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 LA VIOLENCE SOCIALE - La famille et la crise des valeurs

2/3/2010

LA VIOLENCE SOCIALE - La famille et la crise des valeurs
04 Juin 2009

La famille traverse aujourd’hui une crise dont le coût risque d’être élevé pour la société.

Sommes-nous conscients ? La société est malade, l’absence de compétences pour gérer et mobiliser se fait sentir. Corruption, violence sociale, perte des valeurs, état suicidaire dominent. Cela engendre des maladies psychiatriques. Dans le monde arabe, attaché à ses traditions, la famille, lieu où s’affirme la singularité des valeurs, est déboussolée, confrontée à des remises en cause sans précédent. Les discours qu’elle subit sont contradictoires, ceux de la permissivité et de la jouissance à tout prix, prodigués par les télévisions occidentales et ceux archaïques et fermés des télévisions orientales. Le tout dans un contexte de vide culturel et de faillite des systèmes politiques internes, incapables d’orienter. La ligne sage et raisonnable du juste milieu est perdue de vue. La famille musulmane n’échappe pas aux remises en cause des fondements qui la constituent depuis des siècles. Nous n’assistons pas à de simples changements, mais à l’ébranlement des bases de la culture monothéiste, abrahamique et partant musulmane de la famille, autour de cinq repères éthiques et sociaux sensés responsabiliser, lier et humaniser: 1- La distinction entre le licite et l’illicite. 2- La reconnaissance de l’autorité et de l’échelle des valeurs. 3- La maîtrise des instincts.
4- L’acquisition de la langue et culture maternelles. 5- Le sens de la vie commune. Aujourd’hui, face à la crise de civilisation et à son malaise, face aux bouleversements qui concernent la croyance ou l’incroyance dans ces données et les valeurs traditionnelles, où le père et la mère assumaient un rôle symbolique complémentaire, il y a le sujet aux prises avec le réel complexe. Où va la famille? La crise du progrès, l’écart entre modernité et tradition, les crispations et le relâchement des liens sociaux, montrent que la politique et la culture sont confrontées à de l’imprévisible au sujet de la famille. Il faut rester prudent et audacieux pour prévenir et essayer de guérir la violence et les désordres.

La Voie Médiane
Le savoir ne peut pas être indifférent à la grave crise de société dans laquelle nous sommes aujourd’hui, c’est-à-dire marquée par des remises en cause incontrôlées et une détresse produites par une histoire violente subie, les fermetures du dedans des sociétés figées et par un système mondial dominant qui s’appuie sur l’impératif économique inhumain. L’éthique musulmane prétend qu’elle peut permettre à un enfant, à un adolescent, à un adulte à partir de la famille, de trouver sa place dans le monde en apportant sa réponse particulière et équilibrée à l’existence. La religion affirme qu’elle offre la possibilité de trouver la voie équilibrée, entre l’autonomie de l’individu et la vie commune, familiale et sociale, vie traversée par des tensions. La famille en islam aurait pour tâche d’éviter l’isolement. Pour la culture spirituelle fondée sur le Livre fondateur et l’exemple du Messager, il s’agit de choisir une voie médiane, autre que celle du refus de toute autorité. Elle est sensée donner du sens, et de responsabiliser. Favoriser et préserver la famille, dans cette logique, est la condition de l’être commun, une voie du lien fécond, de l’entraide, du lien social fort, de l’appel à la résistance. La famille musulmane est considérée comme ce qui permet de préserver une forme d’humanité. La famille est ce qui rend possible une éthique et une culture qui convoquent le sujet aux alliances et au désir du savoir partagé.
La religion base les obligations de la vie sociale à partir des proches, de la famille, en vue de permettre à l’humain de sortir de l’état des illusions de toute-puissance, et risque de nier les autres. Pour sortir de l’égoïsme, il a besoin de l’aide d’un Tiers, troisième personnage, le ´´Père´´, représentant la Loi de la société humaine. Sans la famille et le respect de ses valeurs bien comprises, instituées par la religion, la raison et le bon sens ancestral, il est difficile de faire l’apprentissage de la sociabilité, et plus encore difficile de résister aux ruptures opérées par les dérives de la modernité marchande qui favorise l’égoïsme. Rien n’est donné d’avance et l’action de tout être humain raisonnable est de maitriser les tensions et les pulsions de violence et d’égoïsme qui le traversent.
Pourquoi aujourd’hui assistons-nous à une telle dégradation des formes traditionnelles de la famille, à un tel déploiement de violences, de dérèglements, de perversions, de transgressions, de névroses? Le dérèglement ou remise en cause, la ´´perte des valeurs´´ semble atteindre tous les domaines: divorces, violences conjugales, violences juvéniles, agressions, absence d’éthique dans la relation, affaiblissement des solidarités et de la responsabilité citoyenne, égocentrisme, narcissisme, vie effrénée, autant d’excès pulsionnels, d’escalades dans la transgression et le court terme, montrent que la Loi, dans bien des cas, n’est plus intériorisée. On constate de la solitude dans le ´´chacun pour soi´´ de l’isolement, de la dépression et des déviances difficiles à supporter. La famille musulmane est celle qui résiste le plus aux remises en cause, mais ses bases commencent à être atteintes. Si un effort collectif n’est pas mené, pour éviter les voies extrêmes, l’incertain guette. L’absence de communication, et autres tentatives d’imposer des fonctions uniques, confuses, ou interchangeables, crée une crise de fond, aggravée par des réactions extrémistes. D’un côté l’émancipation incontrôlée, de l’autre les fermetures et replis remettent en cause le bon sens. La ligne médiane de la famille musulmane s’est affaiblie. Dans le monde entier, par-delà le caractère hétérogène des sociétés, trois phénomènes sapent les fondements de l’humanité actuelle et suscitent des violences, des troubles mentaux et des déviances graves: sur le plan religieux la rupture entre les valeurs spirituelles et l’ordre social, et en réaction le repli qui produit la religion refuge et répressive, sur le plan politique le recul du droit et de la possibilité d’exister de manière responsable et sur le plan des valeurs la domination de la logique du marché et ses aspects déshumanisants. La société musulmane, sur la base de la famille, résiste encore à ses facteurs déstabilisants, mais sans système politique mobilisateur et porteur, notamment au niveau éducatif et culturel, et faute d’une compréhension sans cesse renouvelée des valeurs religieuses, elle finit par subir. Ainsi, causes externes et internes déstabilisent la famille. Les praticiens vont affronter trois modèles de famille, l’une que je nomme celle de la fermeture, refusant le dialogue, voire réfutant la médecine moderne et les thérapies scientifiques, et ne coopérant pas, même si elle opère des tentatives, l’autre celle de la dilution, abandonnant le malade aux institutions publiques, comme le font des citoyens des sociétés dites développées, et méprisant les soins traditionnels, et enfin le troisième modèle, le médian que nous devons préserver, celui où l’accompagnement de la famille se fait selon la logique de la solidarité, de la participation, de la prise en charge morale. Selon la religion, et la raison raisonnable, la confusion entre le licite et l’illicite et l’enfer des pulsions de violence est régulé par le Père (la Loi, l’Etat..) soucieux de ne pas laisser l’enfant (ou l’adulte) s’enliser dans le chaos de la toute-puissance anarchique (des pulsions débridées). A condition qu’il (ou la société qu’il représente) soit effectivement porteur de loi juste, mesurée et non exclusivement répressive ou au contraire permissive et perverse. La religion musulmane vise à éviter les extrémismes, les Enfers du «trop»: entre trop de présence et trop d’absence de la famille.
Trop d’interférences, d’ingérences, de lois, trop d’interdits, de tutelles, d’enfermements au sein de la famille, déséquilibrent les humains, mais aussi trop d’absence, absences de repères, absences de limites, et absences de valeurs et de solidarités. De plus en plus, on constate que les deux modèles du trop, de l’excès, de l’extrême dans un sens ou dans un autre, semblent aujourd’hui imposer leur marque et influence. Alors que la famille algérienne était attachée à la ligne médiane. L’islam explique que le monde du déséquilibre, des maladies sociales et psychiques naissent de trop de fusion ou trop de séparation dans la famille et la société, des trops infligés à l’humain, qui, dans les deux cas, reste dépendant de l’autre, objet et non sujet. La société algérienne, et partant la famille, en particulier, après 132 de violence coloniale, 40 ans de système unique et près de 20 ans de violence aveugle, dans le contexte des facteurs mondiaux déstabilisants, est aujourd’hui affaiblie, malade, à tout le moins en convalescence. Cependant, elle dispose de ressorts, d’énergies, de richesses, vu sa culture de la résistance, pour se refonder. C’est une responsabilité collective. Elle est en attente d’un projet culturel et éducatif, qui favorise l’espoir, la mobilisation, la vigilance, la solidarité, la compétence et permet à chacun de rétablir l’équilibre. Absence de l’Etat, religion refuge ou rejet de la religion, et autonomie opposés à la vie commune, suscitent des troubles que nous connaissons.

Responsabilité collective
Faute de politique et de culture éclairées, la fonction paternelle, qui régule, n’est pas comprise et appliquée, ou à tout le moins mal régulée; comme si les hommes d’aujourd’hui, tels ces enfants qui transgressent pour qu’on leur fixe des limites, s’abandonnaient à une démission ou satisfaction pulsionnelle illimitée, mais aussi à des états de violence, de désespoir et de solitude sans nom. Les jeunes qui se livrent aux excès, souvent les donnent à voir dans l’espoir de provoquer une réaction, une réponse, ils attendent secrètement qu’une régulation émane d’un ordre supérieur. Les hommes d’aujourd’hui commettent des transgressions, de manière plus sauvage que le passé et sombrent dans les excès. Comme solution, par instinct, les citoyens réclament plus d’interventions de l’Etat, ou un retour illusoire à la tradition. L’Etat ne semble pouvoir que répondre au coup par coup dès qu’un problème arrive et la domination implacable des valeurs marchandes rend illusoire toute idée morale. La famille est considérée comme le «domaine de la vie le plus important ». Les questions actuelles tournent essentiellement autour de la transmission des valeurs, de la parentalité, des liens éducatifs et des liens familiaux. La crise s’exprime par le relâchement parental; la perte de l’autorité familiale. La famille s’est transformée sous l’effet des problèmes économiques et l’évolution des valeurs soumise à la logique marchande libérale et déshumanisante que les TV occidentales et orientales imposent, pendant que nos médias lourds sont stériles. La famille traverse aujourd’hui une crise dont le coût risque d’être élevé pour la société. L’effondrement des valeurs familiales et des enfants privés de repères est significatif. Dans ce contexte d’une modernité débridée, les enfants sont confrontés à des «moi narcissiques». La concurrence et l’égoïsme dominent. La précarité économique et sociale aggrave la déstabilisation et engendre des conflits. Le projet de société juste consiste à rendre les humains maîtres de leur vie et de leur société, conscients et responsables, et de la nécessité de garder la mesure en tout, se gardant de la tentation du trop; le principe de juste milieu doit guider la société. Il est urgent de rééduquer en apprenant à discerner, sinon la famille médiane et équilibrée risque de s’affaiblir gravement.

Professeur en relations internationales www.mustapha-cherif.net

Mustapha CHERIF (*)

Source : http://www.lexpressiondz.com

 

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