison Algérie

Il y a 15 ans, alors que j’étais sur le chemin de l’exil, comme des milliers d’autres Algériens, une de mes amies m’avait écrit une lettre pour me dire au revoir et me souhaiter bonne chance.

Dans sa lettre, figurait une phrase impossible à enfermer dans mes souvenirs : « Va, et si la vilaine nostalgie te prend le cœur, pense à toutes ces misères qu’ils nous font subir ici. » « Ils ! ». Ainsi parIent les gens du peuple de ceux qui détiennent le pouvoir, généraux et gouvernants, les faiseurs de drames, les artisans de leur enfer quotidien. « Ils », « Eux », « Ceux d’en haut », bref, des expressions pour situer la source du mal en évitant de s’exposer au pire. Les mots de mon amie, lourds de sens, sont restés gravés au fer rouge dans mon esprit. Tantôt noyés dans le flot de mes préoccupations quotidiennes, tantôt revenus à la une de mes pensées après avoir bousculé tout le reste, ils sont toujours à rôder à proximité de mon âme comme pour m’empêcher de les oublier.

Surtout que les années algériennes faites de larmes, de sang et de misère ne laissaient de répit ni aux morts ni aux vivants. Pourtant, bien que cette phrase soit logée en moi, je n’ai jamais réussi à la faire totalement mienne. Même si au fil des ans, au contact des gens de ce grand pays d’accueil qu’est le Canada, elle a changé de sens. Je me retrouvais partageant la vie de gens totalement étrangers à la crainte qui nous habitait en Algérie et qui nous faisait supporter « toutes ces misères » dont parIait mon amie. La casquette militaire à l’arrière d’une voiture nous gouvernait autant que la carte du FLN. La peur se transmettait dans les foyers de génération en génération, comme du temps des rois et de l’Inquisition.

Me voilà dans un autre monde. Les gens, autour de moi, portent la fierté de leur pays dans le regard comme dans l’attitude. Ils évoluent dans une société caractérisée par la libre expression et la pensée critique. Et les plus savants d’entre ses membres veillent à ce que chacun connaisse ses droits et ses obligations. De même que les moyens et les instruments qui en assurent l’application. La libre expression et la pensée critique sont la base d’une citoyenneté active et indispensable au bien-être collectif. Et ici, elles sont cultivées religieusement dans toutes les sphères de la société, tandis qu’en Algérie, on s’employait (et on s’emploie encore, pour notre grand malheur) à les réprimer. Un petit exemple banal, mais crucial en termes d’éducation de cette citoyenneté au service de l’intérêt général de la nation : un collègue de travail, habitué à se rendre au bureau en vélo ou en métro, arrive un jour au volant d’une Ferrari, cela soulève immédiatement le doute sur ses revenus.

Ou encore, un ministre qui devient milliardaire de par sa fonction du jour au lendemain. C’est suffisant pour que les gens se posent des questions. Et bien sûr, non seulement ils ont le droit de se poser ce genre de questions, mais aussi d’exiger des réponses. S’il arrive qu’un homme politique, ou d’un autre domaine, soit soupçonné du moindre détournement, d’un brin de malversation dans les affaires publiques, ce n’est pas une tuile qui lui tomberait sur la tête et surtout pas une promotion qui le mettrait à l’abri des regards dans les dédales de la diplomatie — une pratique où excellent les régimes corrompus — mais c’est le ciel entier qui l’écraserait par les grâces d’une presse au service de l’intérêt public. Il y a aussi ce qu’on appelle couramment le fisc, qui veille à la distribution équitable des richesses nationales entres les citoyens. Mais il y a surtout, la justice, ce bras puissant et agissant de la citoyenneté qui intervient en tous lieux et toutes circonstances, et ne s’arrête devant aucun grade, ni hiérarchie de quellque que nature qu’elle soit.

Si en Algérie, les militaires et autres pontes du pouvoir s’autoprocIament supercitoyens et se placent au-dessus des lois, ici, ils sont scrutés par l’œil vigilant de cette citoyenneté qui veille à l’intégrité de ses représentants. Ce sont les privilèges de la citoyenneté en démocratie. Président, ministre, député, tous sont redevables devant le citoyen investi du droit d’élire, de surveiller et/ou de sanctionner les prétendants à la gestion des affaires publiques. Pas un n’échapperait à la vigilance citoyenne, seule garante des valeurs de la société et de son devenir. Tout est mis en œuvre pour que les gens se gouvernent par l’éthique et l’imputabilité. Et chaque secteur dispose d’un code qui balise son action.

Cette codification des comportements donne une harmonie d’ensemble qui inspire la confiance et la paix de l’esprit pour tout un chacun. Faut-il dès lors s’étonner que ces citoyens donnent le meilleur d’eux-mêmes pour leur pays ? Même plus, ils le font avec une fierté contagieuse. Du plus haut sommet de l’État jusqu’au plus modeste citoyen, tous contribuent à bâtir un pays qui jouit de ce respect qui fait sa force dans le reste du monde. La crainte qui nous gouverne en Algérie est ailleurs respect des lois et des droits. C’est la différence fondamentale entre une société libre et une société asservie. Un État de droit et une dictature. Certes, c’est utopique de croire que l’Algérie ressemblera au Canada ou à un autre pays développé en une décennie ou même deux. Mais la révolte vient du fait qu’en 60 ans d’indépendance, nous n’avons rien fait de valable, de durable sur quoi les générations futures pourront bâtir. Nous avons excellé dans le gaspillage de nos ressources naturelles et humaines.

Le pays a régressé de façon déconcertante et le plus indigne des bilans nous explose au visage avec son lot de cadavres de nos enfants « harraga », du top de la corruption, de la malversation en tous genres et enfin, d’une des plus mauvaises gouvernances qui soit. Tout ce qui se rapporte à l’Algérien est dévalorisé et méprisé. Si bien que le pays est plus dépendant qu’il y a 30 ans et que nous importons presque tout ce que nous consommons, souvent le rebut des autres pays que nous payons à prix d’or. Cette situation est révélatrice de l’irresponsabilité et de la bêtise, certes de nos gouvernants en tant qu’exemple à ne pas suivre, mais aussi de la société, qui peine à s’assumer malgré l’ouverture qu’elle a sur le monde et l’opportunité de changer son destin.

Plus elle cultive la passivité devant la dérive du pays, plus elle contribue à le vider de ses richesses et de ses enfants et le condamne au pire. Cela se vérifie aux vagues successives des fuites à l’étranger. Si les départs ont culminé durant la décennie noire, ils ne se sont pas estompés à la faveur du calme revenu et de l’embellie financière que connaît le pays. Loin s’en faut, année après année, ils sont de plus en plus nombreux les candidats à l’exil. Personne ne semble s’offusquer suffisamment de cette grave situation pour inverser la tendance. La société algérienne investit dans l’instruction et la formation de ses cadres, puis accepte d’en laisser le fruit à d’autres pays. Même la plus petite prise de conscience trouverait la situation inacceptable et se poserait des questions quant à la conduite et au rôle de toute la société (intellectuels, politiciens, journalistes, société civile, etc.).

Dans ce dossier, bien sûr, mais aussi dans tout le reste. Tout un chacun peut se rendre compte combien le contexte socioculturel est crucial dans la construction d’une citoyenneté agissante. En partageant la vie des autres, on prend conscience de notre handicap majeur au chapitre de l’expression. Notre ignorance due à plusieurs raisons, notamment historiques, conjuguée à la peur du « chef » induite en nous par toutes sortes d’abus de pouvoir, nous ont peu à peu poussés dans cette culture du chuchotement qui nous a été fatale en tant que peuple. C’est un véritable handicap dont le résultat se lit constamment dans cet intitulé de « ghachi » qui nous colle à la peau à cause justement de notre faiblesse à défendre ce qui nous est cher, comme nos droits, nos valeurs, notre pays et l’avenir de nos enfants.

« Ghachi ! » Quelle humiliation pour un peuple qui a donné une si grande leçon d ’histoire à ses contemporains avant de sombrer dans cette masse de « ghachi » manipulable à tout vent. Le constat fait d’autant mal que dans plusieurs pays, la référence glorieuse de la Révolution algérienne est restée intacte dans les mémoires (j’ai eu personnellement le bonheur de l’entendre, et ce, dans plusieurs pays), sauf peut-être dans le nôtre. D’où, cette société éclatée et sans repère, qui ne parvient pas à se ramasser pour donner un vrai coup dans la fourmilière du pouvoir et faire sauter les verrous de son asservissement.

One, two, three, viva notre Algérie ! Libre et démocratique

Si pour une fois, au lieu de critiquer et de se lamenter, les Algériens pouvaient se faire confiance et agir ensemble, nul doute que le barème de leur fierté grimperait et leur estime de soi suffirait à leur donner le goût d’une vraie citoyenneté. Celle qui refusera le traitement humiliant d’une administration qui impose la courbette et la « tchippa » pour le plus basique des droits. Celle qui détient le pouvoir de changer les choses. Celle qui choisit ceux et celles qui parleront en son nom. Celle qui n’acceptera aucun abus et qui empêchera que son pays soit l’otage des « 15 ou 18 chats » dont parlait M. Bouteflika en 1999 avant qu’il n’en ajoute quelques « dizaines ? Centaines ? de sa propre fabrication. Histoire de nous condamner aux guerres tribales, claniques, ethniques au lieu de nous consacrer à bâtir notre maison à tous, l’Algérie. Mais il est dit qu’il y a une fin à tout. Et 2010 montre que la dérive du pouvoir est à sa limite et que les Algériens sont résolus à rompre avec son ultimatum : la vie de « misères en tous genres » ou l’exil.

La prise de conscience et le courage semblent au rendez-vous de cette année pour aider l’Algérie à entrer de plain-pied dans la démocratie et commencer à édifier son État de droit. Soyons à l’écoute de nos aspirations et rejoignons les appels aux changements pour une vie meilleure dans notre pays. Ouvrons les yeux sur les immenses richesses et possibilités qu’offre ce trésor de pays que nous négligeons et livrons à une armée de pilleurs locaux et internationaux. La société algérienne a certes le droit à la dignité, mais elle a aussi l’obligation de l’arracher. Demain sera aux couleurs qu’elle décidera aujourd’hui. Il suffit d’être nombreux à le croire, parce que ce n’est pas un miracle de Dieu, mais une œuvre d’hommes et de femmes, à portée de tout peuple qui décide de se prendre en main. L’Algérie pourra renouer avec l’exemplarité de son passé.

Le train du changement est en marche, il ne faut surtout pas le manquer. Car, si dans 15 ans, alors que nous serons 40 millions d’Algériens, nous en sommes encore au même discours de « hogra », de misère et de corruption, il faudra reconnaître que la faille est en nous et qu’il y aura toujours un président ou général untel pour l’exploiter. Il sera alors temps d’admettre que nous méritons nos dirigeants et par conséquent le sort qu’ils nous réservent.

 

Par Zehira Houfani Berfas

Source : http://www.elwatan.com

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